Subido por Razvan Lipan

La guerre de course hollandaise sous Lou

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Colloque Jean Bart à Dunkerque 20-21 septembre 2002
La guerre de course hollandaise sous Louis XIV : essai de quantification par
Roberto Barazzutti
Article paru dans la Revue Historique de Dunkerque et du Littoral, n°37, janvier 2004, p. 269280.
Les historiens hollandais se sont peu intéressés à la guerre de course dans leur pays.
L’historien De Jonge ne mentionne que quelques faits. Il faut dire que celle-ci ne bénéficie pas
de l’aura qu’elle a en France. Pourtant ce sont les gueux des mers qui sont à l’origine en
quelque sorte de la marine des Provinces-Unies1. Alors que l’on peut déplorer le manque de
travaux sur la flibuste et la piraterie dans les archives hollandaises, la course sort un peu de sa
condamnation morale depuis les années 19702. A la suite des travaux de J S Bromley et de J R
Bruijn, on dispose de travaux récents de chercheurs comme Mme Theresia Verhees-Van
Meer, Mrs Johan Francke et Ivo Van Loo ; auquel il faut ajouter les travaux consacrés aux
différentes compagnies commerciales (VOC, WIC et Compagnie de commerce Middelbourg)
où on y trouve de nombreuses références à l’activité corsaire. La course est même l’un des
piliers fondateurs de la WIC, souvenons-nous de la capture de la flotte des Indes en 1629 par
Piet Heyn dans la baie de Matanzas à Cuba.
Faire une histoire générale de la course néerlandaise est à l’heure actuelle impossible.
La principale difficulté à relever concerne les sources. Rappelons que l’organisation des
affaires maritimes dans les Provinces Unies relève de 5 amirautés, chacune étant compétente
pour les affaires de course. Cela implique de fouiller tous les fonds, or en plus d’être dispersés
(à Middelbourg, Amsterdam etc.), un certains nombres d’archives ont disparus suites à des
évènements fortuits (incendies, guerres...). En conséquence, nous tenterons de donner un
aperçu de la course néerlandaise des années 1650 à 1713 au vue de l’historiographie maritime
hollandaise actuelle, complétée par des informations de diverses sources françaises trouvées
dans le cadre de travaux universitaires sur la course. Deux points serviront de lignes
directrices : l’armement en course et les résultats de cette activité.
L’armement en course. La commission.
La guerre de course, commissievaart, aussi appelée kaapvaart, nécessite une
autorisation délivrée par soit le stathouder, en sa qualité d’amiral général, soit par les Etats
Généraux, soit par la VOC et la WIC pour des campagnes dans les eaux où elles ont le
monopole3. La première lettre de représailles (commissie van retorsie) date du XIIe siècle et la
1
Sur les débuts de la marine hollandaise voir l’article de M. Sicking Louis “ Les Pays-Bas et la mer à l’époque de Charles
Quint ” in Revue d’Histoire Maritime n°2-3, Presses universitaires Paris Sorbonne, 2001, p 101-140. Egalement en français la
contribution du professeur Bruijn, "Les Etats et leurs marines de la fin du XVIe à la fin du XVIIIe siècle", p 83-121, in Guerre et
concurrence entre les Etats européens du XIVe au XVIIIe, P. Contamine (dir.), Presses Universitaires de France, 1998.
2
On peut discuter sur les raisons de l’absence de considération de de la course dans la population hollandaise. L’une de ces
raisons serait la confusion avec la piraterie. Rappelons qu’au cours de la guerre de 80 Ans, les Provinces-Unies ont eu comme
adversaire les dunkerquois. La lutte contre ces corsaires n’a pas été sans exaction des deux côtés. De grands marins
hollandais comme Tromp où De Rutyer ont servis et dirigé des escadres chargées de la protection de convois où du blocus du
port de Dunkerque.
3
Les compagnies de commerce réclament une contrepartie financière. Dans les années 1652-1660, la WIC demande en plus
d’une caution de 12000 florins, 12% du revenu brut.
dernière en 1713. A la différence, de la véritable lettre de marque apparaissant au XIVe siècle
elle n’est valable que dans les eaux territoriales et en temps de paix. La lettre de marque qui
correspond à la commission de course française a une validité qui ne dépasse pas le jour de la
déclaration de paix entre les belligérants. Mais les prises effectuées dans les huit mois qui
suivent sont considérées comme valables.
Chaque changement de capitaine ou de navire nécessitait l’établissement d’une
nouvelle commission. Des copies sont délivrées aux autres officiers car ceux-ci peuvent
effectuer à leur tour des prises et afin de leur éviter d’être considérés comme des pirates au cas
où ils étaient capturés. Pour obtenir ce document, l’armateur doit verser une caution de 20000
florins avant 1702 et de 30000 après 1705, soit des sommes relativement importantes par
rapport à ce qui étaient pratiqués en France.
Ce document indispensable est un outil de pression pour les autorités contre l’amirauté
de Zélande ou les armateurs. En effet, une commission délivrée par une amirauté devait
recevoir une attache par les Etats-Généraux. La commission peut être révoquée, annulée ou
non envoyée pour des motifs divers comme favoriser le recrutement pour la marine de guerre
(ordonnance du 30 avril 1672) ou punir. Certains armateurs demandaient une commission afin
de couvrir leurs activités commerciales, car comme en Angleterre, il n’existait pas de
l’équivalent français de la commission pour “ aller en guerre et marchandise ”. Des armateurs
sans scrupules prennent des commissions étrangères4 : ainsi en 1679 auprès du Brandebourg.
Des commissions hollandaises sont aussi délivrées à des alliés comme l’Espagne en 167216755.
Le nombre d’armements & Les lieux d’armement
Savoir le nombre exact de commissions délivrées est impossible car les listes en
provenance des documents des amirautés sont incomplètes. Aussi le nombre de commission
qui suit est un minimum mais sans doute proche de la réalité.
Tableau 1 Le nombre de commissions délivrées selon la période à minima
1665-1667 1672-1674 1688-1697 1702-1713
Zélande
93
184
369
429
Amsterdam
37
75
130
100
Autres Amirautés 5
15
+ 13
94
Total
135
274
512
623
Quelques précisions concernant la rubrique “ Autres Amirautés ” : pour 1688-1697, le
chiffre indiqué ne concerne que celle de la Meuse et correspond en réalité aux capitaines actifs
connus. Pour 1702-1713 y sont ajoutés les commissions demandées par les compagnies de
commerce et ceux inconnus.
L’analyse de ce tableau montre une tendance à une croissance des commissions
corsaires alors qu’en même temps la part et la force de la marine de guerre hollandaise semble
décroître. Attention, ce n’est qu’un constat et il ne faut pas comprendre que la course
progresse parce que la marine décline. Les raisons de l’attractivité de la course sont multiples
et peuvent porter à un débat ultérieur. Deuxième constat, la part importante des armements
4
Lettre du 25 novembre 1667 de De Lionne à Estrades ambassadeur aux Provinces Unies & d’Estrades aux Etats-Généraux
condamnent la pratique de Flessinguois qui prennent des commissions d’Ostende pour courir sus sur les français. Réclamation
sans suite car en 1677 des commissions d’Ostende sont délivrées aux capitaines Cazeu, Bouck et Joren afin de contourner les
accords de liberté de la pêche signés entre les deux états. Voir Arch. Nat. Marine B/2/41 et B/3/24 F o165.
5
Sur les commissions délivrées à des étrangers, voir Arch. Nat. Affaires Etrangères B/I/696 (demande d’un majorquin en
1675) et Marine B/7/55 Fo 217 délivrance à des biscayens en 1672. Voir aussi la thèse d’Enrique Otero Lana p 301.
corsaires zélandais parmi le total, est stable à 68-72% des commissions délivrées (72% 16891697, 68 pour les autres périodes).
La Zélande apparaît comme la principale région armatrice en course, cela depuis
longtemps : dès le 13-14ème siècle. L’essor est concomitant de la révolte contre les Espagnols.
En 1646, à la chute de la ville de Dunkerque, est créé à Middelbourg une “ Brasilse Directie ”
(groupe d’armateur et marchands) afin de coordonner les activités corsaires sur le Brésil. Rien
qu’en 1647-1648, ils capturent 220 navires “ brésiliens ” : ce sont des navires portugais, mais
aussi anglais, français voir néerlandais qui avaient été affrétés par les portugais pour
transporter le sucre. On trouve trace de ces déprédations zélandaises dans les archives
diplomatiques françaises. Ainsi en 1650 3 gros navires malouins affrétés par les portugais
seront capturés6. L’impact énorme sur l’économie portugaise, entraînera la constitution en
1649 de la compagnie commerciale Companhia Geral para o Estado do Brazil charger de
transporter les produits coloniaux en sécurité. Le Portugal restera la principale cible jusqu’en
1662 des corsaires zélandais même si plusieurs navires seront armés contre les anglais en
1652-1654 (8 navires faisant 25 prises anglaises).
L’armement du navire avait lieu en majorité parmi les principaux ports des ProvincesUnies : Amsterdam, Rotterdam, Delft mais surtout Flessingue et Middelbourg, et des ports
secondaires comme Veere et Zierikzee. On peut supposer que des armements de navires ont
lieu dans les colonies mais on ne trouve pas de trace franche. Cette hypothèse se base sur un
exemple français, celui de l’autorisation accordée en 1658 par le duc de Vendôme à Jérôme
Augustin Beaulieu d’armer la frégate le Saint-Pierre en Nouvelle Hollande7. Les rares cas où
les ports coloniaux (Curaçao et Nouvelle-Amsterdam) sont mentionnés correspondent à des
phases de relâches, réparations où afin de mettre des prises en sûreté.
L’armement corsaire : mesures sur la main d’œuvre et les navires
Les navires utilisés sont très divers mais certains types sont plus fréquents que
d’autres. C’est le cas de la frégate et secondairement de la snauw (où barque longue). Pour
1689-1697 : sur 29 navires zélandais recensés, on a 8 snauws & 18 frégates. Mais attention
sous le vocable frégate, on désigne des navires hétérogènes, dont le tonnage, rarement indiqué,
varie de 25 à 300 tonneaux. Ce sont des navires polyvalents servant aussi bien pour la pêche,
le commerce où la marine de guerre. Le choix du navire s’effectue selon le type de campagne
que l’on souhaite mener. Ainsi le snauw est un excellent corsaire côtier. Par ailleurs d’autres
navires corsaires seront réutiliser par leurs capteurs comme le Paon où l’Amazone qui seront
intégrés en 1709-1711 dans les escadres sous le commandement de Duguay-Trouin.
L’armement n’a cessé de progresser. Ainsi lors de la guerre de Hollande, l’armement en
canons varie de 4 à 36 canons, pour passer de 4 à 44 canons en 1689-1697 puis 4 à 54 canons
lors de la guerre de Succession d’Espagne. L’une des raisons qui explique ce phénomène est
les incitations financières des Etats Généraux pour capturer les corsaires et navires de guerre
6
Bibliothèque Nationale fonds Clairambault 432 volume 144 F°12 le 4/1/1651 lettre du sieur Janot. 8 navires capres de Zélande
ont pris 3 vaisseaux de Saint-Malo frétés aux portugais à la côte du Brésil, les 3 vaisseaux sont : ”
- Le Villeroi commandé par Ville ( ?) de Truchot du port de 400 tonneaux armé de 27 canons et 60 hommes tous français
- Le Saint-Michel commandé par De Maisieres du port de 500 tonneaux de 28 pièces et 55 hommes tous français
- L’Ange commandé par La Fontaine du port de 350 tonneaux de 26 pièces et 50 hommes tous français
Le premier arrive en Zélande mais les 2 autres sont un peu endommagés ayant été échoués au côte de Brésil. “ Je ne sais
comment ceux-ci gousteront lesd 3 prises vu le bruit qu’ils font lorsque nous empechons leurs vaisseaux de porter des
munitions de guerre à nos ennemis puisquils prennent nos vaisseaux chargés de marchandises libres frettés à des alliés
communs contre lesquels ils ne sont pas déclarés faire la guerre ou la devoir faire ”.
7
Bibliothèque Nationale fonds Carré d’Hozier volume 72.
ennemis. Mais là n’est pas l’essentiel : ces nombres cachent une artillerie de faible calibre, de
3 à 12 livres rarement plus. D’ailleurs derrière ces extrêmes, on remarque que les navires
portent généralement 12-20 canons et pas plus, pour des raisons de coûts et de
manœuvrabilité.
Pour diriger un navire, il faut des hommes et dans le cadre de la course il faut
beaucoup d’hommes. Les risques liés à ce type de campagne ainsi que le devoir de mettre un
équipage sur les prises font de la course un gros employeur de main d’œuvre. L’équipage sur
les navires varie de 20 à 350 hommes : en Zélande l’équipage moyen est de 88 hommes pour
1689-1697 et de 143 hommes pour 1702-1713. Au total, dans cette région, la course fournit
un emploi à 3500-3600 personnes lors de la guerre de Neuf Ans, 4000 personnes en 1703-1706
avec un maxima de 7000 en 1703. Ainsi sur 50000 marins que compte les Etats-Généraux entre
1680-1725, la course emploie 7-8% de la main d’œuvre maritime.
Tableau 2 Emploi des marins hollandais selon les secteurs en période de paix exceptée 16301640
Secteur
1630/40 1680
1725
Marine de guerre 8000
3500
3500
Commerce
25000
22500 22000
VOC
4000
8000
11000
Baleine
1500
9000
9000
Autres pêches
7000
6500
4000
Total
46000
50000 49500
Précisons que lors des conflits de 1672-1678 et de 1688-1697 la marine de guerre emploie
près de 20000 personnes mais par la suite ce chiffre baisse à 14-17000 pour 1702-1713.
La rémunération des corsaires est constituée d’un salaire fixe auxquels s’ajoutent
divers privilèges selon le grade où la fonction occupée, et les différentes occasions générées
par l’espace géographique de la croisière. Mais arrêtons-nous sur les salaires et comparons par
rapport à celui des autres secteurs maritimes.
Tableau 3 Salaire selon les secteurs d’activités 1689-1747
Catégorie/Secteur Course Marine marchande Marine de guerre
WIC
VOC
Capitaine
72
30
50-100 50-100
Pilote
40
31-50
30-36
30-50
> 50
Matelot
12-20
14-18
11-18
8-16
7-12
Mousse
6-12
7
4-7
5-7
Comme le montre le tableau, les soldes parmi les corsaires sont globalement au même niveau
que ceux délivrées par la VOC et WIC, et supérieur à ceux de la marine de guerre ou
marchande. Prenons l'exemple du mousse. Celui-ci est payé entre 6 et 12 florins par mois sur
les corsaires, 4-7 dans la marine de guerre et 5-7 dans la WIC.
Malgré les risques encourus, l’espoir de faire fortune, d’avoir une meilleure paye mais
aussi de servir dans de meilleures conditions (voir les pensions versées aux invalides et aux
veuves, véritables caisse de sécurité sociale pour cette époque) expliquent l’attractivité de la
course. Cela n’est pas sans incidences sur le recrutement par les autres branches maritimes
quand on sait que le stock de marins est identique au cours de cette période. Des tensions mais
aussi une concurrence entre les secteurs maritimes sont inévitables. Ainsi les Etats-Généraux
afin de compléter les équipages des navires de guerre peuvent interdire le recrutement pour
des navires corsaires en interdisant la sortie des navires où en ne délivrant pas des
commissions. Cette pratique subsistera jusqu’au début de la guerre de Neuf Ans8. On verra
aussi les Etats-Généraux exempter les armateurs corsaires du privilège du “ Cinquième
homme ”. Cette mesure consistait à payer un remplaçant pour servir sur les navires de guerre
où à verser une somme pour chaque cinquième homme recruté9.
Ces tensions sont plus perceptibles en Zélande qu’en Hollande, car cette dernière
région dispose d’un stock plus important de main d’œuvre grâce notamment à l’évolution du
secteur agricole. Ainsi en Zélande, les armateurs cherchent alors de solutions à ces ponctions
de main d’œuvre. On verra au début de la guerre de Neuf Ans le développement d’une
politique d’échange de prisonniers qui sera mise en œuvre notamment en 1690 avec
l’intendant de la marine à Dunkerque Patoulet10. Autre mesure, l’emploi de marins étrangers
(16% en Zélande sur les quelques rôles disponibles pour 1688-1697) mais dans une moindre
mesure que les autres secteurs maritimes (22-26% pour la VOC, 32-45% pour la marine de
guerre, 40% dans la marine commerciale). Parmi les corsaires étrangers on notera la présence
de français, notamment des réfugiés huguenots, certains à la tête d’un navire corsaire comme
ce Pierre Valentin Rochard de La Rochelle capturé en 169711.
Vous constaterez, même si c’est plus qu’une conviction où une impression
personnelle, qu’entre 1672 et 1702 les armements corsaires augmentent et que dans cette
activité de prédation, la Zélande domine ce secteur. Pour quelles raisons s’implique-t-elle
autant ? Il y a autant des raisons religieuses (protestantisme, condamnation des persécutions
des congénères en France), que politique (région Orangiste donc contre Louis XIV),
économique (récession de plusieurs secteurs) et historique (ancienneté toute relative de cette
pratique à succès). Reste à connaître les résultats de la course.
La question économique et financière de la course dans les Provinces-Unies
Le bilan de la course est assez complexe à réaliser. Ainsi le bilan micro-économique,
c’est à dire à la taille des investisseurs et armateurs est difficile. On ne connaît pas, ou peu les
8
En 1672 les Etats Généraux prennent des mesures restrictives ils imposent un embargo sur les navires de pêche et de
commerce (les 17 février, 25 février et 19 mars pour la pêche à la baleine au Groenland, le commerce avec la mer Baltique et
les pays du Nord, le service sur les navires étrangers ainsi que de toute autres pêches). Le 30 avril 1672 une ordonnance
refuse d’envoyer des commissions de course et les premiers corsaires ne sortent qu’en juin 1672. Les Etats Généraux
interdisent le 6/1/1691 toute sortie aux navires, excepté ceux de la VOC, WIC, ou qui commercent avec les Îles Britanniques et
pêchent en Mer du Nord ou près des côtes flamandes. Le 8/1 ils rappellent tous les navires corsaires. Le 23/6 la pêche au
hareng est rétablie et les corsaires sont soumis au système du cinquième homme. Cette obligation est levée le 30/7.
9
Le 31 mars 1702 les Etats Généraux décident que 20% des marins se trouvant sur des navires de la marine marchande
seront livrés à la marine de guerre. A la rigueur, l’armateur peut fournir un remplaçant ou payer une somme de 15 florins/marin.
Cette pratique du “ droit ou privilège du 5ème homme ” a été prise après qu’ils ont constaté que les navires marchands
demandent de plus en plus des commissions afin d’échapper à cette levée. Cette pratique cesse en 1705 et revient
momentanément en 1707.
10
L’Etat de Zélande et l’amirauté font aussi preuve de pragmatisme. Rappelons que la proximité des frontières françaises
créait un risque non négligeable. Par ailleurs, l’entretien du prisonnier coutait beaucoup d’autant que le nombre de prisonniers
français était supérieur à celui des zélandais. Dernière raison, retenir ces prisonniers français s’est réduire la flotte
commerciale française et réduire le nombre de prise donc de rentabiliser la course. La mise en place d’un cartel d’échange n’a
pas été sans heurts entre les instances hollandaises et la mise en application par les corsaires.
11
Cité par Alain Cabantous Dix Milles marins face à l’Océan : les populations maritimes de Dunkerque au Havre aux XVIIe et
XVIIIe siècles (vers 1660-1794) : étude sociale, Publisud, 1991, Page 537 : Archive Marine B/3/133. En 1705, on a une liste de
17 marins français protestants pris sur des navires de Zélande. Mais il n’est pas indiqué si ce sont des corsaires ou non. Arch.
Nat Marine B/3/89 Déposition et Abjuration de Français capturés sur un corsaire anglais.
sommes investis, les pertes12, les coûts qui viendraient en déduction des revenus nets revenant
aux armateurs (excepté guerre de Neuf Ans : sur les revenus d’une prise, près de 50%
revenaient à l’armateur qui devait pas la suite soustraire les salaires de l’équipage). Des
différences dans les pratiques comptables existent par rapport à la France (amortissement sur
la première campagne de la valeur du navire, prise en compte de l’assurance corsaire). Seul un
bilan macro-économique est possible par une mesure grossière mais signifiante de l’activité
corsaire, à savoir comptabiliser le nombre de prises et de rançons effectuées et la valeur
extraite de celle-ci.
Tableau 4 Prises et rançons
1648-1664 1665-1667 1672-1674 1688-1697 1702-1713
Zélande
?
319
479
960
1759
Amsterdam
?
161
41
?
Autres Amirautés
?
32
?
58
?
Total
+ 392
+ 351
+ 640
1059
+ 1759
Mesure grossière car le corsaire ne déclarait pas forcément toutes les prises, il pouvait
les vendre dans un port étranger13, des documents ont disparus, certaines études restent à
faire14. Ainsi on ne sait pas grand-chose des rançons ou des captures entre 1675 et 1678.
Néanmoins cette guerre de Hollande fut difficile pour les Anglais (Londres connaît des
difficultés de ravitaillement en charbon) et pour les Français “ tout le royaume souffre et crie à
cause des fréquentes prises que les corsaires hollandais et zélandais y font ”15. Les assurances
grimpent comment la montre Jean Delumeau dans un travail inachevée16. Différents rapports
écrits par des consuls et des membres de l’administration montrent l’omniprésence de ces
corsaires hollandais. Ainsi en février 1689 Jean Bart doit croiser sur les côtes françaises afin
de transporter des armes & des hommes à Dunkerque tout en chassant les câpres hollandais
“ qui sont en grand nombre sur les costes de France ” & de capturer surtout un commandé par
un fugitif de La Rochelle nommé Petit.
Tableau 5 Résultat financiers des différents conflits en millions de florins
1648-1664 1665-1667 1672-1674 1688-1697 1702-1713
Zélande
?
2,6
4,5
15,7
22,8
Amsterdam
?
1,5
1,85
0,25
?
Autres Amirautés
?
0,2
0,22
?
Total
+ 4,1
+ 4,3
+ 6,35
+ 16,2
+ 22,8
Le résultat financier de la course est éloquent. En 1672-1674 les ventes totalisent un
minimum de 6,35 millions de florins sans compter les rançons17. Par exemple, lors des mois
de juillet et de septembre 1677, 6 terre-neuvas sont rançonnés pour un montant de 14 300
livres tournois18. Pour 1689-1697, le butin s’élève à 16,2 millions de florins (13.6 selon les
12
13
Voir le chiffre donnée par Francke qui ne le connaît pas : il faut ajouter ceux mentionnés dans les archives françaises
Arch. Départementales de la Charente Maritime, Amirauté de La Rochelle, archives B 5667-5668 : au moins 3 prises et
pillages mentionnés concernent des corsaires de Zélande pour les années 1665-1667. 1676 à Laredo Adrian van der Spiegel
ramène 2 bateaux français. Cf. Felix Pecharroman , “ La Actividad corsaria en el Laredo del XVII ” in Poblacion y sociedad en
la Espana Cantabrica durante el siglo XVII, IX Ciclo de Estudios Historicos de Cantabria (Mayo 1982), Santander, 1985.
14
Il faut aussi rajouter les prises effectuées par la marine de guerre : 71 en 1672-1674, 82 en 1688-1697.
15
Arch. Nat Marine B/7/55 Fo 238 Lettre du duc de Chaulnes du 13 août 1672.
16
Voir la bibliographie.
17
Une livre anglaise s’échange entre 9 et 12 florins au cours de cette période et 12-22 livres tournois. Un florin vaut donc 1,2 à
1,5 livre tournois.
18
Arch. Nat Marine B/3/27 et B/4/7. Un navire revenant de Terre-Neuve est pillé et le corsaire l’oblige à signer un papier
comme quoi il n’a subi aucun tort. Un autre se voit ses ustensiles confisqués et ne peut poursuivre sa campagne.
états des ventes. Comme on ne connaît pas la valeur de 182 prises, Johan Francke a ajouté 2,6
millions de florins soit 182 X la valeur moyenne des prises)19. Le sommet est atteint lors du
dernier conflit avec un minimum de 22,8 millions de florins (revenus net) mais Johan Francke
signale qu’une partie non négligeable du revenu est issu des primes données pour la capture
d’un corsaire ou navire de guerre ennemi et que le conflit a durée plus qu’en 1689-169720. En
définitive, la valeur de la prise est supérieure lors de ce conflit que lors de 1702-1713. La part
des prises zélandaises ne cesse de croître : de 60% du montant en 1665-1667, on passe à 96%
pour 1688-1697.
Toutefois afin de connaître, le réelle bénéfice de la course, il faudrait soustraire les
pertes occasionnées par les corsaires ennemies sur la flotte marchande hollandaises; pertes
matérielles mais aussi financières. Pour connaître aussi le poids financier de l’activité corsaire
dans l’économie nationale d’un pays où d’une région, il faudrait pouvoir comparer le montant
avec celui issue d’autres activités maritimes et du commerce international.
Malgré sa mauvaise position géographique, toute relative selon les conflits, face aux
lignes commerciales des pays ennemis, les Provinces-Unies ont eu une activité corsaire non
négligeable. Face à cet inconvénient géographique, les Pays-Bas disposaient de plusieurs
atouts leur permettant de palier ce fait. Tout d’abord, en tant que Roulier des Mers de cette
époque, les Hollandais avaient une expérience de toutes les mers du globe. Par ailleurs,
l’environnement diplomatique permettait aux corsaires de cette nation d’utiliser des bases
neutres où alliés (notamment espagnols entre 1672-1697). Les corsaires ont su s’adapter et
développer de nouvelles pratiques : envois de navires de plus en plus gros et plus en plus fort
en Méditerranée, pratique de la chasse en groupe sur une échelle peut être encore plus forte
qu’en France. Toutes ces raisons expliquent que les corsaires néerlandais ont occasionné des
perturbations notables sur le commerce de leurs ennemis (voir les courriers des intendants
notamment en 1672-1678). Les Provinces-Unies méritent d’être reconnues comme une de ces
grandes nations corsaires grâce notamment à une seule région, la Zélande, même si des
lacunes subsistent afin de réaliser une véritable comparaison avec les autres nations
européennes.
Mon tableau sur 1702-1713 en résumé de ce point de vue
Comparaison sur la course de 1702 à 1713 entre Saint-Malo, la Zélande et le RoyaumeUni.
Saint-Malo Zélande
Royaume-Uni
Nombre de commissions délivrées
452
429
1606
Nombre de navires privé armés
236
276
1343
Nombre de navires perdus
128
78
?
Nombre de prises effectuées
683
1596
956
Nombre moyen de prise par armement
1,51
3,72
0,59
Nombre moyen de prise par navire armé
2,89
5,78
0,71
Nombre de rançon
203
163
?
Total prise + rançon
886
1759
?
19
En utilisant, cette méthode on atteint 6,4 millions de florins pour 1665-1667 et 7,5 millions pour 1672-1674.
20
Ce chiffre provient de la thèse de Johanna Thérésia Verhees-Van Meer qui utilise les livres de ventes des enchères faites en
Zélande. Le montant donné est celui après déduction des impôts et coûts, soit le montant net payé aux armateurs. Mais cela
ne tient pas compte des ventes et les rançons effectuées en dehors.
Nombre moyen de prise et de rançon par armement 1,96
Nombre moyen de prise et de rançon par navire armé 3,75
4,1
6,37
?
?
Bibliographie
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militaire de Saint-Louis ” présentés par Philippe Clouet, Paris, France-Empire, 226 p, 1991.
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Genootschap der Wetenschappen, 1976.
J.S Bromley, Corsairs and Navies 1660-1760, Hambledon Press, 1987.
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Edition Du Rocher, 1990.
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R.B Prud’homme van Reine et E.W Van der Oest, Kapers op de kust. Nederlandse kaapvaart
en piraterij 1500-1800, Flessingue, 1991.
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l’université de Paris-Sorbonne, p 91-108, 1997.
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soutenue à Leyde en 1986, 295 p, 1986.
P. Villiers, Les corsaires du Littoral, Dunkerque, Calais, Boulogne de Philippe II à Louis XIV
(1568-1713), Presses Universitaires du Septentrion, 360 p, 2000.
P. Villiers « Jean Doublet, à Dunkerque au temps de Louis XIV, corsaire ou officier du roi » p
163-186 in Les Tyrans de la Mer, Pirates, Corsaires et Flibustiers ; Actes du colloque de La
Napoule 2001, textes réunis par Sylvie Requemora et Sophie Linon-Chipon, 2002, 462 p,
éditions Presses Universitaires de la Sorbonne.
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