T. 3(1925) View

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GENAVA
Bulletin du Musée d'Arts et d'Histoire de Genève
et de
la Société auxiliaire du Musés
la Bibliothèque publique et universitaires
la Commission cantonale pour la conservation des monuments et
la protection des sites
IMPRIMERIE ALBERT KUNDIG
GENÈVE
TABLE DES MATIERES
Pages
Administration du Musée en 1924 .
7
Acquisitions des collections en 1924.
W. DEONNA, conservateur des collections archéologiques et des collections Fol :
Les collections archéologiques et historiques, les armures, le Musée
des moulages, les séries lapidaires ................................................
L. GIELLY , conservateur des Beaux-Arts:
Les Beaux-Arts.........................................................................................
A. DUFAUX , conservateur des Arts décoratifs:
Les arts décoratifs ....................................................................................
Eug. DEMOLE, conservateur du Cabinet de numismatique:
Le Cabinet de numismatique .................................................................
L. BLONDEL, conservateur du Vieux-Genève:
Le Vieux-Genève .
Rapport de la Société auxiliaire du Musée pour 1924.......................................
La Bibliothèque publique et universitaire en 1924 ...........................................
Conservation des monuments et protection des sites
.................................
27
38
40
43
46
48
54
60
Mémoires.
L. BLONDEL: Chronique des découvertes archéologiques dans le canton de
Genève en 1924 ...................................................................................
L. REVERDIN: Sur quelques pièces de la station magdalénienne de Veyrier
R. MONTANDON : Notes sur quelques objets des collections préhistoriques
du Musée ..................................................................................................
E. VUARNET: Historique des découvertes faites à Douvaine (Haute-Savoie)
L. BLONDEL: Le port gallo-romain de Genève ................................................
62
72
77
82
85
— 4 —
Pages
W. DEONNA: Sculptures antiques récemment acquises par le Musée de
Genève ......................................................................................................
J.-P. KIRSCH : Les sculptures chrétiennes découvertes à Saint-Germain
(Genève) ....................................................................................................
L. BREHIER : Le calice d'argent du Musée de Genève ....................................
A. CAHORN : Les cloches du canton de Genève (suite) .....................................
W. DEONNA: Ce que disent les inscriptions des cloches genevoises .................
A. VANGENNEP : Le culte populaire de Saint Théodule en Savoie.................
W. DEONNA: Trois tapisseries de Bruxelles au Musée de Genève ..................
H. DELARUE : Notes bibliographiques sur les débuts de l'imprimeur Jean
Belot à Genève et sur son premier Bréviaire de Lausanne .....................
A. BOVY : La restauration du retable de Conrad Witz ....................................
W. DEONNA : Les anciens vitraux de Saint-Pierre et leur restauration . .
W. DEONNA: Bronze florentin du Musée de Genève ........................................
C. ROCH : Le sculpteur Jean Franceschi-Delonne et sa maquette d'un
monument en l'honneur de Rousseau .....................................................
L. GIELLY: Les Pradier du Musée de Genève
105
111
121
129
198
263
288
297
308
319
340
343
347
Corot, le quai des Pâquis à Genève.
(Musée d'Art et d'Histoire.)
Musée d'Art et d'Histoire. — Genève.
I. Administration.
Directeur: M. W. DEONNA, professeur à l'Université.
Secrétaire de la Direction: M. L. VIELLE.
Conservateur des collections archéologiques, des collections Fol et de la Salle
des Armures: M. W. DEONNA.
Conservateur des Arts décoratifs: M. A. DUFAUX.
Conservateur des Beaux-Arts: M. L. GIELLY.
Conservateur du Cabinet de Numismatique: M. Eug. DEMOLE.
Conservateur-adjoint du Cabinet de Numismatique: M. Ed. AUDEOUD.
Conservateur du Vieux-Genève: M. L. BLONDEL.
Conservateur du Musée épigraphique: M. B. REBER.
ADMINISTRATION.
Nous ne saurions omettre de signaler en tête de ce rapport les lignes flatteuses
d'un éminent critique d'art français, M. L. Gillet: «Bien peu se doutent que le
Musée de Genève est un des plus précieux d'Europe »1. L'Administration du Musée,
qui veut faire connaître par tous les moyens possibles au public suisse ou étranger
l'importance de nos collections, est heureuse de rencontrer une telle appréciation.
1
Revue des Deux-Mondes, 1924, 15 juillet, p. 442.
— 8 —
Signalons quelques articles généraux sur nos collections:
L. GIELLY, « Le Musée de Genève », le Figaro artistique, 15 janvier 1925, p. 212,
et 5 février, p. 259.
W. DEONNA, « Le Musée de Genève », Pro Helvétia, septembre 1924.
C. W., «Les transformations du Musée d'Art et d'Histoire», La Tribune de
Genève, 3 juillet 1924.
Nous constatons aussi avec plaisir que nos efforts rencontrent l'approbation
de nos autorités municipales, ainsi qu'en témoigne le rapport de la Commission du
Compte-rendu pour 19231.
COMMISSIONS.
Archéologie, Vieux-Genève:
MM. M. STŒSSEL, conseiller administratif; W. DEONNA, directeur du Musée d'Art
et d'Histoire, conservateur des collections archéologiques, des collections Fol et de
la Salle des Armures; L. BLONDEL, conservateur du Vieux-Genève; J. BOISSONNAS,
conseiller d'Etat; P. CHAVAN ; C. MARTIN ; P. MARTIN ; R. MONTANDON ; E. NAEF ;
Ed. NAVILLE ; L. NAVILLE ; B. REBER ; P. SGIIATZMANN .
Beaux-Arts:
MM. M. STŒSSEL, Conseiller administratif; W. DEONNA, directeur du Musée
d'Art et d'Histoire; L. GI E L LY , conservateur des Beaux-Arts; E. D AR I E R ;
P. D E LE AM O N T ; F. D U F AU X ; D. E S TOP P E Y ; G. F R AN Ç O I S ; L. GI AN O LI ;
R. GUINAND ; E. HORNUNG ; J. JACOBI ; L. JAGGI ; S. PAHNKE ; M me SCHMIDT ALLARD ; MM. A. SILVESTRE ; H. van MUYDEN ; J. VIBERT .
Numismatique :
MM. M. STŒSSEL, conseiller administratif; W. DEONNA, directeur du Musée
d'Art et d'Histoire; Eug. DE MOLE , conservateur du Cabinet de Numismatique;
E. AUDEOUD , conservateur-adjoint du Cabinet de Numismatique; A. CAHORN ;
H. CAILLER ; L. FURET; Th. GROSSMANN ; L. NAVILLE .
Arts décoratifs.
MM. M. STŒSSEL, conseiller administratif; W. DEONNA, directeur du Musée
d'Art et d'Histoire; A. DUFAUX, conservateur des Arts décoratifs; Mmes BEDOTDIODATI; PORTO-MATTHEY; MM. A. BASTARD; H. DEMOLE; C. DUNANT; A. JACOTGUILLARMOD ; E. KUNKLER ; P. MAERKY ; J. MITTEY ; J. POCHELON ; M.
PONCET ; A. SANDOZ ; H. de SAUSSURE ; P.-E. VIBERT .
1
Mémorial du Conseil municipal, 1924, p. 214.
— 9 —
Musée Ralh:
MM. M. STŒSSEL, conseiller administratif; W. DEONNA, directeur du Musée
d’Art et d'Histoire; L. GIELLY, Conservateur des Beaux-Arts; A. DUFAUX , conservateur des Arts décoratifs; Mme JACOBI-BORDIER; MM. F. APPENZELLER; A. BASTARD ; A. BOVY ; E. CASTRES ; J. HELLE ; A. MAIRET ; G. MAUNOIR ; J. MITTEY ;
H. van MUYDEN; M. SARKISSOF; H. de SAUSSURE; A. SCHMIDT.
Collection des Moulages:
MM. M. STŒSSEL, conseiller administratif; W. DEONNA, directeur du Musée
d'Art et d'Histoire; L. GIELLY, conservateur des Beaux-Arts; A. BOVY; F. de CRUE;
Ed. NAVILLE ; J. PLOJOUX .
Le Musée a eu le regret de perdre M. Henry TRONCHIN 1, membre de la Commission des Arts décoratifs depuis 1902, et M. Jean FAVEZ, membre de la Commission
de Numismatique depuis 1909.
PERSONNEL.
Décès: M. Henri SALZ, surveillant, entré au service du Musée en 1921, est décédé
le 30 septembre 1924.
Confirmations: Sont confirmés pour quatre ans, à partir du 1er janvier 1924
(conformément à l'art. 3 du règlement général du personnel de la Ville de Genève):
1. Mlle Julia BOVAGNE, employée à la direction.
2. Mlle Germaine S AN NET, sténo-dactylographe.
3. M. Louis ROCHAT, gardien-nettoyeur.
4. M. Louis VACIIOUX, gardien-nettoyeur.
5. M. John JACCOUD, gardien-chauffeur au Musée Rath.
Chômeurs: Comme l'année précédente, nous avons eu recours aux services de
plusieurs chômeurs pour divers travaux de classement (bibliothèques, archives),
de relevés de documents, de restauration (tissus anciens), etc...
Le subside de chômage ayant été supprimé le 28 juin, nous avons dû — à partir
de cette date et pour terminer les travaux en cours — réduire à deux les chômeurs
que nous occupions, payés dès lors sur les crédits du Musée:
1. M. Hugues KAUFMANN, du 1er janvier au 30 juin 1924.
2. Mme Veuve CAPT, du 1er janvier au 31 décembre 1924.
3. M. Jack A. MONOD, du 1er janvier au 31 décembre 1924.
1
Cf. article nécrologique, Journal de Genève, 1 er décembre 1924.
— 10 —
STATISTIQUE DES ENTREES .
Entrées payantes ...................................................................
Entrées gratuites...................................................................
Totaux ...................
1923
3.988
41.192
45.180
Le chiffre des entrées payantes se-décompose comme suit:
289 entrées à fr. 1.— ....................................................................
28
»
à fr. 0.50 ....................................................................
317 entrées, du 1er janvier au 29 février 1924 ..............................
3312 entrées à 0.50 (tarif réduit)
.............................................
2722
»
à 0.25
do
.............................................
er
6034 entrées, du 1 mars au 30 novembre 1924 ...........................
Total des entrées : 6351.................................................
Total.
contre 3988 entrées = fr. 3714 en 1923.
Fr.
»
Fr.
1924
6.351
38.197
44.548
289 —
14 —
303 —
Fr. 1656 —
»
680 50
Fr. 2336 50
Fr. 2639 50
Pour compléter la statistique des entrées gratuites, il y a lieu d'ajouter la visite
de:
2600 élèves des écoles primaires et secondaires du Canton et des environs.
1250
»
» écoles primaires, conférences scolaires sur l'Escalade
de 1602.
544
»
» cours universitaires, juillet-août 1924.
1550 entrées, conférences organisées par le Musée.
413
»
cours pratiques organisés par le Musée.
15
»
visite des Etudiants américains, 14 juillet 1924.
582 cartes d'entrées permanentes.
Total 6954 entrées, contre 7897 en 1923.
Il a été délivré:
136 cartes d'entrées permanentes pour 1924.
58
» d'étude.
20
» de membres de la Société auxiliaire du Musée.
Total
214 cartes.
En février 1924, sur la proposition de la direction, le Conseil administratif a
abaissé de moitié la finance d'entrée au Musée, fixée désormais à fr. 0.50 par personne,
et fr. 0.25 par groupe de trois visiteurs et plus.
Les bons effets de cette mesure se sont fait sentir, comme on le constatera en
regardant la statistique précédente. Le nombre des entrées payantes, en effet, a
— 11 —
augmenté de 2363; les recettes, il est vrai, ont un peu diminué, mais, en compensation, nous avons enregistré une augmentation de fr. 527,05 sur le produit des ventes
de guides, catalogues, cartes postales, photographies, etc.
La même mesure sera appliquée en 1925 au Musée Rath.
Alors qu'à l'étranger la plupart des grands Musées, après la guerre mondiale,
ont renoncé à la gratuité pour établir une finance d'entrée leur procurant des ressources nouvelles, il peut paraître étrange qu'à Genève on prenne une mesure opposée.
Toutefois, les conditions ne sont pas les mêmes pour nous. La dépréciation des changes
étrangers écartent de nos collections nombre de visiteurs; de plus, notre rôle n'est
pas tant de faire des recettes que d'attirer le public, de lui faciliter l'accès de
nos collections (cf. Genava, I, 1923, p. 28 sq.) et de lui en faire comprendre
l'intérêt éducatif.
VENTES: CATALOGUES, GUIDES, PHOTOGRAPHIES, CARTES POSTALES, ETC.
1 exempl. Catalogue Fol (4 vol).
1
»
Catalogue des Marbres antiques, par G. Nicole (épuisé).
31
»
Catalogue des Sculptures antiques, par W. Deonna.
13
»
Catalogue des Bronzes figurés, par W. Deonna.
13
»
Catalogue des Moulages de l'art antique, par W. Deonna.
26
»
Guide de la Collection des dentelles, par Mlle E. Cherbuliez.
16
»
Guide du Cabinet de Numismatique, par Eug. Demole.
52
» Guide des collections historiques et archéologiques, par A. Cartier.
392
» Guide sommaire (2me édition), par W. Deonna.
121
» Plans et renseignements pratiques (épuisé), par W. Deonna.
7
» Histoire des collections archéologiques, par W. Deonna.
27
» Choix des Monuments de l'art antique, par W. Deonna.
34
» Notice, souvenirs de l'Escalade de 1602, par Emile Demole.
11
»
Notice et planches «Armoiries genevoises» par Eug. Demole.
7 pochettes phototypie, paysages dessinés à la plume par Rod. Toepffer.
13 planches phototypie, tableau de Corot: «le quai des Pâquis ».
3 séries de 4 planches, retable de Conrad Witz.
4 planches en couleurs, tableau de Aug. Baud-Bovy : « Les lutteurs ».
2 planches en couleurs, tableau de H. van Muyden: « Paysannes à Savièze ».
2675 cartes postales en phototypie, à 0.10.
3482 »
» en héliogravure, à 0.15
1962 »
» en photobromure, à 0.20.
58
»
» en couleurs, à 0.25.
476 photographies et clichés.
— 12 —
La vente de ces divers articles a produit la somme de fr. 2.301,50 contre
fr. 1.774,45 en 1923.
VISITES SCOLAIRES.
L'administration octroyant une carte d'entrée gratuite à tout membre du
personnel enseignant désireux d'utiliser nos collections dans un but éducatif, ces
visites — quoique légèrement inférieures à celles de l'année dernière — ont été
de 2600 élèves. Nous avons constaté avec plaisir les visites scolaires de diverses
communes du Canton et particulièrement des classes supérieures des écoles de la
Suisse romande et de la Haute-Savoie.
CONFERENCES SCOLAIRES.
Les mercredi 10 et vendredi 12 décembre, M. Guillaume FATIO a bien voulu,
comme l'année précédente, donner aux élèves des écoles primaires de la Ville et des
Communes suburbaines une série de conférences (avec projections) sur l'histoire de
Genève et l'Escalade de 1602. MM. Paul MARTIN et Louis BLONDEL ont commenté
les souvenirs de cette date mémorable, exposés dans les salles du Musée. Nous leur
réitérons nos remerciements pour la grande obligeance avec laquelle ils veulent
bien nous seconder.
La direction du Collège a utilisé à diverses reprises la salle de conférences du
Musée pour des causeries destinées aux élèves du Collège.
BATIMENT.
Le service municipal des Bâtiments a effectué divers travaux, entre autres la
réfection du vitrage et des recouvrements en zinc de la toiture. La maison Calorie
S.A. a remis en état l'installation des thermostats et humidostats, appareils réglant
automatiquement la température de la galerie des Beaux-Arts. L'escalier de service
reliant les bureaux et les dépôts du sous-sol a été éclairé à l'électricité. Pour permettre une meilleure aération des dépôts du sous-sol, on a installé un ventilateur
électrique, avec prise d'air dans la cour.
MOBILIER.
Voir aux diverses sections. Travaux
exécutés dans nos ateliers:
Corps de bibliothèque pour la section archéologique; vitrine murale, salle
égyptienne; panneaux mobiles servant aux expositions.
— 13 —
Réfection et transformation de vitrines pour les expositions et les dépôts.
Garnitures, rayonnages et fonds de vitrines, réparation de stores, rideaux,
coussins pour sièges des fauteuils de la salle des conférences; nombreux travaux de
serrurerie (installations nouvelles et réfections), etc.
Le mobilier de la salle de conférences, augmenté, compte actuellement 285 places
assises; on a installé un podium neuf.
LEGS . Mentionnons les legs de M
me
D.-L. BUTIN et de Mme Emma ROBERT-SCHEIMBET.
LEGS EN USUFRUIT .
Archéologie: de M. François de LAPALUD (Mes Cherbuliez, de Budé et Picot,
notaires): une grande pendule cartel, style Louis XV; une grande table Renaissance
valaisanne, avec pieds sculptés, portant sur le fronton deux mains entrelacées.
PRÊTS TEMPORAIRES FAITS AU MUSÉE OU RETIRÉS.
Beaux-Arts: Mlle Odette GOSSE a bien voulu prêter au Musée un tableau de SaintOurs: « Etude pour le couronnement de la beauté », et Mme de Mandrot, un tableau de
Wouwerman, « le Chevalier de la mort ». Ces deux œuvres ont été exposées.
La Confédération est rentrée en possession des œuvres suivantes: Bouvier,
« Paysage d'hiver » ; L. Gaud, « A la conquête du pain » ; Nicolet, « Atelier de couture
à Amsterdam »; Biirger, «Portrait de jeune homme»; Itschner, « Jeunes filles jouant ».
Mme d'Auriol a retiré également: auteur inconnu, « Portrait de gentilhomme »; de
la Rive, «Paysage»; Auriol, «les vendanges»; Massot, «Deux jeunes gens péchant
»; Liotard, « portrait d'homme ». Mme Wheeler a retiré un tableau d'auteur inconnu, «
St. Pierre », et Mme Horngacher, deux petits portraits sur cuivre, d'auteur inconnu.
Archéologie: Mme d'Auriol a retiré une chiffonnière en noyer, époque Louis XVI.
PRETS A L ' EXTERIEUR .
Archéologie: Remis au Musée ethnographique un poignard et une agrafe de
manteau en argent (N° 1941 des Armures), objets ayant appartenu à un cacique de
Patagonie; au Collège (classe de M. Riedlinger), Nos 11489-11536, divers objets
— 14 —
préhistoriques et lacustres; à l'Asile de la Vieillesse de Vessy-sur-Carouge: un tableau
représentant l'Exposition nationale suisse à Genève en 1896, pastel par Henri de
Ziegler, NO 1.058.
Arts décoratifs: Un lot de dentelles des collections Piot et Ormond a été prêté
au Gewerbemuseum de Baie, à l'occasion d'une exposition de dentelles anciennes.
A la direction de la Comptabilité centrale, Hôtel municipal, un buste plâtre
patiné terre cuite, « Tête de jeune fille », N° P. 135.
Beaux-Arts: La section des Beaux-Arts a prêté 28 tableaux pour décorer les
salles publiques et les bureaux de l'Etat, de la Ville et des Communes. Les prêts à
l'extérieur deviendront désormais fort difficiles, sinon impossibles; les œuvres qui
se trouvent encore dans les dépôts doivent être réservées pour les remaniements du
Musée ou ne peuvent en sortir pour des raisons diverses.
ECHANGES.
Le Musée National Suisse à Zurich a cédé quelques armes (inscrites au Musée
sous les Nos 1942-47, 1957, voir plus loin) en échange de doublets de nos collections
Nos C. 52, C. 324, C. 423, G. 538, C. 603, C. 610, G. 667, G. 701, K. 86).
TRAVAUX DES SECTIONS .
Archéologie.
Inventaires: On a continué d'inventorier et d'inscrire au registre d'entrée la collection de vases et de figurines de terres cuites, donnée en 1923 par Mme R. de Candolle
(cf. Genava, II, 1924, p. 38: vases 10834-10921; objets divers en calcaire, terre cuite,
10922, 10925-6; figurines de terre cuite 10932-11353); un grand nombre d'objets
anciennement entrés qui ne portaient pas encore de numéros: 10833, 11361-3,
11364-6, 11373, 11455, 11458, 11466-9, poteries antiques; 11470-11488, poterie
sigillée, fouilles de la rue de la Fontaine, 1922; 11489-11536, objets préhistoriques
remis au Collège; 11537, médaillon talismanique; 11538-11549, poteries romaines).
On a inscrit au registre d'entrée de la salle des armures d'anciennes pièces non
numérotées, de 1965 à 1981.
Aménagement: Différentes transformations ont été apportées aux groupements
de certaines séries d'armes, entre autres aux canons des XVe et XVIe siècles qui ont
trouvé leur place dans la salle des Armures, parmi les objets de cette époque. Les
canons fondus par Maritz sont maintenant groupés avec ceux qui sont exposés sur
— 15 —
la galerie et forment un ensemble homogène. Les différentes séries de fusils et de
pistolets ont été sélectionnées et pourvues de nouvelles étiquettes. Les marteaux et
masses d'armes des XVe et XVIe siècles ont été montés sur un support en forme
de panoplie.
Ces travaux de classement continueront en 1925, ainsi que l'étiquetage des
pièces nécessaires pour renseigner le public.
Etudes scientifiques: Le conservateur a étudié la céramique antique trouvée à
Genève et a dressé le catalogue méthodique des pièces conservées au Musée. M. Jack
Monod, dessinateur, a exécuté pour ce travail un grand nombre de dessins. Ce travail
paraîtra prochainement en divers mémoires; la partie concernant les estampilles de
potiers gallo-romains sur vases à glaçure rouge sera insérée dans la Revue « Pro
Alesia » en 1925. Le conservateur a étudié en plus et publié divers documents des
séries archéologiques, dont les références sont données plus loin.
Restaurations: M. Fréd. BENTZ, de Bâle, a commencé la restauration de divers
tableaux anciens; ces travaux se continueront en 1925.
Deux des vitraux de la cathédrale Saint-Pierre (Saint-Pierre et Marie-Madeleine)
que leur mauvais état obligeait de conserver dans les dépôts, ont été restaurés par
M. Wasem, peintre verrier, et exposés dans la salle des Armures (Nos 11354-11355)
Le même restaurateur procédera aussi à la restauration des deux derniers vitraux,
représentant Saint-Paul et Saint-André, qui seront placés en 1925 à côté des premiers.
On sait que la salle du moyen-âge expose déjà les deux plus belles pièces de cette
série: Saint-Jean et Saint-Jacques le Majeur. Le conservateur a estimé que, malgré
leur mauvaise conservation, les autres pièces de cette série, rares spécimens de la
peinture sur verre à Genève à la fin du XVe siècle, méritaient d'être restaurés et
exposés 1.
Moulages.
Le Conservateur, avec la collaboration du Musée National Suisse à Zurich, a
fait mouler par M. Plojoux, chef de l'atelier de moulages de l'Ecole des Arts Industriels, plusieurs documents romains: sculpture de Nyon, inscriptions romaines de
Viez, de Bonmont sur Nyon, dalle funéraire du XVe siècle à Bonmont (voir plus
loin, collections lapidaires).
Beaux-Arts.
Transformation des salles. — Les salles 40 (vieille école genevoise) et 41 (Tœpffer),
Agasse et Massot) ont été remaniées en vue de grouper les œuvres d'un même artiste
et de les classer chronologiquement autant que cela peut se faire sans nuire à l'effet
1
Cf W. D,, Les anciens vitraux suisses, « Journal de Genève », 27 mars 1924.
— 16 —
décoratif. Les tableaux ont été plus espacés, de telle sorte qu'une des petites salles
latérales a dû être consacrée également à Tœpffer et Agasse (salle 41 b). Cela a entraîné
une autre modification: le Cabinet dit Munier-Romilly a été transféré dans la salle
42ô qui contenait des œuvres médiocres dont la plupart ont été mises dans les dépôts.
La salle 41a a été également remaniée; elle renfermait de nombreux dessins et sépias
d'Agasse et de Tœpffer. Ces œuvres, très délicates, sont à la longue détériorées par
la lumière; elles ont donc été remises en portefeuille et ne seront plus désormais
exposées que temporairement. On les a remplacées par des aquarelles que l'on a
protégées en fermant les fenêtres par des rideaux verts mobiles.
Travaux d'inventaire. — La réfection du registre des entrées, entreprise en 1923,
a été terminée. Le nouveau registre a été fait sur le modèle de celui qui est en usage
depuis 1914. Au cours de ce travail, de nombreuses fiches individuelles ont été
établies, particulièrement pour les dessins, dont plusieurs ont été identifiés.
Archives photographiques: Les archives photographiques sont un instrument de
travail indispensable aux historiens d'art et elles rendent aux artistes eux-mêmes de
grands services. On a réuni, pour commencer, les photographies des œuvres les plus
importantes de l'école française se trouvant au Musée du Louvre. Ces photographies
seront classées par auteur, cataloguées et mises à la disposition du public, à la Bibliothèque du Musée, sur le budget de laquelle ces achats ont été faits. On poursuivra
méthodiquement la continuation de ces archives photographiques.
Numismatique.
Le catalogue sur fiches a été établi pour la série des monnaies et des médailles
genevoises. Le catalogue sur fiches de la collection des sceaux a été commencé.
La vitrine des souvenirs de la Croix-Rouge (dépôt du Comité international de la
Croix-Rouge) a été transférée de la galerie des Armures au Cabinet de Numismatique
où elle est mieux à sa place.
Vieux-Genève.
Organisation. — La Salle du Vieux-Genève a été presque entièrement transformée. Les drapeaux, qui jusqu'à présent étaient groupés en panoplie, ont été suspendus verticalement en-dessous des sommiers du plafond, pour qu'aucun pli ne
vienne détériorer les étoffes de soie, souvent très usées.
Les tableaux et dessins ont été disposés différemment sur les parois; quelques
nouvelles pièces sorties des dépôts ont pu trouver place dans la salle.
Le meuble où sont conservées les collections photographiques sert aux expositions temporaires; des séries nouvelles d'aquarelles et de dessins sont mises sous les
yeux du public.
— 17 —
EXPOSITIONS.
Archéologie. — Du 24 janvier au 7 février, exposition de costumes et broderies
populaires de la Grèce, collection de M. et Mme F. Choisy1.
Du 18 décembre 1924 au 15 janvier 1925, exposition de la collection d'étains de
M. Ed. Audeoud 2.
Beaux-Arts. — Aucune exposition n'a été faite cette année à la section des
Beaux-Arts. Par contre, un très grand nombre de tableaux ont été prêtés par le
Musée à l'Exposition d'Art suisse qui a été organisée en juin-juillet-août à Paris et
Berne, sous les auspices de la Confédération 3.
Arts décoratifs. — Les échantillons et dessins originaux des fabriques d'indiennes 4
à Genève, au XVIIIe siècle, ont été exposés en mars, salle des Estampes; une collection de vêtements sacerdotaux et ornements d'église des XV-XVIIe siècles a été
installée à la même date dans la galerie du rez-de-chaussée.
A l'occasion d'une causerie sur le « décor de la montre à Genève », faite par le
conservateur, le 5 avril, dans la salle des conférences, un certain nombre de montres
anciennes ont été mises sous les yeux du public.
En novembre, un choix de verreries originales de Daum frères, à Nancy, a été
présenté dans cette galerie.
Salle des Estampes, les meilleures planches du nouvel ouvrage: «l'Encyclopédie de l'ornement » ont remplacé les estampes suisses, exposées pendant la
saison d'été.
Vieux-Genève. — Du 4 au 18 mai, exposition de plans, relevés et photographies
de maisons rurales du Canton de Genève, organisée par M. L. Blondel et M. P.
Aubert, architecte 5.
1
Voir L. FLORENTIN , Les deux Grèce, «La Suisse», 5 février 1924;'O έλεΰζεςογς λόγος,
2 mars 1924.
2
Voir « La Suisse », décembre 1924.
3
Exposition d'art suisse du XV au XIX e siècle (de Holbein à Hodler). Catalogue des œuvres
exposées. Edition Boissonnas, 1924.
Citons parmi les comptes-rendus: GILLET , A l'exposition d'art suisse, « Revue des DeuxMondes », 1924, 15 juillet, p. 442 sq. ; « La Patrie Suisse », 1924, N° 804, p. 182 sq.
4
5
Les indiennes genevoises du XVIIle siècle, « La Suisse », 27 mars 1924.
H. F Les anciennes maisons de la campagne genevoise, la «Tribune de Genève», 14 mai
1924; L. FLORENTIN, Vieilles maisons genevoises, «La Suisse», 12 mai; Maisons rurales, «Journal
de Genève ». 11 mai; « Schweiz. Volkskunde », 1924, juillet, n° 4-7, p. 54; P. AUBERT, Les villages
genevois, « Patrie Suisse », 1924, n° 814, p. 310.
2
— 18 —
BIBLIOTHEQUE.
La fréquentation de la Bibliothèque, déjà améliorée en 1923, grâce au service
du soir et aussi à la porte spéciale qui facilite l'accès, s'est accrue en 1924, comme le
prouvent les chiffres suivants:
1989 consultants (1577 en 1923).
4924 volumes consultés (3828 en 1923)
Les ouvrages acquis au cours de l'exercice 1924 sont au nombre de 90.
La bibliothèque a reçu les dons suivants:
De la Bibliothèque publique et universitaire:
Album des artistes de Düsseldorf, 1865, in-4° avec planches.
Du Musée des Beaux-Arts :
Essais de lavis lithographique, par A. Calame, Genève 1843, in-4° avec planches.
Les vases de John Dunand, par Jean Monnier, Paris, in-4°, avec planches.
De M. L. Gielly:
Un portrait d'Anatole France, gravé sur bois par P.-E. Vibert.
De la Direction des Beaux-Arts, Paris.
« Guide illustré du Musée des Arts décoratifs » au Pavillon de Marsan, Palais du
Louvre. Paris 1923, in-12 avec planches. « La Renaissance de l'Art
français et des Industries de luxe » et « l'Amour de
l'Art », collection complète des fascicules parus en 1924.
Du Musée du Louvre, à Paris:
« Catalogue des antiquités assyriennes », par E. Pottier, Paris, 1924, in-12, ill.
« Catalogue des peintures exposées dans les galeries, Ecole française », par
Gaston Brière, Paris, 1924, in-12, ill.
De M. Badollet:
1 ex-libris gravé par G. Hantz et tiré sur satin.
De M. Benno Schwabe, éditeur à Baie:
« Konrad Witz », par H ans Graber Basel, 1921, in-4° avec planches.
De M. Ansermet, bijoutier:
3 albums de dessins de bijouterie, par Thorel, bijoutier genevois.
De M. le Dr Keser :
« Une nécropole royale à Sidon », par Hamdy-Bey et Th. Reinach, Paris, 1982.
2 vol. folio avec planches.
— 19 —
Du Conseil Administratif:
« L'Art rustique en Suisse », par D. Baud-Bovy. Londres, 1924, in-4°, avec
planches.
De la Direction de l’Ecole d'Horlogerie :
« L'Ecole d'horlogerie de Genève », 1824-1924, par Eug. Jaquet, Genève, 1914,
in-8°, fig.
Du Comité de l'Exposition suisse à Paris:
« Exposition de l'art suisse du XVe au XIX e siècle, Paris, 1924, in-8°, avec
planches.
De M. Pierre Dupuis, Genève:
1 album in-4° concernant la taille du diamant « Cullinan ».
De la Direction du Musée d'Art et d'Histoire:
« Conrad Witz » par Hans Wendland, Basel, 1924, in-4°, avec planches.
Anonyme:
« La montre ancienne à coq », par le capitaine Sutter, Grenoble 1911, in-8°, pl.
La bibliothèque archéologique s'est considérablement accrue, grâce aux dons
de volumes faits par Mme J. Keser, en souvenir de M. le Dr J. Keser, par M. Ed.
Audéoud, et à la remise par la Bibliothèque Publique et Universitaire de ses doublets.
M. Schmidt van Gelder a bien voulu lui faire hommage du bel ouvrage qu'il a édité
sur le « Château de Malagny », dont le texte est dû à M. G. Fatio. Le service d'échange
entre la revue du Musée et les publications des Musées et des Sociétés savantes a été
intensifié; à la suite d'un arrangement avec la Bibliothèque publique et universitaire,
un certain nombre de ces périodiques sont remis à cette dernière.
CONFERENCES.
Les conférences et les cours pratiques suivants ont eu lieu (Cf. Genava, II,
p. 24):
A. Conférences.
M. Jean BOISSONNAS:
Les armes anciennes de la Suisse (avec projections), jeudi 7 février 1924.
M. Paul CHAPONNIERE, Docteur ès-lettres:
J.-E. Chaponnière, sculpteur (1801-1835), avec projections, jeudi 27 mars 1924.
— 20 —
B. Cours pratiques.
M. R. MONTANDON, Président de la Société de Géographie:
La Suisse préhistorique, du paléolithique à la conquête romaine, Salle préhistorique
O
N 11.
1. Age de la pierre taillée, vendredi 11 janvier 1924, à 14 h. 1 /4.
2. Age de la pierre polie, vendredi 25 janvier 1924, à 14 h. 1 /4.
3. Age du bronze, vendredi 8 février 1924, à 14 h. 1 /4.
4. Age du fer, vendredi 22 février 1924, à 14 h. 1 /4.
M. L. BLONDEL, Conservateur du Vieux-Genève, archéologue cantonal:
Genève à travers les siècles.
1. Origine et développement de la Ville. Salle du Vieux-Genève, samedi
8 décembre à 14 h. 1 /4.
2. Types d'architecture publique et privée. Maisons, sculpture, mobilier.
Salle du Vieux-Genève, samedi 15 décembre à 14 h. 1/4.
M. Ernest NAEF:
La collection des Etains du Musée d'Art et d'Histoire (avec exposition d'objets):
Salle de conférences, samedi 8 mars, à 14 h. 1 /4.
M. G. FATIO, Président de la Société des Arts:
La campagne genevoise, architecture et jardins des XVIIle et XIXe siècles
(avec projections). Salle de conférence», samedi 1er mars, à 14 h. 1 /4.
Le salon de Cartigny et les boiseries de Jean-Jaquet.
Salle de conférences et visite au salon du château de Cartigny, N° 18,
samedi 15 mars à 14 h. 1 /4 1.
M. L. GIELLY , Conservateur des Beaux-Arts:
La peinture française. Salle de peinture française (Beaux-Arts), N° 52, mardi
18 mars à 14 h. 1 /4 2.
M. A. DUFAUX , Conservateur des Arts Décoratifs:
Le décor de la montre à Genève. Salle N° 4 (Arts décoratifs), samedi 5 avril et
samedi 19 avril à 14 h. 1/4.
Hors du Musée.
M. G. FATIO, Président de la Société des Arts.
L'enclave de Genthod, ses souvenirs artistiques et historiques. Visite à Genthod,
samedi 26 avril.
1
2
Journal de Genève, 19 mars 1924.
La Suisse, 19 mars 1924.
— 21 —
M. G. MARTIN, chef du Bureau du Plan d'Extension:
La restauration du temple de la Madeleine, dimanche 23 mars 1924.
Carouge. L'Art et la vie sociale, samedi 10 mai 1924.
M. L. BLONDEL, Conservateur du Vieux-Genève, archéologue cantonal:
Visite à Hermance, samedi 3 mai 1924 1.
Ces cours pratiques et ces visites hors du Musée ont été suivis par un public
nombreux et attentif, chaque leçon réunissant une quarantaine d'auditeurs en
moyenne, chiffre qui avait été fixé comme maximum, étant donné la difficulté de
conduire un auditoire plus nombreux dans les salles ou à la campagne.
En outre, pendant les semestres de l'année universitaire 1923-24, le Conservateur
des collections archéologiques a fait, chaque samedi, une leçon aux auditeurs du
cours universitaire d'archéologie.
A l'occasion de l'exposition de broderies grecques, M. F. Choisy, directeur de
l'Ecole populaire de musique, et Mme F. Choisy, ont bien voulu organiser le 31 janvier une conférence non prévue au programme, sur P« Art populaire de la Grèce
moderne». Des chœurs, des danses populaires, dont les figurants avaient revêtu les
costumes exposés au Musée, de la musique, de la diction, ont été le commentaire
vivant de l'intéressant exposé de M. Choisy. Le très grand succès obtenu par cette
soirée et les demandes de tous ceux qui n'avaient pu trouver place ont obligé les
exécutants à la répéter le 6 février, devant un auditoire aussi nombreux que le
premier.
Nous réitérons nos remerciements aux organisateurs et aux artistes qui ont bien
voulu prêter leur gracieux concours. Certains esprits chagrins se sont étonnés
d'entendre de la musique et de voir des danses dans un édifice austère; n'était-ce
pas le meilleur commentaire de l'exposition, que de voir ces vêtements, ces broderies,
longtemps renfermés dans des coffres ou exposés dans des vitrines, s'animer, recouvrir
à nouveau des corps vivants et ressusciter les mêmes actes auxquels ils participèrent
jadis ?
Mercredi 5 mars, M. N. JORGA, Professeur à l'Université de Bucarest et à la
Sorbonne, a parlé de «l'Art populaire en Roumanie»2 .
Grâce à la générosité de M. le Dr A. Klebs, de Nyon, qui a bien voulu nous en
faire la proposition et prendre les frais à sa charge, nous avons eu le plaisir d'entendre au Musée, le 8 mars, une fort intéressante conférence de M. L. POLAIN, de
Paris, érudit dont la compétence en cette matière est bien connue, sur les « Origines
de l'imprimerie à Genève ».
1
G. W., Une leçon d'histoire au pied de la Tour d'Hermance, «Tribune de Genève », 6 mai 1924,
Cette conférence a été imprimée : Jorga, Cinq conférences sur le sud-est de l'Europe, 1924,
Bucarest-Paris, p. 63 sq.
2
— 22 —
Jeudi 15 mai, M. FOCILLON, ancien directeur des Musées de Lyon, professeur à
la Sorbonne, a fait une conférence des plus captivantes sur « Hokousai», à l'occasion
de l'Assemblée annuelle de la Société auxiliaire du Musée1 et sous les auspices de
cette société et du Musée.
Nous avons prêté notre salle de conférences, le 28 février 1924, à l'Union internationale de secours aux enfants, pour la séance solennelle où fut remise par elle
au Conseil d'Etat la « Déclaration de Genève », qui énonce en cinq formules les droits
des enfants dans tous les pays civilisés 2.
Le programme pour l'hiver 1924-1925 est le suivant:
A. Conférences.
dans la salle de conférence du Musée, à 20 h. 30, entrée rue des Casemates.
1. M. Etienne CLOUZOT , archiviste-paléographe, auxiliaire de l'Institut de France.
Les mosaïques de Ravenne (avec projections), jeudi 6 novembre 1924.
2. M. Maurice P. VERNEUIL .
Les tissus décorés de Varchipel malais: Batik, Tritik, Ikat (avec projections et
exposition), jeudi 20 novembre 1924.
3. M. G. OPRESCO, secrétaire de la Commission de Coopération intellectuelle, maître
de conférences à l'Université de Cluj (Roumanie).
Tentures et tapis paysans roumains (avec projections), jeudi 18 décembre 1924.
4. M. Marcel GUDIN, Directeur de l'Office français du Tourisme à Genève.
L'Ile de France et ses monuments (avec projections).
Conférence suivie de projections cinématographiques. Jeudi 15 janvier 1925.
5. M. G. DE REYNOLD , Professeur à l'Université de Berne.
L1 Art en Suisse dans ses rapports avec l’histoire (A propos de l'Exposition
rétrospective de peinture suisse à Paris et à Berne). Vendredi 30 janvier
1925.
6. M. David VIOLLIER, Vice-directeur du Musée national suisse à Zurich.
Les Alémans en Suisse (avec projections). Jeudi 5 février 1925.
7. M. Daniel BAUD - BOVY , Président des Commissions fédérales des Beaux-Arts et
des Arts appliqués.
L1 Art rustique en Suisse (avec projections). Jeudi 19 février 1925.
1
La Suisse, 16 mai 1924.
2
Journal de Genève, 28 février 1924.
— 23 —
8. M. Eugène DEMOLE , Conservateur du Cabinet de numismatique au Musée d'Art
et d'Histoire.
Annecy et quelques châteaux des environs (avec projections). Jeudi 26 février
1925.
9. M. Conrad DE MANDACH , Conservateur du Musée des Beaux-Arts de Berne.
Un peintre suisse contemporain, maître de la couleur : Cuno Amiet (avec projections). Jeudi 5 mars 1925.
10. M. A. MORET , Professeur d'égyptologie au Collège de France, Paris.
La Sépulture de Toutankhamon (avec projections). Jeudi 19 mars 1925.
11. M. Frank CHOISY , Directeur du Conservatoire populaire de musique.
Instruments anciens et danses du XVIIle siècle (avec musique et danses).
Jeudi 26 mars 1925.
B. Cours pratiques.
I. Dans les salles du Musée.
1. M. Louis GIELLY , Conservateur des Beaux-Arts au Musée d'Art et d'Histoire.
Les méthodes scientifiques de l’histoire de l’art. Salle des Beaux-Arts. Samedi
29 novembre, à 14 h. 1/4.
2. M. Louis BLONDEL , Archéologue cantonal, Conservateur du Vieux-Genève au
Musée d'Art et d'Histoire.
L'art militaire au moyen âge; châteaux et maisons du canton de Genève. Salle
du Vieux-Genève. Samedi 24 janvier 1925, à 14 h. 1/4.
3. M. Ch. ROCH , Sous-archiviste de l'Etat de Genève.
Les fabriques de porcelaine et de faïence genevoises. Salle des porcelaines.
Samedi 14 février 1925, à 14 h. 1 /4.
4. M. Louis REVERDIN , Docteur es sciences.
1. L'art préhistorique en Suisse. Samedi 21 février 1925, à 14 h. 1 /4.
2. Les stations lacustres de Genève aux époques néolithiques et du bronze.
Salle préhistorique. Samedi 7 mars 1925, à 14 h. 1 /4.
5. M. Paul MARTIN , Archiviste de l'Etat de Genève.
Quelques souvenirs de l'histoire de Genève. Salle des souvenirs historiques.
Samedi 28 février 1925, à 14 h. 1 /4.
6. M. Henry DEMOLE , Professeur à l'Ecole des Arts et Métiers.
Les vitraux de Saint-Pierre et leur restauration, Salle des Armures. Samedi
14 mars 1925, à 14 h. 1 /4.
— 24 —
II. Hors du Musée.
Les dates de ces visites à des monuments hors du Musée, qui auront lieu au
printemps, et le lieu précis de rendez-vous, seront communiqués ultérieurement par
la voie de la presse et affichés à l'entrée du Musée.
1. M. G. FATIO .
Le Mandement de Jussy.
2. M. Camille MARTIN, Chef du service du Plan d'extension.
La cathédrale Saint-Pierre.
3. M. Camille MARTIN.
Les églises Saint-Germain et Saint-Gervais.
4. M. L. BLOND EL, Archéologue cantonal, Conservateur du Vieux-Genève au Musée
d'Art et d'Histoire.
Un village de la campagne genevoise.
G. Conférence universitaire d'archéologie.
Destinée aux étudiants et aux auditeurs inscrits au cours universitaire d'archéologie.
M. W. DEONNA, Professeur à l'Université, Directeur du Musée d'Art et d'Histoire.
Etudes des Collections archéologiques. Tous les samedis à 14 h. 1 /4, de la fin
d'octobre à la fin de mars (semestre d'hiver) et d'avril à juin 1925
(semestre d'été).
Les trois conférences de novembre à décembre 1924 (MM. Clouzot, Verneuil,
Opresco) et la leçon de M. Gielly, ont réuni environ 500 auditeurs.
PUBLICATIONS.
Genava. — Le tome II de la revue du Musée, « Genava », a paru en 1924 en un
fort volume in-4° de 396 pages avec 164 illustrations. Les frais de la publication
ont été, en partie, couverts par la recette de la publicité, les souscriptions, les subventions de la Société auxiliaire du Musée, de la Bibliothèque publique et universitaire, de la Commission cantonale pour la conservation des monuments historiques
et la protection des sites, de la Société des Arts, classe des Beaux-Arts. Depuis 1924,
la Société auxiliaire du Musée, la Bibliothèque publique et universitaire, la Commission cantonale pour la conservation des monuments historiques et la protection des
sites assurent leur appui à cette publication qui devient leur organe.
Le tome II, comme le précédent, a été accueilli avec faveur par le public et la
presse. Voir Ed. Ch., Journal de Genève, 16 septembre 1924; L. F., La Suisse, 19 et
30 septembre; Ch. Clerc, La vie en Suisse, La Semaine littéraire, 4 octobre 1924;
.... d, La Gazette de Lausanne, 1er octobre 1924; Revue archéologique, 1924, S. Reinach;
— 25 —
Revue des Etudes anciennes, 1924, p. 395; Revue d'Ethnographie et des Traditions
populaires, 1924, p. 381-2; Revue historique, 1925 (P. E. Martin, Bulletin historique,
p. 20 du tirage à part); Archives Suisses des traditions populaires, XXV,
1925, p. 299. Cf. encore, pour le tome I, Indicateur d'histoire suisse, 1924, p. 210.
Tirage à 1000 exemplaires:
370 exempl. remis à la Société auxiliaire du Musée.
25
» remis à la Bibliothèque publique et universitaire.
140
» en souscription (à fr. 6, plus une carte d'entrée gratuite au Musée).
29
» vendus après souscription.
79
» échangés contre des périodiques.
52
» remis à la presse et en don.
284
» disponibles au 31 décembre 1924.
21
» du tome I, vendus en 1924.
Guide sommaire. — La brochure « Plans et renseignements pratiques », éditée
en 1922, étant épuisée, on a publié un Guide sommaire de 64 pages avec de nombreuses
illustrations, tiré à 1500 exemplaires, qui a été mis en vente le 1er juillet1.
Cartes postales. — M. Jaeger, éditeur à Genève, a édité, conformément à la
convention passée avec le Musée, une nouvelle série de 20 cartes postales de
tableaux. Le Musée a reçu gratuitement le 15 %, soit 3000 cartes.
Publicité. — Nous avons continué, comme les années précédentes, à distribuer
— à l'usage des étrangers — dans les divers hôtels, pensions et agences de
renseignements de la Ville et des environs, des circulaires et horaires des jours et
heures d'ouverture.
Ce mode de publicité ayant donné de bons résultats, nous l'avons étendu aux
hôtels et agences de tourisme de la Savoie, que nous avons pu atteindre grâce à
l'obligeant concours de l'Office français du Tourisme à Genève.
RENSEIGNEMENTS DIVERS .
Les collections de peinture ont eu à souffrir des déprédations d'un maniaque qui
a, à trois reprises, percé les yeux de trois toiles. Une active surveillance amena
l'arrestation de l'auteur présumé de ces actes de vandalisme, et une plainte fut
déposée en justice. La longue enquête judiciaire s'est terminée par un non-lieu,
malgré de très fortes présomptions. En 1912 déjà, un fait analogue s'était passé
au Musée 2 , et nul conservateur n'ignore ces mutilations stupides dues en général
à des déséquilibrés.
1
2
Cf. Revue archéologique, 1924, II, p. 269.
Tribune de Genève, 17 août 1912,
— 26 —
MUSEE RATH .
Sur la proposition de la direction, le Conseil Administratif a appliqué au Musée
Rath le même tarif d'entrée qu'au Musée d'Art et d'Histoire, tarif entrant en vigueur
le 1er janvier 1925.
Le nombre d'entrées (4736 de plus) et le chiffre des recettes (Fr. 2.440,50 de
plus) sont en progression sensible sur l'année 1923.
1924
Statistique:
Entrées
gratuites
Janvier
M
Recettes
payantes 10% sur ventes
lle
total1
Monnier, MM. François,
Zubritzki ................................
2.001
287 493 —
751,30
Février
Mlle Milson, MM. Duvoisin,
Perrot . . . . ......................
2.553
157 931 1072,30
me
Mars
M Guerzoni, MM. Hellé, R.
Martin.....................................
3.559
333 516 —
815,70
Avril
Peintres et sculpteurs (Associa
tion) ......................................
3.663
419
18,55
395,65
Mai
MM. Couvet, Franzoni, de Salis.
1.302
147
125— 257,30
Juin
M. Matthey et exposition posthume de H. Huguenin . . .
1.155
144
326—
455,60
Septembre M. E. Hermès ............................
1.184
247
57279,30
Octobre
Exposition posthume Louis et
Edouard Rheiner...................
2.805
371
232—
565,90
Novembre MM. R. Guinand, P. Perrelet. .
3.970
364
350—
677,60
Décembre MM. C. Angst, Bressler, HaberJahn et W. Lang .................
2.152
142
178—
305,80
Totaux............... 24.344 2.611 3.226,55 5.576,45
Récapitulation:
1923
1924
Entrées payantes..............................................
2.524
2.611
Entrées gratuites .............................................
19.695
24.344
Totaux ..............
22.219
26.955
Recettes:
1924
1923
Entrées à fr. 1.— ................. Fr. 2611,—
Droit des pauvres 10 % . .
» 261,10 Fr. 2.349,90 2.271,60
Produit des ventes : 5 et 10 % sur
Fr. 32.400,50............................................
» 3.226,55
864,35
Totaux. . . .
1
Déduction faite du droit des pauvres.
Fr. 5.576,45
3.135,95
— 27 —
Travaux exécutés en 1924. — Expositions: peinture des cadres extérieurs et de
7 vitrines; garni l'intérieur des dites; écriteaux mensuels; une natte pour le vestibule d'entrée.
Salle des moulages: 20 socles façonnés et peints en faux marbre; 100
plaques de métal avec numéros pour les socles; peinture de 3 vitrines et d'une
table.
II. Acquisitions des sections.
A. Collections archéologiques et historiques, Collections Fol, Salle des
Armures,
Collections lapidaires.
Conservateur: M. W. DEONNA .
Récentes publications sur les documents des collections archéologiques :
S. REINACH, Répertoire de la statuaire grecque et romaine, tome V, volume I,
1924. On y trouvera la reproduction de plusieurs bronzes et marbres du
Musée.
D. BAUD-BOVY, L'art rustique en Suisse, édition du Studio, 1924
(mentionne et reproduit divers objets mobiliers du Musée).
CAILLER et BACHOFEN , Le cimetière antique de Cartigny, Genava, II,
1924, p. 94.
P. MARTIN , A propos du tableau de la Justice, ibid., p. 220.
Un masque de Napoléon au Musée d'Art et d'Histoire, «Tribune de
Genève», 30-31 mars 1924.
W. DEONNA , Hadès, Pages d'Art, 1924, p. 59-60, pl., tête de marbre N°
10923.
Id., Caricature ou rite, Rev. des Etudes anciennes, XXVI, 1924, p.
162-4 (N° 10350, figurine en terre cuite gréco-égyptienne, âne philosophe).
Id., L'Afrique personnifiée, médaillon en terre cuite, N° MF. 81 et
bronze MF 1208, Genava, II, p. 107-8.
Id., L'Education d'Emile, groupe allégorique par Jacques Argand,
Genava, II, p. 342-378.
Id., Quelques réflexions sur le symbolisme, en particulier dans l'art
préhistorique. Rev. hist. des religions, LXXVIII, 1924, p. 1 sq. (mentionne
divers monuments des collections préhistoriques.)
Id., Coupe en verre doré, Rev. des Etudes anciennes, 1925, p. 15, N° MF
3634.
Id., Rosaces et entrelacs, Archives suisses des traditions populaires, XXV,
1924, p. 81 sq., pl. (mobilier suisse Nos 3411, 3412, 3417 et pierres des collections
lapidaires N os 612, 613, 614). Cf. sur ce thème: J. A. BRUTAILS, Types éternels
d'ornements, Rev. des études anciennes, 1924, p. 321.
— 28 —
Id., Trois statuettes d’Artémis éphésienne, Rev. arch., 1924, I, p. 5-23 (Nos 9148,
9149, 9150).
Id., Légendes et traditions d'origine iconographique, en particulier dans Vancienne
Genève, Genava, II, p. 257 sq. (en conférence à la Société d'histoire, Aula de l'Université; cf. la Tribune de Genève, 12 avril 1924 ; Journal de Genève, 11 avril ; la Suisse,
11 avril).
Id., Terres cuites gréco-égyptiennes, Rev. arch., 1924, II, p. 81-158 (terres
cuites Nos 9619-10642; cf. Genava II, p. 38).
Etranger.
ANTIQUITE
Assyrie. Tablettes cunéiformes.
M. Alfred BOISSIER a bien voulu remettre en don au Musée un certain nombre
de tablettes cunéiformes extraites de sa collection.
10826. Fragment d'une chronique en caractères néo-babyloniens qui relate des
événements du règne de Sargon, roi d'Agadé (Accad) vers 2850 av. J.-C.
A. BOISSIER , Fragment de chronique néo-babylonienne, Genève, Jarrys, 1922.
10827. Fragment des annales de Salmanassar II, roi d'Assyrie (860-825).
A. BOISSIER, Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes
et assyriennes, 1903.
10828. Document juridique qui donne un extrait d'un vieux code babylonien
et mentionne un roi de la dynastie d'Ysin, Lipit Istar, qui a régné avant Hammourabi, vers 2280 av. J.-C.
A. BOISSIER, Lipit Istar, législateur, Genève, Jarrys, 1922.
10829. Inscription historique mentionnant un grand soulèvement contre
Narâm Sin, roi d'Agadé, vers 2755-2712 av. J.-C. La tablette a été recuite pour
faciliter le déchiffrement.
A. BOISSIER, Revue d'assyriologie, XVI, p. 157-164.
10830. Fragment des Annales de Salmanassar II, roi d'Assyrie (860-825 av. J.-C.).
A. BOISSIER, Recueil de Travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, 1903.
10831. Contrat de l'époque de Séleucus IV Philopator, daté de l'an 130 des
Séleucides. Il s'agit d'une vente de terrain en la ville d'Ourouk (Warka) en Babylonie. Les témoins ont apposé leurs cachets. Une réplique de ce document est au
Musée de Berlin (Warka 521).
A. BOISSIER, Vorderasiatische Schriftdenkmäler, XV, N° 12, p. 12.
— 29 —
Grèce et Rome.
10923. Buste d'un homme barbu, sans doute Hadès, trouvé en 1922 à Vonitza
(Acarnanie). Voir Hadès, Pages d'Art, 1924, p. 59.
11642. Portrait d'un Grec inconnu, du IVe siècle avant J.-C.
11358. Tête de Romain imberbe, détachée d'une statue ou d'un buste; provenant des environs d'Alexandrie, Egypte.
Sur ces sculptures, voir plus loin : Sculptures antiques récemment acquises par
le Musée de Genève.
11464. Lampe romaine en bronze, Ier siècle après J.-C. Trouvée dans une fouille
de la voie romaine entre Saint-Quentin (Aisne) et Holnon, vers 1893.
M. Lucien Naville a fait don de poinçons et de moules en terre cuite de
potiers gallo-romains, dont quelques-uns ont été trouvés à Clermont-Ferrand.
Le style de ces derniers, comme leur provenance (Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme,
est à 27 kilomètres à l'ouest de Lezoux) permettent de les attribuer aux officines des
potiers lédosiens (I-III6 siècle)1. Ils proviennent d'anciennes fouilles, comme en
témoignent des étiquettes dont l'une porte la date 1864 2.
11550. Poinçon. Mufle de lion, de face. Ce poinçon servait à décorer des
fragments architecturaux — on en connaît, en effet, qui montrent cette orne
mentation 3 — ou des vases avec déversoir en forme de mufle léonin, fabriqués en
quantité considérable à Lezoux4. Cf. Nos 11552-11553.
11551. Poinçon. Clermont, gare, 1864. Cerf ou biche courant à gauche.
11552. Moule. Mufle de lion, de face. Cf. Nos 11550, 11553.
11553. Moule, même sujet, cf. Nos 11550, 11552.
11555. Moule. Masque de Silène, de face, motif des vases ornés de Lezoux,
moulés 5 ou à reliefs d'applique 6.
11557. Moule, sans doute pour vase à reliefs d'applique. Sujet très indistinct.
Bacchanale ? Un personnage couché à terre, jouant de la double flûte, le haut du
corps seul drapé, ithyphallique, sans doute Silène. Devant lui, un groupe de deux
hommes nus luttant, étroitement enlacés, l'un vu de dos, l'autre paraissant lever un
1
Cf. les vases ornés et les moules ou poinçons provenant de Clermont-Ferrand, DECHELETTE,
Les vases céramiques ornés de la Gaule romaine, table, s. v. Clermont-Ferrand.
2
Sur les fouilles de Lezoux, DECHELETTE , I, p. 142 sq.
3
DÉCHELETTE , op. l., I, p. 146, fig. 98.
4
Ibid., p. 321 sq., pl. IX; OSWALD - PRYCE , An Introduction to the study of Terra Sigillata,
1920, pl. LXXIV, p. 216.
5
DÉCHELETTE, op. L, II, p. 111, N° 669 sq.
6
Ibid., p. 226, 113, 114.
— 30 —
bâton (thyrse ?). A leur côté, au-dessus du torse de Silène, un autre personnage nu
semble contempler les lutteurs et s'écarter d'eux avec un geste d'effroi (bras traversant la poitrine).
Deux moules ont une autre provenance:
11554. Moule. Mufle de bovidé, de face. Provenance: Asie Mineure.
11556. Moule. Lion couché. Provenance: Cherchell.
11558. Tessère palmyrénienne, en bronze, de forme rectangulaire. Don de M. L.
Naville.
Une tessère identique est conservée au Cabinet des Médailles, à Paris, provenant de l'ancienne collection de Luynes. MM. Babelon et Blanchet en ont donné
la description qui correspond à notre petit monument: « Sur une face, un buste de
femme, à cheveux bouclés, la tête surmontée du modius et tenant une palme sur son
épaule gauche. A droite et à gauche une étoile; à l'exergue une inscription palmyrénienne qui contient sans doute un nom propre. Sur la face opposée, l'inscription
Bel et un symbole qui paraît dérivé de la croix ansée. Au-dessous, une sorte de
lame de poignard de chaque côté de laquelle on voit, de profil, une figure en
gaine comme une momie égyptienne, posée sur un cippe. Haut. 34 mill., larg.
24 mill. » 1. Sur notre exemplaire les étoiles ne sont pas visibles; peut-être en
aperçoit-on la trace à droite de la tête. Les dimensions sont un peu plus réduites:
0.032, et 0.023.
M. Chabot a récemment étudié les tessères de Palmyre 2, dont on connaît un
grand nombre en terre cuite. En revanche, il ne peut citer en bronze que la tessère
du Cabinet des Médailles 3. L'exemplaire de Genève offre donc, outre sa valeur documentaire, l'intérêt de la rareté et accroît la petite série de documents palmyréniens
que nous possédons 4.
TEMPS MODERNES .
Tapisseries.
Nos 11459-62: Trois tapisseries formant suite, des ateliers de Bruxelles, début
du XVIe siècle. Don des héritiers de Mme Prévost de la Rive 5.
1
2
BABELON et BLANCHET , Catalogue
CHABOT , Inscriptions de Palmyre,
des Bronzes de la Bibliothèque nationale, p. 699, N° 2292.
1922, p. 133 sq. Tessères et monnaies.
Ibid., p. 137.
4
Genava, I, 1923, p. 49; Syria, IV, 1923, Monuments orientaux du Musée de Genève, IV,
p. 230, Bustes palmyréniens.
3
5
Cf. plus loin l'article: Trois tapisseries de Bruxelles au Musée de Genève.
— 31 —
Métaux.
10928. Coupe en étain, décor côtelé, style Louis XV. Marque de la Suisse
allemande. Acquise à la vente de la collection Nicolas, Lausanne, 1923.
10927. Plat en étain, style Renaissance, avec poinçon de Jacob Valin, 1609,
et contremarque valaisanne, Bagnon, abbé-évêque. Même origine.
11359. Croix processionnelle du XV e siècle, provenant du Tessin, achetée à
M. A. Franzoni.
11372. Règle graduée, soit pied bernois, utilisé jusqu'en 1848. Legs de M me E.
Robert-Scheimbet.
11560. 221 Marques de potiers (l’étain. Don de M. Ed. Audeoud.
Mobilier.
M
me
11367. Pendule neuchâteloise, vernis noir, décoration florale en blanc. Legs de
Emma Robert-Scheimbet.
Genève et environs immédiats.
ANTIQUITE .
Néolithique.
10929-10931. Mobilier d'une tombe de Cartigny. Don de MM. Cailler et Bachofen,
cf. Genava, II, 1924, p. 94.
11643. 5 pointes de flèches, données par M. Joseph Ambroise Roguet à Loëx
(Haute-Savoie), près Bonne. Trouvées dans les champs de Loëx, en travaillant ça et
là, avec un grand nombre d'autres spécimens analogues.
Loëx a livré aussi des haches néolithiques, dont une est entre les mains de
M. Roguet, et divers autres objets.
Les trouvailles néolithiques de Loëx ont été signalées par M. Vuarnet: Mém.
Académie Chablaisienne, XXXII, 1920, p. XXII; Bulletin archéologique du Comité
des Travaux historiques, 1919, p. CIV.
— 32 —
Epoque romaine.
11360. Petit vase galloromain très fragmenté, vernis
brun-rouge, trouvé le 15 avril
1924 à Chêne dans la propriété
de M. le Dr Audeoud, et donné
par celui-ci. III-IVe siècle.
11465. Bol hémisphérique, trouvé dans les fouilles
pour une canalisation au
haut de la Pélisserie, octobre
1924 (fig. 1).
C'est le premier exemplaire de cette série céramique livré par le sol genevois.
Ces bols de la forme 37 sont recouverts d'une glaçure rouge-claire peu solide, et
leur décor consiste en plusieurs zones horizontales divisées en petits compartiments
rectangulaires, que remplissent des hachures contrariées, des grillages et des ornements
linéaires variés. Selon M. Déchelette 1, ce type de vase semble avoir été fabriqué
surtout en Belgique, en Germanie et dans les régions voisines. En tout cas il se
répandit dans le N. et le NE. de la Gaule, spécialement dans la
vallée de la Marne. M. Unverzagt, qui l'a étudié spécialement, en
situe le centre unique de fabrication en Argonne, dans la région
Lavoye-Avocourt-Les Allieux-Vauquois2.
Cette série appartient déjà à la seconde moitié du IIIe siècle, mais surtout au IVe siècle et peut-être encore au Ve. C'est
la renaissance du système décoratif en zones et en compartiments striés connu par l'industrie celtique de la Tène.
11538. Petit fragment de vase en terre noire, à décor de
feuilles estampées.
Fouilles pour une canalisation en haut de la Pélisserie, 1924 (fig. 2). On n'a
trouvé, à Genève, que de rares fragments de cette catégorie :
11596. Tranchées? Fragment d'un bord de coupe, avec palmettes estampées.
Terre grise, vernis brun-noir lustré (fig. 3). Cf. Déchelette, Vases ornés, II,
pl. XII, 6.
1
DECHELETTE , Vases ornés, II, p. 325 sq., Vases à zones striées, pl. XI, I, p. 191; WALTERS ,
p. 78 sq. ; OSWALD - PRYCE , op. L, p. 231 sq., Hemisphérical bowls with chequered décoration,
pl. XI, 5; Bonner Jahrbûcher, 126, 1921, pl. IV; EÔENEN , Gefàsskunde, 1895, pl. XVIII, 19, 28.
2
UNVERZAGT. Terra Sigillata mit Ràdchenverzierung, Francfort, 1919; cf. encore CHENET,
Sur un vase argonnais trouvé à Alésia, Pro Alésia, 1919, p. 141-2.
— 33 —
11597-9. Pélisserie, Tour de Boël, 1922-3. Trois fragments (fig. 4-6) provenant
de trois vases différents, en terre grise et à vernis brun-noir, ornés sur le rebord
de rosaces estampées. Déchelette, op. l., II, pl.
XII, 5, XIII, 3.
11600-1. Salève, Grotte Pisseuse. Plusieurs
fragments (entre autres d'une olla), argile
grise, vernis brun-noir (fig. 7-8). Rosaces
estampées et feuilles ovales. Cf. Déchelette,
Fia. 3. — Fragment de vase a décor estampé,
op. l., II, pl. XII, 2-3-4.
n° 11596.
11606-8. Salève, Grotte Pisseuse, trois
fragments, même terre, même vernis, avec cercles estampés (fig. 9).
Ces poteries d'une épaisse argile gris-noir, revêtue de vernis noir, parfois de
vernis rouge, plus ou moins lustrée, sont ornées de motifs estampés avec des poinçons qui ont été appliqués dans l'argile fraîche1. On en a trouvé surtout en Gaule;
la Suisse n'en a livré que peu d'exemplaires qui sont parfois en terre rouge vernissée
Fia. 4-6.— Fragments de vases à décor estampé, n os 11597-9.
avec motifs chrétiens 2. Leur date est le Ve et encore le VIe siècle. Selon M. Déchelette, l'ère de dispersion de cette céramique coïncide avec le territoire
wisigothique, et l'invasion gothique ne serait pas étrangère à leur diffusion. Ceci lui
paraît d'autant plus probable que l'on connaît des vases analogues en Bohème et
en Hongrie au IIe siècle; les Goths auraient emprunté cette ornementation
céramique aux Celtes du Danube.
M. Déchelette ne croit pas qu'il y ait quelque filiation avec la poterie estampée
que l'on rencontre à la Tène III, par exemple au Mont-Beuvray (dont Genève pos1
DECHELETTE , op. L, II, p. 327 sq., Vases estampés, pl. XII-XIII;
the Roman Pottery in the British Museum, M., 2463.
2
WALTERS ,
Catalogue of
Ibid., p. 332; BESSON , L'art barbare dans l'ancien diocèse de Lausanne, p. 170, fig. 108-9.
— 34 —
sède un spécimen)1. On peut toutefois se demander s'il n'y a pas lieu, en nos contrées, de rattacher cette poterie estampée de date tardive à ces anciens prototypes,
étant donné la curieuse renaissance de formes indigènes que l'on constate d'une façon
générale dès les III-IV6 siècles.
Fia. 7-8.— Fragments de vases à décor estampé, n°s 11600-1.
M. Coutil a étudié récemment la poterie à palmettes, répandue dans tout
l'empire romain, dont les poteries dites wisigothiques ne sont que des dérivés 2 .
A Genève, cette céramique est celle des Burgondes qui s'établissent dans notre
contrée au Ve siècle 3.
L'association des cercles et des feuilles, en rangs superposés,
que l'on remarque sur certains de nos fragments, est fréquente
dans cette série céramique4, mais elle n'est pas spéciale à la
poterie. Au cimetière d'Alleins (Bouches-du-Rhône), une petite
chapelle romane possède deux chapiteaux plus anciens,
réemployés, dont l'ornementation ressemble
FIO. 9. — Fragment de
beaucoup à celle de notre poterie estampée; on y voit, en
vase à décor estampé,
n° 11606.
effet, au-dessus dune feuille allongée a nervures, un disque
crucifère, correspondant à nos rosaces. Ces chapiteaux, dont il est difficile de préciser la date, semblent toutefois être antérieurs au VII e siècle 5 .
1
DÉCHELETTE ,
2
COUTIL,
5
FORMIGE ,
op. l., II, p. 334.
Société archéologique de Bordeaux, XXXIV, 1923; cf. Revue des études anciennes,
1924, p. 255; ex. Marteaux-le-Roux, Boutae, p. 196, III e siècle.
3
BLONDEL , Origine et développement des lieux habités, p. 26, pl. 11, plan de Genève burgonde.
4
Ex. tombeaux de Niederstotzingen, près d'Ulm, LINDENSCHMITT, Altertümer unseretheidnischen Vorzeil, IV, pl. 72, 3; ibid., pl. 5, 7.
Bulletin Société nationale des Antiquaires de France, 1921, p. 166-8, fig.
— 35 —
TEMPS MODERNES .
11456. Petite coupe en étain, du XV e siècle, trouvée dans les démolitions
de la Pélisserie, 1923.
11560. Poinçon, au nom du potier d'étain genevois Lacombe, XIX e siècle.
Don de M. Ed. Audeoud.
11560. 221 Marques de potiers d'étains genevois, et dessins de marques de potiers,
ayant servi à illustrer l'ouvrage de M. E. Naef : « le Livre du potier d'étain » (1920).
11457. Vitrail en grisaille, aux armes de Jacques Eynard. Cf. Genava, I, 1923,
p. 148, fig. 3,
Armures.
Publications. — Ch. BUTTIN, La rondache de parement de la salle des Armures,
Genava, II, p. 225 sq. (N° F. 78); cf. Bulletin de l’Art ancien et moderne,
1925, n° 714, p. 32. — H. DEONNA, Une famille de fondeurs de canons à
Genève, Les Maritz, Genava, II, p. 193 sq.
1983. Casque à camail, XIVe s. (fig. 10).
1982. Chapeau d'arme, milieu du
XV e siècle, type d'armure portée par
les soldats suisses, ainsi qu'on le voit sur
les gravures de l'époque. Ex. Rapport
du Musée de Berne, 1915, pl. I sq., p.
60; ZEMP , Die schweizeri-schen
Bilderchroniken und ihre Architekturdarstellungen, 1897, p. 57, fig. 15, etc. —
Deux armures de même type au Musée
national de Zurich, entre autres le chapeau de guerre de Zwingli.
1940. Bacinet, fin du XIVe ou
début du XVe siècle, provenant du
château d'Avusy, près de Genève,
jadis propriété des barons de la
Grave (fig. 11).
1942-3. Hallebardes, fin du XVe siècle, marque lys. Provenance
inconnue. Echange avec le Musée national.
— 36 —
1944. Hallebarde, fin du XVIe siècle, marque d'Augsburg. Cf. Indicateur
d'antiquités suisses, 1900, p. 126. Echange avec le Musée National.
1957. Hallebarde, marque inconnue, fin du XVIe
siècle; provenant du sud de l'Allemagne. Echange
avec le Musée National.
1945. Hache de fantassin, soit « Mordant »,
première moitié du XVIe siècle. Echange avec
le Musée National.
1946. Pertuisane, fin du XVIIe siècle, de l'armement des sous-officiers zurichois. Echange avec
le Musée National.
1947. Mousquet, daté 1615; marque inconnue.
Le Musée national de Zurich possède une arme
semblable, portant avec la même marque la désignation de la ville de Suhl, comté d'Henneberg.
Fie. 11.— Bacinet, XIV«-XV s., n° 1940.
Echange avec le Musée national.
1948-1955. Parties d'uniforme d'officier, XIX e siècle. Don de M. le D r
Audeoud.
1956. Epaulettes de tambour-major, Genève, XIX e siècle. Don de M. le D r
Audeoud.
1958-1964. Parties d'uniformes d'officier et de sous-officier, première moitié du
XIX e siècle. Don de M. Gambini.
1939. Drapeau de l'Ecole de tir des Amis du Mannequin, remplacé à l'occasion
du 50 me anniversaire de la fondation de la Société. Don de l'Ecole de tir des Amis
du mannequin.
H 63. Drapeau de l'Abbaye des Grenadiers, déposé au Musée en 1878 par la
Société fédérale des sous-officiers, et donné par elle en 1924.
Collections lapidaires.
Publications: La Pierre aux Dames, Journal de Genève, 13 avril 1924 (proposition de la transporter au Musée). — W. D., La Pierre aux Dames et les monumentdu passé genevois, Journal de Genève, 22 avril 1924 (Pierre aux Dames, dalle funéraire d'Amédée de la Palud, voir Genava, II, p. 56, N° 712.) — W. DEONNA, Légendes
et traditions d'origine iconographique, en particulier dans Vancienne Genève, Genava, II,
p. 257 (divers documents des collections lapidaires.) — J. TOUTAIN, La déesse Genava
et le culte des villes divinisées dans le monde gréco-romain, Genava, II, p. 99 (inscription
N° 328).
— 37 —
717. Meule ? romaine, provenant des fondations de l'immeuble N°42, rue de la
Croix-d'Or, démoli en 1923. Découverte intacte, elle a été brisée en trois morceaux
par les ouvriers.
716. Moulage d'une sculpture romaine, sans doute funéraire, encastrée au
sommet de la tour dite de César, à Nyon; le dieu Attis, en haut-relief. Cf. Une
sculpture romaine de la Tour de Nyon, Tribune de Genève, 8 mai 1924; Notre
Musée et les sculptures romaines de Nyon, Journal de Genève, 12 mai 1924; Gazette
de Lausanne, Un dieu phrygien à Nyon, 31 mai 1924; Indicateur d''antiquités suisses,
1924, p. 207.
718. Moulage d'un cippe funéraire encastré dans un mur de l'ancienne propriété
Duplessis, appartenant actuellement à M. Pache, à Viez, près de Nyon.
La forme est celle des cippes rectangulaires surmontés d'un fronton triangulaireOn aperçoit dans celui-ci l'ascia symbolique en relief 1 qui orne déjà d'autres pierres
funéraires de notre Musée 2 . Au-dessous, une bordure d'oves.
L'inscription, illisible en quelques points, est signalée avec quelques variantes,
dans le CIL 3 . Nous donnons notre lecture, vérifiée sur le moulage :
720. Moulage d'une inscription romaine, encastrée dans un mur de ferme à
Bonmont, sur Nyon; signalée dans le CIL 4 .
713. Linteau de porte, avec les lettres JHS en relief. Fin du XV e ou début du
e
XVI siècle. Faisait partie de la porte de l'escalier, dans la cour de l'immeuble
N° 42, rue de la Croix-d'Or.
714. Cul de lampe, avec tête de Christ sculptée. Fin du XV e ou début du XVIe
siècle. Ornait la porte du 1 er étage donnant sur l'escalier, dans l'immeuble N° 42
de la rue de la Croix-d'Or 5 .
1
Cf. entre autres références, CABROL , Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, s.v.
Ascia; Rev. archéol., 1915, I, p. 333-4, etc.
2
Dunant. Catalogue raisonné et illustré des séries gallo-romaines, p. 82, 200.
3
CIL, XIII, part II, fasc. I, p. 4, N° 5017. Sur les inscriptions de Nyon, ibid , N° 5000 sq :
IV, 1916, p. 31, N° LU.
4
CIL, XIII, n° 5005.
5
Cf. plus loin, BLOND EL, Chronique archéologique.
— 38 —
715. Cul de lampe, avec feuillage sculpté, même date, même provenance.
721. Moulage d'une dalle funéraire encastrée dans le porche de l'ancienne
abbaye de Bonmont, sur Nyon (Gaulthier de Laquemant de Brabant, 1495). Don
de M. Plojoux.
719. Moulage d'un médaillon sculpté sur le linteau d'une porte à l'annexe
du temple de Genollier (Vaud), avec la date 1528; actuellement déposé à l'intérieur du
Temple. Don de M. R. Campiche.
B. Beaux-Arts.
Conservateur : M. L. GIELLY.
Récentes publications sur des pièces de cette section:
A. STARING, La Tour en Hollande, Gazette des Beaux-Arts, mars 1924.
Les pastels du Musée de Genève: Opinion de M. L. GIELLY. Une lettre de M. D.
BAUD-BOVY, Semaine littéraire, 26 avril 1924.
Hans WENDLAND , Konrad Witz, Bâle, 1924.
Barthélémy MENN, Choix de lettres. Introduction par D. BAUD-BOVY; Zürcher
Kunstgesellschaft, Kunsthaus, Zurich.
ACQUISITIONS.
Deux séries importantes d'acquisitions ont été faites dans le courant de l'année
L'Office Fédéral du Travail avait bien voulu accorder au Musée, en 1923, une subvention de 17.000 francs pour acheter des œuvres à des artistes se trouvant dans une
situation difficile, en laissant toutefois entière liberté pour le choix qui devait se
faire selon les normes habituelles et en tenant compte de la valeur artistique des
œuvres. Le Musée a pu ainsi s'enrichir de plusieurs œuvres intéressantes et rendre
service à quelques artistes méritants.
D'autre part, dès 1923, le Musée était entré en pourparlers avec Mme Silvestre,
veuve et héritière du sculpteur Niederhaüsern, pour acquérir une collection d'œuvres
de cet artiste. La somme à débourser dépassait cependant les possibilités du Musée,
qui a obtenu l'aide du Conseil municipal, de la Fondation Gottfried Keller et de la
Confédération, ainsi qu'une donation importante de Mme Silvestre. 29 pièces de
Niederhaüsern vont donc entrer incessamment au Musée, qui aura la propriété
intégrale du plus grand nombre, les autres étant déposées par la Fondation Gottfried
Keller et la Confédération dans les conditions habituelles. Le Musée possédera de la
sorte une collection d'œuvres du plus haut intérêt d'un de nos plus grands artistes
suisses.
— 39 —
Citons, parmi les acquisitions les plus marquantes de l'année:
Léopold ROBERT , Portrait de M me H. Petitpierre (legs de M me D.-L. Butin).
H.-C. FORESTIER , Portrait de jeune femme (fonds Diday).
Trois paysages de Louis RHEINER , dont l'un acquis sur le fonds Diday,
et les deux autres donnés par la famille.
Deux études de Ch. GIRON .
DONS ET LEGS .
Don de Mme Mina RAMBAL : M. Rambal, Portrait de l'auteur, pastel (1924-1);
Portrait de P.-L. Rambal, pastel (1924-2); Portrait de M me Jenny Huber, pastel,
(1924-3).
Don de M me L. FLORENTIN : main de Ferdinand Hodler, moulage cire (1924-4).
Don de M. ARENZENA Y CHINCHILLA , Consul d'Espagne à Genève: Mariano
Fêlez, Port de mer, huile (1924-5).
Don de M. G. MAUNOIR: J .Burdallet, Vue prise au Denanton, dessin à la plume
(1924-19).
Don de Mme Ch. GIRON: Ch. Giron, Femme assise, tempera (1924-20) et « Deux
femmes assises », tempera (1924-21).
Legs de Mme D.-L. BUTIN, née Ponson: Lépold Robert, Portrait de Mme Philippine
Ponson, née Robert, dessin (1924-22) et Portrait de M me Henriette Petitpierre, née
Robert, huile (1924-23); James Vibert, Portrait de David Butin, bronze (1924-24).
Don de Mme H. d'AuRiOL: Ch.-J. Auriol, Platon enseignant ses disciples au cap
Sunium, huile (1924-30).
Don de M. AUBERT : Jean-Charles Toepfîer, F. Diday, plâtre (1924-31).
Don de l'hoirie RHEINER : Louis Rheiner, «le Bassin du Luxembourg», huile
(1924-33), et « Soleil du matin à Cannes » (1924-34).
ACQUISITIONS.
R. GUINAND , « Le Rond-point de Plainpalais », huile (1924-6).
F. BAUD, « Jeune fille », bronze (1924-7).
B. VAUTIER , « Femme mettant ses gants », huile (1924-8).
A. MAIRET, « la Rivière », huile (1924-9).
G.-R. HABERJAHN , « le Lac de Neuchâtel », huile (1924-10).
E. CASTRES, «Les Rochers de Naye, », huile (1924-11).
A. BLANCHET, « Jeune fille », huile (1924-12).
G. FRANÇOIS, « L'Eté », huile (1924-13).
F. SCHMIED , « Torse d'athlète » (1924-14).
P.-E. VIBERT , « Paysage », huile (1924-15).
A. SAUTERE , « L'Eté », huile (1924-16).
— 40 —
F. BLONDIN, « Portrait de l'artiste », huile (1924-17).
E. GILLIARD, « La Pileuse », huile (1924-18).
H.-G. FORESTIER, « Portrait de jeune femme », tempera (1924-25).
G. FRANÇOIS, « Etude de nu », huile (1924-26).
A. MORARD, « Le Village au pied de la Colline », huile (1924-27).
R. GUINAND, « Paysage », huile (1924-28).
C. DE ZIEGLER, « Paysage », aquarelle (1924-29).
L. RHEINER, « Bords de l'Aire », huile (1924-32).
C. Arts décoratifs.
Conservateur : M. A. DUFAUX.
ACQUISITIONS.
Une mention spéciale est due aux 14
miniatures de Louis Arlaud, acquises à
Copenhague, à l'occasion d'une vente aux
enchères, cela par l'obligeant intermédiaire
de Mlle M. Arlaud, descendante du célèbre
miniaturiste. La plus importante de ces
œuvres est un portrait sur ivoire de la
Princesse Loewenstein, d'après une toile
de Massot (fîg. 15). Les autres miniatures
sont, pour la plupart, des portraits de
membres de la famille Arlaud, dont une
branche s'est fixée au Danemark. Citons le
portrait du fils de l'artiste, de sa bru, Mme
Jacqueline-Pernette Arlaud, née Fine, et de
la mère de celle-ci : Mme J.-P. Fine, née
Plan. Cette même année, les Arts décoratifs
s'étaient déjà assuré la possession d'une
miniature de Louis Arlaud, portrait de Mme
Laure Hentsch, née de Chastel.
Ces apports ont permis d'affecter une
vitrine entière aux œuvres signées des Arlaud, soit
plusieurs miniatures de Jacques-Antoine Arlaud et une série importante de son petitneveu, Louis Arlaud-Jurine, le plus justement estimé de cette lignée de
portraitistes.
FIG .
12.— Montre or, 1830-1850.
— 41 —
La Société auxiliaire du Musée a contribué largement à faciliter cette opération,
prouvant ainsi, une fois de plus, que sa sollicitude s'étend à toutes les sections du
Musée.
Voici la liste des différentes acquisitions:
Métaux.
Montre or, mouvement signé « Bovet, Fleurier », décorée de fleurs sur fond gris,
genre dit «pour la Chine»; travail genevois, époque 1830-1850 (fig. 12).
Miniatures.
I. 61. Miniature sur ivoire, signée Arlaud (Louis Arlaud-Jurine). Portrait de
Laure Hentsch, née de Chastel.
I. 62. Miniature rectangulaire. Femme assise, costume Empire, par Arlaud.
I. 63.
Id.
I. 64. Miniature, buste de jeune femme.
I. 65.
Id.
I. 66
Id.
I. 67.
Id.
I. 68. Portrait de Jacqueline Pernette Arlaud, née Fine.
I. 69. Portrait de M me J.-P. Fine, née Plan.
I. 70. Portrait de la Princesse Loewenstein, d'après Massot (fig. 15).
I. 71. Portrait de François Arlaud, fils de l'artiste.
I. 72. Portrait grisaille du père de Louis Arlaud-Jurine.
I. 73. Portrait d'inconnu, costume d'« Incroyable », peint à l'huile sur carton
par L. Arlaud.
I. 74. Buste de femme, tête d'étude, par L. Arlaud.
I. 75. Miniature aquarellée sur papier. Profil tête femme, étude par L. Arlaud.
Emaux.
E. 368 bis. Croix en métal, découpé et champlevé, avec émaux variés, composée
et exécutée par M. Ch. Dunant, peintre-émailleur genevois.
E. 369. Flacon à parfum, émaux cloisonnés} œuvres de Mlle Le Roy,
E. 370. Cendrier, métal émaillé
}
émailleur à Genève.
E. 371. Sébille, décor champlevé, émaux
opaques sur cuivre patiné noir, de Mile Meylan, émailleur, Genève.
E. 372. Assiette émail sur cuivre, décor femme et cheval, cloisonnés d'or,
œuvre de M. Henri Demole, peintre-émailleur, Genève.
— 42 —
E. 373. Pot émail sur cuivre, de Mme Schmidt-Allard, émailleur, Genève.
E. 374. Email sur cuivre, ovale, portrait de M. Auguste
Eberlin, pasteur, par Mlle Juliette Hébert, artiste genevoise
(1837-1924).
E. 375. Bracelet composé de 5 plaques cuivre, émaux
cloisonnés d'or. Sujet: «Les Fables», et de 5 plaquettes
oblongues, composition et exécution de Mme de Siebenthal, née
Glitsch, artiste genevoise. Cette œuvre a obtenu le premier
prix ex-aequo au Concours Galland de 1924.
E. 376. Email sur cuivre, forme ronde. « Baptême du
Christ », œuvre de M. Georges de Traz, émailleur genevois.
E. 377. Email sur cuivre, rectangulaire, portrait
d'homme, XVIIIe siècle; auteur inconnu.
E. 380. Médaillon or, décoré de fleurs champlevées et
émaillées, sur fond d'opale. Travail genevois, XIXe siècle.
E. 379. 5 plaques ovales, émail sur cuivre, paysages
bords du Léman, par Ch. Glardon, artiste genevois (18251887).
E. 381. Email ovale, portrait d'un inconnu, signé FIG. 13. — Vase en verre, décor
de Daum frères.
« David Frainet », portraitiste genevois (1752-1788).
Verrerie.
V. 117. Vase en verre blanc, décor panthère or et arbres bruns, composé et
exécuté par M me J. Porto Matthey de l'Etang, artiste genevoise.
V. 118. Gourde allongée, verre blanc, décor noir ciselé de Daum frères à Nancy
(fig. 13).
Tissus.
T. 829. « Bébed » japonais, en batik de Djokjakarta.
T. 830. « Bébed » en batik de Soerakarta, acquis à l'exposition de M. Verneuil,
à la « Mutuelle artistique », Genève.
Estampes.
Promenades artistiques au Village Suisse, Exposition Nationale, 1896, à Genève,
suite de 25 eaux-fortes et pointes sèches, par Rodolphe Piguet.
Mlle DE BEAUMONT, 2 eaux-fortes.
M. EVERT VAN MUYDEN , 8 eaux-fortes.
Jean MUSSARD, Livre de divers ornements d'orfèvrerie, 7 pièces.
LORY fils, une sépia.
MULLER, d'après La Touche, 1 gravure « Le gué ».
DAUCHEZ, un paysage, eau-forte.
— 43 —
DONS E T LEG S .
Don du Musée d'horlogerie : un émail ovale sur cuivre, signé J. Dupont,
portrait d'André Chenevière, horloger genevois
(1815-1887).
Don de M. René LALIQUE, Paris: un vase
ovoïde, verre blanc, pièce unique, décor plante et
fleurs de poivrier.
Don de MM. DAUM frères, Nancy : Une
gourde en verre, teinte absinthe, franges à
l'acide.
Legs de Mme Emma ROBERT, née Scheimbet:
Une montre or de dame, décor XIXe siècle. Une
montre argent XVIIe siècle. Une montre argent
doré. Une chaîne de montre, acier. Deux broches
métal. Un nécessaire, écritoire et divers bijoux or.
Don de M. Jean DUNAND, orfèvre à Paris:
Grand vase cuivre avec anses. Décoré d'une frise,
sorbiers stylisés, avec fruits rouges (fig. 14).
Don de Mme L. GOLAY, à Paris : Un chapeau
paille souple, fond rond.
Don de Mme HOFFMANN, à Genève: Un costume
zurichois, début du XIX e siècle.
Don de M. REVERDIN , ingénieur: Un lot de
moulages plâtre, intailles et médailles.
FIG. 14.— Vase en cuivre, par Jean Dunand.
D. Cabinet de Numismatique.
Conservateur: M. Eug. DEMOLE .
Conservateur-adjoint: M. Edouard AUDEOUD .
E. DEMOLE , « Le pesage des monnaies », Journal de Genève, 27 mars 1924.
A. DONS .
De M. Edouard AUDEOUD, conservateur-adjoint du Cabinet de numismatique:
28559, Baie, Médaille de la Bataille de Saint-Jacques, 1444, par Hans Frei, 30 mm.,
arg. ; 28554 et 28555, deux pièces de nickel suisses, 1924; — de M. L. BLONDEL,
conservateur du Musée du Vieux-Genève: 28560, petit bronze du IV e s., trouvé
— 44 —
rue de la Pélisserie (démolitions), 1924; — de M. Charles BORGEAUD, professeur,
28572, modèle en bronze pour le moule de médaille fondue des Travaux des Tranchées, 1848; — de M me BRON -DUPIN: 28545, moulage en plâtre du portrait du
général Dufour, 95 mm.;— de M. Auguste CAHORN, architecte de la Ville: 29981 et
29982, 50me anniversaire des Sauveteurs auxiliaires de Genève, 24 mm. br. et et.;
— de M. Henri CAILLER, 29872-76, cinq pièces divis. belges, 1903-1923; 29877,
farthing anglais 1923; 29878-79, deux pièces divis. des Pays-Bas, 1870, 1917; 29996,
10 stotinski de Bulgarie 1913; 28539-40, Chambre de Commerce de Nice, deux pièces
divis. aluminium, 1922; 28546, deux-centimes de la République Argentine, 1894;
28547, 20 heller 1921 de Tchéco-Slovaquie, nickel; 28563, 25 centimes des Chambres
de Commerce de la région provençale, 1921 ; — de M. Albert CHOISY : 29989-95,
Russie, 7 billets de 3 à 500 roubles 1909-1912; — de M. Alexis FRANÇOIS: 28570,
plaquette en l'honneur de la proclamation de la République Tchéco-Slovaque,
28 octobre 1918, 150-175 mm. br. ; — de M. Garabadjan: 28538, pièce d'arg. du roi
Indo-Parthe Pacores Ier s. av. J.-C.; — du Comité delà médaille du Centenaire
de l'Escalade (1602-1902), 2 coins de service, droit et revers de la médaille de
l'Escalade, par Lamunière, 1902, 33mm.; du Comité du Guidon Genevois: 28571.
Médaille du 30me anniversaire de la Fondation, 33 mm. br.; — de M. L. Henry:
28564-65, médaille de Gambetta, 2 exempl. br. 23 mm. ; — de M. le Dr H. MAILLART:
29986-88, 50, 10 et 5 Rentenpfennig allemands, 1924 eu. ; — de M. le Dr Ernest de
le
MARIGNAC: 29983-84, 5 et 10 francs or, France 1854; — de MM. NAVILLE et C :
me
784 a, catalogue de vente de la collection Clarence S. Bernent, 2 part., 1924, in-4°,
pl.; — de M. Kurt SCHONRRUNN: 29880-81, deux billets de 1000 marks allemands,
avril 1910; — de la Section genevoise de la Société suisse de numismatique: 28566
médaille souvenir du banquet d'Escalade de la Société, 11 décembre 1897, pb.; —
de la Société des Exercices de l'Arquebuse et Navigation: 28567-68, médaille du
450me anniversaire de la fondation, 1474-1924, 24 mm. deux ex. arg. ; — de la
Société des voyages d'études médicales de France: 29980, une plaquette de bronze,
43-68 mm., 1922; -— de la Société médicale de Genève: 28553, médaille offerte par
la Société à MM. les docteurs J.-L. Reverdin, Adolphe d'Espine et Constant Picot
pour le 50me anniversaire de leur entrée dans la Société, 55 mm. br. ; — du Conseil
Administratif de la Ville: 29985, médaille du 50me anniversaire de la fondation des
Sauveteurs auxiliaires de Genève, 24 mm., br. ; 28561-62, médailles du Centenaire de
l'Ecole d'Horlogerie de Genève 1824-1924, 45 mm. deux exemp. arg. et br.
B. ACHATS.
28569. Quadruple thaler de Genève de 1593, Demole NO 476, fr. 5650.
Dès le début du monnayage de Genève, en 1535, et jusqu'à la fin du XVIe
siècle, les maîtres de Monnaie ont joué dans cet établissement un rôle prépondérant.
— 45 —
En effet, ils ne se bornaient pas à fabriquer les pièces que le Conseil ordonnait,
mais ils proposaient eux-mêmes des espèces nouvelles et, au besoin, ils les présentaient au Conseil avant même d'y être autorisés. C'est ainsi qu'on connaît un thaler
de 1554 et un autre de 1557, sans que le Conseil les ait décrétés et acceptés. C'est
ainsi, pareillement, qu'on signale à l'état d'unité des doubles et des quadruples
thalers émis de 1593 à 1598 par le maître Jean Gringalet sans que le Gouvernement
en ait autorisé la frappe. On conçoit dès lors que de telles pièces soient infiniment
rares et recherchées. Depuis plus d'un siècle un Musée allemand possédait un de
ces quadruples thalers, frappé en 1593, le seul de toute cette série extra légale qui
manquât à la collection de la Ville. Par une chance inespérée, l'Administration du dit
Musée ayant dû faire, au cours de l'an dernier, d'importantes acquisitions pour
lesquelles les fonds manquaient, elle obtint du gouvernement l'autorisation de se
défaire de quelques séries étrangères au pays, en échange des pièces qui lui étaient
offertes. Et c'est ainsi que par l'intermédiaire d'un antiquaire de Berlin et par les
bons soins de M. Th. Grossmann, qui s'est entremis très activement dans cette négociation, notre Cabinet a eu la bonne fortune d'entrer en possession de cette pièce
rarissime qu'il a fallu payer 5650 francs. Disons bien vite que la Société Auxiliaire
du Musée a grandement facilité cette acquisition par un don de 3000 francs dont il
faut lui être infiniment reconnaissants.
29882, Savoie, Humbert II, denier; —29883, id. Amédée III, id.; — 29884, id.;
— 29885, id.; — 29886, id. Amédée VI, fort escucelé; — 29887, id.; - 29888, id.,
Amédée VIII, Comte, obole de blanchet; — 29889, id.; —29890, id.; — 29891, id.;
— 29892, id.; 29893, id. Amédée VIII, Duc, demi-viennois; — 29894-95, id. Amé
dée VIII, duc, 2 forts; — 29896-29909, id. Amédée VIII, duc, 14 quarts; —
£9910-11, id. Amédée VIII, duc, 2 demi-gros; —29912, id. Louis, fort; —29913, id.,
quart; — 29914, id., Philibert Ier, parpayole; — 29915, id., Charles Ier, parpayole;
— 29916, fort; — 29917, id., blanchet; — 29918, id., % gros; — 29919, id.,
Charles II, quart; — 29920, id., parpayole; — 29921, id., gros; — 29922, id.,
trois-gros; — 29923, id., Emmanuel-Philibert, quart; — 29924, id., quart, 1570; —
29925, id., quart, 1576; — 29926-34, id., neuf quarts; — 29935-37, id,, trois parpayoles; — 29938, id., sol, 1579; — 29939, id.; 3-gros, 1560; — 29940, id., 3-gros,
1576; — 29941, id., 4-sols, 1575; — 29942, id,, lire, 1562; — 29943-46, id., CharlesEmmanuel Ier; 4 quarts s.m.; —29947, id., parpayole, 1580; —29948, id., 1581; —
29949, id., 1582; — 29950, id., 1584; — 29951, id., 1585; — 29952-53, id., 1586; —
29954, id., 1587; — 29955, id., 1597; — 29956, id., 1581; — 29957, id., 1587; —
29958, id., sol, 1595; —29959, id., 6 sols, 1629; — 29960, id., écu s. m.; — 29961,
id., Charles-Emmanuel II, quart d'écu, 1667; — 29962, id., demi-lire, 1652; —
29963, id., Victor-Amédée II, demi-lire, 1677; — 29964, id., 20 sols, 1677; —
29965, id., 1678; — 29966, id., 10 sols, 1679; — 29967, id., Charles Emmanuel III,
5 sols, 1736; — 29968, id., 10 sols, 1742; — 29969, id., 20 sols, 1747; — 29970, id.,
— 46 —
écu, 1757; — 29971, id., Victor-Amédée III, 7 sols 6 den. 1781; — 29972, id., 1793;
— 29973, id., 15 sols, 1794; — 29974, id., demi-écu, 1773; 29975, id., Achaïe, Louis,
fort.
29976. Neuchâtel, médaille de Philippe Godet, par F. Landry, 65 mm. br. —
29977. Suisse, Général U. Wille, par Huguenin, 27 mm., br. — 29978. Zurich,
Ducat s. m. (Charlemagne debout). - 29979. Zurich, l/2 couronne d'or s. m., par
Stampfer. — 29987. Neuchâtel, Pistole de 1713. — 29998. Sion, Triens mérovingien. — 29999. Sion, Triens mérovingien. — 30000. Sion, Triens mérovingien.
E. Vieux-Genève.
Conservateur: M. Louis BLONDEL.
Comme nous l'indiquions dans notre dernier rapport, le relevé des maisons
rurales dans le canton de Genève a été achevé. Ces travaux ont été complétés pardès dessins et perspectives exécutés par M. Paul Aubert. On comprendra l'importance, pour la connaissance de notre vie locale, d'une entreprise semblable, quand on
saura que 204 planches ont été exécutées, concernant 25 villages différents. De plus,
il y a des plans se rapportant au mouvement parcellaire, à la répartition des cultures
et à l'extension des forêts. La Commission cantonale pour la conservation des monuments et la protection des sites a fait déposer aux Archives du Vieux-Genève un
double de tous ces relevés, une copie ayant été envoyée à Baie au siège de la Société
des traditions populaires. Une exposition partielle de ces plans, en mai, au Musée,
a attiré l'attention du public sur cette question. Des photographies ont été prises
dans plusieurs villages pour compléter la documentation sur la construction rurale.
En ville, les travaux de transformation des vieux quartiers à la rue du VieuxCollège, rue de la Croix-d'Or, Pélisserie, Tour de Boël, ont été surveillés de très près.
Les résultats de ces recherches sont indiqués dans la chronique archéologique de
l'année. Si aucun objet de grande importance n'a été récolté, des observations intéressantes ont pu être faites et de nombreux débris de poterie gallo-romaine viendront
enrichir la documentation du musée archéologique.
Il est nécessaire de photographier et de noter les moindres indices, car les
maisons disparaissent avec une telle rapidité que dans peu d'années on aura perdu
tout souvenir exact de l'ancienne topographie de la ville.
ACQUISITIONS.
Environ 130 photographies, ville et campagne.
Un dessin gouache de Genève, vue de la Jonction, début du XIXe siècle.
— 47 —
DONS.
De la Commission cantonale pour la conservation des Monuments et la protection des Sites: 204 planches concernant l'enquête sur l'habitation rurale dans le
canton de Genève.
M. Jules CHATELET: Un lot de photographies de l'ancien grenier à blé et de
Coutance.
De M. W. BRASCHOSS: Une photographie des anciens moulins du Lignon.
De M. Marc CAMOLETTI: Une plaque gravée, de Jacques Nourrisson, de 7719,
concernant la maison de celui-ci.
De M. René CHARREY: Deux photographies, démolitions, rue de la Croix-d'OrMadeleine.
SOCIETE AUXILIAIRE DU MUSEE
RAPPORT DU PRÉSIDENT
Mesdames, Messieurs,
oici la seconde année que notre rapport annuel paraît dans la revue
Genava publiée par le Musée.
Cette innovation a été fort bien accueillie par nos membres qui
pourront suivre de plus près les transformations et améliorations
que subissent nos collections et qui leur porteront ainsi toujours
plus d'intérêt.
Grâce à ce nouvel avantage offert aux sociétaires de la Société Auxiliaire du
Musée, nous avons réussi à recruter un certain nombre de nouveaux adhérents et nous
avons la certitude que ce mouvement ne fera que se développer.
Décès. — L'an dernier, notre Comité a fait une perte très sensible en la personne
de M. Henry Tronchin, vice-président de notre Société depuis de longues années.
Plusieurs fois déjà, M. Tronchin nous avait manifesté l'intention de se retirer
du Comité en invoquant son état de santé qui l'empêchait d'être très régulier à nos
séances, mais nous l'avions toujours retenu parmi nous, car nous tenions à pouvoir
recourir à sa grande expérience et à ses connaissances dans le domaine artistique.
M. Tronchin, propriétaire d'une des plus belles résidences des environs de Genève,
possédait lui-même des collections d'une grande valeur; c'était un connaisseur avisé
qui nous était fort utile, grâce à son goût éclairé et à ses relations étendues. Notre
Comité perd en lui un collègue dont les conseils étaient toujours précieux.
Membres. — Nous enregistrons avec satisfaction cette année une augmentation
du nombre de nos membres dont l'effectif a passé de 343 à 352.
Comité. — Les membres suivants du Comité viennent en réélection cette année:
MM. Jacques Chenevière, Pierre Lansel, Camille Martin, Lucien Naville, Emile
Rivoire, qui sont rééligibles pour trois ans.
— 49 —
Achats. — H y a déjà longtemps que le Cabinet de numismatique cherchait à
acheter un quadruple thaler de Genève de 1593, pièce unique et qui était autrefois dans
un musée allemand. Après de longues négociations, M. Eu g. Demole a réussi à l'acquérir et
notre Société n'a pas hésité à contribuer à cet achat par une subvention importante. C'est,
en effet, une occasion qu'il ne fallait pas laisser échapper d'assurer à notre Musée une des
rares pièces genevoises qui ne figurent pas dans ses séries.
Je ne puis mieux faire que de laisser la parole à M. Demole au sujet de cette
acquisition; voici la note qu'il nous a remise:
« II est intéressant de constater que les premières pièces genevoises d'or et
d'argent ont été la plupart du temps émises grâce à l'initiative des maîtres de
Monnaie et non point d'après un plan du Conseil. En matière monétaire, celui-ci
est hésitant, timide, et l'on a parfois l'impression qu'il n'y entend pas grandchose, tandis que les maîtres de Monnaie ayant déjà, pour la plupart, travaillé
dans les ateliers de Savoie et de France, connaissaient à fond leur métier et
étaient fort entreprenants, parfois trop.
« A la fin du XVIe siècle, on voit surgir des pièces qui ne paraissent pas avoir été
frappées de l'aveu du Conseil; elles sont tout à fait insolites quant à leur poids
(pieds forts) et sont frappées par le maître de Monnaie, Jean Gringalet. Ce sont
des quadruples thalers de 1593 et 1598, puis un double thaler de 1596. La
première de ces pièces, déjà décrite en 1780, se trouvait conservée dans un musée
de la Saxe et il y avait peu d'espoir qu'elle pût jamais entrer au Cabinet de
Genève. Cependant, grâce aux circonstances économiques actuelles, et surtout
grâce à l'aide précieuse de la Société Auxiliaire du Musée, c'est aujourd'hui un
fait accompli.
« Les deux autres pièces mentionnées plus haut et considérées comme uniques ont pu être acquises par le Cabinet à la fin du siècle passé.
« II reste encore et principalement à acquérir deux thalers, de 1554 à 1557,
frappés par les maîtres de monnaie et dont on ne connaît pas d'autres exemplaires. Ils sont conservés dans une collection de la Suisse allemande. Le moment
venu de les acquérir, il y aura un gros effort à faire. »
Le Conservateur des Arts décoratifs, M. Dufaux, était avisé il y a quelques
mois par une descendante du miniaturiste Arlaud, qu'une série de 25 miniatures de
ce peintre célèbre figureraient dans une vente à Copenhague.
Au premier abord, il nous apparut que cette vente se ferait à des prix très élevés et
que le Musée n'aurait pas beaucoup de chances d'en acquérir plus de 3 ou 4 exemplaires. M. Dufaux ne se laissa pas décourager et chargea un représentant de miser
pour le Musée. A notre grande surprise, il a été possible d'obtenir 14 miniatures à des
conditions extrêmement avantageuses. La Société Auxiliaire a été très heureuse de
pouvoir donner son appui à cette acquisition.
4
— 50 —
II y a bien des gens à Genève qui ne sont jamais descendus à la section des Arts
décoratifs dans la salle réservée aux émaux et miniatures. C'est pourtant un des arts
dans lequel les artistes de notre ville se sont le plus distingués. La vitrine réservée à
Arlaud est maintenant une des plus charmantes réalisations de notre Musée. La principale miniature qu'on y voit est une reproduction du portrait de la princesse Lœwenstein, par Massot (fig. 15) ; les autres, qui sont en partie des portraits de membres de la
famille Arlaud, ont un attrait indéfinissable.
Est-ce la fraîcheur des teintes, l'état de
conservation unique de ces pièces qui en fait
leur charme ? Vient-il de ces subtils accords
de tons ou des expressions si vivantes des
personnages? Nul ne le sait, mais on peut
bien dire que, par cette heureuse acquisition,
M. Dufaux a réussi à mettre plus en valeur
encore notre compatriote, le peintre LouisAmi Arlaud-Jurine.
Pour terminer, je vous signalerai
l'acquisition faite par notre Société de la
collection d'étains de M. Edouard Audeoud.
Nous avons appris, l'année dernière, par
M. Ernest Naef, membre du Comité, que M.
Ed. Audeoud était disposé à se défaire de sa
collection d'étains, une des plus belles de
notre ville, mais qu'il désirait qu'une partie
des pièces les plus importantes et les plus
FIG. 15. — Portrait de la princesse Lœwenstein.
rares pussent entrer au Musée.
Nous n'avons pas hésité à acheter en bloc les quelques neuf cents étains de la
collection que M. Audeoud a bien voulu nous laisser à des conditions très favorables;
nous avons l'intention de la mettre en vente à Zurich à la fin du mois d'avril 1925 et
nous nous porterons acquéreurs aux enchères d'un certain nombre de pièces que
nous jugerons les plus intéressantes.
Il reste entendu naturellement que chaque collectionneur pourra miser et que le
Musée ne se réserve, hors vente, que deux channes genevoises dont les poinçons
sont les seuls spécimens connus à ce jour.
De plus en plus les étains de valeur ont passé dans des collections privées et
et nous nous sommes rendus compte que, si nous voulions acquérir dans de bonnes
conditions les exemplaires qui manquent au Musée, nous ne devions pas hésiter
à acheter une collection entière et à courir le risque d'une vente publique.
Je ne dois pas manquer de vous dire que M. Edouard Audeoud nous a fait don,
pour le Musée, d'une collection de marques de potiers d'étain comprenant 221 marques
diverses. Elle a été constituée à une époque où les marques étaient très peu recherchées
et il serait tout à fait impossible de la refaire de nos jours. Enfin, M. Ed. Audeoud a
bien voulu y ajouter quelques livres relatifs aux étains, ainsi que 126 dessins de
marques de potiers d'étain de Genève par A. S. van Muyden.
Nous sommes très reconnaissants à M. Audeoud d'avoir facilité à la Société
Auxiliaire l'acquisition d'une collection d'un si haut intérêt pour le Musée.
Le Président: Emile DARIER.
RAPPORT DU TRÉSORIER
Mesdames, Messieurs,
Pour l'exercice 1924, le capital de la Société est resté sans changement.
Notre portefeuille titres, en ce qui concerne le compte ordinaire, a diminué
de 1 Lot Genevois, appelé au remboursement, et nous avons échangé 17 obligations
4% Crédit Foncier de Stockholm 1906 contre Fr. 9.000,—, capital obligations 4 %
Chemin de fer fédéraux 1923, 3 me électrification. Nous avons, en outre, échangé
$ 5.000 capital obligations 4 % Japonais 1931 contre $ 4.000 capital Emprunt
suisse 5 V2 % 1946.
La différence d'évaluation des titres du compte ordinaire est en diminution
de Fr. 43,60 à Fr. 11.015,40, solde passif.
En ce qui concerne le Fonds Gillet, nous avons échangé 65 obligations 3 l/2 %
Ville de Genève 1905 contre $ 4.000 Emprunt suisse 5 l/2 % 1946.
Par suite de la baisse du dollar, le compte différence d'évaluation des titres du
Fonds Gillet a diminué de Fr. 476,55 et présente un solde actif de Fr. 6.291,70.
Les revenus ont atteint Fr. 10.854,80, en augmentation de Fr. 685,80; les
dépenses se sont élevées à Fr. 818,35, les acquisitions d'objets à Fr. 4.500 et après
absorption du solde débiteur de l'année précédente, le report à nouveau est de
Fr. 5.065.
Nous avons passé le premier versement effectué à M. Edouard Audeoud pour
l'achat de sa collection d'étains à un compte spécial qui figure à notre bilan. Quand la
vente aux enchères aura été faite, nous solderons ce compte et passerons au débit
du compte de Profits et Pertes le coût des étains que nous aurons achetés.
Le Trésorier: Guillaume FATIO.
— 52 —
BILAN AU
Actif
Fr.
Titres divers. . . .
Titres du Fonds Gillet
Différence d'évaluation titres divers .
MM. Hentsch, Forget
& Co .....................
1er versement effectué pour l'achat de
la collection d'étains de M. Ed.
Audeoud
31 DECEMBRE 1924.
Passif
64.341,—
83.04911.015,40
1.334,05
10.000,—
Fr.
Membres à vie . . . Fr.
Fonds capital, capital inaliénable, legs
et dons d'hoiries .
Fonds Vieusseux . .
Fonds Gillet
($ 20.000 capital) .
Réserve pour différence d'évaluation
sur Fonds Gillet .
MM. Darier & Co. .
Fonds pour l'achat
de peintures d'Agasse . . . . . .
»
Solde de l'exercice
17.250,—
Fr.
169.739,45
10.584,75
50.000,—
80.146 —
6.291,70
202,—
200 —
5.065,—
169.739,45
COMPTE DE PROFITS ET PERTES .
Fr.
»
471,45
818,35
»
»
4.500,—
5.065,—
Avoir
Cotisations annuelles Fr.
Revenus des fonds
de la Société . . . »
Revenus du Fonds
Gillet.
. . . »
Fr.
10.854,80
Fr.
Doit
Solde ancien . . . .
Frais généraux. . .
Objets achetés en
1924 ......................
Solde à nouveau . .
1.679,—
4.497,80
4.678,—
10.854,80
CAPITAL EN OBJETS .
Valeur des objets achetés ou reçus en dons par la Société Auxiliaire
et remis au Musée de Genève du 14 avril 1897 au 31 décembre
1924. .............................................................................................. Fr. 189.425,55
— 53 —
RAPPORT DES VÉRIFICATEURS DES COMPTES
Mesdames, Messieurs,
Conformément au mandat que vous nous avez confié à l'Assemblée générale
de 1924, nous avons vérifié les comptes de la Société Auxiliaire du Musée et les
avons trouvés parfaitement en ordre.
Les chiffres du bilan et des comptes ont été pointés et trouvés conformes.
Nous n'avons rien de spécial à signaler et nous vous proposons de donner
décharge à notre caissier avec vifs remerciements pour les soins donnés aux intérêts de notre Société.
Genève, le 20 mai 1925.
Les vérificateurs des comptes,
Jacques MARTIN.
Léon BOVY .
LA BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE ET UNIVERSITAIRE EN 1924
A. DONS ET ACQUISITIONS1.
1. Imprimés.
su le professeur Lucien Gautier, qui, de son vivant déjà, avait en
maintes occasions témoigné de l'intérêt bienveillant qu'il portait à la
Bibliothèque par des dons importants, avait manifesté le désir que
celle-ci, après sa mort, entrât en possession de sa bibliothèque
palestinienne, et sa famille a pieusement exécuté ses intentions. La
Bibliothèque est donc devenue propriétaire d'une collection de près de
douze cents volumes relatifs à la Palestine, réunis par Lucian Gautier avec le soin et la
méthode qu'il apportait à tout ce qu'il faisait. La géographie, l'histoire, les voyages
surtout, y sont abondamment représentés. Elle renferme aussi les publications des
sociétés allemande et anglaise qui ont été fondées il y a une cinquantaine d'années en
vue de l'exploration scientifique de la Palestine. Pour l'étude de ce pays, la
Bibliothèque offrira désormais une documentation de premier ordre, qu'elle s'efforcera
de tenir à jour.
M. Charles Meunier, de Paris, a augmenté la collection donnée précédemment par
lui de six ouvrages nouveaux, dont quatre sont ornés de ces riches reliures en cuir
ciselé dont il a la spécialité. Sa collection, offerte à la Ville de Genève en souvenir de son
ami Frédéric Raisin, compte actuellement 621 numéros; la littérature française
moderne et l'histoire de la reliure y sont représentées par des exemplaires de choix,
dont la valeur est augmentée par les lettres et dédicaces des auteurs qui y sont
insérées ou par les divers états des illustrations. On y trouve le manuscrit autographe
de plusieurs œuvres d'écrivains connus, tels que le poète Robert de Montesquieu.
Quelques-unes des reliures les plus remarquables de la collection sont exposées dans une
galerie du premier étage de la Bibliothèque (Salle Eynard).
1
Nous ne pouvons citer ici que les acquisitions et les dons les plus importants, renvoyant
le détail au compte rendu annuel de l'administration municipale.
— 55 —
La Bibliothèque a recueilli un intéressant souvenir de son bienfaiteur Ami
Lullin. Il s'agit d'un exemplaire de l'ouvrage de Wood intitulé: Historia et antiquitates Universitatis Oxoniensis (Oxonii, 1674, 2 vol. fol0), dans une reliure de maroquin
rouge richement décorée d'ornements dorés et mosaïques, et dont chaque volume
contient une adresse imprimée annonçant que cet ouvrage, ainsi qu'une Bible en
anglais, a été offert à Ami Lullin et à J.-J. Burlamaqui, par l'Université d'Oxford,
en juin 1721, en témoignage de leur zèle et de leur érudition.
Grâce à son Fonds auxiliaire, la Bibliothèque a pu représenter plus dignement
sur ses rayons la littérature suisse alémanique par l'achat d'environ 200 volumes
d'auteurs modernes, de Jérémias Gotthelf à Carl Spitteler, et elle a pu acquérir de
beaux ouvrages récents, tels que celui de Ganz sur les précurseurs de la Renaissance en Suisse, et celui de Stanley Morison, qui contient de nombreux spécimens
de l'art typographique de 1500 à nos jours.
Mais surtout, le Fonds auxiliaire a fourni à la Bibliothèque le moyen d'acquérir
trois ouvrages rarissimes imprimés à Genève à la fin du XVe et au commencement du
XVIe siècle, qui manquaient encore à ses séries et qui se sont trouvés en vente presque
simultanément. Ce sont, dans l'ordre chronologique:
1° Liber aggregationis seu liber secretorum Alberti Magni de virtutibus herbarum,
lapidum et animalium quorundam. Car. goth. S. 1. n. d., in-4°, 28 f. n. ch.
Ce petit livre qui traite des vertus magiques des herbes, des pierres et des
animaux, et qui est attribué faussement au docte Albert le Grand, le célèbre
philosophe et savant du XIIIe siècle, eut un succès considérable dès le moyen âge. Il
en a paru d'innombrables éditions, en diverses langues et en divers lieux, dès le
quatrième quart du XV e siècle jusqu'au XIX e . Ce qui donne un intérêt spécial à
celle-ci à notre point de vue, c'est qu'elle fait partie d'une série encore mal connue
d'incunables genevois, imprimés avec les mêmes caractères et les mêmes lettres
ornées et dont certains portent le nom de l'imprimeur Louis Cruse. En outre, elle
présente des différences notables avec les deux éditions déjà connues du Liber
aggregationis qui appartiennent à cette série et elle offre des variantes qui n'avaient
pas encore été signalées. Notre exemplaire est dans un très bel état de conservation.
2° Le livre de passe temps de la fortune des dez, ingénieusement compillé par
maistre Laurens Lesperit... Translaté dytalien en francoys par maistre Anthitus Faure.
Imprimé après ceulx de Venise et visité à Pampelune par maistre Guy Courtois.
Car. goth. S. 1. n. d., in-fol°, 41 f.
Il s'agit d'un ouvrage dont la première édition, en italien, parut probablement
à Vicence, vers 1473, et qui eut une grande vogue à la fin du XVe et dans tout le
XVIe siècle. L'exemplaire acquis par la Bibliothèque est le seul connu d'une édition
restée ignorée des bibliographes; Th. Dufour fut le premier à l'identifier et à recon-
— 56 —
naître, par l'examen des caractères, qu'elle avait dû sortir des presses de l'imprimeur
genevois Jean Belot, entre 1505 et 1510. Th. Dufour avait eu cet exemplaire en
communication d'un libraire il y a une douzaine d'années, et, la Bibliothèque n'ayant
pu l'acquérir alors à cause de son prix trop élevé, il en avait rédigé une description
détaillée. N'ayant pas trouvé amateur, ce volume a été offert récemment de nouveau à
la Bibliothèque et cédé pour un prix de moitié inférieur à celui demandé précédemment.
L'auteur, Lorenzo Spirito, est un poète pérugin qui vivait dans la seconde
moitié du XVe siècle. Son Livre de passe temps, en italien Délie sorti, eut, jusqu'à la
fin du XVIe siècle, de nombreuses éditions, en italien surtout, en français et peutêtre en d'autres langues. Notre exemplaire est orné de gravures sur bois très curieuses,
de style nettement italien, qui ne semblent pas avoir été exécutées dans notre
ville. Il est malheureusement incomplet de trois feuillets, et une partie de ceux qui
subsistent, dont l'angle inférieur avait été mutilé, ont été anciennement l'objet
d'une réparation, assez habile il est vrai. La
reliure, en parchemin, est relativement
moderne.
Dans ce curieux livre « sont données
subtillement par calculation responses a vingt
folles
questions
ou
demandes
que
communément font simples gens », telles que :
« Se (si) la vie doit estre eureuse », « Se ta
femme est bonne et juste », « S'il est bon de faire
ung voyage », etc.
3° Merveilles advenir en cestuy an vingt et sis.
Révellé par les dieux. Car. goth. S. 1. n. d., pet.
in-8 de 8 f. n. ch.
Cette petite plaquette, imprimée à Genève
par Wigand Koeln, probablement au commencement de 1526, a été réimprimée par Th. Dufour
en 1893; elle forme le n° 1, et unique, de la
Collection des bibliophiles genevois, que Dufour ne
continua malheureusement pas. L'exemplaire
utilisé par lui pour sa réimpression était alors le
seul connu et faisait partie de la bibliothèque
de Lignerolles. Dès lors il avait appris l'existence
d'un second exemplaire à la Bibliothèque colombine, à Séville. Celui que la Bibliothèque a acquis est le troisième. Le titre de cette
plaquette est orné, au recto et au verso, de quatre petits bois assemblés représentant
— 57 —
des sybilles (fig. 1) ; au verso est ajouté un cinquième bois représentant la Crucifixion.
« II ne s'agit pas ici d'une Pronostication proprement dite, dit Th. Dufour dans son
introduction, 'telle qu'il s'en imprimait alors partout, à Genève comme ailleurs ;
l'auteur a voulu au contraire railler les astrologues... Sous une forme plaisante, il a
entendu montrer le ridicule de leurs prophéties et il les a imités jusque dans la
liberté comique de leur langage. »
Le retour dans leur lieu d'origine de ces trois ouvrages, retour coûteux dont le
Fonds auxiliaire de la Bibliothèque a fait à lui seul presque tous les frais, porte à
une soixantaine le nombre des ouvrages imprimés à Genève de 1478 à 1535 dont
un exemplaire au moins existe maintenant dans notre Bibliothèque. Th. Dufour en
a recensé, pour la même période, le triple.
2. Manuscrits.
1° Une lettre a. s. de Franz Liszt au baron d'Eckstein, datée: Genève,le 31 mars
1836 !. (Achat.)
2° Une lettre a. s. de Sismondi au syndic Joseph DesArts, datée: Genève,
2 septembre 1814. (Don de M. Léon Matthey.)
3° Dix lettres a. s. de Rodolphe Rey à Miss Florence S. Courthope, 1871-1874.
(Don de .M me Last, née Courthope.)
4° Une pièce de vers d'H.-F. Amiel, écrite sur le feuillet de garde d'un exemplaire de Jocelyn de Lamartine (édition de Paris, 1841), offert par Amiel à sa sœur
« en ce jour de l'an 1852 ». (Achat.)
3. Portraits.
Un pastel, par Guillebaud, du pasteur Etienne-Salomon Reybaz, représentant
de la République de Genève près la République française, a été acquis dans le Canton
de Vaud. Signé et daté de 1766, il mesure 24,5 x 32,5 cm. ; Reybaz y figure dans une
pose méditative, la plume à la main, assis devant un rideau qui cache à moitié les
rayons de sa bibliothèque (fig. 2). L'élégance de son habillement, du rabat aux
manchettes, rappelle un abbé de cour plus qu'un ministre genevois. Aussi bien
Reybaz eut-il quelques démêlés d'ordre somptuaire avec la Vénérable Compagnie,
et l'indignation vertueuse de ses collègues à l'égard des modes nouvelles lui a-t-elle
inspiré un acte héroï-comique, intitulé Le Catogan vainqueur2, auquel le pastel de
1
2
Elle a été publiée par M. R. Bory dans le Journal de Genève du 26 mai 1924.
Cf. GUILLOT , Alex.: Un poète de la Suisse romande. Genève, 1887, p. 12.
— 58 —
Guillebaud vient apporter une illustration inattendue. Jusqu'ici on ne connaissait
de Reybaz que la reproduction de ce portrait placée en tête de son recueil de
sermons. Un hasard heureux nous a fait découvrir, en quatrième page d'un journal,
entre deux annonces commerciales, l'existence de l'original.
Genève passe pour être une pépinière de théologiens. C'est sans
doute pourquoi le second portrait .
que nous avons à mentionner représente
encore un personnage en robe et en
rabat. Il s'agit de César Malan ' père.
Le pastel (45,5 x 55 cm.) que sa
descendante, Mlle Hélène Malan, a bien
voulu nous remettre, n'a peut-être pas
le charme un peu mièvre de celui de
Guillebaud, mais il présente cet intérêt
d'avoir été peint par Malan lui-même «
à l'âge de vingt-quatre ans ».
Nous devons à la délicate attention
de Mme Hippolyte Aubert-De La Riie
le médaillon en plâtre qu'a fait de son
mari Mlle Germaine Gautier. Le portrait
de l'ancien directeur de la Bibliothèque
a été placé dans l'annexe (Salle de
lecture) qui fut sa création, et rappelle
ainsi d'une manière immédiate l'œuvre
féconde de notre prédecesseur.
FIG. 2.
- Portrait de Reybaz, par Guillebaud.
Nous tenons à mentionner en outre ici, bien qu'ils ne soient entrés à la Bibliothèque qu'en janvier 1925, les portraits de Calvin et de Th. de Bèze légués par Henry
Tronchin (†30 novembre 1924). Ce sont deux portraits du XVIe siècle peints à l'huile
sur panneau, de dimensions presque identiques (42 x 29 cm), qui ont appartenu
tous deux à Théodore de Bèze. Celui qui le représente porte la devise: Tege quod
fuit, quod erit rege, et l'indication: « Theodorus a Beza, anno aetatis LXXVI,
1595 ». Celui de Calvin porte cette inscription: loannes Calvinus, obiit 1564, Ce
sont deux documents dont l'intérêt iconographique est de premier ordre 1.
1
Sur ces deux portraits, voir l'article de J. CROSNIER intitulé: « Bessinge » dans Nos Anciens
et leurs œuvres, 8me année, 1908, p. 75 ss; et E. DOUMERGUE. Iconographie calvinienne (Lausanne,
1909, 4°), p. 49 ss. Si l'inscription du portrait de Calvin est, comme il semble, contemporaine
de la peinture, ce portrait n'a pas été exécuté du vivant de Calvin, comme le croit Doumergue.
— 59 —
4. Estampes et Cartes.
1° Une gravure sur cuivre, du XVIIIe siècle, représentant Genève vue de la
région de Pregny, non signée, avec cette légende : « A prospect of Geneva and the
lake from the North. » (Achat.)
2° Une gravure sur cuivre coloriée, par J.-Ant. Linck, avec cette légende:
« A Mournex » et représentant un coin du village de Mornex sur le Petit Salève
(Hte Savoie). (Id.)
3° Un plan manuscrit de Genève et de ses environs immédiats, avec la légende :
« Geneva civitas », fait en août 1752 par Pierre Mouchon; le plan rappelle, par son
exécution, ceux de J.-B. Micheli du Crest conservés au Département des travaux
publics et aux Archives d'Etat. (Don de M. Emile Chaix.)
B. — EXPOSITIONS.
Deux expositions temporaires ont été organisées à la Salle Ami Lullin. L'une
réunissait, à l'occasion de la conférence faite par M. L. Polain sur « Les premiers
typographes genevois et leurs œuvres », les incunables genevois qui se trouvent à
Genève, dans nos collections ou dans des collections privées, ainsi que les livres
liturgiques des diocèses de Genève et de Lausanne avant la Réforme. Mme Th. Dufour et
Mlle Vuy avaient aimablement prêté quelques exemplaires provenant de leur
bibliothèque. L'autre a montré, à l'occasion de l'anniversaire de l'Escalade, quelques
gravures, chansons et récits anciens relatifs à cet événement.
A ce propos, nous devons constater que trop de gens encore ignorent la Salle
Ami Lullin ; nous aimerions qu'elle fût visitée plus fréquemment par les Genevois
ils y trouvent, à côté d'autres documents, une galerie de portraits qui illustre fort
bien notre passé historique et intellectuel.
Nous avons édité cette année un petit guide en quatre pages à l'usage des
visiteurs.
CONSERVATION DES MONUMENTS ET PROTECTION DES SITES 1
La Commission s'est intéressée aux questions suivantes:
CONSERVATION DES MONUMENTS .
Modifications architecturales apportées à divers immeubles, classés ou non
(rue Calvin prolongée ; terrasse de l'immeuble de la Société de lecture, Grand'Rue, 11 ;
Grand'Rue, 15).
Transformation du temple de Carouge 2 .
Conservation et aménagement des canons sous l'ancien arsenal, et des fresques
de G. de Beaumont3. Le Conseil d'Etat n'a pris encore aucune décision à ce sujet.
RELEVES .
Continuation des relevés des maisons rurales dans le canton 4 .
PROTECTION DES SITES .
Conservation des bois le long de l'Aire 5. La correction de l'Aire est abandonnée
pour le moment.
Enseignes lumineuses sur les quais ; affichage dans la ville et à la campagne.
Déblais élevés par l'usine électrique près du village de Chancy.
Construction d'un restaurant lacustre à la Console.
Navigation dans la rade de Genève et sur le Rhône.
1
Genava, I, p. 118 sq.; II, p. 80 sq.
Ibid., II, p. 80; Patrie suisse, 25 février 1925, p. 45-7.
Ibid., II, p. 80, 387.
4
Ibid., I, p. 127; II, p. 80; III, p. 17,46, exposition de relevés et de photographies de maisons
rurales.
5
Ibid., II, p. 80.
2
3
— 61 —
Nouveau tracé de raccordement et nant Cayla 1 .
Remaniement parcellaire autour des ruines du château de Roelbau 2 . Par
arrêté du Conseil d'Etat du 21 novembre 1924, la parcelle remise en propriété à
l'Etat est réduite, mais la zone de protection s'étend sur une plus grande superficie.
ARRETES DE CLASSEMENT.
Plusieurs propriétaires ont recouru contre l'arrêté de classement du 18 décembre
19233.
Le Conseil d'Etat n'a classé aucun monument en 1924.
1
2
3
Cf. Paysage et raccordement. Journal de Genève, 26 février 1924.
Genava, II, p. 80.
Ibid., p. 81.
L'église La Madeleine, en 1837.
(D'après une aquarelle d'Albert Hentsch.)
CHRONIQUE DES DÉCOUVERTES ARCHEOLOGIQUES
DANS LE CANTON DU GENÈVE EN 1924
L. BLONDEL.
I. PERLY. Villa romaine.
les derniers jours du mois de mai, les ouvriers qui posaient
un collecteur dans le village de Perly ont traversé avec leurs
fouilles une série de substructions intéressantes (fig. 1). Le village
de Perly n'est pas un village aggloméré, il comporte quatre groupes
distincts d'habitation. En mettant à part les immeubles modernes
qui sont près de la douane, sur la route de St-Julien, trois autres
mas de maisons s'échelonnent du N.-E. au S.O. sur le vieux chemin
qui va de Confignon à
l'école de Perly. Des
fragments de maçonnerie
ont été retrouvés entre les
deux mas de l'est.
Les travaux ont tout
d'abord mis à découvert
une première aire bétonnée, large de 9 mètres et
épaisse de 1 m. 20, qui
s'arrête du côté du Salève, contre une maçonANS
FIG .
1. — Villa romaine de Perly.
nerie assez soignée, encore visible dans le fossé du chemin. Ce sol mélangé de
tuiles et de briques pilées traverse entièrement la largeur de la route. Il a offert
une grande résistance à la
— 63 —
pioche et il reposait sur un lit de gros cailloux. Sans doute nous avons là les
bases d'une salle antique. En remontant la route dans la direction de l'école,
54 mètres plus loin, on a découvert successivement des séries de murs et de
bétonnages très durs, qui s'échelonnent jusque devant la maison extrême du
deuxième mas du village. Sur tout cet espace, le terrain est rempli de débris
de grosses tuiles romaines à rebord. Le peu d'importance des fouilles ne nous
a malheureusement pas permis de récolter des poteries ou des fragments plus
intéressants. Le champ et le pré voisins, au S.E. du chemin, appelés « Au
champ bosse », sont connus des habitants pour recouvrir à peu de profondeur des
restes de fondations. Moi-même j'ai recueilli là de la poterie et des tuiles. C'est
en effet sur ce plateau que devait s'étendre la villa antique, signalée par des descriptions sommaires. Les travaux ont coupé de part en part, sur une distance d'environ
85 mètres, probablement du côté nord, cet ensemble de bâtiments, mais il est
encore impossible de connaître la surface qu'il occupait perpendiculairement au
chemin. Il faut remarquer que cette route n'est pas antique, puisqu'elle traverse les
substructions, au lieu de les longer.
La première mention de la villa de Perly date du 12 janvier 18651 .
« M. Albert Pictet donne lecture d'une note sur des antiquités découvertes
en 1856 dans un champ près du village de Perly, c'est grâce à M. Détraz, régent
dans cette localité, qu'il a pu avoir quelques renseignements et qu'il est à même
de présenter un petit nombre d'objets, savoir: une petite lampe, un lapin en terre
cuite 2 , des boules de verre et des fragments d'anneaux. L'ouvrier chargé d'un
minage, qui avait trouvé ces objets, vendit à un orfèvre le reste de sa trouvaille,
consistant en lamelles d'or fort minces et en quelques monnaies. M. Gosse estime
que ce qui a été recueilli par M. Pictet appartient à l'époque gallo-romaine. »
La villa de Perly devait couvrir une superficie importante, à en juger par les
quelques murs retrouvés. Tout près passait la grande voie Genève-Seyssel-Lyon.
Encore au XVIIIe siècle, au bas de la montée d'Arare corrigée récemment, le
«grand étraz » se bifurquait; une branche passait par Perly, le mas de l'école:
elle existe encore; l'autre, la plus suivie, s'incurvait le long du nant des Fontainelles
sous Bardonnex pour revenir sur St-Julien. A l'époque française, cette grande
route d'Annecy a été rectifiée.
M. B. Reber avait signalé qu'en 1889, en construisant la route de St-Julien,
on avait coupé à angle droit un aqueduc, sa direction étant N.E. —S.O., à une profondeur d'un mètre, en béton, de très petite dimension3 . Les ouvriers du drainage
1
2
3
Soc. Hist. et Arch. Genève, Procès-verbaux, 12 janvier 1865.
Musée archéologique, n° G. 1029.
Mém. et Doc. Sco. Hist. et Arch. Genève, t. XXIII, p. 302 et suiv.
— 64 —
ont retrouvé cette année ce canal dans la pente en-dessous de la gendarmerie.
Les observations de M. Reber concordent avec les nôtres; la direction de l'aqueduc
conduit à l'emplacement de la villa bien desservie d'eau potable.
Maintenant que la situation de la villa de Perly est parfaitement déterminée,
des sondages pour obtenir plus de précision sur son plan pourraient être exécutés
facilement.
II. ECOGIA. Canalisation antique.
L'entreprise de drainage de Versoix m'a signalé au mois d'octobre la découverte
d'un important canal près d'Ecogia (fig. 2). Alors qu'on effectuait les fouilles pour
la pose d'un collecteur de base, on a
coupé cet aqueduc de grande dimension. La position de cet ouvrage se
trouve à gauche de la route VersoixSauverny, à 48 mètres de la chaussée,
dans un pré riverain du nant de
Braille. L'aqueduc présente sur ce
point un vide de 0 m. 90 y compris un
arc de 0 m. 30 de hauteur, mais il a
été comblé par des alluvions et du
sable sur une épaisseur de 0 m. 20 à 0
m. 30, ce qui lui donnerait un vide
primitif total de 1 m. 10 sur 0 m.
53 de large. Les pieds-droits sont
constitués par de gros blocs de granit
ou de pierres erratiques cassés et
assises, offrant des massifs de 0 m.
47 reliés par un mortier de chaux
grasse très resistant. La voûte
est construite de même avec un
blocage recouvrant le sommet de l'arc. Le haut de la voûte (intérieur) se
trouvait au point de la découverte à 1 m. 40 sous la surface du sol. Après
avoir déblayé l'intérieur du canal, nous n'avons reconnu qu'un radier très peu
solide composé d'un bétonnage complètement fusé de 5 à 10 centimètres
d'épaisseur. Il est probable que les alluvions violemment chassées ont fini par
faire disparaître presque complètement la base. Il faut remarquer que le
crépissage intérieur, ou tout cimentage des joints, fait entièrement défaut. Nous
avons pu explorer cet aqueduc jusqu'au nant de Braille où il est obstrué par un
éboulement de terre. Nous pensons qu'à la suite de la rupture d'une partie du canal,
les eaux du nant ont dû faire irruption dans cette conduite et déterminer de graves
— 65 —
dégâts. Du côté de Versoix nous n'avons pu pénétrer au delà d'une vingtaine de
mètres, car les alluvions se rapprochent trop de la voûte. Il se dirige, semble-til, en ligne droite dans la direction de Versoix-Ville suivant la ligne N.O.—S.E.
(environ 294 degrés).
A quelle époque remonte cet aqueduc et quelle était sa destination ?
Sur le premier point, nous croyons pouvoir répondre avec certitude qu'il est
romain, car son mortier avec un très léger mélange de tuiles pilées est bien antique.
D'autre part, dans notre pays on ne connaît pas d'ouvrage aussi considérable
datant du moyen âge. S'il était moderne ou même des trois derniers siècles, on en
retrouverait la mention. Reste la question de sa destination. Bien que sa direction
indique Versoix-Ville, nous croyons, à certains indices, qu'après avoir passé
sous la dernière hauteur avant le lac, il tourne dans la ligne de Versoix-Bourg. Une
agglomération antique à Versoix-Ville est inconnue, tandis qu'une grande
villa a été signalée à plusieurs reprises sur l'emplacement du château de VersoixBourg.
Le plateau, qui de la gare s'étend jusqu'au-dessus des maisons du Bourg, a
fourni bien des fragments romains. C'est là qu'en 1857 les travaux du chemin de
fer ont fait disparaître les derniers vestiges d'un édifice avec salles de bain,
stucs et mosaïques 1 . La provenance de l'aqueduc n'est pas non plus élucidée.
Vient-il de beaucoup plus loin, du pied du Jura, ou seulement de la fontaine
d'Ecogia ? Il est curieux qu'on ne soit jamais tombé sur un tronçon de cette
canalisation. 11 est vrai qu'en juin 1861 on a signalé la découverte d'un
aqueduc romain en béton et briques dans la propriété de M. le professeur
Wartmann, aux Colombières, au-dessus de la gare, mais il était de petite
dimension et ne peut se rapporter à celui que nous avons visité2.
Sans vouloir nous prononcer sur cette question, qui ne pourra être résolue
que par des fouilles subséquentes, remarquons que le hameau d'Ecogia est cité
déjà en 1022, villa qui dicitur Adesgogia, comme bien de Sr-Maurice d'Agaune
relevant du roi de Bourgogne3. Une source considérable, propriété de la commune
de Versoix, jaillit du sol tout auprès. Ferdinand de Saussure, étudiant l'étymologie
de ce nom, donne comme supposition, hasardée il est vrai, la forme Exagogida
qui se rapporterait au canal de captation de la source 4.
Il ne faut donc pas entièrement écarter l'idée d'un aqueduc provenant de la
source d'Ecogia — son orientation ne s'y oppose pas — qui se dirigerait de là sur la
villa romaine de Versoix. Mais il convient de constater que les dimensions du canal
sont excessives par rapport au débit de cette seule source.
1
Journal de Genève 15 novembre 1857. — H. FAZY : Revue archéologique, 1867, p. 154. —
Soc. Hist. et Arch. Genève, Comm. Troyon, 26 mars 1857.
2
3
4
Journal de Genève, 12 juin 1861.
Regeste genevois, n° 166.
Bull. Soc. Hist. et Arch. Genève, t. II, p. 342.
— 66 —
III. GENEVE . Angle Grand'Rue-Pélisserie.
On a construit, en octobre, un nouvel égoût partant de la Grand'Rue jusque
devant la chapelle de la Pélisserie. Ce travail a permis de faire quelques observations que j'indique ici brièvement. La stratification du terrain en dessous de la
chaussée, à l'intersection des deux rues, est la suivante: 1 m. 40 à 1 m. 50 de déblais
dont la base sur 0 m. 60 de hauteur avait une apparence rougeâtre avec des débris
de briques et poteries gallo-romaines. En-dessous, 0 m. 20 à 0 m. 40 de petit gravier
roulé tout à fait pur, sans adjonction de sable ni débris, recouvrant une couche de
sable avec cailloux de 1 m. 50, enfin le sable fin jaunâtre pur. En descendant la
rue de la Pélisserie, ces mesures subissaient quelques variations, car la couche
de déblais supérieurs diminuait sensiblement.
En face du n° 22, Pélisserie, on a recueilli quelques objets intéressants à la
base du déblai supérieur. Tout d'abord une coupe presque complète avec
couverte orangée présentant un décor sur la panse, composé de bandes ornées de
petits traits en diagonale ou petits cercles dessinés au poinçon. C'est une pièce peu
fréquente à Genève, d'époque tardive, datant de la fin du IVe siècle1. Il en est de
même d'un fragment de plat en terre grise blanchâtre avec ornements frappés
dessinant des feuilles de palmes stylisées disposées en rayon autour d'une rosace2.
Outre plusieurs débris de poterie sigillée et grise ainsi qu'un bois de cerf, j'ai recueilli
à la même place une pièce très effacée de l'empereur Constance, Flavius Julius
(333-350). Tous les objets mis au jour dans ces fouilles datent de la fin de l'Empire
et s'échelonnent du IIIe au V e siècle.
IV. GENEVE. Rue Calvin prolongée.
Les travaux entrepris derrière les nouveaux immeubles entre la Pélisserie et
la Tour-de-Boël, ainsi que sous la terrasse de l'immeuble de la Société du Musée,
ont donné des résultats intéressants sur la cité gallo-romaine, mais comme ils ne
sont pas terminés, nous en renvoyons la description à l'année prochaine.
V. GENEVE. Rue du Vieux-Collège prolongée.
La démolition des anciens immeubles entre la rue de la Fontaine et la rue
Verdaine, en face de la nouvelle poste, pour terminer le prolongement de la rue
1
2
Musée archéologique, n° 11465. Ci-dessus, p. 32, fig. 1.
N° 11538, ci-dessus, p. 32 : fig. 2.
— 67 —
du Vieux-Collège, s'est poursuivie cet automne. On a achevé de raser les immeubles
nos 18 à 24 rue Verdaine, aux façades remaniées au XVIIIe siècle, mais dont les
corps de logis sur cour avaient gardé une physionomie plus ancienne. Rappelons
le passage qui réunissait les allées 24 rue Verdaine et 23 rue de la Fontaine. Gomme
il y avait une forte différence de niveau entre les deux rues, le passage empruntait
le « viret » de la tour circulaire dépendant de l'immeuble rue Verdaine. Cette tour
datait de la fin du XVe siècle, mais exhaussée, elle avait perdu son couronnement
primitif. L'allée portait au XVIIIe siècle la dénomination de «La Grille»; c'est là
que s'installa le fameux cercle révolutionnaire portant ce nom. Une barrière en
forme de grille ferme l'imposte de la porte du n° 24 et pourrait bien avoir servi
d'enseigne au dit club.
Les fondations de ces maisons étaient généralement peu profondes et le sable
vierge de la colline s'est rencontré très près du sol des caves et des cours. Un peu
partout il y avait quelques débris de poterie antique, principalement sous les cours
intérieures. A la limite des fouilles, du côté de la colline, s'étendait une couche de
sable rougeâtre avec des os d'animaux mélangés à de la poterie noire très semblable à
celle que nous avons vue sous la rue de l'Hôtel-de-Ville 1 et la rue Calvin prolongée. La
couche colorée suit la déclivité de la colline, elle repose sur le sable d'alluvion et
vient s'arrêter contre le sable du lac, non loin de l'ancienne grève (cote inférieure de
la couche à son extrémité 378,48).
L'angle S.E. des fouilles, sous le n° 24, devait nous réserver une surprise. A la
base de la stratification rougeâtre, mélangé à un gros cailloutis, gisait un squelette
complet, bien conservé. Cet individu a dû périr accidentellement, car il était couché
sur le ventre, les bras repliés en arrière, les jambes allongées et la face à l'ouest, légèrement tournée sur sa gauche. Tout près de lui étaient quelques débris de poterie
gauloise. On peut vraisemblablement dater cette sépulture de la dernière période
de la Tène, dans le siècle précédant l'ère chrétienne. Tous ces os ont été transportés
au Muséum d'Histoire naturelle. Au-dessus du squelette s'élevait encore une couche
de sable coloré de 1 m. 10, puis du sable gris sur 1 m., enfin le sol de la cave. La
faune de la couche rouge concorde avec l'époque des poteries. Dans une autre
partie du chantier, sous la cour du n° 17, rue de la Fontaine, les ouvriers coupèrent
un puits perdu de 1 m. 50 de diamètre, rempli de cornes et de crânes de bœufs
enfouis sous de grosses pierres. Ces os peuvent remonter à la fin de la période
romaine.
Aucun autre objet de quelque valeur n'a été remarqué sur cet emplacement;
un puits du moyen âge construit en pierres sèches descendait encore profondément
sous la cour du n° 18, rue Verdaine; il était recouvert par une grande dalle.
1
Bull. Soc. Hist. et Arch. Genève, t. IV, p. 341 et suiv.
— 68 —
VI.
GENEVE .
Maisons de la rue de la Croix-d'Or.
Pour tout ce qui concerne les trouvailles faites dans les fondations de ces
immeubles, voir l'article ci-après: LE PORT GALLO - ROMAIN DE GENEVE .
Cette année, nous avons vu disparaître les dernières maisons anciennes de la
rue de la Croix-d'Or, soit les n0S 40 à 48. Seuls les immeubles 42 et 48 présentaient
encore un intérêt architectural, les autres édifices avaient été remaniés à différentes
époques.
L'immeuble 42 conservait sur la façade rue des fenêtres avec accolades, mais
la cour et l'escalier méritent une mention particulière. L'immeuble, comme tous
les types de maison genevoise, se composait de deux corps de logis, séparés par une
cour donnant accès à une tourelle d'escalier. La porte d'entrée de la tourelle était
surmontée d'un écusson sur lequel était sculpté un beau monogramme I H S en
caractères gothiques (Musée, coll. lapidaires, n°713). L'appareil en molasse de toute
cette construction dénotait un édifice soigné. Au premier étage, la porte sur l'escalier
était gracieusement ornementée. Les consoles supportant le linteau, chose rare à
Genève, offraient deux sculptures différentes. D'un côté, une feuille décorative
(Musée, coll. lapidaires, n° 715), de l'autre, une tête de Christ (ibid., n° 714). Nous
ne connaissons dans aucune autre maison de la ville un motif analogue ; il est plus
que probable qu'après la prohibition des images les iconoclastes ont brisé figures et
sculptures aussi bien dans les édifices privés que dans les églises. Sur la façade cour
du deuxième corps de logis, un meneau d'une grande fenêtre était agrémenté d'une
colonnette avec un chapiteau curieusement mouluré. Malheureusement, le temps
avait fortement dégradé les profils.
A qui pouvons-nous attribuer cette construction du XV e siècle qui, malgré
tant de vicissitudes, nous a transmis les caractères d'une maison bourgeoise dans
un quartier de gens aisés ? Dès 1439, elle appartenait à noble Guillaume de Jenvillaz,
écuyer et citoyen de Genève, qui la possédait par héritage de noble Amblard de
Jenvillaz, chanoine mort vers 1433 1 . Guillaume de Jenvillaz, conseiller, reconnaît
en 1445 tenir de l'évêque ce même immeuble, il le conserve jusque vers 1461, date
à laquelle il appartient à Pierre Perrod, sellier. La construction est sans doute
due aux de Jenville, le monogramme I H S, par son style, se rapproche de celui de
1434 sculpté pour l'hôpital des Pauvres vergogneux 2 . La famille des de Jenville
n'est autre qu'une branche genevoise des de Joinville, seigneurs de Divonne. Elle
possédait encore dans cette même région de Longemalle, en face de la maison de
1
Archives d'Etat, Evêché Gr. 6 fo. 392 vo.; Gr. 5 fo. 219; Gr. 4, fo. 147. —
archéologiques, t. II, p. 131 et suiv.
2
J.-B.-G. GALIFFE : Genève historique et archéologique, t. I, p. 122.
GALIFFE
: Notices
— 69 —
l’évêque, une propriété qui s'étendait jusqu'au lac. La noblesse des environs de
Genève, dès la fin du XIVe siècle, vivait de préférence dans le quartier de Rive.
La façade de la maison voisine, n° 44, avait conservé aussi une architecture
ancienne, sans aucune autre particularité remarquable. Par contre, celle qui formait
l'angle avec la rue de la Fontaine (n° 48) était connue pour la belle ordonnance
de ses lignes. Du côté de la rue de la Croix-d'Or, elle était desservie par la même
allée que la maison n° 46, immeuble du XVIIIe siècle. Cette maison d'angle, haute
de cinq étages, de style Louis XVI, n'avait que quatre fenêtres de façades encadrées
de pilastres1. Les clefs de voûte des fenêtres s'ornaient de têtes et de sculptures
toutes différentes. La face sur la rue de la Fontaine restait nue. Sans doute, pour
l'aspect général, l'immeuble était trop élevé par rapport à sa largeur. Il est cependant
fâcheux qu'on n'ait pu reconstruire ailleurs cet ensemble harmonieux.
Placée entre deux assises d'angle, les ouvriers ont trouvé une plaque gravée
circulaire, protégée par deux feuilles de plomb avec l'inscription suivante: «Par
la grâce de Dieu Jaques Nourrisson cytoyen de Genève fils de Jean Antoine Nourrisson a
fait bâtir cette maison. 17792. » Jaques Nourrisson n'avait rien négligé pour rendre sa
maison avenante et agréable. L'escalier éclairé par de grands arcs se distinguait par
des mains courantes en fer forgé, les appartements s'ornaient d'une très belle
cheminée avec colonnes et panneaux sculptés dus certainement à la main de Jean
Jaquet. Malheureusement, une partie de cette décoration en
stuc empêchait toute conservation intégrale.
Le mas de maisons que nous venons de décrire rapidement
a subi une modification totale par le fait du déplacement de
la rue de la Fontaine, qui débouche maintenant dans le prolongement de la place de Longemalle. Le tracé de cette nouvelle artère recouvre en partie les substructions de l'ancienne
propriété des évêques de Genève jusqu'en 1413, ainsi que
la cure de la Madeleine3. Ces démolitions ont déjà fait
ailleurs l'objet d'une étude, mais nous voulons signaler ici
une pièce recueillie sous les fondations d'un mur de cour
derrière le n° 40.
Cette pièce est un fragment de récipient en verre (fig. 3),,
fragment seulement, car les ouvriers en brisèrent une partie
avec leur pioche. Des objets en verre ne se rencontrent que
très rarement sous des fondations de maisons; celui-ci devait mesurer 0 m. 20
de haut; il rappelle une variante de l'aryballe antique, soit un vase dont la
panse a la forme d'un tube circulaire, d'un coussinet rond avec une ouverture
1
2
3
Les vieilles maisons de Genève, première série, 1897-1899, pl. 103-111.
Musée, Vieux Genève, n° 56.
Bull. Soc. Hist. et Arch. Genève, t. IV, p. 55 et suiv.
— 70 —
centrale1. Ici, l'ouverture centrale est remplacée par une paroi de verre mince
réunissant le tube circulaire. Le pied est bien conservé, mais la coupe supérieure,
en forme de cornet, a disparu. Comme facture, il se rattache au verre soufflé de
Venise et de Murano ; le verre est blanc irisé par les sables avec un petit défaut de
fabrication du tube annulaire. On peut le dater de la fin du XVe siècle; des verres
blancs semblables n'apparaissent qu'après l'invention de Beroviero, verrier de
Murano, en 14632. Les fondations sous lesquelles il a été recueilli remontent aussi à
cette époque. Sa destination reste encore douteuse, bien qu'au musée de Murano,
salle des imitations, nous ayons vu une série semblable qualifiée de vases d'église.
Faut-il faire un rapprochement entre la proximité de la Madeleine, souvent
ravagée par les incendies, et ce verre ecclésiastique ? Peut-être n'est-ce là qu'une
simple coïncidence.
Dans la môme partie du chantier, on a détruit les fondations de la maison
n° 10, rue de la Fontaine, qui bordaient la ruelle des Limbes. Le reste de cet immeuble
avait déjà été abattu précédemment. Ces fondations, épaisses de 1 m. 10, construites
uniquement de très gros blocs de molasse, formaient un appareil solide et soigné.
Le long de la rue des Limbes, les assises étaient régulièrement posées, du côté
intérieur du mur de nombreux blocs hauts de 0 m. 20 le traversaient en boutisses.
Le tout a opposé une grande résistance au moment de la démolition. Cet emplacement dépendait du domaine de l'évêque, comme jardin; en 1430 il appartient
à un nommé Pierre Motier, sa maison est alors qualifiée de neuve3. L'appareil
changeait à partir du rez-de-chaussée, ce qui pourrait faire admettre que les fondations en pierre de taille sont antérieures à l'immeuble de Motier, mais ce n'est pas
probable. A la même hauteur que ce mur, la rue de la Fontaine, ancien tracé, était
traversée par des pilotis du moyen âge plantés pour retenir le terrain sous la rue.
VII. GENEVE. Place du Fort de L’Ecluse, rue de la Madeleine.
C'est encore la pose d'une canalisation d'égoût qui a fait ouvrir la chaussée
sur la place du Fort de l'Ecluse et une partie de la rue de la Madeleine. On a traversé
un massif de murs qui se reliaient à l'ancienne porte du Fort de l'Ecluse démolie
en 1841. Une partie de ces fondations devait appartenir à l'enceinte intermédiaire
du XIIIe siècle. Nous n'avons cependant remarqué qu'une grosse roche d'angle,
sans moulures, indiquant le retour de ces fortifications dans la direction de la rue
Traversière.
1
Jean MORIN : La verrerie en Gaule sous l'empire romain, 1913, p. 89, fig. 100.
Ed. GARNIER : Histoire de la verrerie et de l’émaillerie, 1886, p. 90. — DAREMBERG et SAGLIO:
Dictionnaire des Antiquités, art. aryballe.
2
3
Archives d'Etat. Evêché Gr. 4, fo. 117 vo.
— 71 —
Plus loin, du côté de la Madeleine, en face du Perron, à trois mètres de profondeur, quelques débris de poterie rouge non décorée, commune, et des vases noirs
avec décor strié au peigne, étaient mélangés à du sable du lac. A partir de là, on a
constamment traversé des murs de maisons, à toutes les profondeurs. Les uns
correspondaient aux immeubles démolis du côté de la colline pour élargir la rue,
mais d'autres devaient dépendre de maisons du moyen âge disparues après les
incendies du XIV e siècle. M. Camille Favre avait déjà remarqué en 1902 que la
rue de la Madeleine avait été considérablement exhaussée et qu'on voyait les fondations d'anciennes maisons depuis longtemps disparues 1 . Indépendamment de
toutes ces fondations, plus profondément encore, signalons tout d'abord un mur
transversal, très dur, de 2 m. d'épaisseur, en face du n° 4 (rue de la Madeleine),
construit avec de gros boulets, de la chaux grasse, les fondations à 3 m. 80 endessous de la chaussée actuelle. Au même niveau, mais d'une dimension plus
restreinte (1 m. 10 de large), deux autres murs, l'un en face de la branche orientale
du Perron, l'autre une dizaine de mètres plus loin, avec un angle. La topographie
de ce quartier a été complètement modifiée au XIVe siècle, les rues précédentes
devaient être très étroites. Entre ces dernières substructions, nous avons ramassé
plusieurs fragments d'amphores vinaires et principalement des vases plus anciens
de très grande capacité. L'un d'entr'eux, de pâte gris-rougeâtre, à panse ronde,
parois épaisses de deux centimètres, rebord plat de 10 centimètres, décor à hachures
obliques, a une ouverture de 38 centimètres. La contexture de la pâte est formée de gros
grains blancs schisteux. A la Tène III, au Mont Beuvray, des vases semblables
sont fréquents dans les ateliers de forge 2 . Malgré le caractère très fragmentaire
de ces découvertes, elles permettront de compléter une étude d'ensemble sur Genève
pendant la période gauloise et romaine.
1
2
Bull. Soc. Hist. et Arch. Genève, t. II, p. 328 et suiv.
J. DECHELETTE : Manuel d'Archéologie, t. II, p. 1423.
SUR QUELQUES PIECES DE LA STATION MAGDALENIENNE
DE VEYRIER (Hte-SAVOIE)
PAR
L. REVERDIN , D r ès Sc.
été chargé par M. Bedot, Directeur du Muséum d'Histoire
Naturelle de Genève, de reviser les documents ostéologiques des
stations paléolithiques et néolithiques des dépôts du Muséum, j'ai
été amené à m'occuper du matériel provenant de fouilles diverses
et se rapportant entre autres à la station paléolithique de Veyrier.
Dans cette note, je laisserai de côté tout ce qui concerne la faune
proprement dite, qui doit faire l'objet d'un travail ultérieur, pour ne m'occuper que
des pièces ayant un intérêt archéologique, soit des instruments en silex et de
quelques ossements travaillés qui se trouvaient mêlés à la faune à reviser.
Ces pièces étant inédites, M. Bedot, que je tiens à remercier ici cordialement,
a bien voulu m'autoriser à les publier, avant de les remettre au Musée d'Art et
d'Histoire, où elles doivent naturellement trouver leur place, à côté du matériel
qui existe déjà.
Si l'historique des fouilles de la station paléolithique de Veyrier est bien connu
aujourd'hui, grâce, entre autres, à la bonne mise au point due à feu M. Cartier1, il
n'en est pas de même jusqu'ici de l'industrie de cette station.
Sur territoire français, cette station — ou ces stations plutôt, car de nombreux
points semblent avoir été occupés — bien que fouillée par des Genevois, dès le
début des études préhistoriques, nous est au fond très mal connue. Une monographie détaillée des objets de ces stations est encore à faire. Les documents que nous
publions aujourd'hui pourront servir à l'édification de cette œuvre qui s'impose.
YANT
1
« La station magdalénienne de Veyrier », Arch. suisses d'Anthropologie générale, t. II, 1916,
p. 4
— 73 —
Comme nous l'avons dit, ces nouvelles pièces proviennent de fouilles exécutées à
diverses époques. Nous en donnons ci-dessous l'énumération:
1. Don de M. Alphonse Favre (1867 ?) 1 :
2 Lamelles pointues,
2 Lamelles à dos rabattu,
1 Pièce à coches,
9 Eclats légèrement retouchés,
14 Eclats sans retouche,
1 Base de sagaie en os,
1 Lissoir en bois de cerf,
1 Fragment d'omoplate ? avec traits gravés,
1 Fragment de bois de cerf avec traces de coupures.
2. Don de M. H. Gosse (1870 ? ) 1 :
1 Lamelle à dos rabattu,
1 Micro-nucleus,
1 Extrémité de burin,
3 Lamelles retouchées,
4 Eclats non retouchés,
1 Dent perforée.
3. Don de M. B. Reber (1902 ?)1 :
1 Perçoir,
1 Lamelle à dos rabattu, 6
Eclats légèrement retouchés, 10
Eclats non retouchés.
1. Don de M. Alph. Favre:
Une des lamelles pointues n'est qu'un long éclat de 32 mm (fig. 1), à section
triangulaire, dont la pointe est retouchée sur une faible longueur sur le bord gauche
seulement. La seconde lamelle pointue est un véritable instrument (fig. 2); c'est
une pièce plate, à une arête médiane également, sectionnée à la base, et qui se termine assez brusquement en pointe. Elle est plus large (9 mm) et plus plate que la
précédente, mais d'une longueur égale. La pointe, qui correspond au bulbe de per1
Les dates indiquées ne peuvent être qu'approximatives, une partie des collections du
dépôt du Muséum d'Histoire Naturelle n'ayant pas été inventoriée et ne portant que les noms des
donateurs et les provenances.
— 74 —
cussion, est finement travaillée. Son bord gauche montre une fine retouche presque
perpendiculaire aux faces. L'extrémité sectionnée est aussi bien retouchée. Cette
pièce bien complète est d'une belle venue.
Une des lamelles à dos rabattu est assez grossière (fig. 3) ; elle mesure une longueur de 27 mm et une largeur de 7 mm; sa section est trapézoïdale, son bord gauche
(la pièce reposant sur sa face plane) est retouchée en dos rabattu; les deux extrémités
sectionnées ainsi. que le bord droit sont sans retouche.
L'autre pièce à dos rabattu est
plus intéressante (fig. 4). C'est une
lamelle assez plate, à une arête dorsale,
d'une longueur de 28mm, qui se termine
d'un côté par une pointe assez grossière
et de l'autre par un bord sectionné et
retouché en dos rabattu. Sur le grand
bord gauche la retouche particulière
existe à partir de l'angle sur les deux
tiers de ce côté. Il existe ainsi sur l'angle
gauche une sorte de pointe retouchée,
très solide, ayant pu fonctionner comme
un perçoir d'angle. Le bord droit montre
une retouche du côté de la pointe
seulement.
La pièce à coches est un fragment
de lame assez large, sectionnée sur ses
deux extrémités. Elle montre deux
petites coches successives assez profondes et de faibles diamètres (fig. 5).
Les neuf éclats faiblement retouchés sont, soit des lames sectionnées (3), soit
des éclats irréguliers (6), montrant en une place quelconque une fine retouche d'utilisation.
Les éclats non retouchés affectent diverses formes irrégulières. Cinq d'entre
eux ne sont que des lames brutes d'une longueur de 20 à 45 mm.
Outillage osseux ou en corne.
La base de sagaie en os (fig. 6), dont seul un fragment nous est conservé, mesure
une longueur de 63mm. La section, à la hauteur de la cassure, est sub-carrée, pour
devenir rectangulaire à la base taillée en biseau médian, dont les deux faces larges
légèrement creusées présentent de nombreux sillons longitudinaux irréguliers. La
largeur de la pièce à la base est de 12mm.
— 75 —
Le lissoir en bois de cerf (fig. 7) mesure une longueur de 121 mm et une largueur
moyenne de 18mm. Son épaisseur va en diminuant et passe de 9mm à la base à 2mm au
sommet qui présente un bord légèrement oblique et plus ou moins usé.
Le mince fragment d'omoplate montre sur une de ses faces une série de traits
gravés très fins enchevêtrés les uns dans les autres (fig. 8).
Le fragment de bois de cerf arqué (fig. 9) présente des traces évidentes de travail. Ce bois sectionné longitudinalement a une longueur totale de 140mm.
2. Don H. Gosse:
La lamelle à dos rabattu (fig. 10) mesure une longueur de 28mm sur une largeur à
la base de 5mm. Ses extrémités sont
irrégulières, sa face dorsale munie de
deux arêtes. Seul le bord droit est retouché en dos rabattu sur presque
toute sa longueur.
Le micro-nucleus (fig. 11) est de
forme conique, d'une hauteur de 22mm sur
une base de 14mm de diamètre environ.
On y voit les traces laissées par
l'enlèvement d'une dizaine de petits
éclats.
Le fragment représenté à la fig. 12
n'est sans doute pas autre chose que
l'extrémité d'un burin, comme le montrent les différents plans qui terminent
cette pièce.
Deux lamelles et une lame sectionnées présentent une retouche. Les
deux lamelles ont les dimensions suivantes: longueur 17 et 34 mm, largeur 5
et 6mm (fig. 13-14). Elles ont toutes deux
des sections triangulaires à une seule
arête. La lame plus large a une longueur
de 20 mm sur une largeur de 11mm, elle
offre une section trapézoïdale. Son bord
gauche est retouché, ainsi que son extrémité la plus large, qui fait de cette pièce
un grattoir assez irrégulier dont l'épaisseur moyenne est de 3mm (fig. 15). Les éclats
non retouchés, au nombre de 4, n'ont rien de particulier.
La dent perforée, dont nous donnons un dessin (fig. 16), est incomplète, la partie
de la suspension étant malheureusement fragmentée.
— 76 —
3. Don B. Reber :
De ce lot ce sont les deux premières pièces qui sont les plus intéressantes.
Le perçoir est une très bonne pièce malgré ses petites dimensions (fig. 17). Il a
été fabriqué sur un éclat plat d'une longueur de 26mm et d'une largeur de 9mm en
moyenne: seule la pointe en a été travaillée; ses deux bords ont été retouchés d'une
manière très fine comme on peut s'en rendre compte.
La lamelle à dos rabattu (fig. 18), d'une longueur de 20mm sur une largeur de
8mm, est assez plate et ne présente qu'une arête dorsale. Une des extrémités est cassée;
l'autre, très légèrement concave, est retouchée ainsi qu'un des grands bords, selon
la technique du dos rabattu. Cette pièce présente donc une pointe latérale ayant pu
servir de perçoir sur angle, comme celle que nous avons décrite précédemment
(fig. 4) provenant du don d'Alph. Favre.
Parmi les six éclats, de forme irrégulières, présentant une retouche d'utilisation,
quatre d'entre eux sont des lamelles ou des lames grossières et deux des éclats larges.
Un de ces derniers montre deux coches irrégulières retouchées.
Les dix éclats non retouchés sont de petites dimensions; quatre affectent la
forme de petites lamelles d'une longueur variant de 12mm à 22mm. Les six autres
éclats n'ont pas de forme définie.
Gomme nous l'avons dit au début de cet article, toutes ces pièces sont actuellement déposées au Musée d'Art et d'Histoire et viennent compléter la collection
concernant les stations paléolithiques de Veyrier.
NOTES SUR QUELQUES OBJETS DES
COLLECTIONS PRÉHISTORIQUES DU MUSÉE
R. MONTANDON.
collections préhistoriques du Musée d'Art et d'Histoire de
Genève ne figurent pas en totalité dans les salles d'exposition
accessibles au public. Il existe, en effet, en dehors des objets
exposés, un nombre assez important de « doublets ». Renfermés
pendant longtemps dans des caisses, ceux-ci, grâce à l'initiative
de M. le directeur du Musée, ont pris place récemment dans les
vitrines d'une des salles du sous-sol où ils sont désormais à la
disposition des travailleurs. Ces objets complètent ainsi de façon heureuse les belles
et riches séries des salles d'exposition.
C'est en procédant à leur classement méthodique que notre attention s'est portée
sur deux séries de pièces lithiques abondamment représentées dans nos collections
archéologiques et auxquelles nous voulons consacrer quelques mots.
ES
I. MOLETTES, PERCUTEURS, BROYEURS.
Les stations de l'âge de la pierre et du bronze ont livré en plus ou moins grande
quantité des galets bruts ou grossièrement façonnés désignés généralement par les
termes de : molettes, percuteurs, broyeurs. Le Musée de Genève en possède pour sa
part une importante collection recueillie en presque totalité dans les eaux du Léman.
Sur deux cents et quelques pièces inventoriées, seuls quelques rares exemplaires
ont été recueillis dans d'autres lacs suisses ou proviennent de stations terriennes.
Bien que nous ne connaissions pas l'ensemble des pièces analogues conservées dans
les autres musées suisses, nous avons cependant tout lieu de croire que les séries
genevoises figurent parmi les plus riches. Il n'est pas aisé de procéder à un classement systématique de ces objets et d'établir une distinction très nette entre les
percuteurs et les broyeurs, car tel percuteur a pu servir de broyeur et vice-versa;
— 78 —
toutefois, on peut admettre que les pièces ne portant aucune trace de percussion
ont servi exclusivement à broyer. Nous nous garderons du reste de procéder à une
double classification.
Au point de vue chronologique, ces objets appartiennent aussi bien à l'âge du
bronze qu'à l'époque néolithique, mais pour ce qui concerne les pièces ici étudiées,
elles se rapportent en presque totalité à l'âge de la pierre. En effet, sur deux cents
et quelques exemplaires constituant les séries du Musée, plus de cent soixantequinze proviennent de stations néolithiques.
Voyons maintenant rapidement la provenance, les roches employées, les poids
et dimensions, la morphologie enfin de ces objets.
Provenance. — Sauf quelques rares exemplaires, l'origine de toutes ces pièces
lithiques nous est connue et nous avons pu établir les provenances suivantes:
a) EPOQUE NEOLITHIQUE:
Lac de Genève. — Stations: La Belotte, Bellevue, Bellerive, La Gabiule,
Pâquis, La Poussière.
Lacs suisses. — Stations: Corcelettes, Locras, Robenhausen.
b) AGE DE BRONZE:
Lac de Genève. — Stations: Anières, Bellevue, Mies, Nernier, Nyon,
Tougues, Versoix.
Lacs suisses. — Stations: Estavayer, Hauterive.
De ces stations lacustres, celle qui a livré — et de beaucoup — la plus riche
collection est la station de La Belotte qui figure à elle seule pour un total de 156
pièces, soit pour plus des trois quarts de l'ensemble des objets inventoriés.
Nature de la roche. — Les roches le plus couramment employées ont été celles
que l'on rencontre communément dans les alluvions fluvio-glaciaires de la région
et sur les grèves du lac, soit des roches de provenance alpine ou jurassienne et de
dureté variable.
Poids et dimensions. — Les poids et les volumes de ces objets sont variables.
La plupart ne dépassent guère les dimensions d'une orange. Quelques-uns atteignent
cependant un volume notablement supérieur.
Voici les chiffres se rapportant aux pièces les plus volumineuses et par conséquent les plus pesantes.
Deux percuteurs provenant de la station lacustre de Versoix pèsent respectivement 3 kg. 850 et 2 kg. 250; un autre de provenance inconnue pèse 2 kg. 500.
Viennent ensuite des exemplaires de moindre volume atteignant les poids de 1 kg.550,
1 kg. 500, 1 kg. 450, 1 kg. 300, 1 kg. 100.
Quant aux pièces courantes, de dimension moyenne, leur poids ne dépasse
guère quelques centaines de grammes.
— 79 —
Morphologie. — Au point de vue morphologique, ces objets présentent des
formes suffisamment définies pour qu'il soit possible de les classer en séries plus
ou moins homogènes, et nous avons pu relever un certain nombre de types caractéristiques, se reliant du reste entre eux — comme dans toute classification — par
des types transitoires ou aberrants.
a) Type sphérique : Galets
de forme plus ou moins régulière
— quelques exemplaires sont des
sphéroïdes presque parfaits -dont
la préhension peut être améliorée
par deux ou trois cupules
destinées à loger l'extrémité des
doigts. Parfois une légère ablation
de la surface a déterminé des
méplats parallèles, destinés sans
doute aussi à mieux assurer la
préhension de l'objet (fig. 1,1,2,3).
b) Type ovalaire: Galets de
forme ovalaire. Quelques-uns
présentent un tracé naturel quasi
géométrique (fig. 1, 4 ).
c) Type discoïde: Dans ces
pièces, façonnées dans un galet
d'épaisseur variable et de forme
pseudo-sphérique, les faces pa
rallèles pratiquées sur la surface
par ablation de la roche peuvent
être légèrement concaves, avec
parfois une cupule centrale plus
ou moins profonde destinée à
loger soit l'extrémité du pouce,
soit l'extrémité de l'un des
autres doigts de la main.
La région percutante est située sur le pourtour de l'objet et présente tantôt
une surface à courbure régulière, tantôt une surface dièdre à angle plus ou moins
ouvert et à courbure plus ou moins accusée avec arête médiane légèrement esquissée
(fig. 1,8,9).
Ces pièces sont bien en main et portent les traces évidentes de leur destination.
— 80 —
d) Type polygonal : Galets sphéroïdaux avec ablation de diverses régions
de la surface en vue de créer des méplats ou facettes destinés à en assurer la pré
hension et donnant à l'objet l'apparence d'un polygone irrégulier, (fig. 1, 6, 7).
e) Type pseudo-cylindrique: Galets dont la coupe transversale accuse une
aire plus ou moins circulaire ou ovalaire; aucun terme ne saurait du reste donner
une définition exacte de ces objets dont la forme est assez variable. Les surfaces
percutantes se trouvent cantonnées aux deux extrémités de la pièce (fig. 1, 10, 11).
f) Types intermédiaires: Comme nous le disions plus haut, il existe ici, comme
dans toute classification de ce genre, des formes de transition qui établissent un
lien entre les divers types étudiés, mais il serait vain et difficile du reste d'en donner
une description détaillée (fig. 1, 12).
Ces diverses pièces montrent l'ingéniosité avec laquelle les palafitteurs ont su
façonner les galets bruts que leur fournissaient les grèves du lac ou les alluvions
fluvio-glaciaires pour en faire des instruments de travail bien en main et parfaitement adaptés à leur destination.
II.
OBJETS ENIGMATIQUES EN PIERRE .
Avec l'âge du bronze apparaissent dans les stations lacustres des objets de
pierre désignés généralement par le terme de « pierres à rainure ». Leur destination
est encore inconnue, à tel point que les ouvrages classiques d'archéologie préhistorique n'en parlent pas et n'en donnent aucune reproduction ou description.
Depuis longtemps nous nous demandons quel a pu être l'usage de ces pierres
à rainure, mais nous ne pouvons aujourd'hui encore que poser la question sans
prétendre le moins du monde la résoudre. Nous croyons toutefois pouvoir établir
que ces objets proviennent de stations lacustres, et qu'ils ont dû, par conséquent,
avoir une destination en rapport avec la vie des palafitteurs. Il est vrai que l'unique
exemplaire du Musée des antiquités nationales à St-Germain-en-Laye provient des
environs de Salins (Jura), mais il a pu y être apporté autrefois de la région des
stations lacustres françaises ou helvétiques.
Les exemplaires du Musée de Genève ont les provenances suivantes:
Lac de Genève. — Stations: Anières, Bellerive, Belotte, Eaux-Vives, Mies,
Nernier, Nyon, Tougues, Versoix.
Lacs suisses. — Stations: Auvernier, Corcelettes, Hauterive.
La morphologie de ces pierres à rainure varie dans une certaine mesure, mais,
d'une façon générale, on peut les assimiler à des disques de pierre avec rainure ou
gorge circulaire creusée dans la partie médiane du pourtour de la pièce, laquelle
— 81 —
fait penser à une poulie non perforée. La rainure ou gorge peut être plus ou moins
large et plus ou moins profonde. Les faces latérales — plates, bombées ou légèrement
concaves — sont munies parfois de cupules centrales plus ou moins larges et plus
ou moins profondes (fig. 2).
Dans certains exemplaires
ces faces sont grossièrement
décorées. Cette décoration
consiste soit en une simple
courbure, ou boursouflure,
soit en une sorte de cône
formé par une superposition de
redans circulaires, soit par des
cannelures concentriques, soit
enfin, mais plus rarement, par
un motif décoratif rappelant
celui qui orne certaines
fusaïoles de l'âge du bronze
(fig. 2, 5, 6, 9).
Le diamètre de ces objets
oscille en moyenne entre dix et
quinze centimètres et leur
épaisseur ne dépasse guère
cinq à six centimètres.
Quant aux roches employées, elles sont analogues à
celles
utilisées
pour
la
confection des percuteurs ; il
faut toutefois y ajouter des
roches plus tendres, telles
que les grès et les molasses.
Mieux que toute description, les illustrations (fig. 2) que nous joignons à cette
note feront connaître les diverses formes que présentent ces objets énigmatiques.
L'examen de ces figures permettra peut-être à quelque lecteur de Genava de
formuler une hypothèse sur leur utilisation par les habitants des palafittes de
l'âge du bronze.
HISTORIQUE DES DÉCOUVERTES FAITES A DOUVAINE
(Hte-SAVOIE)
( AGE
D U BRONZE E T DU FER )
Emile VUARNET.
ou VAINE, chef-lieu de canton de la Haute-Savoie, est situé sur la
route directe de Genève au Valais par Thonon et Evian, à quinze
kilomètres de Genève et à quatre kilomètres de la rive sud du
lac Léman. Sa population est d'environ 1200 habitants disséminés
en plusieurs hameaux. Le terrain est fertile et plat; à deux cents
mètres au nord de l'église coulent deux fontaines intarissables.
Aucun objet de l'âge de la pierre n'y a encore été recueilli ou signalé. Par contre,
de nombreux tombeaux de l'âge du bronze ont été relevés au cours des travaux
de construction de maisons, d'extraction de graviers ou d'adduction d'eau. Les
tombeaux se rencontrent tout autour de l'église et dans les vergers, les jardins et
les carrières de gravier situés au nord de la route de Douvaine à Tougues, sur
une longueur d'environ deux cents mètres 1 .
*
*
*
1. (1837) — C'est durant l'automne de 1837 qu'est acquise par le Musée de
Genève la première trouvaille d'objets de l'âge du bronze recueillis à Douvaine.
Ces objets sont: une longue hache à rebords sans talon dont le tranchant est très
martelé ; quatre fragments de faucilles, dont trois avec boutons ou saillie allongée ;
une lame de poignard brisée aux extrémités, renforcée au milieu par une côte qui
en parcourt la longueur; trois tronçons d'épée à deux tranchants; l'extrémité d'une
épingle offrant une tête épaisse et percée; enfin, quatre morceaux de bronze fondu.
1
Pour la bibliographie archéologique de Douvaine, voir MONTANDON : Bibliographie générale
des travaux palethnologiques et archéologiques, I, 1917, index général bibliographique, s. v. Douvaine, p. 546, et premier supplément du tome I, 1921, index général des noms géographiques,
Douvaine, p. 105. — Id., Genève, des origines aux invasions barbares, 1922, p. 172, n° 172.
— 83 —
2. (1861) — Sur la place de la Contamine, en creusant les fondations des
écoles communales (aujourd'hui caserne de gendarmerie), on trouve des tombeaux
en dalles dont les objets sont perdus.
3. (1870) — M. François Girod, en creusant un fossé pour planter des treilles
hautes appelées hutins, au lieu dit Les Portes ou la Grange, rencontre des tombeaux
dont le mobilier est perdu.
4. (1875) — Dans la forge de M. André Dunant, légèrement en contre-bas à
une cinquantaine de mètres au sud de l'église et parallèle à la route nationale,
comme les forgerons recerclent des roues et frappent fortement sur l'enclume,
celle-ci s'incline de côté. Pour la redresser, on se met à creuser le sol et l'on rencontre
un tombeau dont la dalle supérieure s'était brisée sous les coups des forgerons.
A quelques mètres, en creusant un puits perdu, on rencontre un squelette.
5. (1884) — Un ouvrier étranger, surnommé Dauphiné, en creusant un puits
dans la parcelle où s'élève la maison de M me Pouget, marchande de bicyclettes,
trouve un tombeau en dalles.
6. (1890) — M. le docteur Falquet de Gorsier fait l'acquisition de plusieurs
vases funéraires provenant d'un tombeau.
7. (1892) — M. Burckhard-Reber décrit dans ses Recherches archéologiques
dans le territoire de Vancien évêché de Genève (Mémoires et Documents de la Société
d'histoire et d'archéologie de Genève (tome XXIII), un tombeau en dalles trouvé
dans un jardin au nord de Douvaine. La dalle qui soutenait la tête et qui est trouée
de nombreuses écuelles, remise par M. Reber à M. Gabriel de Mortillet, est exposée
à l'Ecole d'anthropologie de Paris. Le mobilier comprend une perle d'ambre, et
des vases en terre noire.
8. (Vers 1903). — Au lieu dit Vers les Portes, le long de la route qui va de
Douvaine à Artangi et Verêtre, dans le champ de M. Rossier, comme les cantonniers
procèdent à l'extraction de gravier, ils trouvent un tombeau en pierres à 60 cm.
de profondeur. La mâchoire compte toutes ses dents, les dents de sagesse pointent
seulement; c'est le squelette d'un jeune homme de 27 ans environ.
Le mobilier, daté de la Tène I, C, comprend deux bracelets et des fibules en
bronze. Il a été acquis par le Musée de Genève1.
Dans une tombe voisine on a recueilli un bracelet serpentiforme en bronze, de
très petite dimension; fin de l'âge de bronze ou hallstattien. Acquis par le Musée
de Genève2. M. Valentin Girod possédait un bracelet en bronze provenant des
carrières de gravier voisines, acquis aussi par le Musée de Genève3.
9. (Vers 1908). — M. Saint-Clair, cafetier, en creusant son jeu de quilles, à
quelques mètres de la route qui passe entre le presbytère et la caserne de gendarmerie,
1
Genava, I, 1923, p. 42-43.
Ibid., p. 40, n° 9141.
3
Ibid., p. 40, n° 9142.
2
— 84 —
trouve un tombeau en dalles; il y recueille des fragments de vases en terre noire,
polie et brillante, semblable à celle des vases reproduits par M. Reber en 1892. J'en
possède encore quelques fragments.
10. (Vers 1910). — Un ouvrier italien qui tire du gravier à une cinquantaine
de mètres derrière la caserne de gendarmerie, trouve deux squelettes humains
enterrés horizontalement à 0 m. 60 de profondeur, les pieds tournés vers l'Orient,
sans aucune trace de tombeau, ayant chacun un vase en forme d'assiette creuse
renversé sur la face. Ces vases étaient en terre grise tournée et moulurée. J'en fis
l'acquisition et en donnai un à M. le comte Olivier Costa de Beauregard qui l'offrit
au nouveau musée de Chambéry, fondé dans les bâtiments de l'archevêché. L'autre a
été acquis en 1923 par le Musée de Genève1. La Tène III.
11. (Vers 1911). — En creusant les caves de la maison de M. Thorens, maire
de Douvaine, on trouve, en bordure de la route nationale, des squelettes humains.
On me remit deux crânes très épais et brachycéphales avec deux fibules de bronze
très friables; ces objets sont tombés en miettes et en poussière.
12. (1913). — En procédant au creusement des canalisations pour l'adduction
de l'eau potable, on trouve dans la route devant l'église trois squelettes humains
entourés de grosses pierres avec de la poterie noire en forme de bols. (Communication
de M. Chappuis, de Douvaine.)
13. (1913). — Ces fouilles, dont les objets sont au Musée de Genève, sont décrites
par M. Cartier: « Un cimetière de l'âge de bronze à Douvaine; fouilles de février à
juin 1913 », Archives suisses d'anthropologie générale, I, 1914, p. 63.
14. (Vers 1920). — Des ouvriers de Douvaine trouvent, en tirant du gravier
dans le même lieu dit Vers les Portes, d'autres squelettes. Ils remarquent au
bas de leur crible des annelets en métal qui restent perdus dans le gravier destiné
à l'empierrement des routes de la localité.
15. (Vers 1921). — En creusant les fondations de la maison de M. Planche,
ferblantier, on trouve des tombes en dalles, des vases en terre grise et noire; un
squelette porte plusieurs anneaux aux jambes. Ces objets ont tous été acquis par
le laboratoire d'Anthropologie de Genève 2 .
16. (Août 1924). — Tombe décrite par M. Deonna in Indicateur d’antiquités
suisses, 1924, p. 196.
1
2
Genava, I, 1923, p. 48, n° 9145.
Ibid., p. 40.
LE PORT GALLO-ROMAIN DE GENEVE
L. BLONDEL.
dernières maisons anciennes du quartier de Longemalle ont
disparu cette année. Maintenant, seulement, il est possible de
tirer des conclusions générales sur les tracés des rives du lac, des
ports à l'époque antique. Depuis plusieurs années, le sous-sol des
maisons démolies a révélé une série d'ouvrages lacustres, des lignées
de piquets, des jetées enfouies depuis des siècles sous les constructions. Après le déclin de l'empire romain, les rives ont été repoussées, les édifices
et les rues du moyen âge, des temps modernes, ont fait reculer les eaux du lac. Une
agglomération nouvelle a enseveli le niveau des grèves antiques.
Nous voulons tout d'abord reprendre l'historique des trouvailles et plus particulièrement des plus récentes. En 1910, M. B. Reber a soigneusement suivi tous
les travaux exécutés entre les rues de la Croix-d'Or, la Madeleine, la rue d'Enfer
et la nouvelle rue de la Fontaine1. Ses remarques ont été publiées et un plan des
pilotages a été relevé par le Service des travaux de la Ville. Ce mas d'immeubles
recouvrait un bassin important du port gallo-romain (fig. 1). Nos observations, bien
qu'entravées par une longue absence, concordent avec celles de M. Reber. Dès
avril 1922, la disparition des immeubles 1 à 10 rue de Rive a permis de reprendre
la suite des découvertes. Nous n'y reviendrons pas en détail puisque nous en avons
déjà parlé dans la chronique archéologique de l'année 19222. Rappelons seulement
que, comme ailleurs dans ce quartier, les maisons dépourvues de caves possédaient
des fondations très peu profondes, qu'elles reposaient sur une couche de déblais,
puis qu'à environ 2 m. 50 sous le niveau de la rue on découvrait la tête d'une lignée
de pilotis régulièrement plantés en ligne et défendus par d'énormes blocs erratiques
formant brise-lames.
ES
1
B.
2
Genava, t. I, p. 78, «Digues gallo-romaines».
REBER
: Les fouilles sur Vemplacement de la Madeleine-Longemalle à Genève. 1913.
— 86 —
En venant de Rive et parallèlement à la rue, cette disposition changeait sous
l'immeuble n° 2. Un puissant massif de maçonnerie, de 6 m. 30 sur 3 m. 40, reposant
sur un amoncellement de gros blocs, était maintenu par un carré de pilotis. Ce
massif, composé de cailloux et de briques noyés dans un bain de mortier, certainement antique et sans rapport avec le tracé de l'immeuble postérieur, devait supporter un édifice en relation avec le port. A partir de cette construction, en continuant dans la direction de la Croix-d'Or, la digue protectrice devenait plus importante. Au lieu d'une simple lignée de pilotis, on a pu en remarquer une double
réunie par des traverses en chêne, lesquelles maintenaient les gros blocs du briselames. C'est ce que nous avons relevé sous les immeubles démolis nos 38 à 48 rue
de la Croix-d'Or, dès février 1924.
Dans cette partie, mêmes constatations. Des maisons sans caves, des murs
peu fondés, à l'exception de l'immeuble n° 48, dont les bases reposaient sur un
assemblage de madriers horizontaux. Cependant les constructeurs du XVIIIe siècle
avaient respecté les pilotis antiques et les avaient simplement englobés dans les
nouvelles fondations. En-dessous de la couche de déblais, la digue se poursuivait
en ligne droite. La double lignée de pieux était reliée longitudinalement par des
traverses de chêne ou de pin de forte dimension. En avant, du côté du lac, la grève
avec son petit gravier et son sable roulé était tout à fait visible; en arrière, du
côté de la colline, le sablon compact et jaunâtre avec peu de débris. On aurait
dit que hier encore les vagues venaient battre contre les blocs solidement assemblés.
Entre les pierres, des multiples débris de poterie cassée, dont beaucoup avaient
subi l'usure du flux et reflux de l'eau.
Disons en passant que le niveau de la grève, environ à 2 m. 70 sous le sol de
la rue, montre que le lac n'a que peu varié depuis l'époque romaine (cote ancienne
environ 375,30).
*
*
*
Le quai-digue se poursuivait sans changements jusque sous l'immeuble n° 48
où les blocs s'arrêtaient pour être reportés de trois mètres en arrière contre une
troisième lignée de pilotis. En outre une série de gros pieux transversaux, plantée
plus profondément que les autres, d'une époque antérieure, venait couper la digue.
Il faut remarquer que déjà auparavant (sous l'immeuble 44) une double rangée de
pilotis, sans adjonctions de blocs protecteurs, dessinait un pont d'embarquement
qui se poursuivait encore en arrière de la digue. Du n° 48 à la nouvelle rue de la
Fontaine, on se trouve certainement sur un premier bassin de port A. En arrière,
les enrochements cessent pour faire place à un pavage grossier, plan incliné sur
lequel on devait tirer à sec les bateaux, enfin, contre la rue de la Fontaine s'avançait
dans la direction du lac une série de pieux de moyenne dimension serrés les uns
contre les autres, sans protection de blocs, formant une cloison entre deux bassins
— 87 —
A et B, le second bassin se trouvant sous la rue de la Fontaine. C'est dans cette
partie que nous avons reconnu les petits piquets à tige taillée à la partie supérieure,
signalés par Reber. Ils étaient plantés en quinconce en grand nombre sous les
pavages et à l'intérieur de ce premier bassin, à un niveau inférieur à celui des gros
pieux de digue. Ce ne peuvent être que des pilotis enfoncés pour affermir le sol
et constituer une base stable dans un terrain de sable mouvant. On ne les retrouve
que sous la surface des ports ou des constructions et non ailleurs; du reste leur
tête n'était pas destinée à émerger du sable. Comment expliquer leur forme bizarre ?
Des ouvriers terrassiers m'ont donné la solution désirée. Encore de nos jours, on
entaille des piquets semblables à leur partie supérieure de façon à former une mince
tige. Pour pouvoir les enfoncer sans les briser, on fixe une douille métallique autour
de cette tige et à coups de dame ou de maillet on peut frapper sans que la tête
maintenue par la douille ne se casse. Une fois le piquet planté, l'ouvrier retire la
douille de métal et procède de même pour la mise en place des piquets suivants.
Ce premier bassin A offrait des particularités curieuses. A l'endroit où s'arrêtait l'enrochement postérieur, on a retrouvé, presque au niveau de l'eau, une grosse
pierre circulaire en granit, semblant au premier abord ressembler à une meule.
Cette pièce, plane sur ses deux faces, posée directement sur le limon dur, de 1 m. 05
de diamètre, est pourvue d'un trou central ovale de 16 sur 14 cm. de diamètre qui
la traverse de part en part et d'une entaille supérieure pour placer des tenons.
Un mur en pierres sèches, épais de 25 à 30 cm. formait un demi arc de cercle autour
et au-dessus de la pierre, mais seulement du côté de la rive, car du côté de l'eau
il n'y avait pas de mur. Sur une hauteur de plus de 0 m. 70, une terre remplie de
charbon de bois recouvrait cette base et le mur était noirci par le feu. Sans doute
nous avons là un foyer, peut-être une forge, protégé par un petit mur latéral.
Sans pouvoir expliquer complètement l'utilisation de cette pierre, nous devons
penser que c'est l'emplacement d'un atelier, probablement un atelier de réparation
pour le bois et le fer en rapport avec le port. Le bassin A plus petit que les autres
serait donc un bassin de radoub, ce qui expliquerait aussi la disposition du plan
incliné pavé permettant un maniement facile des bateaux. Notons qu'on a récolté
tout auprès deux creusets de fondeur.
Le bassin B n'a pu être exploré à fond, car on n'a pas remanié entièrement
le sous-sol de la rue de la Fontaine actuelle, cependant ses limites ouest et sud
ont été repérées en 1910. Il s'étendait plus en arrière que son voisin A du côté
de la Madeleine et mesurait en largeur 21 mètres avec un goulet d'entrée de 15 m. 50.
Des restes de constructions sur pilotis ou des pontons le traversaient à une distance
de 20 mètres de la digue protectrice. Aucun quai d'embarquement, mais seulement
une grève de sable. De nombreux ports romains dans les Gaules offrent cette
disposition; les bateaux de petite dimension étaient simplement tirés sur la
grève.
— 89 —
Enfin, grâce au relevé fait en 1910, nous pouvons distinguer un troisième
bassin G, juxtaposé aux deux autres (fig. 2). Ses limites du côté de la rue d'Enfer
n'ont pu être précisées, mais comme son entrée (15m. 50) du côté du lac est indentique à celle du port B et que par ailleurs d'autres mesures concordent, il est plus
que probable que les bassins B et G mesuraient presque la même largeur. Les travaux exécutés en 1901 pour la reconstruction de la maison d'angle rue d'Enfer et rue
de la Croix-d'Or 16 (actuel 10) n'ont amené aucune découverte de pilotages
importants, ce qui prouve que le port ne s'étendait pas plus loin dans cette direction
et que seule une digue abritait la grève très exposée aux vents du nord. En profondeur le bassin C était traversé partiellement par un ponton et se terminait aussi
par une grève, sans quai maçonné, mais assez rapprochée de la rue du Purgatoire.
*
*
*
II est évident que pour protéger
l'entrée du port les ouvrages
retrouvés parallèlement à la rue de
Rive et à celle de la Croix-d'Or
étaient insuffisants. Plus au large, il
devait exister des barrages pour
couper les vagues. Un de ces briselames composé de plus de trente gros
blocs erratiques a été reconnu en 1899
par M. Reber sous la maison faisant
l'angle de la place de Longemalle et
la rue de la Croix-d'Or, n° 33, à
environ trente mètres de la digue du
port1. Il devait en être de même
sous la maison
d'angle de l'autre côté de la place (Longemalle, n° 18), car M. H. Fazy y recueillit
en juin 1861 sous les fondations une pierre antique avec une sculpture de griffon2.
*
*
*
La liaison du port avec le reste de la ville nous est indiquée par une dépression
du terrain qui se trouvait dans l'axe de l'ancienne rue de la Fontaine et qui a été
mise au jour pendant le creusage des fouilles pour les nouveaux immeubles. Par
1
B. REBER : Esquisses archéologiques sur Genève et les environs, Genève, 1905, «Une station
intermédiaire à Genève », p. 31 à 39.
2
Journal de Genève, 12 juin 1861, article signé H. F.
— 90 —
cette voie charrière, on parvenait directement au marché principal, au forum, le
Bourg-de-Four, ancien centre de la cité. Le long de la berge devaient sans doute
s'élever des magasins, des halles et tous les édifices nécessaires à l'exploitation
d'un port. Mentionnons la trouvaille d'un mur important (E) dans la rue du Purgatoire, déjà signalé en 1910, sur lequel le temple de la Madeleine est en partie
construit et que nous avons retrouvé l'année dernière, derrière le chœur de l'église1.
Cet ouvrage épais de 1 m. 30, composé de cailloux ronds reliés par un ciment blanc
très dur, pourrait bien avoir supporté un édifice antique. Il est en tous cas bien
antérieur à l'église et fut employé semble-t-il dans une de ses parties, comme mur
de fortification, vers le XIIe siècle 2. Nous en reparlerons plus loin à propos du
quartier du port.
*
*
*
La nomenclature des objets trouvés au cours des fouilles est nécessaire pour
établir la période pendant laquelle le port resta utilisé. Les débris récoltés en 1910
sont malheureusement peu nombreux et les travaux rapidement menés ont dû
faire disparaître une quantité considérable de documents. Outre la mention de
beaucoup d'ossements d'animaux, de quelques débris de crânes humains, il n'a été
conservé qu'une douzaine de poteries noires ou grises de la fin de l'époque gauloise
ou romaine, un manche de couteau, des morceaux de graphites, des résidus de fonte
métallique et d'objets en fer. Toutes ces pièces datent de la fin de la période de la
Tène et des deux premiers siècles après J.-C. Il en est de même des trouvailles faites
sous la maison N° 19, rue de la Madeleine. Quant à celles de 1922 le long de la
rue de Rive, dans la digue, la plupart étaient des poteries en terre grise à tradition
gauloise.
Les fouilles de cette année sous les maisons de la rue de la Croix-d'Or ont offert
plus d'intérêt. Ayant suivi jour après jour les travaux nous avons fait notre possible
pour rassembler les moindres débris. Plus que partout ailleurs on a constaté
l'abondance de poterie rouge sigillée du midi de la France, dont 21 pièces avec
signatures, enfin des tessons en terre grise ou terre ordinaire en grande quantité.
Les dolia à panse sphérique, de dimension importante, montrent un trafic industriel
déjà important vers le premier siècle avant J.-G. Nous indiquons le détail de ces
trouvailles dans l'annexe de cette étude.
Les ossements d'animaux, si fréquents devant le môle mis au jour l'année dernière,
se sont montrés rares près du port, mais en arrière des pilotis, enfouis sous un sable
fin compact, sans aucun apport étranger, les ouvriers exhumèrent le 24 mars trois
crânes humains dont deux en très bon état de conservation. Ils gisaient à la cote
1
Genava, t. II, p. 91.
L. BLONDEL : «La maison de l'évêque à Longemalle », Bulletin Soc. Hist. et Arch. Genève,
t. IV, p. 63.
2
— 91 —
de niveau 375,63 (f, f.) et ont dû être roulés sur la grève par les eaux à une époque
fort ancienne, certainement pendant la période des palaffites. Transportés au
Muséum d'histoire naturelle, ils y ont été examinés1. M. Jules Favre a constaté que
l'un des crânes contenait dans du fin sable près de 500 coquillages ou valves,
appartenant à 18 espèces différentes. La faune qui y est représentée diffère sensiblement de celle qui vit actuellement sur le littoral du Léman. Après l'étude de
ces variétés, M. Favre conclut « que si l'on ne peut dater d'une façon précise le
crâne, on peut dire toutefois qu'il appartient à une époque plus rapprochée de la
fin du Paléolithique que de l'époque actuelle ».
En résumé, les objets trouvés le long de la digue et dans les bassins du port
permettent d'affirmer que cet emplacement a été utilisé depuis la fin de l'époque
de la Tène jusqu'à la fin du IIIe siècle après J.-C. Le port après cette période a dû
perdre de son importance ou s'ensabler.
*
*
*
Nous avons reconnu en avant de la digue un remblai systématique pour gagner
du terrain sur l'eau. Au-dessus du niveau de la première grève on avait accumulé
des branchages et des claies pour rendre le sol résistant et plus haut se distinguait
une ancienne chaussée. Il est évident que peu à peu, étape après étape, les habitants
ont conquis de l'espace sur le lac. Au début du moyen âge et jusqu'à la fin du
XIIIe siècle, la ligne des Rues basses, l'ancienne rue de la Rivière, a formé la voie
du bord de l'eau. Cependant à Longemalle, le quartier de la Madeleine s'est accru
plus rapidement qu'ailleurs et le golfe antique s'est converti en promontoire couvert de
maisons.
*
*
*
Le port principal de Genève une fois déterminé, nous devons nous demander
jusqu'où s'étendait la digue du bord du lac pendant la période gallo-romaine. Du
côté du cours de Rive, ce même brise-lames, composé d'une lignée de gros pilotis
avec des enrochements, se poursuivait sous les immeubles, rue de la Croix-d'Or 12
et 14, plus loin sous l'emplacement du Grenier à blé démoli en 1898.
Nous avons été convaincus d'après une photographie que ce même alignement
traversait l'emplacement du Grenier à blé et que contre cette lignée, en dessous
de la tête des pieux, était couchée la statue colossale en bois (fig. 3), conservée au
Musée, restée jusqu'à ce jour une énigme pour tous les archéologues. Nous avons
interrogé M. Jules Châtelet, entrepreneur, qui a procédé à la démolition du Grenier à
blé et nous lui avons demandé ce qu'il pensait de la question. Il nous a répondu
qu'il avait de son côté constaté que la lignée de pilotis mise au jour à la rue de la
1
Muséum d'Histoire naturelle de Genève, n° 832/75-77.
— 92 —
Croix-d'Or était identique et dans le prolongement de celle retrouvée sous le
Grenier à blé, contre laquelle était couchée la statue. On peut dire maintenant avec
certitude que cette image est contemporaine de la digue, qu'elle
en faisait partie intégrante, qu'elle est donc antique.
On sait que M. Jacques Mayor a consacré une étude à cette
figure de bois taillé et qu'il a cru pouvoir la rapprocher du type
des Rolands germaniques du moyen âge 1. Toute cette hypothèse
ne saurait se soutenir, parce que les éléments mêmes du problème,
la situation de la trouvaille, ont été mal posés. Il est dit pourtant
que cette statue « gisait à 2 m. 50 en dessous du niveau de la rue
voisine (rue de Rive) à la hauteur d'une couche de sable fin et que
recouverte d'un limon noirâtre et environnée de pilotis, elle offrait
un aspect fort primitif, comme le bois était noir à l'égal de celui
des pieux, on crut d'abord à un monument lacustre...2 ». Evidemment ces pilotis n'étaient pas de l'époque lacustre, mais ils n'étaient
pas non plus « modernes, destinés à supporter les fondations du
Grenier à blé». C'étaient peut-être, dit encore M. Mayor, des
pilotis du XIV e ou XV e siècle. Je ne sais si M. Mayor a assisté
à la découverte, j'en doute, car il aurait pu voir,— même la photographie de la statue in situ le démontre, — que les substructions
du Grenier à blé ne descendaient pas aussi profondément que les
pieux, enfin que le pilotage restreint à cette lignée transversale ne
correspondait ni au plan des murs du Grenier à blé ni à celui du
couvent des Cordeliers dont on possède le relevé3. M. Châtelet nous
a confirmé que les fondations n'avaient rien à faire avec ces pieux.
De ce fait l'argumentation du Roland tombe, la statue est contemporaine de la digue. D'autre part, trop de documents de l'époque
médiévale nous sont parvenus pour que la présence d'une statue
colossale semblable ait passé inaperçue; remarquons aussi que si
cette figure a l'air très fruste, ce n'est pas le fait d'un manque
d'habileté, mais bien d'une usure très avancée due à un enfouissement de plusieurs siècles.
Rappelons en deux mots l'apparence de cette pièce unique
en son genre. Elle est sculptée dans un seul bloc, sur un pilotis
de chêne semblable à ceux du brise-lames. Avec la base et le fût elle mesure
3 m. 05, sans la base 2 m. 75. Cette figure debout, aux jambes massives enveloppée
1
J. MAYOR : «A propos d'une figure de bois taillé», Indic. Antiquités suisses, t. XV, 1913,
p. 117 et suiv.
2
3
Journal de Genève, 13 juillet 1898.
Pour le plan antérieur au Grenier à blé, voir aux Archives d'Etat le plan Billon.
— 93 —
d'une ample tunique, a le bras droit replié et tient un objet arrondi indéterminé,
peut-être un vase, mais en aucune manière une lame dressée. Le bras gauche a
presque complètement disparu, il était allongé le long du corps et par quelques
indices il semble que la main tenait aussi un objet ou une arme. La tête était recouverte d'un casque, d'un capuchon ou d'une chevelure pyramidale. Le cou est large,
mais était enveloppé d'une chevelure tombante ou d'un capuchon, enfin la surface
du dos est plane, la statue devait être appuyée. Indiquons encore que le vêtement montre un dessin très net, c'est une caracalla gauloise coupée au-dessus des
genoux, échancrée autour du cou. Le moyen âge n'a pas connu d'habit semblable.
Que devait représenter cette figure ? Sans doute il sera difficile de le dire vu l'état
d'usure du bois. Plantée sur la grève, s'élevant à l'alignement de la grande digue
du môle principal, elle devait faire partie de la physionomie du port.
Les statues dressées sur les jetées et même sur des pilotis n'étaient pas rares
dans l'antiquité. Des vues des ports de Pouzzoles et surtout de Stabies reproduisent
des môles ornés d'arcs, de statues colossales placées sur des colonnes jusque dans
la mer 1. Une monnaie tout particulièrement représente le port d'Ostie au revers
d'une pièce de Trajan; on y distingue très nettement entre les portiques du quai
et un bâtiment terminant la jetée deux statues sculptées sur des colonnes ou même
des pilotis 2. Ici, par le fait que la base s'est rompue à la hauteur de l'eau, notre
figure s'est écrasée dans la vase, face contre terre derrière la jetée, et le sablon humide
l'a conservée jusqu'à nos jours. Nous ne pouvons encore nous prononcer sur l'attribution de cette statue, qui est certainement une divinité tutélaire, un genius loci.
Qu'elle soit la représentation d'un Silvain, d'un Jupiter ou d'un Neptune, protectrice des bateliers ou des éléments, elle devrait en tous cas être rattachée à une
divinité allobroge, de tradition gauloise. La rareté d'une trouvaille semblable, d'une
statue en bois de cette époque, nous a engagé à l'étudier de plus près. Un hasard,
une coïncidence, permettra une fois de l'identifier complètement.
*
*
*
D'après les renseignements de M. Châtelet, la lignée de piquets se prolongeait
jusqu'à la rue d'Italie. Dans l'autre direction, du côté du Rhône, nous avons aussi
quelques points de repère. La digue moins importante, car elle ne devait plus servir
de quai, suivait le dessin des Rues Basses, à peu près 10 mètres en arrière de l'ancien
alignement des maisons contre la colline. Au Terraillet, la ligne de pilotis la plus
rapprochée de la rue n'en était distante que de 6 m. 50, mais on en voyait deux
1
S.
REINACH : Répertoire des peintures grecques et romaines, 1922, p. 379, vues 1, 4, 5. —
: Manuel d'Archéologie romaine, art. «Ports».
DAREMBERG et SAGLIO : Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, t. IV, flg. 5261.
GAGNAT
2
— 94 —
autres plus en arrière à 12 et 16 mètres 1. De plus, sous l'immeuble N°24 (ancien), une
estacade perpendiculaire, sorte d'épi, se reliait à la digue. Mais il ne faut pas
confondre ces ouvrages avec ceux du moyen âge qui supportaient l'enceinte de la
ville. En effet, la muraille médiévale empruntait (à environ 13 mètres de la rue)
le même tracé que nous avons aussi reconnu en 1917 sous le Terraillet. A partir de
l'ancien N° 20 rue du Marché, l'alignement est moins visible, quelques piquets
disséminés pourraient dessiner les pontons d'un petit port secondaire.
Sous la maison Och, 2 rue du Marché, je n'ai plus vu de pilotis, seulement un
amoncellement de gros blocs. Il en était de même sous les maisons Badan, rue de la
Confédération 28, et Nos 10-12 de la même rue 2. Jusqu'à la fin du XIIIe siècle la grève
occupait encore l'emplacement de la rue ; la maison de l'abbaye de Bonmont (maison
Ramu, rue de la Confédération 32) est encore dite en 1273 « près de la rive du lac » 3.
La grève aboutissait ainsi au bas de la Cité au débouché du pont du Rhône.
*
*
*
L'image d'ensemble des rives et du port peut se résumer ainsi. L'extrémité
de la baie du lac suit une ligne en arrière de la rue des Eaux-Vives, passe devant la
Salle de réunion de l'école des Eaux-Vives, puis s'infléchit pour former le golfe de
Longemalle après avoir côtoyé les terrains marécageux du Pré-1'Evêque 4. Bien que
des enrochements placés au large coupent les vagues, le vent du nord a nécessité
des travaux de protection des berges. A partir de Rive une digue solidement établie
entre des pieux défend la grève. Le port est signalé par des bâtiments généralement
en bois, une statue colossale en marque l'entrée. Le môle d'abord simple se double
vers la rue de la Croix-d'Or, une construction de pierre, une tour, un phare peutêtre, soulignent l'importance de ce quai, plusieurs pontons facilitent l'embarquement
et le débarquement des marchandises, enfin se succèdent les trois principaux bassins
du port à Longemalle, le premier plus spécialement destiné aux réparations des
bateaux. En arrière une voie relie directement le port au forum. Puis la digue reprend et se prolonge en diminuant d'importance jusqu'au pont du Rhône.
*
*
*
Divers points méritent encore d'être étudiés de plus près: la nature des édifices dans le voisinage du port, et si le port de Longemalle était le seul de Genève.
1
MM. de Morsier et Weibel, architectes, m'ont très obligeamment communiqué un relevé
des pilotis au Terraillet.
2
Renseignements communiqués par M. E. Cuénod, entrepreneur.
3
4
Regeste Genevois, n 0S 935, 1102 et 1133.
M. Vial, architecte, nous a signalé qu'en construisant la Salle de réunion des Eaux-Vives,
on avait trouvé sous le perron tout un embarcadère ou ponton avec traverses en chêne.
— 95 —
Nous avons remarqué que sous la Madeleine et le long de cette église une construction importante avait été découverte. Nous pouvons, toutes proportions gardées,
comparer un port lacustre à un port maritime. Il devait y avoir des magasins pour
les marchandises, des halles, des portiques abritant des boutiques, tout un quartier
commerçant. On semble avoir toujours considéré la Genève antique à travers la
Genève du moyen âge. Il ne faut pas oublier qu'à l'époque romaine, pendant les
deux premiers siècles de l'Empire, les constructions n'étaient pas uniquement
localisées sur le haut de la colline, qu'au contraire elles couvraient le plateau des
Tranchées et les rives du lac. Les nombreuses trouvailles d'antiquités dans le bas
de la ville, de la Rôtisserie à la rue du Vieux-Collège, démontrent sans hésitation
des établissements durables. On ne peut creuser le sous-sol dans cette région sans
rencontrer des multitudes de fragments antiques, poteries, meules, poids, stucs.
Un fait semble avoir échappé aux historiens. Lorsqu'en décembre 1910 on
retrouva cette inscription antique: « A Maia, Quintus Servilius Severus a dédié
aussi le temple et les portiques », inscription du IIe siècle, c'est qu'elle provenait
d'un mur posé sur la base qualifiée de romaine par M. Reber l. Dans la rue du Purgatoire, près du même mur, on retrouva deux monnaies de bronze, l'une de l'empereur Maxence, d'Ostie, l'autre de Valentinien Ier, pièces d'époque tardive. Bien
qu'on puisse nous faire l'objection que les matériaux antiques ont le plus souvent
été transportés pour être utilisés ailleurs, nous pensons que cette inscription
intacte et peu usée provient du lieu même du sanctuaire de Maia entouré de ses
portiques. Les murs relevés seraient les derniers vestiges de cet édifice. Dans les
récentes fouilles dans la Madeleine, nous avons noté de nombreux restes antiques 2.
Outre l'inscription à l'édile T. Nonnius Januarius étudiée par M. W. Deonna, j'ai
vu des fragments de colonne, de chapiteaux, de grandes tuiles à rebord 3. Les premiers sanctuaires chrétiens de la Madeleine n'auraient fait que succéder à un lieu
de culte plus ancien placé près du port.
M. Alfred Cartier a étudié il y a quelques années les inscriptions trouvées au
Terraillet, dans le mur du moyen âge, près de la rive antique, entr'autres le cippe
funéraire d'Aurelius Valens, directeur du bureau de perception de Genève pour la
douane des Gaules 4. Ce monument nous donne la preuve que Genève était le siège
d'un bureau important de la quadragesima Galliarum. Fait presque certain, ce bureau
1
A. CARTIER : « Inscription latine à la déesse Maia trouvée à Genève », Bulletin Soc. Hist.
et Arch. Genève, t. III, p. 216 et suiv. — B. REBER, Jbid., t. III, p. 221. — M. Cartier parle d'un
mur du moyen âge.
2
Maia était la mère de Mercure et son culte se confondait le plus souvent avec celui du
dieu du commerce.
3
W. DEONNA : « Inscriptions romaines de Genève. Extr. de Pro Alesia, t. VIII, 1923, p. 7
et suiv.
4
A. CARTIER : « Inscriptions romaines trouvées à Genève en 1917 », dans Indic. Antiquités
suisses, t. XX, p. 133.
— 96 —
devait être en relation soit avec le péage du pont sur le Rhône, soit avec le mouvement commercial du port. Il faudrait en déduire que non loin des bassins du port
s'élevait le bâtiment de l'administration des douanes. On sait que cette disposition
existait le long du Rhône aussi bien à Arles qu'à Lyon 1 .
Les fouilles pour la construction de l'école enfantine de la Madeleine, en 1881,
ont permis de recueillir aussi un certain nombre d'objets et principalement sept
meules dont une complète, ainsi que des pieds d'urne en verre 2. Ces meules de
petite dimension (en moyenne 0 m. 35 à 0 m. 40 de diamètre) servaient à moudre
le grain; taillées dans des pierres du pays, gneiss, serpentine, quartzite, elles offrent
la particularité de ne présenter aucune usure. Peut-être, comme le pensait Charles
Morel, proviennent-elles d'un rhabilleur de meules plutôt que d'un meunier. Déjà
à l'extrémité du port C près de la Madeleine on avait trouvé une partie de meule
de grande dimension, environ 1 m. de diamètre. Toutes ces découvertes indiquent
un quartier industriel. En 1906 en construisant la Salle Centrale, outre des fragments
d'amphores vinaires, les ouvriers ont rempli plus de deux sacs de poids en terre
cuite appelés aussi pierres à filet 3. Comme on en avait déjà trouvé une dizaine sous
l'école, cette accumulation d'une même espèce d'objets est insolite. Bien que des
pièces semblables aient pu être utilisées comme poids, ces pesons servaient surtout
aux tisserands pour tendre les fils de chaîne de leurs métiers. Les deux formes de
pyramide tronquée et de parallélipipède se rencontrent à Genève. Nous croyons donc
ici qu'il y avait un atelier de tissage qui complétait le caractère industriel et commercial du quartier. Tout récemment encore, sous la rue de la Madeleine, nous avons
mentionné des fragments de gros dolia de type gaulois, utilisés dans les fonderies4.
M. Reber avait déjà trouvé des résidus de fonte métallique et des morceaux de
graphite, provenant de creusets, près du port C, et nous-même avons récolté de ces
mêmes dolia dans le port A avec deux creusets. Ces indices de forges s'expliquent fort
bien près d'un port, soit pour des réparations, soit même pour la fabrication d'outils
en métal.
Tout près des installations du port, non loin de portiques et d'un sanctuaire,
se groupaient des industries diverses: meuniers, tisserands, forgerons se mêlaient
aux bateliers, aux marchands et aux fonctionnaires de la douane.
*
*
1
*
A. CONSTANS : Arles antique, 1921, p. 212.
H. GOSSE : Procès-verbaux Soc. Hist. et Arch. Genève, 10 février 1881 et notes dans les
Archives archéologiques du Musée. — Ch. MOREL dans Mém. Soc. Hist. et Arch. Genève, t. XX,
p. 453.
3
Renseignements de M. Weibel, architecte. — Journal Le Genevois, 20 janvier 1906. —
Indic. Antiquités suisses, 1906, t. 8, p. 83.
4
Genava, t. III, «Chronique archéologique pour 1924», p. 71.
2
— 97 —
Le port de Longemalle était-il le seul port de Genève ? Nous ne le croyons pas.
Si la navigation sur le lac ne pouvait trouver de meilleur abri que la baie de Longemalle, la batellerie du Haut-Rhône devait avoir son port ailleurs, près de l'Ile à
l'entrée du fleuve. Nous avons plusieurs raisons pour appuyer cette opinion. Non
loin du pont et de l'Ile, où Charles Morel plaçait un sanctuaire antique, il faut chercher un emplacement où l'on pouvait tirer les bateaux sur la rive. Les trouvailles
faites dans cette partie de la ville au cours des siècles et surtout pendant le dessèchement du lit du Rhône de 1884 à 1887 ont confirmé notre hypothèse 1 .
En 1678 déjà, on recueillait dans le bras méridional du Rhône, un peu en dessous
de la tour de l'Ile, l'autel avec base et couronnement, qui a trait au sujet qui nous
intéresse plus particulièrement ici : « Au dieu Silvain, pour le salut de ses amis, les
bateliers (ratiarii) du cours supérieur (du Rhône), Lucius Sanctius Marcus, citoyen
helvète, a érigé ce monument et l'a dédié en accomplissement d'un vœu. Il en a fait
les frais » 2. Dans le même bras du fleuve, en 1884, dans le lit du Rhône, on retira
un autel à Neptune, à peu près en face de la Corraterie au milieu des pilotis, un autel
anépigraphe, une tête de statue en marbre blanc, un fragment de frise, enfin dans
le bras droit, utilisée dans un mur de quai, une stèle à figure humaine 3.
Beaucoup d'autres objets en bronze et en fer, des époques préhistoriques aux
époques modernes, disséminés entre des pilotis de tous les âges, sont venus compléter
ces séries localisées dans le bras méridional du fleuve. Nous n'indiquons que pour
mémoire les inscriptions et sculptures mises au jour dans la même région, à Bel-Air,
car elles ont pu provenir d'ailleurs et avaient été noyées sous les fondations de l'immeuble des Trois Rois et de celui qui le touchait 4. Ce sont: une dédicace à Mercure, un
cippe funéraire, enfin une frise moulurée. Le lit du Rhône n'a pas été partout
approfondi, mais seulement égalisé, aussi dans la partie la plus importante au point
de vue archéologique, près du pont, les investigations scientifiques sont restées
incomplètes.
Il n'est pas douteux que le port des bateliers du Rhône se trouvait près, mais en
amont du pont, sur le bras gauche du fleuve. Le banc de sable de l'Ile, très réduit
jusqu'au XVIe siècle, ne se prêtait pas à un abri sûr des bateaux. En-dessous du
pont, du côté de Plainpalais, il n'y avait aucune construction, les eaux de l'Arve
recouvraient constamment ces marais à l'aspect changeant. Jusqu'où pouvait
s'étendre ce port à l'issue du lac ? En 1879, dans les fondations de l'immeuble N° 2
rue du Commerce, «les ouvriers ont mis à jour, à quatre mètres environ au-dessous
1
Th. TURRETTINI : Utilisation des forces motrices du Rhône. Rapport de H. Gosse, 1890,
p. 223-227, qui indique toutes les trouvailles faites dans le Rhône.
2 E. DUNANT : Catalogue raisonné et illustré des séries gallo-romaines, 1909, n° XII.
3
Cf. note 1.
E. DUNANT : op. cit., p. 39 et 175. — Indic. Antiquités suisses, 1897, p. 50-53.
5
Journal de Genève, 8 février 1879. — Indic. Antiquités suisses 1879, p. 917.
4
— 98 —
du niveau de la rue, une double rangée de pilotis, qui présentent la plus grande analogie
avec ceux des constructions lacustres et qui prouvent une fois de plus que le Rhône
s'étendait autrefois jusqu'aux Rues Basses. Parmi les débris de constructions extraits
du même endroit et qui paraissent remonter à des temps très divers on a retrouvé
aussi une pierre de roche dure sculptée qui pourrait bien provenir de l'entablement
d'un édifice de l'époque romaine » l. Cette pierre conservée au Musée est en effet une
frise romaine ; elle était engagée sous le mur mitoyen de la maison Rossel. Sont-ce
bien des pilotis de la période lacustre ? Les exemplaires déposés au Musée rappellent
ceux de la rue de la Croix-d'Or et doivent être datés de l'époque romaine, comme les
fragments récoltés tout auprès. Le niveau de quatre mètres, s'il n'est pas exagéré,
doit se mesurer de la base des pilotis, car nous n'avons jamais vu des constructions dans cette région à une semblable profondeur. Bien que les renseignements
sur cet ouvrage lacustre soient incomplets, ils nous permettent de placer là les restes
d'une des digues du port.
Les travaux pour la construction des immeubles du Passage des Lions n'ont
pas mis à découvert la suite de cette estacade, qui peut-être se prolongeait perpendiculairement à la rive; seuls quelques pilotis isolés, sans dessin d'ensemble, ont été
visibles sous les anciennes cours 2. Il faut donc situer le port un peu plus en amont
de la rue du Commerce, à la Fusterie. Le courant du Rhône, très violent au moment
des hautes eaux, a dû obliger les bateliers à chercher un emplacement plus éloigné du
pont. Un état de fait vient confirmer cette proposition. Pendant tout le moyen
âge, jusqu'à la fin du XV e siècle, s'étendait sur cette rive un port animé, appelé
« rière les Meyrins », portu de Meyrins ou portu de Meyrinorum 3. La dénomination
de ce port provient de la famille de Meyrin qui possédait une grande maison qu'elle
avait fait construire au XIVe siècle à l'angle de la place de la Fusterie et de la rue
actuelle de la Confédération 4. C'était le port au bois et les charpentiers avaient tout
auprès leurs installations et leurs ateliers. On y travaillait non seulement le bois de
charpente, mais aussi la fabrication des tonneaux. Avec l'accroissement du quartier
du côté de l'eau, on abandonna peu à peu la partie du port sur le Rhône pour ne
conserver que la Fusterie. Dès le XVIe siècle, le mot de Fusterie remplaça complètement celui de Meyrins.
Nous pouvons, à ce propos, constater la survivance des habitudes et des traditions dans le commerce, à travers les âges. Les exploitations ont subsisté dans les
mêmes localités, malgré des transformations fondamentales. Ainsi, le port de Longemalle, bien qu'ensablé et comblé, n'a jamais cessé d'être en usage jusqu'au début
1
2
3
4
E. DUNANT : op. cit., p. 171.
Renseignements de MM. Peyrot et Bourrit, architectes.
Registres du Conseil, publ. t. I, p. 10, 32.
Archives d'Etat. Evêché Gr. R. I, reconnaissances de Marguerone fe. de Jean de Meyrins
et de Jean de Meyrins en 1340 et 1343.
— 99 —
du XIXe siècle. Son dernier emplacement se trouvait à près de 200 mètres en avant
des bassins primitifs antiques. Pour le port des Meyrins, la distance au moyen âge
était bien plus courte ; en 1343, la maison de Jean de Meyrins est dite juxta portum
ibidem existentem, donc à une trentaine de mètres des Rues Basses 1. Il existait
encore d'autres ports pendant la période romaine, mais d'un usage secondaire. Le
Molard, bien que cité en 1271, est une création de l'évêque Aymon du Quart en 1309,
car il y fit établir des halles par la communauté de Genève 2.
*
*
*
Genève possédait donc deux ports principaux à l'époque gallo-romaine, deux
ports qui avaient une activité distincte (fig. 4). D'un côté, celui de Longemalle(I),
en rapport avec le trafic du lac, de l'autre celui des Meyrins (II), en relation avec
la batellerie du Rhône. La plupart des villes avaient des ports différents, ainsi Arles
et Lyon. La navigation sur le lac a toujours dû être intense et importante, elle
1
Ibid., ut supra.
L. BLONDEL : «Notes d'archéologie genevoise», Bulletin Soc. Hist. et Arch. Genève, t. IV,
p. 27 et suiv.
2
— 100 —
n'a jamais cessé de l'être jusqu'au XIXe siècle. Le commerce des Alpes par le MontJoux, plus tard le Grand St.-Bernard, desservant le Valais, le pays des Nantuates,
ainsi que tout le trafic provenant des Helvètes, devait se faire par voie d'eau, parce
que plus facile et moins coûteux. Nous n'avons cependant pas encore eu la chance
de découvrir à Genève une inscription mentionnant une confrérie des nautes du lac.
On en connaît pour les nautes des lacs de Corne et de Garde. Mais cette trouvaille
ne ferait que confirmer une institution qui a certainement existé. Par contre, la
corporation des radeleurs du Haut-Rhône nous est révélée par l'autel à Silvain.
Il semble tout d'abord étonnant qu'il y ait eu une utilisation pratique du Rhône pour
la batellerie entre Lyon et Genève, quand on pense à son cours torrentueux et
surtout à la « perte » près de Bellegarde. M. Lefebvre des Noettes a fait ressortir
« que l'activité de la batellerie et des transports fluviaux dans l'antiquité ne provenait nullement de ce que le régime des cours d'eau offrait des facilités plus grandes
que de nos jours, mais résultait de la pénurie des transports par terre »1. La batellerie
sur le Rhône comprenait différents secteurs, desservis par des corporations de nautes
indépendants 2. Arles recevait les transports maritimes ; la première étape fluviale,
avec plusieurs escales, s'étendait de Arles à Lyon, en passant par Vienne. Lyon
possédait au moins deux ports, l'un pour les bateliers du Rhône, l'autre pour ceux
de la Saône, tous deux situés sur la Saône 3. De Lyon, grand centre de la navigation,
le trafic se divisait. L'un, le plus important de beaucoup, remontait la Saône, l'autre
utilisait le Haut-Rhône dans la direction de Genève. Mais, sur ce dernier tronçon, la
circulation difficile était interrompue entre Seyssel (Condate) et Collonges-Fort de
l'Ecluse par des obstacles insurmontables. Un transbordement des marchandises
devenait nécessaire. Ces transbordements étaient fréquents dans l'antiquité, par
exemple à Dijon, entre la Saône et la Seine, à Roanne entre la Loire et le Rhône 4.
Si en aval Condate semble le point extrême pour la navigation, du côté de Genève
nous pensons que bateaux ou radeaux s'arrêtaient au port de Villars-sous-Cluse,
commune de Collonges. Ce port, qui servait aussi bien au passage d'un bac unissant
les deux rives qu'aux nécessités de la circulation fluviale, est mentionné jusqu'au
XVIe siècle. Il appartenait pour une part aux seigneurs de Livron ensuite d'une
concession qui leur fut accordée par les sires de Gex vers 1323 5. En effet, les sires
de Gex possédaient les rives du Rhône du côté de leur fief. En 1666, ce point est encore
signalé comme lieu de passage du grand chemin de Genève à Lyon. Le transbordement par voie de terre comptait jusqu'à Seyssel environ 30 kilomètres.
1
2
3
4
Compte rendu dans la Revue des Etudes anciennes, 1924, p. 255.
ALLMER et DISSARD : Inscriptions antiques du Musée de Lyon, t. 2,
A. STEYERT : Nouvelle Histoire de Lyon, 1895, t. I, p. 279 et suiv.
p. 464.
Voir sur toutes ces questions de batellerie l'ouvrage d'ensemble de Louis
navigation intérieure de la Gaule à l'époque romaine, 1913.
5
Soc. Hist. et Arch. Genève, Manuscrits Vidart, n° 15, p. 84, 125, 169.
BONNARD
: La
— 101 —
M. Louis Bonnard a fait remarquer qu'au moment de l'arrivée de César, en
58 av. J. G., les Helvètes tentèrent le passage du Rhône, non seulement avec des
radeaux, « mais des bateaux reliés les uns aux autres (navibus junctis) ce qui implique
l'existence d'une certaine utilisation nautique du fleuve dans la partie voisine du
Léman »1. Après l'empire romain, cette utilisation ne fut point complètement
abandonnée; nous savons qu'au moyen âge on se servait encore du Rhône pour
transporter du matériel; ainsi en 1349 trois bateaux remontèrent par le fleuve, de
Peney à Genève, les engins de guerre qui avaient servi au siège du château épiscopal 2.
On a beaucoup discuté sur le terme de ratiarii, sur la qualification des entrepreneurs de transports par radeaux. Leur principale fonction était de convoyer des
trains de bois, mais outre cela ils étaient passeurs de bacs et conduisaient de véritables barques sur les fleuves et les lacs. La confrérie de Genève avait sans doute ces
diverses attributions qu'elle partageait avec ses confrères de l'Isère. Le commerce
du bois et plus tard du vin ont fait pendant des siècles l'objet principal des échanges.
Les forêts abattues dans la montagne, amenées par le lac à Genève, étaient transmises par le Rhône aux grandes cités de Lyon, Vienne, Arles 3. Le commerce du vin
était de deux sortes. Le vin importé du Midi nous parvenait dans de grandes outres
ou des amphores, puis il était conservé dans de vastes entrepôts et de là expédié vers
l'est et le nord. Dès le milieu du 1er siècle, les vins indigènes firent à leur tour l'objet
d'un échange actif 4. On sait qu'à côté des récipients en terre, les amphores dont on
a retrouvé des lignées complètes dans les caves genevoises, les habitants de notre pays
construisaient déjà des tonneaux. Pline rapporte que les habitants des Alpes renfermaient leur vin, non dans des vases de pierre comme les Romains, mais dans des
vases de bois. (Circa Alpes ligneis vasis vinum condunt circulique cingunt.)
Le vin d'importation restait donc enfermé dans les amphores, alors que le vin
indigène se conservait dans des tonneaux. Comme au moyen âge, les entrepôts de
vins occupaient principalement la rive en face du port au bois à la Fusterie, il est
probable que dans l'antiquité il en était de même. La maison de Bonmont par exemple
et ses voisines servaient à cet usage au XIIIe siècle.
Nous devons nous représenter la répartition des marchandises et des denrées
de la façon suivante: Tout le commerce de transit, principalement celui du bois,
ainsi que les vins, venait aborder au port près de l'Ile à la Fusterie, les bateliers du
Rhône le transbordaient sur leurs radeaux ou leurs bateaux plats pour le descendre
au gré des eaux du fleuve, par contre, le commerce local ou à destination de la région
1
2
3
4
Louis BONNARD : op. cit., p. 64.
Mém. Soc. Hist. et Arch., Genève, t. XVIII, p. 291.
ALLMER
et
TERREBASSE
: Inscriptions de Vienne, t. II, p. 405.
Raoul MONTANDON : Le commerce des vins dans la Genève gallo-romaine et l'origine de notre
vignoble. Genève, 1921.
— 102 —
voisine, les grains, les produits de toutes sortes se déchargeaient au port de Longemalle.
Les nautes du Rhône invoquaient Silvain comme leur protecteur; nous ignorons
la divinité tutélaire des nautes du lac. Peut-être la statue érigée sur le môle du port
représentait-elle un de leurs génies vigilants ? Après plusieurs siècles d'oubli, le
problème de la navigation se pose à nouveau, et notre pays ne peut plus méconnaître
la valeur commerciale de ses voies lacustres et fluviales. Lentement, nous apprenons
les leçons du passé. De même qu'au large, les eaux du lac ont conservé la civilisation
des hommes des âges de la pierre et du bronze, le sable des grèves, poussé par la
vague, a enfoui les secrets des mariniers romains avec les établissements de leurs
ports.
*
*
*
Annexe. — Objets trouvés dans le port romain en 1924.
Mentionnons en premier lieu des morceaux intéressants de poterie sigillée,
provenant du sud de la France, principalement de la Graufesenque ; plusieurs fragments d'un vase de forme 29, identiques par leur décor à ceux du potier MOMMO1;
4 fragments de vase de forme 29, décor de cerfs bondissants dans des compartiments
en demi-cercles; 2 fragments de vase forme 29 avec des feuillages, sur la frise des
flèches imbriquées entre des rinceaux, probablement de la Graufesenque; 3 fragments
de vase forme 30, figure de Minerve debout tournée à gauche tenant son bouclier
rond, entre des compartiments avec ornements cruciformes, les compartiments sont
remplis par des fleurons en éventail, type de la Graufesenque ; 4 fragments de frises
de vases forme 29 avec rinceaux; 4 fragments, parties inférieures de vases forme 29,
avec de petits médaillons entourant un lièvre, un canard, un lion; 2 fragments de
bords supérieurs de vases forme 29, l'un avec des rinceaux, l'autre avec un dauphin ;
1 fragment, base de vase, forme 29, avec feuilles et glands ; 2 fragments de base d'un
vase avec feuillages imbriqués, assez grossier; 1 fragment de petit vase avec décor
de rosaces à doubles cercles concentriques, le plus grand perlé, peut-être de Lezoux;
Outre ces pièces, il a été récolté plus de 150 fragments de poterie semblable provenant de petits vases, plats, bols, etc., sans décor ou avec simple moulure; une dizaine
de pièces de poterie avec imitation de vernis rouge et orangé; une douzaine de pesons
coniques brisés; une multitude de poteries ordinaires rougeâtres ou rosées, sans
couverte vernissée, dont une jatte avec déversoir et une anse moulurée.
Les signatures suivantes ont été trouvées sur des poteries sigillées non
décorées :
1
J
DECHELETTE
: Les vases céramiques ornés de la Gaule romaine, 1904, t. I, p. 98, fig. 65.
— 103 —
AEI
avec palmette verticale, pour CNEIVS ATEIVS, intérieur d'un fond de gobelet
évasé.
SCOTI pour SCOTIVS , intérieur du fond de coupe.
OFIC BILICI , pour OFICINA BILICI , intérieur d'assiette.
VCAR ? incertain, pour VICARI, intérieur de fond de coupe.
... ANTI incomplet, intérieur fond de coupe à couverte orangée
peu solide.
Graffite W sur le même vase.
. . . . VLO incomplet sur fond de plat.
SECUN.. incertain pour SECVNDVS , fond intérieur de coupe à couverte orangée.
VAPVS très lisible, sur fond de coupe.
. . M . . ND pour AMANDVS ? incomplet sur fond de coupe.
JVLLINI ou SVLLINI intérieur fond de coupe.
3 fragments OF . PRM , incomplet, PRMI et OPRM , pour OFFICINA PRIMI , sur
fonds de vases.
... ANVS incomplet sur fond d'assiette.
MACER sur fond de coupe.
..vo incomplet, presque illisible.
DIOR . F incomplet pour DIOR FECIT ? petit fragment.
.. AVLVSM incomplet, pour PAVLVS M ? sur fond intérieur coupe.
G incomplet sur fond d'assiette.
IVLOFI pour JVLII OFICINA , intérieur fond de coupe.
La plupart de ces marques datent du 1er siècle et se rattachent probablement
aux manufactures du midi de la France. Les vases de CNEIUS ATEIVS sont contemporains d'Auguste et fréquents dans la Narbonnaise.
Il nous reste à énumérer les poteries peintes, noires ou grises.
3 fragments de poterie peinte à tradition gauloise. L'un de ceux-ci en terre rougeâtre très fine offre une bande blanche recouverte de petits traits verticaux noirs
dessinant des carrés entre deux zones, l'une noire, l'autre rouge, avec traits verticaux
noirs; 3 fragments de vases à engobe blanc et noir semblables à ceux trouvés à la
Tour-de-Boël 1.
Les débris de vases à pâte grise, noire ou blanchâtre, se sont trouvés nombreux.
Quelques-uns sont nettement gaulois avec ornement ondulé. Un tesson avec pâte
de grains schisteux, mal cuit, a un rinceau profondément dessiné au peigne. Dans
cette même catégorie rentrent des fragments de très gros vases noirâtres aux parois
épaisses, au col légèrement évasé avec ornementation de petits traits horizontaux
ou verticaux sur la panse arrondie. Leur diamètre d'ouverture est d'environ 22 centimètres, d'autres encore plus volumineux, avec parois de 12 à 15 millimètres à rebord
1
Genava, t. II, p. 85.
— 104 —
plat, ont des ouvertures allant jusqu'à 35 centimètres. Ce sont des dolia à panse
sphérique, semblables à celles trouvées au Mont Beuvray dans les ateliers de forge 1.
Les vases de grande dimension sont représentés presqu'exclusivement par ces dolia,
les débris d'amphores vinaires ou pour l'huile ont été très peu nombreux. Deux
creusets complètent ces séries et montrent l'existence de fondeurs près du port.
Les objets métalliques se sont trouvés si peu nombreux que nous n'avons
recueilli qu'un amas de gros clous non loin de la pierre circulaire, l'humidité du sol
a dû tout détruire.
Une monnaie avec le crocodile de la Colonia Nemausus, soit Nîmes.
Quelques très petits débris de vases en verre.
1
J.-G.
BULLIOT
: Fouilles du Mont Beuvray, 1899, Album, pl. XXIX.
SCULPTURES ANTIQUES
RÉGEMMENT ACQUISES PAR LE MUSÉE DE GENÈVE
W. DEONNA.
I
10923. - Buste d'homme barbu 1 (fig. 1), trouvé en 1922 à Vonitza (Acarnanie).
La chevelure forme des mèches régulières, dont deux se détachent symétriquement sur le haut du front, selon une mode qui paraît dès le début du IV e siècle
avant J.-C. sur des têtes masculines et féminines 2 pour rompre l'uniformité de la
masse capillaire et établir une transition entre elle et le front. Les poils de la moustache, de la barbe, tombent en mèches à peine bouclées. Le nez est cassé. Les yeux
étaient rapportés dans l'orbite creuse. La poitrine est couverte d'un chiton, et
l'épaule d'un himation.
L'arrangement de la chevelure et de la barbe, l'expression du visage d'une
majesté grave, que devait renforcer l'éclat du regard, évoquent l'idée non d'un
mortel, mais d'un dieu. Parmi les divinités barbues, ce type ne correspond pas à
ceux d'Asklépios ou de Poséidon, et l'on ne saurait hésiter qu'entre trois dieux voisins,
Zeus, Sérapis, Hadès, tels que les conçoit l'idéal du IVe siècle, époque à laquelle
ramène le style de cette sculpture. Ce n'est pas Zeus, auquel le IVe siècle, modifiant
quelque peu la création de Phidias, donne de belles boucles profondément refouillées,
savamment ordonnées, une barbe bien peignée et nettement divisée en deux moitiés
1
Haut. 0,58; N° d'inventaire 10923. Hadès, Pages d'Art, 1924, p. 59-60, pl.
Têtes féminines: COLLIGNON, Monuments Piot, II, p. 157 sq. ; REINACH, Recueil de têtes anti
ques, pl. 138,139, p. 107, 108, pl. 190; Têtes masculines: Eubouleus, Apollon du British Muséum,
ibid., pl. 242, etc.
2
— 106 —
symétriques, une expression à la fois majestueuse et douce l. Ce n'est pas non plus
Sérapis, puisqu'il manque un modius et que le haut de la tête n'en révèle aucune
trace.
Ce ne peut être qu'Hadès, proche parent des deux dieux précédents, puisque
Sérapis est un compromis entre le type de Zeus et celui d'Hadès 2. C'est à lui que
convient cette chevelure un peu négligée,
cette barbe un peu inculte, cette expression
un peu sombre et morose.
L'arrangement de la draperie, le pli
du chiton sur le cou, le pli de l'himation
tombant verticalement de l'épaule gauche,
sont des détails que l'on retrouve dans les
statues les plus certaines d'Hadès, par
exemple celle de la Villa Borghèse 3, comme
aussi dans celles de Sérapis.
Les images d'Hadès, qui se confond
facilement avec Zeus et Sérapis, sont rares
et incertaines; il n'est donc pas sans intérêt
d'en signaler une nouvelle.
Le buste convient bien au dieu chthonien, puisqu'il est sans doute inspiré du
désir de représenter les divinités souterraines surgissant de terre, telle Ghé, puisque
les plus anciens bustes sont ceux de dieux
chthoniens, Déméter, Coré, Dionysos, puisque, de tout temps, le buste a conservé
ses relations funéraires 4.
Les caractères de style de cette tête
ramènent à la deuxième moitié du IV e
siècle avant notre ère. Mais est-ce un original, ou une copie romaine ? A-t-on, à cette
époque, copié en buste la partie supérieure d'une statue entière représentant Hadès
debout ou trônant ? M. Bienkowski, à qui nous nous sommes adressé, a bien voulu
nous donner son opinion. Certains détails de ce marbre lui font croire que le proto1
Ex. Zeus d'Otricoli, Vatican. COLLIGNON, Hist. de la sculpture grecque, II, p. 364; REINACH,
Recueil de têtes, pl. 195, p. 155, Jupiter Verospl.
2
ROSCHER , Lexikon, s v. Hades, p. 1803; Dict. des ant., s. v. Sérapis.
3
Dict. des ant., s. v. Pluto, p. 517, fig. 5716; ROSCHER , s. v. Hades, p. 1803; REINACH, Répert.
de la statuaire, II, p. 19, 3; cf. aussi 4.
4
Sur ce sujet, Rev. arch., 1919, IX, p. 114 sq.
— 107 —
type grec avait déjà la forme du buste-hermès, c'est-à-dire de la partie supérieure
détachée d'un hermès, tel qu'il est en usage au IVe siècle. Il se peut que les lignes
latérales de notre buste, malheureusement brisées, n'étaient pas incurvées, mais
verticales, comme c'est le cas dans le buste-hermès proprement dit 1, dont les dimensions sont aussi à peu près les mêmes que celles du buste flavien. Le marbre
est évidé par derrière, ce qui est romain, mais au revers le support et les parois de la
poitrine sont encore épais, comme s'ils conservaient un souvenir de Thermes grec
qui était plein.
A l'époque grecque, le buste est celui de Thermes, celui des images funéraires
placées dans des niches 2, et montre les épaules et la poitrine; plein, il est coupé
net à la hauteur des seins, sans support ni mouluration inférieure. Ce n'est pas l'aspect
qu'il présente ici; coupé au-dessous des seins, il décrit un faible arc de cercle à sa
partie inférieure; il montre par devant une petite mouluration formant support et
transition avec le socle disparu; il est évidé par derrière 3, et les épaules sont indiquées.
C'est une des formes romaines dont M. Bienkowski a étudié l'évolution 4 et qui date
de l'époque flavienne 5, où nait la mode du buste à épaules avec indication de la
naissance du deltoïde, mais sans l'aisselle.
Notre marbre est donc une copie romaine de l'époque flavienne, d'après un
hermès grec de la seconde moitié du IVe siècle.
II
11642. — Cette belle tête en marbre veiné de bleu, de dimensions colossales 6, a
été acquise en 1924 et sortirait, dit le vendeur, d'une collection privée de Sicile;
on ne saurait cependant accepter cette assertion sans réserve et sa provenance
demeure inconnue (fig. 2-3).
Elle se prolonge par une base rectangulaire, coupée au-dessus des pectoraux
et à la naissance des épaules. Ce n'est pas un buste proprement dit, bien que le bustehermès, d'où dérive le buste hellénistique 7, soit connu dès le IVe siècle, mais plutôt
la partie supérieure d'un hermès, que nous replacerons au sommet de son pilier
disparu 8.
1
BIENKOWSKI, op. l, fig. 1-4; Rev. arch., 1895, II, p. 294, fig. 1-4.
Collignon, Les statues funéraires, p. 301 sq.
Sur cette forme, BIENKOWSKI , Académie des Sciences, Cracovie, XXIV, 1895, p. 148-152.
4
Ibid., p. 127 sq; Rev. arch., 1895, II, p. 214, 293; CAGNAT-CHAPOT, Manuel d'arch. romaine, I,
1917, p. 478 sq. ; REINACH, Chroniques d'Orient, II, p. 411.
5
BIENKOWSKI , op. L, pl. I, N° 7-8, Rev. arch., 1895, II, p. 294, fig. 7-8.
6
Haut, avec le socle 0,45 ; de la tête seule, du sommet du crâne à l'extrémité do la barbe, 0,40.
7
BIENKOWSKI , Rev. arch., 1895, II, p. 293 sq
8
Le travail sommaire du revers indique que ce monument devait être appuyé contre une
paroi.
2
3
— 108 —
C'est une copie romaine du 1 er siècle de notre ère, d'après un original grec
du IVe siècle avant J.-G. La chevelure l'atteste. Ces boucles courtes, rejetées en
arrière, dégageant le front en demi-cercle, si elles trouvent, il est vrai, quelques
antécédents dans la plastique du Ve siècle 1, deviennent à la mode au IVe siècle 2 et
sont portées par Héraklès, des athlètes, des hommes barbus3. Mausole, Alexandre,
adoptent aussi cette coiffure et rejettent en arrière leurs cheveux, composant, il
FIG.
2-3. — 11642. Tête masculine. Portrait d'un Grec inconnu. IVe s. av. J.-C.
1
REINACH, Recueil de têtes antiques, pl. 65, p. 52 (Héraklès myronien), pl. 66, p. 53 (Marsyas
de Myron); pl. 35 (athlète du Louvre), le Verseur d'huile de Dresde, Pan polyclétéen, Bulle, Der
schone Mensch, pl. 121.
2
SITTL , Wurzburger Antike, p. 16; Rom. Mitt., 1891, p 241, 243.
REINACH , Recueil de têtes, pl. 148-9; Héraklès d'Aequum, au Louvre, pl. 154; Méléagre du
Vatican, pl. 155; Héraklès au peuplier, British Muséum, COLLIGNON, Hist. de la sculpture grecque, II,
p. 240, fig. 120; Rom. Mitt., 1889, p. 189 sq. ; tête d'athlète, Ny-Carlsberg, REINACH, pl. 150; Pan,
pl. 61; tête barbue du Mausolée, COLLIGNON , Hist. de la sculpture grecque, II, p. 334; fig. 169;
3
id., Les Statues funéraires, p. 261, fig. 169; Héraklès de Vienne, Bulle, Der schone Mensch, p. 147;
éphèbe de la stèle de l’Ilissos, COLLIGNON, Les statues funéraires, p. 149, fig. 82, etc.
— 109 —
est vrai, des mèches longues et non de courtes boucles. Et les dieux, Zeus, Asklépios 1,
subissent la contagion. Est-ce un héritage du Ve siècle ou la renaissance d'une vieille
mode ionienne dont la sculpture et la peinture de vases donnent tant d'exemples au
VIe siècle, et que rappelle la récente pratique masculine 2 ? C'est encore ainsi, en
désordre et non avec le soin du IVe siècle, que se coifferont plus tard les Gaulois, les
Satyres hellénistiques.
Le traitement pittoresque des cheveux et de la barbe, par grandes masses qui
cherchent à accrocher la lumière et les ombres, et à s'opposer aux plans lisses du
visage, la forte saillie de l'arcade sourcilière, l'enfoncement de l'œil dans l'orbite, les
creux et les bosses du front, sont autant de traits
bien connus de l'art grec au IV e siècle.
Les têtes attribuées à Scopas et à ses disciples
(Héraklès juvénile, Méléagre, stèle de Ilissos, etc.).
montrent surtout cette coiffure, et c'est aussi avec le
style de cet artiste que notre marbre offre le plus
d'analogies. On y retrouve le modelé très tourmenté
du front et de l'œil ; on croit percevoir sur le visage
une expression inquiète, même un peu douloureuse,
qui rappelle le pathétique inauguré par Scopas. C'est
celle des hommes barbus sur plusieurs stèles
attiques du IV e siècle, qui, tout en gardant une
noble retenue, ont perdu la sérénité de leurs
ancêtres du V e siècle. Il est, notre personnage,
proche parent du père qui regarde pensivement son
fils défunt sur la stèle de l'Ilissos, de l'époux qui
donne à Korallion la dernière poignée de main 3, de
l'hoplite qui prend congé de son père, sur la stèle de
Proklès et de Prokléidès 4.
Nous placerons donc dans la seconde moitié du
e
IV siècle l'original dont dérive le marbre de Genève.
Ce n'est toutefois pas une image impersonnelle ; c'est un portrait dont le caractère
très individuel frappe à première vue. Le visage reflète une vive intelligence, celle de
l'homme adonné aux recherches de l'esprit; pensif, de face, il devient austère, dur même, vu
de profil. On sent là une énergie sûre d'elle-même, une volonté arrêtée, habituée à
commander, et ce ne sont là pas tant les qualités d'un littérateur ou d'un philosophe,
que d'un homme d'action.
1
2
3
4
Asklépios de Milo, British Muséum, REINACH, pl. 195, etc.
DEONNA, «Coiffure ionienne et coiffure masculine actuelle». Vers l'Unité, Genève, I,p.96sq. III.
COLLIGNON , Scopas et Praxitèle, fig. 30.
Id., Les statues funéraires, p. 152, fig. 85.
— 110 —
Son nom nous échappe. Nous ne connaissons aucune réplique; tout au plus
peut-on rapprocher quelques têtes que M. Poulsen, dont la compétence en iconographie antique est bien connue, veut bien nous signaler: tête d'un hermès du Musée
du Louvre appelé à tort Théocrite 1 (fig. 4), tête d'une statue de la Glyptothèque
NyCarlsberg 2.
III
11358. — Cette tête (fig. 5), dont le revers manque, est détachée d'une statue
ou d'un buste en haut-relief : la pierre, très dure, est grise, à gros grains. Elle a
été trouvée près d'Alexandrie d'Egypte.
Haut. 0.24; de la racine des cheveux au
menton 0.15.
C'est un Romain, imberbe, dont la
chevelure ramenée en mèches sur le front est
fréquente au premier siècle de notre ère. La
sculpture est de facture banale, mais elle
présente peut-être une particularité curieuse.
Ce visage est inerte, les lèvres minces n'ont pas
d'épaisseur et sont serrées l'une contre
l'autre, et de longues rides sillonnent les joues.
Ce ne sont pas les marques de la vieillesse,
car le masque est celui d'un homme encore
jeune et le front n'a aucune ride. Ne seraientce pas plutôt les apparences de la mort, qui
creuse les chairs, pince le nez et la bouche?
Assurément l'absence du nez, dont il ne reste
plus que les trous des narines, contribue à
cette impression funèbre, et peut-être ne
s'agit-il que d'une illusion d'optique
accentuée par la mutilation et par la
grossièreté de la matière. Toutefois, le
sculpteur se serait-il servi d'un moulage pris sur le cadavre, dont il aurait ouvert
les yeux 3 ?
1
Louvre N°227, BERNOUILLI, Griechische Ikonographie, II, p. 144;
ancienne collection Campana.
2
3
GIRAUDON,
photogr. 1229,
N° 496. Ny-Carlsberg Glyptotek. Antike Kunstvaerker, 1907, pl. XXXVII, N° 496.
Moulage sur le cadavre, DEONNA, L'Archéologie, III, p. 298, 379; Moulages de Vart antique
au Musée Rath, Genève, 1922, p. 16 sq.
LES SCULPTURES CHRETIENNES DECOUVERTES A St-GERMAIN
J. P. KIR S C H ,
Prof, à l'Université de Fribourg.
patrimoine de la Suisse en fait d'anciens monuments chrétiens
s'est accru d'une façon considérable dans le courant des dernières
années. La crypte avec l'arcosolium de Saint-Maurice dans l'antique
abbaye d'Agaune en Valais 1, la piscine primitive pour l'administration du baptême d'adultes dans le baptistère si intéressant de
Riva San Vitale au Tessin 2, les sculptures symboliques découvertes
dans le sol de l'église Saint-Germain à Genève, constituent la partie la plus importante de cet enrichissement réjouissant. On peut dire sans exagération qu'il s'agit
dans ces trois cas de monuments de premier ordre, non seulement pour la Suisse
en particulier, mais pour l'archéologie chrétienne en général. Les sculptures des débuts
de l'art chrétien sorties du sol de Saint-Germain ont été publiées et examinées dans
une étude excellente de M. Louis Blondel 3. Si nous nous permettons d'y revenir,
c'est plutôt dans le but de souligner l'importance de ces restes d'un ancien monument chrétien, qui sont les sculptures chrétiennes les plus anciennes et
en même temps les découvertes les plus intéressantes faites jusqu'ici sur le sol de la
Suisse. Le seul monument de nos régions avec qui on peut les comparer, est le fragment avec la figure du Bon Pasteur de Saint-Maurice 4. Or, une étude comparative,
même superficielle, suffit pour constater la grande supériorité artistique et, en même
temps, la priorité chronologique des bas-reliefs de Genève. Nous voulons donc étudier
ces sculptures, après en avoir donné une courte description générale, dans leurs rapE
1
M. PEISSARD : La découverte du tombeau de Saint Maurice, martyr d'Agaune, à St-Maurice
en Valais. St-Maurice, 1922.
2
Davide SESTI : Il Baltistero di Riva San Vitale, dans Pagine Nostre, Rivista svizzera di
coltura italiana, IV (1924), p. 817-823.
3
Mélanges publiés par la Société auxiliaire du Musée de Genève, 1922, p. 67-85.
4
Chan. P. BOURBAN : Etude sur un Bon Pasteur et un Ambon. Fribourg, 1894.
— 112 —
ports avec les monuments chrétiens semblables, pour en fixer le caractère, pour déterminer autant que possible l'époque à laquelle ils appartiennent, et pour en relever les
particularités qui leur assurent une valeur spéciale.
Les sculptures furent signalées d'abord par M. W. Deonna 1 et étudiées plus
tard dans un article spécial, déjà cité, par M. L. Blondel. Celui-ci décrit d'une
façon détaillée la découverte des fragments au cours des fouilles exécutées, en
FIG.
1. — Musée de Genève. Collections lapidaires, nos 4738, 4739.
1906 et 1907, dans le sol de l'église Saint-Germain, sous la direction de M. Cam.
Martin, à l'occasion de la restauration complète de cet édifice religieux, après l'incendie de 1904. Les fragments avaient été utilisés comme matériel de construction
et noyés dans la maçonnerie d'un petit mur très peu élevé et peu profond qui fermait la première chapelle à gauche en entrant dans l'église actuelle. Ils se trouvent
au Musée d'Art et d'Histoire, au nombre de sept (n° 4733 à 4739), plus un reste
de moulure. Voici les sculptures qui y sont conservées 2:
1
2
W. DEONNA : Nos Anciens et leurs œuvres (Genève, 1915), p. 91-93.
L. BLONDEL : op. l., p. 72-73.
— 113 —
1. Une belle frise décorée d'ornements à palmettes, tournées alternativement
dans un autre sens et encadrées par une moulure (n°s 4733 à 4735). C'est un motif
fort beau et fort bien exécuté; les feuilles sont en relief profond et très naturel.
2. Une rangée d'agneaux, se dirigeant vers une grande croix décorée de gemmes
et placée au milieu du groupe (fig. 1). Un fragment (n° 4739) montre la croix légèrement pattée à l'extrémité du bras supérieur, avec deux museaux d'agneaux conservés près de la rupture à droite et à gauche. Un autre fragment (n° 4738) forme un
angle du monument, d'un côté, devant, on voit un agneau, dont la tête manque,
marchant vers la droite, et derrière lui un palmier; l'autre côté montre l'arrière-train
d'un agneau semblable, accompagné également d'un palmier, et se dirigeant en
sens inverse.
3. Une rangée de cerfs (fig. 2), dont deux sont conservés (n° 4736) ; ils marchent
aussi vers la droite, comme l'agneau sur la face du fragment 4738, et ils passent devant
des arbres à longues branches; sous le ventre du premier cerf à droite, le sculpteur a indiqué la partie inférieure d'un sapin. A la même série appartient un fragment du côté droit du monument (n° 4737), sur lequel est conservée la moitié d'un
arbre semblable à ceux qui accompagnent les cerfs (fig. 2) ; le reste de la pierre n'étant
pas travaillé, il semble que cette partie était engagée dans quelque construction.
4. Fragment d'une base avec des moulures d'un goût classique.
Pour le monument, on a utilisé un calcaire dur de couleur blanchâtre, comme
pour bien des sculptures romaines de la Suisse occidentale.
*
*
*
Comme l'a bien montré M. L. Blondel, nous ne pouvons pas supposer que ces restes
proviennent d'un bas-relief à une seule face sculptée et encastrée dans un mur; les
fragments prouvent que nous avons affaire à un monument faisant saillie, en forme
d'un cube oblong, dont trois faces étaient visibles et décorées. La reconstruction proposée par cet auteur (fig. 3) 1 donne une idée exacte de la forme primitive. Ses trois faces étaient ornées de sculptures formant quatre zones: en haut,
la belle frise à palmettes, qui se continuait sur les faces latérales à droite et à gauche,
comme le font voir les deux angles conservés; au-dessous, le sujet principal, représentant dans une zone supérieure au milieu la croix, vers laquelle s'avancent en
procession des agneaux à droite et à gauche, et dans une zone inférieure, les cerfs,
dans un ordre et une attitude semblables, marchant eux aussi vers un motif central
qui n'est pas conservé. Sur les faces latérales, ce sujet continuait, mais les animaux,
comme on peut juger par le fragment avec les agneaux formant angle du côté
gauche, tournaient le dos à la scène de la face principale. En bas, une quatrième
zone formant la base du monument, d'une hauteur correspondante à la frise de cou1
L. BLONDEL : op. l, p. 83, fig. 3.
— 115 —
ronnement, était décorée de moulures d'un goût romain prononcé, comme nous
les trouvons régulièrement dans des sculptures semblables. Sur les faces latérales,
la dernière partie de la surface n'était pas décorée; la bordure finale est nettement
marquée, même par des restes de couleur. L'extrémité du monument était donc
engagée dans quelque construction.
*
*
*
Pour l'examen artistique et archéologique des sculptures, nous devons chercher
des analogies surtout dans les provinces gauloises du sud-est de la France, avec lesquelles Genève — vicus de la cité des Allobroges, avec Vienne comme métropole,
avant de devenir elle-même chef-lieu de la civitas Genavensium — avait ses relations
FIG .
3. — Reconstitution de l'autel de Saint-Germain, par M. L. Blondel.
naturelles. Par Vienne, Genève était reliée au mouvement intellectuel, religieux et
artistique des provinces de la vallée du Rhône inférieur. Parmi les monuments
chrétiens conservés dans ces régions, nous trouvons une précieuse table d'autel à
Marseille, sur les côtés de laquelle les décorations présentent un symbolisme semblable à celui qui est représenté par nos bas-reliefs. On y voit, en effet, sur les deux
tranches principales, tournées vers le clergé dans l'abside et vers le peuple dans la nef,
les images symboliques du Christ et des apôtres. C'est d'un côté l'agneau divin au
centre, debout sur la montagne d'où s'échappent les quatre fleuves symboliques, au milieu de douze brebis, six de chaque côté; de l'autre côté, le monogramme constantinien
du Christ, placé entre douze colombes 1. L'élément représenté dans les bas-reliefs
de Genève par les cerfs est donc remplacé ici par les colombes; le monogramme du
1
LE BLANT
: Les sarcophages chrétiens de la Gaule (Paris, 1886), pl. X, n°s 2, 3, 4.
— 116 —
Christ tient la place de la croix monumentale qui domine au centre de nos sculptures.
Les faces latérales sont décorées de vases, de rinceaux avec des colombes. Une
inscription grecque gravée sur la face principale dit que l'autel fut dédié par Kal
(linikos ?) pour accomplir son vœu et celui de toute sa maison 1. La forme du monogramme, accompagné des lettres grecques A et Ω, le style et la composition, me
font attribuer cet autel au commencement du V e siècle.
Le groupe de deux cerfs qui s'approchent des fleuves allégoriques pour y boire
est conservé sur le couvercle d'un sarcophage du Musée de Marseille, provenant
de la crypte de Saint-Victor 2. Au milieu du couvercle, deux génies soutiennent une
tessère, sur laquelle l'inscription manque. La tessère est surmontée du monogramme
du Christ, entouré d'une couronne et accosté des lettres A et Ω. Sur la gauche, la
montagne mystique, des flancs de laquelle s'échappent les quatre fleuves; l'agneau
divin est debout sur la montagne, entre deux palmiers; deux cerfs boivent l'eau des
FIG .
4. — Sarcophage chrétien de Marseille.
fleuves ; derrière eux des arbres indiquent le paysage. Notons que sur la droite, fort
mutilée, nous voyons le miracle de Cana (le Christ touchant l'une des trois urnes
remplies d'eau) et deux Israélites portant la grappe de la terre promise. Ces représentations, qui symbolisent les biens surnaturels du christianisme, avec des allusions
aux sacrements du baptême et de l'eucharistie, s'harmonisent très bien avec le sujet
représenté sur la face principale : le Christ, debout sur la montagne d'où sortent
encore les quatre fleuves, donne la loi à saint Pierre, caractérisé par une longue
croix qu'il porte sur l'épaule; de l'autre côté du Christ se trouve saint Paul, et les
dix autres apôtres sont répartis sous les six arcades à droite et à gauche.
Cependant l'analogie la plus grande avec les sculptures de Saint-Germain nous
est fournie par un monument aujourd'hui disparu (fig. 4). C'était un sarcophage déposé autrefois dans le vestibule de Saint-Victor à Marseille, dont un dessin est conservé
dans les papiers de Peiresc à la Bibliothèque Nationale à Paris 3. Sur la face princi1
: Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. II (Paris, 1856), p. 303, n° 547.
Id. : Les sarcophages chrétiens de la Gaule, pl. XII, fig. 4, p. 38-40.
3
Ibid., p. 361, n° 50, avec reproduction du dessin de Peiresc.
2
LE BLANT
— 117 —
pale du marbre on voyait au centre la montagne avec les quatre fleuves. L'agneau
divin se tenait debout sur la montagne et deux grands cerfs se désaltéraient dans
l'eau des fleuves. Quatre palmiers, deux de chaque côté, formaient le fond de la scène.
A droite de celle-ci était représentée la multiplication miraculeuse des pains, à
gauche le miracle de Cana. Sur le couvercle, le centre était occupé par le
monogramme constantinien du Christ, entouré d'une couronne, comme on le voit
si souvent sur les monuments du IVe et du commencement du Ve siècle. Six
agneaux, trois de chaque côté, se dirigeaient vers le signe glorieux du Christ ; ils
sortaient des portes de deux villes, indiquées aux extrémités de la composition, tout
comme nous le voyons si souvent sur les mosaïques de Rome et de Ravenne et
aussi sur quelques bas-reliefs de sarcophages. Sur ce monument perdu, nous
trouvons donc tous les éléments de la composition des sculptures de SaintGermain, et disposés d'une façon toute semblable. Le monogramme prend la place
de la croix; la signification reste absolument la même. Et l'artiste qui a exécuté
nos bas-reliefs de Saint-Germain a conservé l'unité artistique de la composition,
en se tenant exclusivement aux groupes des agneaux et des cerfs, accostés au groupe
central, dans lequel domine la croix ornée de pierres précieuses.
La composition de nos sculptures est donc originale. L'auteur a connu et utilisé
les différents éléments d'un usage général dans l'art chrétien du IVe au VIe siècle,
pendant l'époque romaine occidentale, tel qu'il s'était formé sous l'empire romain
chrétien. L'artiste a choisi les éléments qu'il a jugés à propos pour son œuvre, il
les a groupés avec beaucoup de goût sur les différentes faces du monument qu'il
avait à décorer, en les encadrant d'une frise et d'une base d'inspiration antique
qui sont en harmonie avec l'ensemble des décorations. Nous pouvons reconnaître
dans nos sculptures l'œuvre d'un artiste qui a travaillé sur place à Genève même.
La qualité de la pierre employée pour le monument et l'exécution technique et
artistique le font croire. Il y avait donc à Genève des ateliers de sculpteurs
chrétiens à l'époque où les habitants de la cité, dans leur majorité, avaient
embrassé le christianisme,
avant l'occupation burgonde.
*
*
*
Nous n'ajouterons que quelques indications générales sur les différents
sujets de la composition. M. L. Blondel a réuni et indiqué, dans l'article cité, un
grand nombre de monuments divers, pour l'illustration des bas-reliefs. Il suffit
donc de tracer en peu de mots le développement des différents sujets représentés, qui
a abouti à la composition de nos sculptures. La croix, comme symbole du triomphe
et de la gloire de Jésus-Christ, vainqueur de la mort, apparaît sur les monuments à
partir du IVe siècle 1. La victoire du christianisme et sa position nouvelle vis-à-vis de
l'Empire
1
G. SCHÖNERMARK : Der Kruzifixus in der bildenden
JERPHANION : : « La représentation de la croix et du crucifix
Kunst. Strasbourg, 1908. — G. DE
aux origines de l'art chrétien», dans
Etudes publiées par les Pères de la Compagnie de Jésus, t. CLXXIV (1923), p. 26-51.
— 118 —
romain à partir de Constantin le Grand devaient naturellement exercer une influence
considérable sur le développement de l'art. Deux causes principales se faisaient
sentir dans cette évolution: d'un côté, les idées de la victoire du christianisme
et du Christ sui le monde païen créaient des sujets nouveaux ou modifiaient en partie le sens de représentations plus anciennes; d'un autre côté, la décoration des
édifices du culte plus vastes et plus variés et de tout le mobilier liturgique imposait
aux artistes une tâche pour l'exécution de laquelle ils étaient amenés nécessairement à créer des types nouveaux. Une des compositions caractéristiques pour
exprimer le triomphe du christianisme se rattache au Labarum de Constantin et fut
reproduite plusieurs fois sur des sarcophages romains et gaulois: une grande croix
plantée dans la terre porte à son sommet le monogramme du Christ entouré d'une
couronne de laurier; à ses pieds sont assis deux soldats, dont ordinairement l'un
dort et l'autre vient de se réveiller 1. C'est une allusion à la résurrection du Sauveur,
combinée avec le triomphe du christianisme par la victoire de Constantin. Un peu
plus tard, nous trouvons une grande croix monogrammatique, c'est-à-dire où l'on a
ajouté en haut de la tige verticale le rond du P (R grec), accostée également de deux
soldats 2. Parfois, les douze apôtres sont placés à droite et à gauche de la représentation de la croix avec le monogramme, tout comme sur d'autres marbres nous les
voyons rangés autour du Christ. Le symbole du triomphe occupe la place du Sauveur
lui-même. Il y a des monuments sur lesquels Jésus-Christ est représenté debout sur
un rocher d'où coulent les quatre fleuves, portant de la main droite une grande croix
ornée de pierres précieuses. A droite et à gauche du Seigneur se tiennent les apôtres
S t Pierre et S t Paul 3 . Parfois, des agneaux sont auprès du Christ représenté
au milieu d'apôtres et remettant la loi à S t Pierre 4. En même temps, nous voyons
paraître sur les mosaïques exécutées dans les absides des basiliques la croix comme
symbole de la victoire du Christ, par exemple à S t -Jean de Latran (IVe siècle), à
Ste Pudentienne (commencement du Ve siècle), à Rome. Le monogramme, entouré
d'une couronne, seul ou porté par la tige verticale d'une croix, la croix monogrammatique ensuite, puis la croix proprement dite, ornée de gemmes, voilà le développement suivi par ce symbole du triomphe chrétien dans le courant du IV e siècle.
La figure de l'agneau appartient à l'art chrétien primitif. Dans les peintures des
catacombes des trois premiers siècles, il se rattache dans son origine et dans sa
signification au Bon Pasteur. A partir du IVe siècle, l'agneau prend d'une part une
signification plus générale: il symbolise des saints, les apôtres, ou encore l'ensemble
1 Sarcophages romains. O. MARUCCHI: II Museo Pio-Lateranense, pl. XXVII, n°l ; pl. XXVIII
n° 6. — Sarcophages de la Gaule. LE BLANT: Etude sur les sarcophages chrétiens antiques de la ville
d'Arles, pl. XIV; Les sarcophages chrétiens de la Gaule, pl. II, n° 4; pl. XXVIII, n° 2, pl. L, n°l,
pl. LV, n° 1.
2
3
4
MARUCCHI : op. l., pl. XXXVIII, n° 3.
Ex., MARUCCHI : op. L, pl. XV, n° 1; monument très riche du IVe siècle.
LE BLANT : Sarcophages d'Arles, pl. IX.
— 119 —
des fidèles. Nous trouvons ce symbolisme sur de nombreuses sculptures de sarcophages ou d'autres monuments comme sur les mosaïques des églises. En même
temps, sous l'influence de l'Apocalypse de S t Jean, qui a fourni dès le IVe siècle
plusieurs types nouveaux à l'art monumental, nous voyons apparaître l'agneau divin,
figure du Christ, dans des compositions diverses. Très souvent, l'agneau divin,
comme la figure du Sauveur lui-même, ou encore le monogramme du Christ, est
représenté sur une montagne des flancs de laquelle sortent quatre fleuves: les fleuves
du Paradis, symbole à la fois des quatre Evangiles et du Baptême, par lequel
l'homme acquiert les grâces surnaturelles annoncées par l'Evangile. Ce sujet se voit
sur les monuments les plus variés: mosaïques, peintures, sculptures de sarcophages
ou d'autres objets, verres peints à fond d'or, etc. Il est caractéristique de la seconde
période du christianisme primitif.
Au IVe siècle encore, nous voyons apparaître dans le cycle symbolique la figure
du cerf. Ce sont des textes de l'Ecriture sainte qui ont inspiré les compositions
dans lesquelles les artistes associent les cerfs à différentes représentations de l'eau.
Les cerfs s'approchent de l'eau des quatre fleuves symboliques pour y boire; ils
avancent vers un petit étang, vers une fontaine, dont l'eau retombe dans un grand
vase 1. L'eau était symbole soit du refrigerium, dans le Paradis céleste, soit de la
grâce divine et des bénédictions surnaturelles pour l'âme chrétienne; nous la trouvons, en effet, dans les représentations qui décorent des monuments funéraires
comme dans les peintures et les sculptures des églises, des baptistères, et du mobilier
liturgique. Les cerfs symbolisent ainsi l'âme chrétienne qui participe aux dons surnaturels du royaume du Christ ici-bas ou qui jouit du repos éternel dans le Paradis céleste.
*
*
*
Tous les éléments qui entrent dans la composition des figures de nos bas-reliefs
de Saint-Germain se sont constitués sous l'aspect où nous les trouvons ici, dans le
courant du IVe siècle. Nous avons signalé des décorations analogues sur quelques
monuments du sud-est de la Gaule, surtout à Marseille, point de départ d'un commerce développé avec les localités de la vallée du Rhône. Ces monuments appartiennent à la seconde moitié du IVe et à la première moitié du Ve siècle. Les sculptures de Genève présentent un type original pour les détails de la composition,
mais l'ensemble de la décoration, le dessin des figures et l'exécution artistique les
rattachent à ce groupe, tout en leur donnant l'originalité d'une œuvre exécutée à
Genève même sous des influences locales. Nos sculptures me semblent être en
tout cas antérieures à l'occupation burgonde; elles appartiennent à l'époque encore
purement romaine-chrétienne de l'histoire de la Suisse occidentale. On peut les
fixer chronologiquement, je crois, vers 400. A cette époque, Genève avait son
1
Le motif se trouve également en Orient, comme le montre la mosaïque du pavement d'une
église qu'on vient de découvrir en Palestine. Cf. Revue biblique, 1924, p. 583 sq.
— 120 —
évêque comme chef de la communauté chrétienne, sûrement déjà nombreuse 1; elle
avait au moins une église, centre de la vie religieuse et liturgique. Toutes les conditions sont donc données pour la création d'un monument artistique tel que celui
dont les restes furent trouvés à Saint-Germain.
*
*
*
L'opinion de M. Blondel, que les fragments des sculptures proviennent d'un autel,
me semble également la plus vraisemblable. La forme des fragments et l'épaisseur
des blocs ne conviennent pas à un sarcophage. L'autel à cette époque, il est vrai,
était placé ordinairement à l'entrée du chœur et isolé, en forme de table eucharistique. Mais nous avons aussi des exemples d'autels placés contre un mur ou fixés
dans une construction. C'était surtout le culte des martyrs, qui prit une importance
si considérable dans la vie religieuse des fidèles depuis le IVe siècle, qui fit souvent
ériger des autels dans des chapelles latérales des églises, pour y déposer des reliques
de martyrs. Et ces autels furent dans bien des cas adossés aux murs latéraux de
l'édifice. Plusieurs textes du Ve et du VIe siècles nous montrent l'influence du culte
des martyrs et de leurs reliques dans les communautés chrétiennes de la Gaule.
La forme du monument dont nos sculptures proviennent ne s'oppose donc pas à
l'hypothèse d'un autel.
M. L. Blondel a proposé une reconstruction du monument dans un dessin de son
mémoire (fig. 3). Il a placé la croix, qui occupe le centre de la zone des agneaux,
sur la montagne aux quatre fleuves, laquelle prend ainsi le milieu de la zone des
cerfs 2. Cette restitution est certainement possible : elle a des analogies avec des
mosaïques qui décorent l'abside de quelques églises. Cependant la ressemblance
très grande avec les monuments sculptés de la Gaule, que nous avons examinés,
et surtout avec le dessin du sarcophage perdu de Marseille, me semble autoriser
une autre reconstitution du groupe central. La ligne de séparation entre les deux
zones, qui forme en même temps le sol sur lequel se tiennent les agneaux, aurait
continué sans interruption sur toute la largeur de la face principale, et la croix
monumentale du centre aurait été placée sur ce même sol. Au-dessous, au milieu
des deux groupes de cerfs, on placerait l'agneau divin sur la montagne, avec les
quatre fleuves, tout comme nous le voyons sur les marbres de Marseille. Cette
reconstitution aurait peut-être l'avantage de ne pas interrompre le sol de la zone
des agneaux et d'éviter une hauteur un peu démesurée de la montagne, tout en
conservant à chaque groupe une unité plus en harmonie avec les compositions
semblables de l'antiquité chrétienne.
1
Mgr M. BESSON : Recherches sur les origines des évêchés de Genève, Lausanne et Sion (Fribourg,
1906), p. 58 sq.
2
L.
BLONDEL,
op. l., p. 83, fig. 3.
LE CALICE D'ARGENT DU MUSEE DE GENEVE
Louis BREHIER ,
Professeur à l'Université de Clermont-Ferrand.
Musée d'Art et d'Histoire de la Ville de Genève possède un petit
calice d'argent orné de reliefs, dont l'histoire est curieuse et qui
soulève des problèmes intéressants 1. Le 20 février 1881, un habitant
de Genève qui se livrait au plaisir de la pêche dans le Rhône entre
Chancy et les îles de Collonges, aperçut parmi les cailloux roulés
de la grève un objet brillant qu'il dégagea tant bien que mal avec
son couteau. C'était une petite coupe d'argent bossuée et écrasée par les cailloux; le
bord inférieur du pied était relevé contre la coupe. L'objet, qui fut donné au Musée
d'Art et d'Histoire en 1896, fut redressé avec précaution, non sans que le dessin des
reliefs eût été quelque peu altéré. D'autre part, un long séjour dans le lit du Rhône
et le frottement des cailloux ont amené l'usure des motifs et la disparition partielle
du modelé. Le dessin est cependant resté net et, tel qu'il est, le petit calice de
Genève forme une pièce exquise et dont l'étude est des plus instructives (fig. 1-2).
Il se compose d'une coupe large et peu profonde, qui repose par l'intermédiaire d'une
bague torique, comprise entre deux scoties, sur un pied en cône renversé dont
les bords sont légèrement relevés. Ses dimensions sont très petites. La coupe, bords
compris, a 8 ½ cm. de diamètre et sa profondeur n'est que de 0 m. 027; le diamètre
du pied est de 0 m. 076 et la hauteur totale varie d'un bord à l'autre, par suite
du cabossement, de 0 m. 084 à 0 m. 079 2 .
E
1
Musée d'Art et d'Histoire E. 472. Qu'il me soit permis de remercier l'émment directeur
du Musée, M. le professeur Deonna, qui m'a fait l'honneur de me demander mon opinion sur cette
pièce intéressante et qui m'a fourni tous les documents et renseignements nécessaires à son étude.
Ce calice a été signalé : V. van Berchem, Coupe en argent de l'époque chrétienne, comm. Soc.
Hist., 1896; Bull. Soc. Hist., II, 1898-1904, p. 4; Exposition nationale de 1896, Catalogue de
l'Art ancien, p. 15, n° 242; Vulliéty, La Suisse à travers les âges, p. 54, fig. 112 ; Denkinger, Hist.
de Genève, p. 16, fig.; Rev. arch., 1910, II, p. 411.
2
Cf. le calice d'Antioche (collection Kouchakgi à New-York) dont la hauteur atteint 0 m19;
le calice de Riha, collection Tyler (voir Gazette des Beaux-Arts, 1920, mars-avril), avec 0m17 de
hauteur et 0m16 de diamètre. En revanche, le calice de Gourdon (Paris, Cabinet des Médailles) est
encore plus petit que celui de Genève (haut. 0 m079, diam. 0 m049); celui de Lampsaque (Brit.
Mus.) a 0m08 de hauteur, 0m10 de diamètre.
— 122 —
La forme générale est celle d'un ciboire. L'objet est en argent fin et la coupe
est ornée de reliefs au repoussé: des protomés de lièvres courants semblent sortir
de rinceaux de feuillages aux tiges capricieusement enroulées, qui s'élancent en
gerbes d'une rosette et s'épanouissent en fleurons ou se recourbent en élégantes
volutes.
*
*
*
A quelle école d'art, à quelle époque faut-il attribuer ce petit objet et quelle
fut sa destination ? C'est à ces questions que nous allons essayer de répondre.
On sait que dans ces dernières
années le sol syrien a livré au jour
des trésors remarquables d'argenterie
parmi lesquels se trouvent des objets
liturgiques, patène de Stûma 1, calice et
patène de Riha2, calice Kouchakgi 3 dont
la date donne lieu à tant de discussions.
Il serait tentant de rattacher le calice de
Genève à cette école d'argenterie
syrienne, dont l'activité paraît avoir été
grande à la fin de l'antiquité et dont
plusieurs monuments ont été retrouvés
en Occident après y avoir été importés
sans doute par les marchands orientaux
qui, du IIIe au VIIIe siècles de l'ère
chrétienne, avaient couvert la Gaule,
l'Italie, l'Espagne de leurs comptoirs.
Sans quitter le Musée d'Art d'Histoire et
de Genève, le bouclier d'argent dit « de
Valentinien » me paraît une œuvre
syrienne de la fin du IVe siècle importée
en Gaule. Le calice de Genève a-t-il
une origine analogue ? Un examen attentif de son style semble devoir faire rejeter
cette hypothèse. Sans doute la technique des ornements en relief obtenus au
repoussé est celle des argentiers syriens, mais elle a été universellement employée.
De même la forme du pied en cône renversé, surmonté d'une bague torique, se
retrouve sur le calice de Riha (Collection Tyler),
1
EBERSOLT : «Le trésor de Stûma», Revue archéologique, 1911, I, 407-419.
L. BREHIER : « Les trésors d'argenterie syrienne et l'école artistique d'Antioche », Gazette
Beaux-Arts, mars-avril 1920. — Ch. DIEHL : L'école artistique d'Antioche et les trésors d'argen2
des
terie syrienne. Syria, 1921, p. 81-95.
3
G. EISEN : The gréât Chalice of Antioch. 2 vol. in-4°. Kouchakgi frères, New-York, 1923.
— 123 —
mais c'est là un procédé tellement naturel pour monter une coupe sur une base
solide, qu'il ne peut caractériser une école. En fait, de nombreux calices de toute
époque présentent la même ordonnance 1. La forme même du calice, la coupe large et
peu profonde dépourvue d'anses, ne constitue pas un indice suffisant. Des
calices, avec ou sans anses, avec les formes de coupes les plus variées, ont été usités
en même temps et c'est à une très haute antiquité qu'il faudrait remonter pour
saisir la création de ces formes élégantes par des verriers ou des orfèvres phéniciens
ou par des potiers grecs. Sous l'empire romain toutes les formes étaient admises,
depuis la conque si gracieuse de Bosco-Reale ou d'Alise jusqu'aux coupes de verre,
au pied plus élancé, figurées ou retrouvées dans les catacombes romaines. Une
curieuse fresque d'Hadrumète qui peut remonter au IIIe siècle représente l'intérieur de
la boutique d'un cabaretier 2 . Sur une table
et dans une armoire sont figurés des verres de
formes variées. On voit notamment sur un
rayon la coupe basse à deux anses, tandis
qu'un personnage tient à la main un calice au
pied élancé et dont la coupe a la forme
générale du calice de Genève. Sur la table de la
« Communion des Apôtres » que représente la
patène de Riha 3 un calice à coupe profonde,
semblable à celui de la collection Tyler, est
figuré en face d'une coupe basse et large,
tandis qu'une tasse à long manche, placée en
exergue, représente peut-être le calice
ministériel destiné à la communion du peuple.
*
*
*
Si la forme même du calice ne nous apprend rien sur son origine, le caractère
des ornements répandus sur la coupe nous fournira peut-être des indices plus précis.
Il faut remarquer en passant que le calice de Genève ne porte aucun des poinçons
de contrôle des fonctionnaires impériaux, dont on relève un si grand nombre
d'exemples sur les pièces d'origine syrienne postérieures au IVe siècle 4. On peut en
conclure simplement que ce calice est antérieur à l'établissement du poinçonnage, qui
date probablement des réformes administratives du IVe siècle. En revanche, ses
ornements, si banals qu'ils soient, nous invitent à regarder du côté de l'art gallo-romain.
1
Dictionnaire d'Archéologie chrétienne, t. II, art. Calice, 1595-1645.
Ibid., t. II, 1528-29 et fig. 1815.
3
L. BREHIER : art. cité, pl. I.
4
Id. : art. cité.
2
— 124 —
Le thème des lièvres, poursuivis parfois par des chiens courants, est très
répandu sur les vases à reliefs de toutes les époques. M. Courby qui a étudié spécialement les vases de fabrique hellénique, y voit une reproduction « de ces frises d'animaux réels ou fabuleux qui, traités pour la première fois, dans la peinture céramique orientalisante, l'ont été depuis lors dans la peinture céramique des V e et
IVe siècles (avant l'ère chrétienne) et plus tard dans des ouvrages d'orfèvrerie...» 1.
Les exemples de lièvres courants, seuls ou poursuivis par des chiens, abondent dans
les vases à reliefs d'origine hellénique depuis le VIe siècle avant l'ère chrétienne 2.
Ce motif, qui a pu avoir à son origine une signification symbolique ou magique,
analogue à celle des animaux figurés sur les fresques paléolithiques 3, a fini par
devenir un simple poncif ornemental, sans cesse recopié avec des variantes plus
ou moins heureuses. On le trouve dans la céramique gallo-romaine. Comme l'a
montré Déchelette, c'est aux sources helléniques que les fabricants arvernes ou
ruthènes de vases rouges sigillés ont puisé tous leurs modèles 4. Le thème des
animaux courants, en particulier des lièvres parmi des rinceaux de feuillage, s'y
rencontre fréquemment. Sur un vase à grosse panse du musée de Reims, qui peut
dater du IIIe siècle, au milieu de rinceaux au feuillage dentelé, un enfant armé
d'un bâton poursuit un lièvre qui s'enfuit au galop 5 . Ailleurs, un lièvre s'apprête
à manger une grappe de raisin et, sur le même vase, deux lièvres au repos sont
affrontés de chaque côté d'une plante épanouie 6. C'est la position même des animaux
du calice de Genève avec quelques variantes.
Le motif des rinceaux recourbés en volutes est absolument banal à l'époque
romaine: il orne les frises des temples, comme celle de la Maison Carrée; il sert
d'encadrement aux pierres tombales et il se développe sur les vases à reliefs. Les
observations de J. Déchelette montrent que ce décor conserve sur les poteries des
premières fabriques créées en Narbonnaise vers l'an 40 de notre ère, son caractère
naturaliste et exubérant, puis les potiers arvernes et ruthènes des siècles suivants
simplifient cette ornementation et substituent aux modèles italiques « un rinceau
grêle à sinuosités symétriques » 7 . Il suffit d'examiner les rinceaux du calice de
Genève pour voir qu'ils répondent entièrement à cette dernière définition.
Et d'autre part, c'est un fait bien établi qu'à l'époque gallo-romaine les mêmes
modèles ont inspiré les céramistes et les orfèvres. Certains moules provenant de
la fabrique de Lezoux ont été rapprochés par J. Déchelette d'une patère en argent
1
COURBY : Vases grecs à reliefs. Paris, 1922, p. 385.
lbid., p. 101, 346 et n° 29, 381 et fig. 79, 410.
3
DEONNA : « Quelques réflexions sur le symbolisme, en particulier dans l'art préhistorique »,
Reçue de l'Histoire des Religions, 1924.
4
J. DECHELETTE : Les vases céramiques ornés de la Gaule romaine, 1904, I, p. 29.
5
Ibid., II, p. 171.
6
Ibid. II, p. 141-142, n° 948.
7
Ibid., I, p. 220.
2
— 125 —
du musée de Vienne et d'une autre du musée de Belgrade 1. Il est donc très naturel
de trouver une concordance entre l'ornementation du calice de Genève et celle
des vases céramiques de la Gaule romaine et nous aboutissons à cette première
conclusion: le décor du calice de Genève appartient à l'art ornemental qui règne dans
les ateliers de céramique gauloise du premier à la fin du troisième siècle de l'ère
chrétienne.
Cet art ornemental inspire également les sculpteurs et tailleurs de pierre à la
même époque. Il suffît pour s'en convaincre de parcourir les musées gallo-romains
et de feuilleter les recueils de bas-reliefs d'Espérandieu. On retrouve le motif des
lièvres courants ou parfois au milieu de plantes et de rinceaux sur des monuments
funéraires, sur des autels, sur des fûts historiés de colonnes. Un tambour historié
de ce genre du musée de Périgueux montre des animaux au milieu d'enroulements
de feuillages et, à droite de l'une des plantes stylisées, on aperçoit le protomé d'un
lapin ou d'un lièvre2. La disposition est la même que sur le calice de Genève et il en
est ainsi sur un bas-relief de Chatenay (commune de Rouy, Nièvre) où l'on voit
un lièvre galopant, la partie postérieure de son corps étant cachée par le feuillage 3.
Les lièvres au gîte, tapis sous des feuillages, les lièvres ou lapins rongeant
des fruits ou mordant à des grappes de raisins, les lièvres poursuivis par des chiens
foisonnent dans la sculpture gallo-romaine 4. Le thème, quelle que soit son origine,
y est devenu indigène au IIIe siècle: l'ornement du calice de Genève nous paraît
donc bien relever de l'art gallo-romain.
*
*
*
II s'agit maintenant de fixer dans la mesure du possible l'époque de sa fabrication et sa destination primitive.
Il faut pour cela rapprocher le calice de Genève d'un groupe de petits
monuments dont le style décoratif offre beaucoup d'analogie avec le sien. Ce
sont des rebords de bassins, généralement en marbre et décorés de reliefs, tantôt
nettement chrétiens, avec les thèmes bibliques usités dans les peintures et sur les
sarcophages des IV e et Ve siècles, tantôt d'un caractère profane et même païen,
avec des thèmes mythologiques ou simplement décoratifs. On a trouvé ces petits
monuments dans tous les pays de la Méditerrannée, Grèce, Anatolie, Egypte,
Afrique, Italie, etc. Ils offrent cet intérêt de nous montrer l'unité de l'art chrétien
et la diffusion des mêmes thèmes dans toutes les églises des pays les plus différents.
M. Michon, qui en a fait une étude extrêmement précise et en a publié un premier
1
J. DECHELETTE , I, p. 230-231.
Commandant ESPERANDIEU : Recueil général des Bas-Reliefs de la Gaule romaine, II, n° 1284.
3
Ibid., III, n° 2207.
4
Ibid., I n° 291 (Vaison). Lièvre rongeant une pomme. — n° 423 (Sarcophage de Bourg-StAndéol). Lièvre au gîte. — IV, nos 3256, 3540 (Dijon). Lièvre au galop poursuivi par un lévrier ;
Lièvre tapi sous du feuillage et lévrier bondissant sur lui. — nos 3649-3650 (Collection Gaiguières).
Frontons triangulaires d'un tombeau : dans le champ un lièvre mangeant une grappe de raisin.
2
— 126 —
Corpus 1, y voit avec raison des rebords de bassins destinés à contenir l'eau nécessaire aux ablutions. Quelques-uns, décorés de scènes mythologiques, Néréides,
Eros, etc., ont dû servir au culte païen 2; d'autres, qui présentent les mêmes thèmes
que les sarcophages des IVe et Ve siècles et sont traités dans le même style, sont
des objets liturgiques chrétiens. On y retrouve les symboles traditionnels, empruntés
à la liturgie funéraire, sacrifice d'Abraham, Daniel dans la fosse aux lions, l'histoire
de Jonas, etc. 3 Enfin, un troisième groupe, qui nous intéresse particulièrement,
offre des motifs en quelque sorte neutres et purement ornementaux. Ce sont justement soit des scènes pastorales, soit des combats ou des poursuites d'animaux.
Le style et parfois même les thèmes de ces monuments offrent beaucoup de
rapport avec l'ornementation du calice de Genève. Sur un fragment du musée du
Louvre, provenant d'Athènes, on voit un berger assis, une chèvre paissant, une
panthère dévorant un âne, deux boucs luttant front contre front, une biche fuyant
au galop les oreilles dressées comme sur le bas-relief gallo-romain conservé à la
cathédrale du Puy 4. Un fragment découvert dans l'île de Théra est couvert d'animaux se poursuivant, sanglier attaqué par des chiens, ours dévorant une gazelle,
panthère terrassant une biche, dont les groupes sont séparés par des têtes masculines et féminines 5. Sur un fragment de Berlin, une gazelle fuyant devant un chien,
est séparée de lui par une plante à triple tige de feuillage, qui ressemble beaucoup
aux rinceaux de notre calice 6 . Le motif du lièvre courant, mais portant sur sa
croupe un aigle aux ailes éployées, figure sur un marbre grec du musée de Stuttgart
qui provient d'Egypte 7 .
Il existe une véritable parenté entre l'ornement gallo-romain du IIIe siècle,
céramique ou lapidaire, et les motifs de caractère neutre des rebords de bassins,
originaires de tous les points de la Méditerranée. Ce sont les mêmes thèmes empruntés
à la faune et au feuillage; c'est surtout le même style, une certaine liberté d'allure
dans la composition, qui reflète encore quelque chose de la tradition hellénique,
mais une sécheresse de plus en plus marquée, un appauvrissement du dessin, une
stylisation des animaux, un amaigrissement des feuillages, bref la fin d'une grande
tradition ornementale qui va s'étiolant de plus en plus. Le minuscule monument
qu'est le calice de Genève est un témoignage de ces tendances. Marbriers, céramistes,
argentiers employaient les mêmes poncifs. Un bassin d'argent à reliefs du trésor
de Carthage offre les mêmes scènes pastorales, les mêmes combats d'animaux que
les rebords de marbre 8.
1
: Rebords de bassins chrétiens ornés de reliefs. Paris, Gabalda, 1916.
Ibid., n° 7, p. 30, fig. 8. — n° 24, p. 65, fig. 20.
Ibid., n° 2, p. 8, fig. 1. — n° 3, p. 10, fig. 2. — n° 4, p. 18, pl. I, etc.
4
Ibid., n° 8, p. 31, pl. I, 2. Sur les sculptures du Puy voir ESPERANDIEU t. II, p. 421 et suiv.
5
Ibid., n° 10, p. 36, fig. 11.
6
Ibid., n°26, p. 67, fig. 22.
7
Ibid., n° 32, p. 72, fig. 28-29.
8
Dictionnaire d'Archéologie chrétienne, II, 607, fig. 1456.
2
3
MICHON
— 127 —
D'après M. Michon, et les comparaisons avec la sculpture gallo-romaine me
paraissent fortifier ses conclusions, les plus anciens rebords à sujets profanes dateraient des IIIe -IV e siècles, tandis que les plus récents, dont l'ornementation se
rattache au style des sarcophages chrétiens, seraient du Ve et même du VIe siècle.
Un grand nombre de ces monuments provient de Syrie ou d'Egypte; peut-être ne
faut-il pas en tirer des conclusions trop hâtives, quant à l'origine de leur style,
dont la banalité et la diffusion dans tout l'empire romain semblent bien établies.
Le calice de Genève date bien de la même époque, fin du IIIe ou première moitié
du IVe siècle.
*
*
*
Enfin, que ce calice, si minuscule qu'il soit, ait pu avoir une destination,
chrétienne et liturgique, c'est ce qui ressort de tous les faits que nous connaissons.
Nous avons vu que sa forme même est bien celle d'une catégorie de calices incontestablement chrétiens. D'autre part, son ornementation neutre, l'absence de tout
signe spécifiquement chrétien, correspondent admirablement aux conceptions
ornementales des chrétiens du IVe siècle. On sait avec quelle lenteur le décor
exclusivement iconographique pénétra dans les basiliques chrétiennes: au Ve siècle
même la question était encore agitée 1, et un très petit nombre de docteurs chrétiens,
comme saint Nil, condamnaient l'usage de peindre sur les murs des églises, des
épisodes de chasse et des poursuites d'animaux. Il en était à plus forte raison de
même sur les pavements, comme le montre le bestiaire de la mosaïque de KabrHiram (musée du Louvre) découverte par Renan dans les ruines d'une basilique
chrétienne voisine de Tyr 2 , et aussi sur le mobilier liturgique lui-même.
Un témoignage typique à cet égard est celui des cuillers du trésor de Chypre,
qui peuvent dater du V e siècle et dont la destination liturgique est certaine. Ces
24 cuillers conservées au British Muséum et qui servaient à administrer l'Eucharistie
sous les espèces du vin, sont ornées dans le creux d'animaux galopant, béliers,
griffons, panthère, cerf, cheval, taureau, etc., et aussi lièvre 3. L'analogie de cette
décoration avec celle de notre calice est concluante, et on peut ajouter à ce témoignage
celui des « missoria » ou plateaux de métal précieux, destinés aussi à la liturgie
eucharistique. Il suffit de se reporter à ce qu'était le célèbre « missorium » dit de
saint Exupère, évêque de Bayeux 4, où des scènes pastorales alternaient avec de
animaux s'entre-dévorant. L'objet a pu être exécuté à la fin du IVe siècle.
1
L. BREHIER : L'Art chrétien, 1918, p. 62-63. On sait combien le nimbe est rare sur les sar
cophages chrétiens des IVe et Ve siècles.
2
mission en Phénicie. pl. XLIV.
Art and Archeology. Oxford, 1911, p. 573 et suiv. —Dictionnaire d'Archéologie chrétienne III, 3175 et suiv.
4
Dictionnaire d'Archéologie chrétienne, IV, 1180-1182.
3
RENAN : Atlas de la
DALTON : Byzantine
— 128 —
A la même époque remontaient sans doute les « missoria » d'argent doré, dont
quelques-uns portaient même des thèmes mythologiques, donnés au VIIe siècle
par saint Didier, évêque d'Auxerre, à son église 1.
*
*
*
Tous les faits que nous avons examinés nous amènent donc à la même conclusion. Le décor du calice de Genève se rattache simplement au courant ornemental
qui règne presque exclusivement en Gaule et dans tout l'empire romain au IIIe siècle
aussi bien sur des monuments païens que sur des objets chrétiens et qui n'est en
somme qu'un abâtardissement de la décoration pompéienne d'origine alexandrine.
Les ressemblances intimes entre l'ornement qui règne sur ce calice et celui des
poteries ou des bas-reliefs gallo-romains permettent d'affirmer son caractère indigène; d'autre part, les rapports de cet ornement avec celui des rebords de bassins
à destination chrétienne nous obligent à le classer parmi les objets liturgiques
du culte chrétien. Il n'est pas impossible que son exécution soit antérieure à l'édit
de Milan, mais on ne saurait l'affirmer et, en le datant d'une période comprenant
les dernières années du IIIe et la première moitié du IVe siècle, on serre la vérité,
semble-t-il, autant qu'il est possible, et on ne saurait aller plus loin.
Sa provenance est inconnue. Rien n'autorise même à affirmer d'une manière
certaine qu'il provienne d'une église de Genève, bien que cette attribution soit
vraisemblable. Sans vouloir nous engager dans les controverses auxquelles l'origine
de l'église de Genève a donné lieu 2, il nous suffira de rappeler qu'on ne trouve pas
d'évêque de Genève à date certaine avant 400, mais que l'établissement du christianisme dans la région remonte au moins au IV e siècle.
Malgré ce défaut de précision, on voit cependant tout l'intérêt historique qui
s'attache à cette petite coupe d'argent. A la veille des invasions barbares, elle
représente la dernière phase d'activité de ces ateliers d'argenterie gauloise qui
avaient exécuté les chefs-d'œuvre des trésors de Berthouville ou d'Hildesheim.
Comparée à ces pièces de premier ordre elle paraît bien modeste: elle n'en a pas
moins une immense valeur, d'abord parce qu'elle est un des rares spécimens de
mobilier liturgique chrétien qui ait survécu aux invasions barbares, ensuite parce
qu'elle représente un des derniers témoignages de la grande tradition ornementale
de l'Orient hellénique que la conquête romaine avait introduite en Gaule, et qui y
avait régné exclusivement pendant plus de trois siècles. C'est à tous ces titres
qu'elle est vénérable et mérite de retenir l'attention.
1
Vita sancti Desiderii Autissiodorensis. Acta Sanctor. Bolland. Octobris XII, 361-362 (Saint
Didier est mort en 621). Les pièces données à son église étaient certainement d'une fabrication
plus ancienne et plusieurs ont pu avoir primitivement une destination païenne.
2
Voir le Dictionnaire d'Archéologie chrétienne, VI, 939-960.
LES CLOCHES DU CANTON DE GENEVE
A.
CAHORN.
(Suite1.)
cloches de la fin du XVIIIe siècle, dont nous n'avons eu
connaissance qu'après l'impression de la première partie, figurent en tête
de la seconde partie avec les Nos 60bis et 60ter.
L'intercalation de nouvelles cloches ayant modifié l'ordre
numérique, quelques renvois de la première partie doivent être
rectifiés comme suit:
page 132, ligne 3, lire N° 62 au lieu de N° 58.
138, » 15, » N° 74
»
N° 70.
138, » 17, » N° 137
»
N° 135.
148, » 3, » N° 110
»
N° 109.
155, » 10, » N° 109
»
N° 108.
152, »
7, » EMERI
»
EMER.
152, ajouter un astérisque au n° 29 (cloche refondue en 1911).
152, ajouter 1678 après le N° 32.
158, ligne 7, lire TENEBRAS au lieu de TFNEBRAS.
166, » 6, » N° 17
»
N° 18.
EUX
»
»
»
»
»
»
»
»
»
*
*
*
60bis. 1790. SATIGNY. EGLISE CATHOLIQUE.
Grosse cloche. D. : 0.62. Servant à l'horloge.
Anses sans ornements.
Dans le haut flammes et feuilles d'acanthe dressées.
Face principale, écu aux armes de Genève, surmonté d'une couronne et placé dans
un cercle (type des armoiries des cloches fondues par J. L Revillard), au-dessus:
POST TENEBRAS LUX
Face postérieure, manteau DREFFET entouré dé chérubins, au-dessous 1790.
D'un côté vase rococo. De l'autre un rinceau surmonté d'une flamme.
1
Genava, II, 1924, p. 130 sq.
9
— 130 —
60ter. 1792. LANCY. NOUVELLE EGLISE CATHOLIQUE.
Petite cloche. D.: 0.50.
Anses sans ornements.
Dans le haut: SANCTA MARIA ORA PRO NOBIS
1792
Vierge et Enfant. Un évêque, crosse. Un saint assis. Cette cloche
provient d'une chapelle du canton du Valais.
*
*
*
66. 1807. GENEVE . CIMETIERE DE PLAINPALAIS .
D.: 0.26.
Anses sans ornements.
D'un côté
B
DREFFET
MY
FILS A
GENÈVE. 1807.
De l'autre côté grosse rosace à cinq feuilles.
67. 1808. CHENE -BOURG. CURE CATHOLIQUE ROMAINE. (Depuis la démolition de l'église).
Grosse cloche. D.: 1.08.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut, feuilles d'acanthe dressées. Face principale, Christ en croix. Face
postérieure, Vierge et Enfant, sur un trophée d'armes. Côté gauche (en partant du Christ);
ECU ovale, d'or à la croix de sable chargée de cinq coquilles, l'écu tenu par deux lions et
surmonté d'une couronne de comte. Un ostensoir avec un triangle au centre. Un vase rococo.
Côté droit: un étendard surmonté d'une croix. St François de Sales, crosse et mitre, audessous: ST FRANÇOIS DE SALES PRIEZ POUR NOUS . Armes de Genève surmontées d'une
couronne fleurdelysée 1 (type des armoiries des cloches fondues par J. L. Revillard).
Face principale, dans le haut en cinq lignes :
B.V. MARIÆ ET B. FRANCISCO SALESIO.
AD BENEDICTIONEM OFFEREBANT
D.F.A. CHATRIER PAROHCIÆ PRÆPOSITUS,
ET IPSIUS UXOR D. JULIA MUFFAT SAINT-AMOUR.
M.D.CCC.VIII SOUS LE TRES-DIGNE RECTEUR RD.MR. JEAN-BAPTISTE
MARTIN.
Face postérieure, dans le haut:
J'APPARTIENT A L'HONORABLE COMMUNE DE CHESNE
1
II est curieux de constater l'emploi des armoiries de la République, pendant la période de l'annexion à
la France, sur une cloche destinée à une localité n'ayant pas fait partie de l'ancien territoire.
— 131 —
Plus bas, entouré d'une bande de guirlandes et de chérubins comme sur l'autre
face:
68. 1812. COINTRIN. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.25. Provient du château de Feuillasse.
Dans le haut, filet de glands.
Sur la panse, un petit ours, une figure de saint, un fleuron et 1812 RASTELLO .
69. 1813. COLLONGE-BELLERIVE. EGLISE CATHOLIQUE.
Petite cloche. D.: 0.57.
Anses sans ornements.
Dans le haut, palmettes dressées. Au-dessous:
Sur la panse, Christ en croix. Vierge et Enfant, St Martin partageant son manteau et manteau PITTON avec la date 1813.
Les inscriptions ont été effacées, les deux derniers chiffres du millésime sont
gravés de façon très sommaire. Cette cloche avait été enlevée du clocher à l'époque
du « Culturkampf » et a été remise en place il y a quelques années.
70. 1815. GENEVE . HORLOGE DU GRUTLI .
Précédemment à la Porte Neuve, jusqu'à sa démolition, transférée en 1856 à
l'ancien Théâtre, et en 1880 à l'école du Grutli.
D.:0.46.
Deux anses sans ornements.
Dans le haut, quatre filets. Face principale, armes de Genève surmontées du
soleil. Face postérieure, dans un manteau, signature J. D. DREFFET, comme sur les
précédentes et la date 1815.
71. 1815. PLAN-LES-OUATES. ECOLE COMMUNALE.
Une cloche absolument semblable au N° 70.
72-73. 1815. GENEVE . MUSEE D ' ART ET D 'HISTOIRE .
Deux cloches absolument semblables au N° 70.
(Provenant de l'Arsenal.)
— 132 —
74. 1819. MEINIER . EGLISE CATHOLIQUE.
Petite cloche. D. : 0.88.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut, sept feuilles d'acanthe dressées. Au-dessous, en quatre lignes:
COMMUNE DE MEINIER CANTON DE GENEVE 1819.
LAUDO DEUM VERUM, PLEBEM VOCO, CONGREGO CLERUM, DEFUNCTOS
PLORO, PESTEM FUGO, FESTA DECORO
NOBLE ET GENEREUX SEIGNEUR LOUIS AMABLE DE LORT
CHEVALIER DE L'ORDRE MILITAIRE DE ST LOUIS LIEUTENANT
COLONEL DE CAVALERIE.
JEANNE MARIE DE GRAILLY DE FOIN
Au-dessous, face principale :
MCE LANCE MAI RE
F s RAVIER
Plus bas, Christ en croix, face postérieure S1 Pierre tenant deux clés, au-dessous:
T
S PIERRE. D'un côté, Vierge et Enfant sur un trophée d'armes, de l'autre, manteau
DREFFET.
75. 1821. CAROUGE. TEMPLE
PROTESTANT.
Grosse cloche. D.: 0.97.
Anses plates sans ornements.
Dans le haut filet de rinceaux coupé sur trois faces par une feuille d'acanthe
dressée et sur la face principale par un écu aux armes de Genève. Au-dessous, face
principale :
CANTON DE GENEVE
CLOCHES DU PREMIER TEMPLE DE L'EGLISE
CHRETIENNE EVANGELIQUE DE CAROUGE
ELLES ONT ETE IETEES EN FONTE EN AOUT 1821
Au-dessous guirlandes entre nœuds d'étoffe. Plus bas:
SYNDICS EN CHARGE CETTE ANNEE
NOBLES I CH TREMBLEY
ISAAC PICTET
HCE L MICHELY
— 133 —
I L MASBOU
MAIRE DE LA VILLE DE CAROUGE
NOBLE L MONTFALCON CLLER D'ETAT
PASTEUR DE L'EG EV DE CAROUGE
SPEGTBLE A I PEREY
MEMBRES DE LA COMMISSION CHARGEE DE
RECEVOIR LES SOUSCRIPTIONS ET LES DONS DES FIDELES
NOB CH R TRONCHIN CLLER D'ETAT
CH LULLIN
IDEM
SPBLES J PE VAUCHER PASR PROFESSR ET RECTEUR DE L'ACADEMIE
I L DUBY PAST R ET PROFES R
A I PERE Y PAST R
MARC AUGTE PICTET PROFESSR EN PHILPH1E
Devant cette inscription, un étroit filet de rinceaux, vertical.
Face postérieure:
MM IAq ODIER ANC DU CONSISTOIRE
GME L. AUBERT
IDEM
J. E. BROCHER
IDEM
J. E. BERTRAND
IDEM
C. TRAPPIER
J. A. BERTRAND. J.
PERROT. L. E. AUBIN
MORE
Un filet d'ornements.
DIEU VEUILLE QUE CE TEMPLE CONTRIBUE
A L'AVANCEMENT DU REGNE DE JESUSCHRIST ET AU SALUT DES AMES PAR CE
DIVIN
SAUVEUR.
AMEN.
Sur le côté, en bas, dans un manteau:
FAITE
PAR
IEAN BAPTISTE
PITTON
MAITRE
FONDEUR
A CAROUGE
— 134 —
76. 1821. CAROUGE. TEMPLE PROTESTANT.
Petite cloche. D.: 0.80.
Anses plates sans ornements.
Dans le haut, feuilles d'acanthe dressées. Au-dessous, face principale, mêmes
inscriptions que sur la grosse cloche (N° 75), sauf que les lignes 2 et 3 sont en une seule
(cloches du premier Temple de Véglise chrétienne évangélique de Carouge). Au-dessous,
guirlandes entre chérubins, plus bas mêmes inscriptions que sur la grosse cloche,
jusqu'à la 13e ligne. La 14e est partagée en deux, soit : Spble s. Pe Vaucher pasr
professr — et recteur de l’Académie. Le reste de l'inscription semblable. A côté de
cette inscription, à la hauteur de la 2e à la 6e ligne, du côté de la fin des lignes,
Armes de Genève. Même inscription sur la face postérieure, mais en trois lignes au
lieu de quatre, soit: Dieu veuille que ce temple contribue à — Vavancement du règne
de Jésus-Christ et au — salut des âmes, -etc.
Le reste, signature PITTON , etc. semblable au N° 75.
*77. 1823. CONFIGNON. EGLISE CATHOLIQUE. D.
: 0.80. Fêlée. Anses sans ornements. Dans le
haut, en quatre lignes :
IE COVOQUE LES FIDELLES I ANNONCE LES SOLEMNITES IE PLEURE
LES MORTS
I AI ETE BENITE PAR RD MR ATH. MAIRE CURE DE CETTE PAROISSE 1823
MON PARRAIN EST MR HIACINTE HENRI MAGNIN MAIRE DE LA
COMMUNE DE BERNEX ONEX ET CONFIGNON
MA MARRAINE EST MAD IOSEPHINE DE REDDET EPOUSE DU
CHEVALIER DE POLIER MAIOR D'INFANTERIE
Au-dessous Passion — St Pierre avec une clé — Vierge et Enfant, Armes de
Genève blasonnées, surmontées du soleil avec IHS. Guirlandes et feuilles d'acanthe.
Manteau: PITTON .
Refondue en 1905. Voir N° 180.
78. 1823. GENÈVE . USINE A GAZ .
D.: 0.35.
Anses prises dans le mouton.
Dans le haut, palmettes, au-dessous:
GUILLAUME TELL BATEAU A VAPEUR 1823
Plus bas, un mât surmonté d'un chapeau, un drapeau à mi-hauteur, et FECIT
PITTON .
— 135 —
79. 1824. CHENE -BOURG. CURE CATHOLIQUE ROMAINE . (Depuis la démolition de
l'église.)
Petite cloche. D.: 0.89.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut, feuilles d'acanthe dressées. Sur la face principale, un cœur enflammé
entouré de palmes et de trois chérubins. Au-dessous:
SANCTISSIMO CORDI
D. N. JESU CHRISTI
Au-dessous, Christ en croix. Plus bas:
AD, BENEDICTIONEM OFFEREBANT
DOMINUS HIPPOLYTUS BOËJAT, CENTURIO ET
IPSIUS SOROR, DOMINA LUDOVICA BOËJAT.
Face postérieure, Armes de Genève surmontées du soleil et d'une banderole
portant ////////////// N E C H E S N E TH O N E X
Au-dessous :
DOMINO P. DUFRESNE, OPPIDI PRÆPOSITO
REVERENDO J. F. BAILLARD PAROCHO
ANNO DOMINI 1824
DREFFET FECIT.
De chaque côté de l'inscription, un lion, la patte sur une boule.
80. 1826. COLLONGE-BELLERIVE. EGLISE CATHOLIQUE.
D.: 0.86 (servant à l'horloge).
Anses plates sans ornements.
Dans le haut, quatre feuilles d'acanthe et quatre flammes dressées. Au-dessous,
en quatre lignes:
FONDUE POUR LA PAROISSE DE COLLONGE BELLERIVE L'ANNEE
DU JUBILE UNIVERSEL 1826
PARRAIN MR LE MARQUIS CHLES DE ST SEVERIN MARRAINE ANT
METRAL VVE BORGEL
MAIRE MR FRS FALQUET ADIOINT MR CLDE GRAND
CURE MR IEAN ROCH
Au-dessous, guirlandes entre chérubins, dans la guirlande, armes de Genève,
— 136 —
blasonnées, dans un écu ovale surmonté du soleil avec IHS. Plus bas, face principale,
Christ en croix. Face postérieure, Vierge et Enfant.
Côté manteau, PITTON et la date 1826.
81. 1826. PREGNY. EGLISE CATHOLIQUE.
D. : 0.69. Servant à l'horloge.
Anses rondes sans ornements.
Dans le haut, huit feuilles d'acanthe. Au-dessous, face principale:
PARRAIN, JULES GASPARD AYNARD
DUC DE CLERMONT TONNERRE
MARRAINE, JEANNE VICTOIRE
DUCHESSE DE CLERMONT TONNERRE
NEE COMTESSE DE SELLON
Au-dessous, Christ en croix.
Face postérieure:
NIMBOS & FULMEN NOSTRIS A FINIBUS ARCE
PROH. DEUS; ET CAMPOS CONTEGAT ALMA SEGES
OFFERT A LA COMMUNE DE PREGNY
PAR JEAN JAQUET, SCULPTEUR
& MEMBRE DU CONSEIL SOUVERAIN
EN SEPTEMBRE 1826
FAITE PAR IS DREFFET FONDEUR A GENEVE
Au-dessous, vase rococo.
Du 10 septembre 1776. — Les deux cloches de l'église de Pregny étant gâtées,
la paroisse décide de les envoyer fondre à Genève. R. C. C. Vol. 21, f° 211.
82. 1831. SORAL. EGLISE CATHOLIQUE.
D. : 0.89. Servant à l'horloge.
Anses plates sans ornements.
Dans le haut, feuilles d'acanthe et flammes, dressées. Au-dessous, en trois lignes:
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTUM SEITJONS DE SORRAL ET
LACONEZ 1831
PARRAIN MR JOSEPH MORAND BARON DE GRILLET DE ST SULPICE
LIEUTENANT COLONEL DE CAVALERIE
MARRAINE IOSEPHINE BARONNE DE GRILLIET DE S T SULPICE
NE E MILLIET D ARVILLARS
— 137 —
Au-dessous, guirlandes entre chérubins.
Plus bas, face principale, Christ en croix entre deux palmettes dressées. Face
postérieure, Vierge et Enfant.
Côté droit de la cloche, armes de Genève, blasonnées, surmontées du soleil.
Côté gauche, dans un manteau :
FAITE
PAR
BAPTISTE
JEAN
PITTON
MAITRE
FONDEUR
A GAROUGE
F.
BULLIOD
Le bord inférieur est fortement ébréché.
83. 1833. CHOULEX . EGLISE CATHOLIQUE.
Grosse cloche. D. : 0.80. Servant à l'horloge.
Anses carrées sans ornements.
Dans le haut, filet orné. Au-dessous, en quatre lignes :
UNUS DOMINUS UNA FIDES UNUM BAPTISMA A D EPH. 4
RDUS JH M. VEUILLES PAROCHUS CHOLEX PARRAIN MR JEAN
FRANÇOIS JOSEPH RAOUL DE
CREVECOEUR MARRAINE DLE ANNE FRANÇOISE ELISABETH
STEFANE DE CREVECOEUR
SIEUR FRANÇOIS CRETALLAX ADJOINT
Au-dessous, filet d'ornements. Plus bas, guirlandes de laurier et bandes d'étoffes
en pendentifs. Face principale, Christ en croix entre deux palmettes dressées, la
croix posée sur une tête de mort et deux os en sautoir. En suivant à gauche, en
une ligne: FAITE A QUINTAL LE 2 DU MOIS DE JAENVIER 1833 — Vierge et Enfant —
t
PAR LES FRERES CLAUDE & — S André, imberbe, tenant une palme et sa croix —
JAEN PIERRE PACCARD F D
Bord inférieur, rinceaux.
84. 1833. CHOULEX . EGLISE CATHOLIQUE.
Petite cloche. D.: 0.70.
Anses carrées sans ornements.
— 138 —
Dans le haut, filet d'ornements dressés. Au-dessous, en trois lignes: SIT
NOMEN DOMINI BENEDIGTUM PS. 112. 2.
RDUS JH. M. VEUILLES PAROCHUS GHOLEX PARRAIN MR MAURICE
RIVOLLET MARRAINE D LLE MARIE FELICITE
MERMOS EPOUSE DU PARRAIN. SIEUR FRANÇOIS CRETALLAS
ADJOINT
Au-dessous, filet d'ornements, plus bas bandes d'étoffe ornée de
liserons, séparées par des mouchets en pendentifs. Au-dessous, face, Christ en croix,
à la suite: FAITE A QUINTAL LE 2 DU MOIS DE JENVIER 1833 PAR — Vierge et Enfant
— LES FRERES CLAUDE ET JAEN — St André — PIERRE PACCARD (figures semblables à
celles du NO 83).
Bord inférieur, rinceaux.
85. 1833. MEYRIN. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.37.
Anses sans ornements.
Dans le haut, trois feuilles de géranium. Au-dessous:
COMMUNE DE MAIRIN 1833
Plus bas, dans un ovale:
FIS BULLIOD
ME FONDEUR
CAROUGE
86. 1834. VERNIER. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.29.
Deux anses sans ornements.
Dans le haut: POUR L ECOLE DE VERNIER 1834
Plus bas, un chérubin entre deux feuilles de noisetier. Plus loin, PITTON
FONDEUR , une, puis trois feuilles de noisetier.
87. 1835. LANCY. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.37.
Anses sans ornements.
Dans le haut, feuilles de géranium dressées. Au-dessous:
COMMUNE DE LANCY
ANNEE 1835
— 139 —
De l'autre côté, dans un ovale:
FS
BULLIOD
ME FONDEUR
CAROUGE
88. 1835. PERLY-CERTOUX . ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.40.
Anses sans ornements.
Dans le haut, feuilles de géranium au naturel. Plus bas, face principale:
COMMUNE DE PERLY
CERTOUX ANNEE 1835
Face postérieure, dans un ovale signature BULLIOD comme au N° 87.
89. 1835. VERNIER. TEMPLE PROTESTANT.
D.: 0.60.
Anses carrées sans ornements.
Dans le haut, trois feuilles de vigne dressées. Face principale, armes de Genève,
dans un ovale formant le centre d'un soleil rayonnant; au-dessus, POST TENEBRAS LUX
D'un côté, CANTON , de l'autre, DE GENEVE .
Au-dessous:
Dans le bas:
DONNEE LE 23 AOUT 1835
A L OCCASION DU 3ME IUBILE DE LA
REFORMATION PAR P E PICOT
MINISTRE DU S EVANGILE
FIS BULLIOD
MES
FONDEURS A
CAROUGE
90. 1837. BERNEX . ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.43.
Anses sans ornements.
Dans le haut, sur chaque face un soleil, de chaque côté un chérubin. Plus bas,
face principale:
MONSIEUR THEREMIN PIERRE ETIENNE
MAIRE DE LA COMMUNE
DE BERNEX
— 140 —
Face postérieure:
FONDUE PAR J H BERTRAND A
GENEVE
1837
Au-dessous, soleil. Sur la panse, Christ en croix et Vierge et Enfant. Autour
de chaque figure, quatre chérubins.
91. 1837. PREGNY. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.45.
Anses sans ornements.
Dans le haut, en deux lignes:
MONSIEUR D'ARBIGNY JEAN ADOLPHE AMEDEE, MAIRE DE LA
COMMUNE DE PREGNY
FONDUE PAR JOSEPH RERTRAND A GENEVE 1837
Christ en croix, Vierge et Enfant, armes de Genève, avec
RESPUBLICA GENEVENSIS
92. 1839. CAROUGE. EGLISE CATHOLIQUE.
Grosse cloche. D.: 1.08. Servant à l'horloge.
Anses sans ornements.
Dans le haut en une ligne:
CANTON DE GENEVE VILLE DE CAROUGE 1839 GEORGE KERVAND
FONDEUR A GENEVE FECIT
Face principale, Christ en croix. Face postérieure, un calice surmonté d'une
hostie rayonnante et d'une croix. D'un côté, Vierge et Enfant, de l'autre, St Pierre
tenant les clés, au-dessous: s. PIERRE .
93. 1839. VEYRIER. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.35.
Anses sans ornements.
Dans le haut, flammes dressées. Au-dessous:
CANTON DE GENEVE COMMUNE DE VEIRIER 1839 G KERVAND FECIT
Sur la panse, deux feuilles de vigne et deux papillons.
— 141 —
94. 1840. AIRE -LA-VILLE. EGLISE CATHOLIQUE.
Grosse cloche. D.: 0.80.
Anses rondes sans ornements.
Dans le haut, flammes et feuilles d'acanthe, au-dessous, en quatre lignes:
M CESAR JOSEPH DEGRE CURE D AIRE LA VILLE CANTON DE GENEVE
M R CHARLES CHRISTIN MAIRE JEAN MARECHAL ADJOINT
PARRAIN MR JOSEPH MARECHAL MARRAINE MADEMOISELLE
JEANNETTE MARECHAL FILLE DU PARRAIN
GEORGE KERVAND FONDEUR A GENEVE 1840
Au-dessous, un cercle de triangles renversés.
Face principale, Christ en croix. Au-dessous:
CRUX AVE UNICA SPES
Face postérieure, Vierge et Enfant. Côté droit S t Pierre tenant les clés. Côté
gauche St Paul avec un glaive et un livre.
95. 1840. CARTIGNY. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.28.
Pas d'inscription moulée. En peinture, très effacé Perillat ou Perinet ? 1840.
96. 1840. COLLONGE-BELLERIVE. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.43.
Anses rondes sans ornements.
Dans le haut, quatre chérubins et quatre flammes dressées.
Au-dessous, en deux lignes:
MR CLAUDE GRAND MAIRE DE LA COMMUNE DE COLLONGE BELLERIVE
FAITE PAR GEORGE KERVAND FONDEUR A GENEVE 1840
Plus bas, d'un côté, Christ en croix. De l'autre, vase rococo.
97. 1840. MEYRIN. EGLISE CATHOLIQUE.
Grosse cloche. D.: 0.91. Servant à l'horloge.
Anses à têtes de lion.
Dans le haut, feuilles de noisetier au naturel. Au-dessous, en trois lignes :
DEMOISELLE ANNE PERAULT DE FEUILLASSE DONATRICE 1804
REFONDUE L AN 1840
BERTRAND FONDEUR A GENEVE
— 142 —
Au-dessous, guirlandes passant dans des boucles. Plus bas, face, Christ en croix,
la croix posée sur une Véronique. Un chérubin. — Vierge immaculée, posée sur des
feuilles de fougères. Vierge et Enfant, également sur des feuilles de fougères.
98. 1842. COLOGNY. TEMPLE PROTESTANT.
D.: 0.78. Servant à l'horloge.
Dans le haut, flammes et feuilles d'acanthe. Au-dessous, en deux lignes:
SI VOUS ENTENDEZ AUJOURD'HUI MA VOIX N'ENDURCISSEZ POINT
VOS COEURS PS. XCV. 8.
PAROISSE DE COLOGNY 1842 GEORGE KERVAND FONDEUR A GENEVE
FECIT
Au-dessous, guirlandes. Sur la panse, armes de Genève surmontées du soleil
et de la devise POST TENEBRAS LUX .
D'un côté, un vase rococo. De l'autre, une grappe de raisin.
Du 5 octobre 1841. — « Lecture est faite d'une lettre de M. Patry-Mirabaud qui
annonce que la cloche de Cologny étant fendue, il faut la refaire, il demande un clocher
neuf avec une cloche beaucoup plus forte »... etc. R. S. E. Vol. 9, F° 347. Dans la
séance suivante, la S. E. accorde une plus grosse cloche, mais refuse le clocher.
99. 1842. EAUX -VIVES. TEMPLE PROTESTANT.
Grosse cloche. D. : 0.98. Servant à l'horloge.
Anses à deux rainures.
Dans le haut, huit feuilles d'acanthe dressées. Au-dessous, en deux lignes:
A QUI IRIONS NOUS SEIGNEUR ? TU AS LES PAROLES DE LA VIE
ETERNELLE JEAN VI
COMMUNE DES EAUX VIVES 1842 GEORGE KERVAND FONDEUR
A GENEVE FECIT
Au-dessous, huit feuilles d'acanthe renversées, d'un type différent de celles du
haut. Sur la panse, armes de Genève surmontées du soleil et d'une banderolle portant
la devise POST TENEBRAS LUX .
100. 1842. EAUX -VIVES. TEMPLE PROTESTANT.
Petite cloche. D.: 0.71.
Entièrement semblable au N° 99, sauf la première ligne:
SANCTIFIE LES PAR TA VERITE; TA PAROLE EST LA VERITE
— 143 —
*101. 1843. CHENE-BOUGERIES. TEMPLE PROTESTANT.
D.: 0.80.
Anses carrées, sans ornements.
Dans le haut, un cercle d'ornements gothiques (gables et pinacles).
Au-dessous, feuilles de vigne et grappes de raisin. Face principale:
MES BREBIS ENTENDENT MA VOIX JE
LES CONNAIS ET ELLES ME SUIVENT
JEAN X 27
Face postérieure:
KELLER FONDEUR
A GENEVE
1843
Bord inférieur, feuilles de chêne et glands.
Refondue en 1899.
102. 1843. COLLEX-BOSSY. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.32.
Anses sans ornements.
Dans le haut, quatre feuilles d'acanthe dressées, plus bas quatre feuilles semblables renversées.
Sur la panse: GEORGE KERVAND FONDEUR A GENEVE 1843.
103. 1844. COLLEX-BOSSY. EGLISE CATHOLIQUE.
Grosse cloche. D.: 0.80.
Anses avec deux rainures.
Dans le haut, huit chérubins. Au-dessous, en trois lignes:
DEO OPTIMO MAXIMO SACRUM
R
PARRAIN M ADRIEN CTE DE RIENCOURT MARRAINE ME ANTOINETTE
CTESSE DE RIENCOURT
MR JEAN MARIE DUBOIS CURE MR AUGUSTE SALADIN MAIRE.
Au-dessous, huit feuilles d'acanthe renversées. Plus bas, face principale, Christ
en croix, face postérieure, Vierge et Enfant, couronnés. D'un côté, vase rococo.
De l'autre, dans un manteau:
FAITE PAR
GEORGE KERVAND
FONDEUR A GENEVE
Au-dessous:
1844
— 144 —
104. 1844. MEINIER . EGLISE CATHOLIQUE .
Grosse cloche. D.: 0.98. Servant à
l'horloge. Anses sans ornements.
Dans le haut, douze flammes dressées. Au-dessous, en deux lignes:
MONSIEUR LANCE MAIRE
MONSIEUR GRAND JEAN CURE
PRESENTEE POUR ETRE BENITE PAR M ANTOINE CHEVRAND
ET MADAME JULIE PINIER SON EPOUSE
Au-dessous, draperies et pendentifs. Plus bas, lace principale:
MONUMENT DE FOI ET DE PIETE
Au-dessous, Christ en croix, à sa droite, Vierge et Enfant, tous deux couronnés.
Plus bas:
COMMUNE DE MEINIER PAR SOUSCRIPTION DES PAROISSIENS
Face postérieure, une cloche soutenue par deux Renommées, au-dessous, deux
canons en sautoir, la cloche et les canons entourés d'une palme et d'une branche
de laurier. Sur une banderolle passant devant la cloche: FONDERIE DE CLOCHES ,
plus bas, DE S L TREBOUX et sur une autre banderolle entourant les canons:
A CORSIER PRES VEVEY
Au-dessous:
1844
D'un côté, St Pierre tenant un livre et deux clés. De l'autre, évêque crosse et
mitre (St François de Sales ?).
105. 1844. PETIT-SACONNEX . TEMPLE
PROTESTANT. Grosse cloche, D.: 1.04. Servant
à l'horloge. Anses arrondies, sans ornements.
Dans le haut, huit chérubins. Au-dessous:
VENEZ REJOUISSONS NOUS EN L ETERNEL PS XCV
PETIT SACONNEX 1844 C CHENEVIERE PASTEUR C DUPAN MAIRE
Au-dessous guirlandes entre nœuds d'étoffe.
Plus bas, face principale, armes de Genève surmontées du soleil et de la devise
POST TENEBRAS LUX . Face postérieure, manteau KERVAND .
— 145 —
106. 1844. VERNIER. EGLISE CATHOLIQUE.
D.: 0.95. Anses à deux rainures.
Dans le haut, chérubins. Au-dessous, en quatre lignes:
PAROISSE DE VERNIER PATRONS SS JACQUES ET PHILIPPE
APOTRES
PRESENTEE A LA BENEDICTION PAR M R JEAN ROGH R D CURE DE
COLLONGES BELLERIVE
ET DEMOISELLE GASPARDE PICTET
MR GASPARD JACQUIER RD CURE
MR ALPHONSE BARDE MAIRE
Au-dessous, guirlandes entre nœufs d'étoffe. Plus bas, face principale, Christ
en croix. Face postérieure, Vierge et Enfant.
Côté, manteau KERVAND ,
Au-dessous: 1844.
Bord inférieur, rinceaux.
107. 1844. VERSOIX . EGLISE CATHOLIQUE .
Grosse cloche. D.: 0.91.
Anses à deux rainures.
Dans le haut, flammes et feuilles d'acanthe.
Au-dessous, en six lignes:
MON NOM EST EMILIE EUGENIE GABRIELLE
J AI POUR PARRAIN M R GABRIEL GIROD CHEVALIER DE S T LOUIS
J AI POUR MARRAINE M ME EMILIE GIROD NEE MEGARD
J APPARTIENS A LA PAROISSE DE VERSOIX
MR VENDELLE MAIRE
MR MOGLIA CURE
FAITE PAR GEORGE KERVAND FONDEUR A GENEVE 1844
Face principale, Christ en croix. Face postérieure, Vierge et Enfant sur une
demi-sphère entourée d'un trophée d'armes.
Blavignac (La Cloche, pp. 201 et 356) mentionne deux cloches de Versoix,
l'une, datée de 1574, bénite le 28 novembre 1699 (?) portant l'inscription DOMINARE IN MED 10 INIMICORVM TVORVM, l'autre, bénite le 10 septembre
1738, fondue par P. A. Collavin.
10
— 146 —
108. 1844. VERSOIX . EGLISE CATHOLIQUE.
Troisième cloche. D.: 0.715.
Anses à deux rainures.
Le haut semblable au N° 107.
Au-dessous, en six lignes:
MON NOM EST JOSEPHINE ALINE
J AI POUR PARRAIN M R JOSEPH TRAITTEUR
J AI POUR MARRAINE M LLE ALINE TRAITTEUR
J APPARTIENS A LA PAROISSE DE VERSOIX
M* MOGLIA CURE
MR VENDELLE MAIRE
FAITE PAR GEORGE KERVAND FONDEUR A GENEVE 1844
Mêmes figures que le N° 107.
109. 1845. GENEVE . SAINT -PIERRE . ANCIENNE CATHEDRALE .
Accord (3e Rebat). Voir Nos 10 et 35.
D.: 1.56.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut, flammes. Au-dessous, filet d'ornements, plus bas, draperies et
chérubins.
Face principale, armes de Genève, accostées de deux branches de chêne, surmontées du soleil et de la devise POST TENEBRAS LUX.
Au-dessous:
DEO OPTIMO MAXIMO
CHRISTI EVANGELIO INSTAURATE CIVITATIS SOSPITATORI
IN SPIRITU ET VERITATE GOLENDO
ET IN ETERNUM LAUDANDO
GENEVAE CIVES
SACRUM FECERUNT
DIE NATALIUM DOMINI MDCCCXLV
Face postérieure:
TREBOUX
A
CORSIER
PRES
VEVEY
— 147 —
Au-dessous:
FUSA PRIMUM A. D. MCCCCLXXI
ITERUM OB FISSURAM A. D. MDCLXXVIII
ATQUE ILLICO FRACTA
CIVIUM CURIS ET IMPENSIS
TERTIUM FUSA
A. D. MDCCCXLV
DEUS ADSIT
Bord inférieur, en une ligne:
CLASSICUM INTONABAM HORAS NUNTIABAM NUNC UT QUONDAM
SUPREME MEMORES ESSE MONEO AD SACRAS CONCIONES
VOGO DEUM IMMORTALEM MAGNIFICO.
Du 3 avril 1844. — « M. Martin rapporte qu'on est occupé à démolir les habitations des marguilliers de St Pierre; qu'à cette occasion on a réfléchi que la cloche
dite le Rebat ne sert absolument plus à rien qu'à répéter les heures, ce qui pourrait
se faire aussi bien sur une autre cloche quelconque: qu'il serait donc d'une bonne
administration de briser et de vendre cette cloche fêlée qui représente un capital
chômant assez considérable (elle vaut en effet de 1 fr. à 1 fr. 25 la livre).......sur quoi
la Soc. après en avoir délibéré décide de demander au Consistoire s'il a qq. objection
à faire à cette vente. » R. S. E. Vol. 10. F° 262.
Du 10 avril 1844. — « Lecture est faite d'une lettre de Mr Martin, Présidt du
Consistoire pour laquelle après avoir déclaré que le Consistoire ne voit pas d'inconvéniens à la vente de la cloche du Rebat, il demande néanmoins que la S. E. veuille
bien tenir en réserve la somme qui proviendra de la vente du métal pr aider à la
confection d'une nouvelle cloche qui remplacerait le Rebat. » R. S. E. Vol. 10 F° 266.
Du 18 décembre 1845. — Lecture d'une lettre de M r le pasteur Bouvier»
président du comité des souscripteurs pour la refonte de deux cloches de St Pierre,
en date du 15 courant et qui a fait refondre les cloches dites le Rebat et la Vieille
Retraite. Ces cloches, dont la fonte a réussi, ont été remontées ds. le clocher de
St Pierre le vendredi 12 Xbre. Pour leur donner le ton voulu, on a du en diminuer le
poids, de sorte que le Rebat qui pesait 50 qx. et 51 livres n'en pèse plus que 41 qx. et
60 livres, et la Retraite qui pesait 8 quintaux n'en pèse plus que 4 et 79 1. ».......etc.
« Le Comité demande 1° que les anciens noms de ces cloches soient changés,
savoir que le Rebat s'appelle dorénavant l'Accord et que la Retraite prenne le
nom de l'Eveil. 2° Que l'inauguration de ces cloches ait lieu le jour de Noël. » R.
S. E. Vol. 10. F° 460.
— 148 —
110. 1845. GENEVE . SAINT PIERRE . ANCIENNE CATHEDRALE .
Eveil, (ancienne Retraite). D.: 0.75. Voir N° 18.
Anses sans ornements.
Dans le haut, triangles, filets et guirlandes.
Sur la panse, armes de Genève avec le soleil et la devise POST TENEBRAS LUX.
Au-dessous:
CIVIUM IMPENSIS
A. D. MDCCCXLV
De l'autre côté, cartouche Treboux.
111. 1846. COMPESIERES. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.48.
Anses sans ornements.
Dans le haut géranium et chérubins. Au-dessous, d'un côté, Christ en croix
de l'autre:
COMMUNE DE COMPESIERE
MR MONFALCON MAIRE
1846
Plus bas, BULLIOD FRERES, FONDEURS A CAROUGE.
112. 1846. JUSSY. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.31.
Anses sans ornements.
Dans le haut, guirlandes. Dans le bas:
SAMUEL JAQUEROD FONDEUR A GENEVE 1846
113. 1846. PETIT-SACONNEX . TEMPLE PROTESTANT.
Petite cloche. D.: 0.91.
Anses sans ornements.
Dans le haut, flammes. Au-dessous, en une ligne:
VENEZ VOUS PRESENTER DEVANT L'ETERNEL AVEC ALLEGRESSE
PS. C.
Au-dessous, guirlandes. Plus bas, face principale, armes de Genève, entourées
de deux branches de chêne, surmontées du soleil et de la devise POST TENEBRAS LUX.
Au-dessous, dans le bas:
PETIT SACONNEX 1761 REFONDUE EN 1846 PAR UNE SOUSCRIPTION
Face postérieure, cartouche Treboux.
— 149 —
114. 1846. VEYRIER . EGLISE CATHOLIQUE .
Grosse cloche. D.: 0.87. (Servant à l'horloge.)
Anses sans ornements.
Dans le haut, ornements et guirlandes (type du N° 110).
Au-dessous, en trois lignes: (Les mots en italique ne sont pas fondus, mais
simplement dorés).
FONDUE EN NOVEMBRE 1822 ET REFONDUE EN 1846 BENITE LE 23
FEVRIER DOM
PAROISSE DE VEYRIER MONSIEUR FLEURY CURE MONSIEUR
PORTIER MAIRE
PARRAIN M R JEAN PORTIER MARRAINE M E ANDRE AN NE GAY
Face principale S1 Maurice, à cheval, brandissant un glaive, la croix suspendue
au cou. Face postérieure, cartouche Treboux. D'un côté, Christ en croix, de l'autre,
un évêque crosse et mitre, bénissant (St François de Sales ?). Bord inférieur:
Face principale
» postérieure
J APPELLE A LA PRIERE
DES FETES DU SEIGNEUR J ANNONCE LE JOUR
115. 1846. VEYRIER. EGLISE CATHOLIQUE.
Cloche moyenne. D.: 0.75.
Anses sans ornements.
Le haut semblable au N° précédent, au-dessous des ornements en trois lignes,
les deux premières moulées, la troisième simplement dorée:
FAITE PAR LES DONS DES HABITANTS DE VEYRIER L AN 1846
A. M. D. G. ET M.
MONSIEUR FLEURY CURE
MONSIEUR PORTIER MAIRE
R
PARRAIN M
GOTTRET
MARRAINE D E LOUISE DANSSE
Face principale, St Maurice. Face postérieure, cartouche Treboux. D'un côté
Vierge et Enfant, de l'autre, personnage auréolé tenant un sceptre terminé par une
croix de St Maurice et le St Esprit.
Bord inférieur:
Face principale:
JE GEMIS AVEC CEUX QUI PLEURENT
»
JE ME REJOUIS AVEC CEUX QUI SONT DANS LA JOIE
postérieure:
— 150 —
116. 1847. PLAINPALAIS. TEMPLE PROTESTANT.
D.: 1.23. Servant à l'horloge.
Anses sans ornements.
Dans le haut, en une ligne:
VENEZ ET DU SEIGNEUR SANS CESSE LOUEZ LA FORGE ET LA SAGESSE
Au-dessous, flammes et filet de fleurs de lis. Plus bas, draperies et chérubins.
Face principale, armes de Genève. Au-dessus:
Au-dessous:
REPUBLIQUE ET CANTON DE GENEVE
COMMUNE DE PLAINPALAIS
Face postérieure, cartouche Treboux et la date 1847.
117. 1849. MEINIER. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.50.
Anses rondes sans ornements.
Dans le haut, feuilles d'acanthe dressées. Plus bas, face principale:
COMMUNE DE MEINIER
Face postérieure: MONSIEUR CHEVRAND MAIRE
Au-dessous, guirlandes. Plus bas, face principale, Christ en croix.
Face postérieure, cartouche Treboux et la date 1849.
118. 1849. RUSSIN. TEMPLE PROTESTANT.
D.: 0.75.
Anses rondes sans ornements.
Dans le haut, triangles et palmettes, au-dessous:
QUAND MA VOIX RETENTIT UN GRAND DEVOIR T APPELLE
PENSE A DIEU A TON FRERE ILS RECLAMENT TON ZELE
Au-dessous, guirlandes entre chérubins. Plus bas, armes de Genève, l'écu
couronné et surmonté de la devise POST TENEBRAS LUX (type des armoiries de
J. L. Revillard). Au-dessus:
COMMUNE DE RUSSIN
Au-dessous:
MONSIEUR FAVRE MAIRE
1849
Le nom du maire avait été effacé à la suite d'une élection où il n'avait pas été
renommé. On l'a gravé depuis.
Face postérieure: cartouche Treboux,
— 151 —
119. 1850. SESEGNIN (Commune d'Avusy). ECOLE COMMUNALE .
D.: 0.46. Dans le haut, trois feuilles de géranium. Au-dessous,
face principale:
COMMUNE D'AVUSY
MR DELUERMOZ MAIRE
1850
Face postérieure:
BULLIOD FONDEUR
A
CAROUGE
Au-dessous, trois chérubins.
120. 1854. SORAL. ECOLE
COMMUNALE.
D.: 0.36.
Anses sans ornements.
Dans le haut: COMMUNE DE SORAL 1854
Bord inférieur:
FAITE A C|UINTAL PRES ANNECY PAR LES FRERES REAUCJUIS
121. 1855. AVUSY. EGLISE
CATHOLIQUE.
Grosse cloche. D.: 0.91.
Anses carrées sans ornements.
Dans le haut acanthes et palmettes dressées. Au-dessous, en cinq lignes:
Au-dessous, filet d'ornements. Face principale, Christ en croix. Face
postérieure, Vierge et Enfant. Côté droit de la cloche:
PARR MR A DE LA GRAVE
BARON D AVUSY
MARR MME LA BARONNE
JENY DE LAUNAY
— 152 —
Côté gauche:
VOTEE A L UNANIMITE
PAR LE CONSEIL COMMUNAL
PAYEE PAR LES CENTIMES
ADDITIONNELS
ET UN DON DE 500 F cs
FAIT PAR RD M CH
MAURIS CURE 1855
Plus bas:
FAITE A QUINTAL PRES D ANNECY PAR LES FRERES PACCARD
Bord inférieur, palmettes.
122. 1855. AVUSY. EGLISE CATHOLIQUE.
Petite cloche. D.: 0.73.
Anses avec une rainure.
Dans le haut, acanthes et palmettes dressées. Au-dessous, en cinq lignes:
Au-dessous, côté gauche de la cloche:
PARR HYACINTHE DE LAUNAY
MARR MME SON EPOUSE LSE
DURAND 1855
Face principale, Christ en croix. Face postérieure, dans un ovale, Vierge
immaculée. Au-dessous:
O MARIE CONÇUE SANS PECHE P P N
Bord inférieur, palmettes.
— 153 —
123. 1855. GRAND-SACONNEX . EGLISE CATHOLIQUE.
D.: 0.92. Servant à l'horloge.
Anses sans ornements.
Dans le haut, palmettes. Au-dessous, en deux lignes:
J APPARTIENS A LA COMMUNE DU GRAND SAGONNEX S HIPPOLYTE
EST MON PATRON
PARRAIN JEAN DEGROZE MARRAINE M BARTHOLONI BABEL CURE
AUG SONNEX MAIRE 1855
Au-dessous, guirlandes séparées par des têtes de bélier. Face principale, Christ
en croix. Face postérieure, cartouche Treboux.
124. 1856. LANCY. ANCIENNE EGLISE CATHOLIQUE.
D.: 0.97.
Anses sans ornements.
Dans le haut, feuilles de renoncule au naturel, alternant avec des chérubins.
Au-dessous, en quatre lignes:
PRESENTE A LA BENEDICTION DE L EGLISE EN L HONNEUR DE
MARIE IMMACULEE PAR RD JOSEPH BOUVIER DE LANCY CHANOINE
CURE ET DOYEN A LA MARTINIQUE ET PAR
MME LA COMTESSE CAROLINE MAKWASKA NEE POTOKA
Face postérieure:
PAROISSE DE LA S TE TRINITE DE LANCY
Rn AIME ANGELIN CURE M R
HENRI WISSNER MAIRE
1856
Au-dessous, un filet de guirlandes.
Dans le bas: Passion. Face postérieure, Vierge et Enfant. Côté gauche, armes
de Genève, côté droit, dans une couronne de laurier:
BULLIOD
FRERES FONDEURS
A CAROUGE
— 154 —
125. 1857. CELIGNY. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.41. Anses sans ornements.
Dans le haut, acanthes. Au-dessous, face principale, entre deux branches de
laurier:
CANTON
DE
GENEVE
1857
De l'autre coté, dans un écusson:
TREBOUX FONDEUR
CORSIER
PRES
VEVEY
*126. 1857. EAUX -VIVES . AUTREFOIS A L 'EXTREMITE DE LA JETEE .
D.: 0.42. Entièrement semblable au N° 125.
127. 1857. LACONNEX. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.58.
Anses plates sons ornements. Dans le haut, acanthes et
palmettes dressées Au-dessous:
128. 1857 SATIGNY TEMPLE PROTESTANT.
Grosse cloche. D.: 0.87. Servant à l'horloge.
Anses sans ornements.
Dans le haut, feuilles d'acanthe, au-dessous filets, plus bas, têtes de bélier
alternant avec des guirlandes.
Face principale, armes de Genève.
Au-dessous: 1857.
— 155 —
Face postérieure, cartouche Treboux.
« Le nom de Louis Revillard, 1760, se lisait sur une cloche de Satigny ». Blavignac
(La Cloche, p. 357).
129. 1858. CELIGNY . TEMPLE PROTESTANT.
Grosse cloche. D.: 0.90. Servant à l'horloge.
Anses sans ornements.
Dans le haut, triangles ornés. Au-dessous, en deux lignes:
PHILIPPE MANDRY MAIRE LOUIS MUNIER ET JEAN ETIENNE BAUD
AJOINDTS
JAQUES BERNARD JAQUES FRANÇOIS BAUD MARC JSOZ JACOB ROGET
CONSEILLERS MUNICIPAUX
Au-dessous, guirlandes séparées par des têtes de bélier. Plus bas, face principale,
Armes de Genève.
Au-dessus : CANTON DE GENEVE
Au-dessous: COMMUNE DE CELIGNY
Face postérieure, cartouche Treboux. Au-dessous, 1858.
Minutoli (Chroniques) mentionne une cloche portant l'inscription
LEUR SON EST ALLE PAR TOUTE LA TERRE et le nom de Simon
Garnier, pasteur de Céligny, de 1618 à 1654.
130. 1858. VERSOIX . TEMPLE PROTESTANT.
Grosse cloche. D.: 0.77.
Anses sans ornements.
Dans le haut, triangles, au-dessous en deux lignes:
EGLISE NATIONALE PROTESTANTE DE VERSOIX DIMANCHE 7 NOVEMBRE 1858
THEODORE VERNES DONATEUR
Au-dessous, guirlandes. Plus bas, face principale:
GLOIRE A DIEU
PAIX SUR LA TERRE
BIENVEILLANCE
ENTRE LES HOMMES
Face postérieure, cartouche Treboux.
— 156 —
131. 1860. GENEVE . EGLISE DE NOTRE - DAME .
D.: 1.33.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut, acanthes renversées, partant des anses.
Au-dessous, ornements dressés. Plus bas, face principale, en trois lignes, la
première moulée, les deux autres gravées:
Au-dessous, large filet d'ornements. Plus bas, ornements dressés. Face principale,
Christ en croix. Face postérieure, Vierge et Enfant. Encore plus bas, face principale:
BURDIN FILS AINE FONDEUR A LYON 1860.
132. 1862. ECOGIA (Château d') COMMUNE DE VERSOIX .
D.: 0.47. Anses plates sans ornements.
Dans le haut, gravé:
E. G. M.1
ECOGIA CNE DE VERSOIX
1862
Plus bas, face principale, une croix et GVLLIET FONDEVR A LYON.
Face postérieure, Vierge et Enfant.
133. 1863. GY . TEMPLE PROTESTANT.
D.: 0.81.
Anses rondes sans ornements.
Dans le haut, treize chérubins. Au-dessous pendentifs.
Face principale, dans le bas:
LA PAIX SOIT AVEC VOUS
Face postérieure, cartouche Treboux. Au-dessous, 1863.
1
Emilie Girod-Mégard.
— 158 —
•
•
•
•
S JOHANNES BAPTISTA ORA PRO NOBIS •
S FRANCISCVS SALESIVS ORA PRO NOBIS •
MARIA IMMAGULATA •
EGO SVM PASTOR BONVS •
Entre ces quatre figures les emblèmes des quatre Evangélistes, portant chacun
un livre avec A * Ω • Au-dessous, sur la même ligne que les noms précédents :
.S. MARCVS.
.S. IOHANNES.
.S. LVCAS.
.S. MATTHÆVS.
t
Au-dessous du Christ, croix de S Maurice, au-dessus de la Vierge, une étoile.
Avant l'inscription du haut, une figure de St Maurice avec .s. MAVRITIVS.
Bord inférieur, filet de laurier et .c. MOREL A LYON .
Le 30 novembre 1864, le Conseil municipal de Bernex décidait de refondre et
d'augmenter une des deux petites cloches, fêlée, pour être placée au clocher de la
nouvelle église. La cloche neuve n'ayant pas donné satisfaction, fut refusée et remise
au creuset en 1866. De nouveau fêlée au commencement de ce siècle, elle fut refondue
en 1905. Voir N° 179.
*137. 1867. GENEVE . SAINT -PIERRE . ANCIENNE CATHEDRALE .
Deuxième Clémence. D.: 2.05. (Voir Nos 4 et 176.)
Anses sans ornements, une rainure de chaque côté.
Dans le haut, en une ligne, gothiques majuscules:
Sur la panse, face principale: 1867. Plus bas, armoiries de Genève surmontées
du soleil, au-dessous la devise POST TENEBRAS LVX. Face postérieure, 1407; audessous, Bible ouverte avec BIBLIA SACRA, surmontée d'une croix rayonnante,
entourée d'une banderolle avec IHS et encadrée de branches de laurier.
A gauche de la cloche: GVLLIET PERE ET FILS FONDEVRS A LYON
Bord inférieur, en une ligne, gothiques majuscules:
— 159 —
Cette cloche avait été refondue avec le métal de l'ancienne en 1867, par MM. Gulliet
père et fils, fondeurs à Lyon. Une seule maison suisse, Treboux, à Vevey, avait fait
une offre qui ne fut pas maintenue. Sa décoration, à part les deux inscriptions en
caractères imités de l'ancienne Clémence, était très pauvre, les anses nues et les deux
motifs armoiries et Bible trop petits eu égard aux dimensions de la cloche. Elle sonna
pour la première fois le dimanche 3 novembre 1867. Son diamètre était le même
que celui de sa devancière, son poids un peu plus fort: 5380 kgs.
C'est vers la fin de l'année 1898 que l'on s'aperçut de l'assourdissement progressif
du son de cette cloche. Un examen attentif révéla l'existence d'une fissure, visible
seulement à l'intérieur. On continua cependant à l'utiliser jusqu'au 4 juin 1899, où
elle sonna pour la dernière fois à l'occasion de l'élection du Consistoire. On constata
alors deux fentes bien caractérisées. Elle fut refondue, ou plutôt refaite, puisque
l'ancien métal ne fut pas utilisé, trois ans plus tard. Voir n° 176.
138. 1868. GENEVE . EGLISE DE S T JOSEPH .
D.: 1.01. Servant à l'horloge.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut, sur un semis de très petites étoiles, fleurs de lis alternant avec le
St Esprit dans un soleil triangulaire, entouré d'une couronne de laurier. Au-dessous,
en six lignes :
| MARIA JOSEPHA GASPARINA JOANNA FRANCISCA THERESIA
BENEDICTA A R° GASPAR MERMILLOD EP. HEBRON . FAUX .
V. GEN DIE
ANNO 1868
PIO IX REGNANTE JOANNE MARIA MARIN RECTORE HEC S JOSEPH
GEN
PATRINO VICTORE JOS. DUNOYER PROT. AP.
PATRINA MARIA JOSEPHA THERESIA NASS DICTA FAVRE
PER SONITUM MEUM CRESCAT IN CIVITATE FIDES INFIDELIUM
ANIMIS DEVOT1O PROCUL PELLANTUR INIMICI INCIDI/E
PERCUSSIO FULMINUM FRAGOR GRANDINUM ET UNUM OVILE
SUB UNO
PASTORE INDUCATUR PIOS L.ETIFICO ARGUO IMPIOS EXULTO
NASCENTIBUS MORIENTIBUS INGEMISCO CONVOCO FIDELES
FESTA NUNTIO PRO PAGE ET SALUTE PERSONO
Au-dessous, filet de vigne. Plus bas, guirlandes de rosés et lampes. Au-dessous,
face principale, Christ en croix. Face postérieure, Vierge immaculée sur un croissant.
Côté, dans le bas: PACCARD FRERES FONDEURS ANNECY LE VIEUX HAUTE SAVOIE 1868.
Bord inférieur, rinceaux.
— 160 —
139. 1868. GENTHOD . TEMPLE PROTESTANT.
Grosse cloche. D.: 1.11. Servant à l'horloge.
Anses sans ornements.
Dans le haut, ornements gothiques et, en quatre lignes:
GLOIRE A DIEU
PAIX SUR LA TERRE
BIENVEILLANCE ENTRE LES HOMMES
DONNEE PAR DEVX AMIS FRANCK COVLIN PASTEVR ERNEST SALADIN
MDCCCLXVIII
Dans le bas: GVLLIET PERE ET FILS FONDEVRS A LYON .
140. 1869. BERNEX . EGLISE CATHOLIQUE .
Petite cloche: D.: 0.80.
Anses ornées.
Dans le haut, acanthes renversées. Plus bas, un filet orné. Au-dessous, en cinq
lignes :
Au-dessous, cordelette, laurier et ornements.
Plus bas, Christ dans une couronne de laurier, au-dessus, croix de St Maurice,
au-dessous o XRISTVS DOCENS o St François de Sales, au-dessous o ST FRANÇOIS DE
t
SALES o S Joseph et l'Enfant Jésus, au-dessous o ST JOSEPH PRIEZ POUR NOUS o
Vierge immaculée, au-dessus, une étoile à 5 rais, au-dessous: o MARIA IMMACVLATA o
Bord inférieur: o c MOREL A LYON . REYNAUD SUCCESSEUR o
141. 1869. ONEX . CHAPELLE CATHOLIQUE .
D.: 0.775. Servant à l'horloge.
Anses carrées sans ornements.
Dans le haut, arcatures gothiques, au-dessous, face principale:
LOUE ET ADORE SOIT JESUS CHRIST!
JE CONVOQUE LES FIDELES
— 161 —
JE LES EXHORTE A LA PRIERE,
JE LEUR RAPPELLE LE TEMPS ET L'ÉTERNITÉ,
J'ANNONCE LES SOLENNITÉS,
ET JE PLEURE LES MORTS
Face postérieure:
PARRAIN: MR JEAN NIGOLIN.
MARRAINE: ME LOUISE NICOLIN-VUI.LIEZ,
MAIRE D'ONEX: M. PHILIBERT GIGNOUX.
CURÉ DE LA PAROISSE: M. JEAN CHARROT.
A droite, Christ en croix. A gauche, armoiries de Genève, blasonnées, surmontées
d'un soleil à huit rais avec une croix au centre.
Au-dessous, un large filet de rinceaux. Dans le bas, face postérieure: FONDU PAR
M . SUTERMEISTER A. AARAU. 1869.
142. 1871. GONFIGNON . EGLISE CATHOLIQUE.
Grosse cloche. D.: 1.19. Servant à l'horloge.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut, ornementation semblable à celle du N° 138. Au-dessous, face
principale, en quatre lignes:
Plus bas, entouré de 21 étoiles:
LOUE ET ADORE SOIT JESUS CHRIST
JE PUBLIE LA GLOIRE DE DIEU
J ANNONCE LES SOLENNITES DE L EGLISE
JE CONVOQUE LES FIDELES
JE LES EXHORTE A LA PRIERE
JE CHANTE LES BAPTEMES
JE ME REJOUIS AVEC LES NOUVEAUX EPOUX
JE PLEURE LES MORTS
— 162 —
Face postérieure, entouré de 21 étoiles :
CONSEIL MUNICIPAL DE CONFIGNON
MAIRE MR AUGUSTE GROS
1ER ADJOINT ANDRE MARIN
2
ID
ETIENNE CLARET
CONSEILLERS MM CLAUDE MEGEVAND
COMPAGNON LONGET
LANCOUD BESSON
MAGNIN JOSEPH
COMPAGNON CHAVAZ
SECRETAIRE
FRANÇOIS LANCOUD
1871
Sur le côté droit, Christ en croix, sur le côté gauche, Vierge immaculée, auréolée
de 5 étoiles. Bord inférieur, rinceaux.
143. 1872. PLAINPALAIS. EGLISE ST FRANÇOIS.
D.: 1.07.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut, ornementation semblable à celle du N° 138.
Au-dessous, face principale, en six lignes; la fin de la troisième gravée:
— 163 —
Sur la panse, face principale, tiare pontificale posée sur deux clés en sautoir
et sur une croix à double traverse. Au-dessus, PIVS IX et deux rameaux avec deux
étoiles. Plus bas:
Face postérieure, armes de Sales (d'azur à deux faces de gueules bordées d'or, l'azur
chargé en chef d'un croissant montant d'or en cœur, au centre et en pointe d'une
étoile de même), surmontées d'une mitre posée sur une crosse et une croix de
procession en sautoir. Au-dessous:
T
S FRANÇOIS DP:
SALES
flanqué d'une branche de lis et d'une branche de pensées avec deux étoiles. Côté
droit de la cloche, Christ en croix, de chaque côté un petit vase avec tulipe. Côté
gauche, Vierge immaculée posée sur un croissant et des nuages. Cinq étoiles en
auréole.
Bord inférieur, large filet de rinceaux.
144. 1872. PRESINGES. EGLISE
CATHOLIQUE. D.: 0.70.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut, ornementation semblable à celle du N° 138. Au-dessous, en six
lignes:
— 164 —
145. 1874. LANCY . NOUVELLE EGLISE CATHOLIQUE .
D.: 0.63.
Anses plates sans ornements.
Dans le haut, ornementation semblable à celle du N° 138. Au-dessous, en cinq
lignes:
GLORIA PATRI ET FILIO ET SPIRITU SANGTO
JE SUIS LA VOIX DU SEIGNEUR QUI BRISE LES CEDRES DU LIBAN
PS. XXVIII
PARRAIN MR LE CHANOINE JOSH BOUVIER
MARRAINE MLLE JOSEPHINE NASS FAVRE
M R ANTOINE BERTHIER CURE DE LANCY
Au-dessous: PACCARD FRERES FONDEURS, etc., 1874.
Sur l'autre face:
J AI ETE BENITE
PAR S G MGR MERMILLOD
EVEQUE D HEBRON V A DE GENEVE
EN EXIL
Au-dessous, armes Mermillod, l'écu posé sur une croix de St Maurice et surmonté
d'un chapeau à trois mouchets. Plus bas, la devise VERITAS ET MISERICORDIA .
Côté gauche, Vierge immaculée, sur un croissant, auréolée de cinq étoiles, entourée
de deux branches de laurier et pensées. De l'antre côté, croix de feuillages. Bord
inférieur, large filet de rinceaux.
Cette cloche, (de même que celles décrites sous les NOS147, 148, 150, 151, 152,
153, 154.156 et 157) avait été faite pour la chapelle catholique romaine construite
à la suite du conflit religieux de 1873.
146. 1874. VERSOIX. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0. 375.
Anses sans ornements.
FONDUE PAR ARRET DU CONSEIL MUNICIPAL
DESHUSSES MAIRE 1874
— 168 —
153. 1879. VERNIER. ANCIENNE CHAPELLE CATHOLIQUE ROMAINE .
D.: 0.68.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut ornementation, semblable à celle du N° 138. Au-dessous, en
quatre lignes:
Au-dessous, filet de chêne. Plus bas, entouré de 27 étoiles à cinq rais, de grosseur
variée :
FRANÇOIS GOLLIARD CURE DE VERNIER
LOUIS PIGTET MAIRE REVOQUE
ANTOINE CAILLAT NOUVEAU MAIRE
LOUIS ROCH ADJOINT
LOUIS ALLIOD ADJOINT
1878 - 1879
154. 1879. VERSOIX . EGLISE CATHOLIQUE.
Deuxième cloche. D.: 0.84.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut, ornementation semblable à celle du N° 138. Au-dessous, en six
— 169 —
155. 1880. VEYRIER. CHAPELLE
PROTESTANTE.
D.: 0.73.
Anses sans
ornements. Face
principale:
CHAPELLE PROTESTANTE
VEYRIER
1880
Face postérieure:
FONQUE LE 5 AOUT
1880
CHEZ MR A
STUTZMANN GENEVE
156. 1881. AlRE-LA-VlLLE. EGLISE CATHOLIQUE.
Petite cloche.
D.: 0.43.
Anses sans ornements.
Dans le haut, filet d'ornements. Plus bas, Christ en croix et Vierge immaculée.
Au-dessous de la Vierge, signature du fondeur PACCARD FRERES FONDEURS etc.
Bord inférieur, fruits.
157. 1882. CHENE-BOURG. CURE CATHOLIQUE ROMAINE. (Depuis la démolition
de la chapelle.)
D.: 0.70.
Anses à filets et rainures, une feuille d'acanthe à la base et une au sommet.
1
Julie Nass-Favre.
— 170 —
Dans le haut, feuilles d'acanthe et feuilles en lancette, renversées. Un filet de
perles, puis, en quatre lignes:
Un filet de pensées, feuilles et fleurs; au-dessous, un petit filet d'ornements.
Face principale, le Christ, bénissant de la main droite et tendant de la gauche
un étendart dont la hampe se termine en croix à double traverse. Au-dessus,
une croix fourchée, au-dessous IHESVS XRISTVS DN . Face postérieure, Vierge
immaculée, au-dessus une grosse étoile, au dessous, STELLA MATVTINA. D'un côté,
St Jean l'Evangéliste, au-dessous, s. IOHANNES. De l'autre, St François de Sales, audessous, s. FRANCISCVS. Entre ces figures sont intercalés les symboles des quatie
évangélistes. Entre le Christ et St Jean, l'ange, au-dessous s. MATTHÆVS. Entre St Jean
et la Vierge, le lion, au-dessous, s. MARGUS. Entre la Vierge et St François l'aigle, audessous, s. IOHANNES. Entre St François et le Christ, le bœuf, au-dessous, s. LVCAS. Ces
quatre figures tiennent chacune un philactère carré long, portant A*Ω- De chaque
côté, rinceaux formés de grappes de raisins et d'épis de blé.
Bord inférieur, laurier.
158. 1882. GENEVE . TEMPLE DES PAQUIS .
Grosse cloche. D.: 1.12.
Anses carrées avec têtes de lion.
Dans le haut, ornements. Au-dessous:
EGLISE NATIONALE PROTESTANTE DE GENEVE
TEMPLE DES PAQUIS
MDCCCLXVII
AUX FRAIS DES CITOYENS GENEVOIS
Au-dessous, filet d'ornements. Plus bas:
REFAITE EN JANVIER 1882 PAR AGT STUTZMANN
Bord inférieur, rinceaux.
Fondue en 1867 par Gulliet à Lyon et fêlée en 1881.
— 172 —
160. 1886. CHOULEX. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.27.
Deux anses sans ornements,
Dans un ovale:
A.
STUTZMANN
CONSTRUCTEUR
G E N E VE Au-dessous
1886
COMMUNE DE CHOULEX
161. 1887. DARDAGNY. TEMPLE PROTESTANT.
Grosse cloche, servant à l'horloge.
D.:0.86.
Anses rondes sans ornements.
Dans le haut, face principale: UNION PROGRES
postérieure: GLOIRE A DIEU
Au-dessous, arcatures gothiques. Sur la panse, face principale, écusson fédéral,
au-dessus: UN POUR TOUS TOUS POUR UN
Face postérieure:
COMMUNE DE DARDAGNY
ANNEE 1887
Au-dessous, branches de laurier. Plus bas, filet de lierre. Bord inférieur:
GUSTAVE TREBOUX FONDEUR A VEVEY 1887
162. 1887. DARDAGNY. TEMPLE PROTESTANT.
Petite cloche. D.: 0.70.
Anses rondes sans ornements.
Dans le haut, face principale : POST TENEBRAS LUX
postérieure: PAIX SUR LA TERRE
Au-dessous, arcatures gothiques. Sur la panse, face principale, armoiries de
Genève, blasonnées, surmontées du soleil avec IHS entourées de deux branches de
laurier et palmes. Face postérieure, même inscription et date que le N° 161. Au-dessous, deux feuilles de laurier au naturel, plus bas, filet de chêne. Signature du fondeur
et date semblable au N° 161.
— 173 —
163. 1888. VESENAZ. ECOLE PRIMAIRE.
D. : 0.27, fêlée.
Sur la panse:
VESENAZ
LOI DU 24 OCTOBRE 1888
A. GAVARD CONSEILLER D ETAT
COLLONGE BELLERIVE
ARRETE MUNICIPAL 17 MAI 1887
J. RIVOLLET MAIRE
Bord inférieur: H. JUVET ARCHITECTE p SAULNI 1 ENTREPRENEUR
164. 1890. GORSIER. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.38.
Pas d'anses. Dans le bas:
COMMUNE DE CORSIER
1890
165. 1890. PLAINPALAIS . EGLISE SAINTE CLOTILDE .
D.: 0.56.
Anses plates sans ornements.
Dans le haut, acanthes et feuilles ornementales renversées. Au-dessous, filet
d'ornements.
Sur la panse, d'un côté, Christ en croix. De l'autre, entouré d'étoiles à 5 rais:
EGCLESIAM REGENTE UNIVERSAM PIO P P IX
ANNECIEN VERO CLAUDIO MAGNIN EP.
NOVI AQUIANENSIS GYMNASII FUNDATORE
ME PRIMUM AN 1872 ET ITERUM AN 1890 CONFLATAM
MARAE IMMACULATÆ
s
SIUS
J ALOY CORAJOD CAN. CURIÆ CANCELUS ET MA CDIA BEROD
Au-dessous, filets. Dans le bas:
— 174 —
166. 1898. CORSIER . EGLISE CATHOLIQUE .
Petite cloche. D.: 0.71.
Anses sans ornements.
Dans le haut, acanthes renversées. Au-dessous:
— 175 —
168. 1898. Vésenaz. chapelle protestante.
D. : 0.50.
Pas d'anses.
Dans le haut ornements. Au-dessous, face principale:
CHAPELLE DE VESENAZ
1898
GLOIRE A DIEU
Plus bas filet de rosés.
Face postérieure, bord inférieur :
GEGOSSEN VON H . RUETSCHI IN ZURICH 1898
169. 1899. CHENE -BOUGERIES. TEMPLE PROTESTANT.
Grosse cloche. D.: 0.87. Servant à l'horloge.
Anses avec une feuille gothique.
Dans le haut, face principale:
CHENE-BOUGERIES
Face postérieure:
FONDEUR H. RUETSCHI AARAU 1899
Au-dessous, ceinture d'arcatures gothiques.
Sur la panse, face principale:
DIEU ET PATRIE
Face postérieure; sur un fond rayonnant, aigle et clé surmontés du soleil et
portant en cœur un écusson aux armes de Chêne-Bougeries, d'argent à un chêne
arraché au naturel.
Au-dessous, filet de feuilles de chêne et glands. Bord inférieur, face principale:
CEUX DE CHENE A LEUR EGLISE NATIONALE
Face postérieure:
1899
170. 1899. CHENE -BOUGERIES. TEMPLE PROTESTANT.
Cloche moyenne. D.: 0.70.
Entièrement semblable au N° 169. comme décoration et inscriptions, sauf sur la
face principale. Au lieu de Dieu et Patrie:
PAIX SUR LA TERRE
BONNE VOLONTE ENVERS
LES HOMMES
— 176 —
171. 1899. CHENE -BOUGERIES. TEMPLE PROTESTANT.
Petite cloche. D. : 0.58.
Entièrement semblable aux Nos 169 et 170, sauf l'inscription:
AIMEZ VOUS
LES UNS LES AUTRES
172. 1899. PETIT -SACONNEX . S T ANTOINE DE PADOUE .
Grosse cloche. D.: 1.19. Servant à l'horloge.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut, ornements dressés. Au-dessous, face principale:
Double filet d'ornements. Au-dessous, face principale, Christ en croix.
Face postérieure, St Antoine de Padoue, semblable à celui du N° 172.
Côtés, en buste, St Joseph portant l'Enfant Jésus et un lis. Au-dessous: ST JOSEPH
t
et S François de Sales avec ST FRANÇOIS DE SALES.
Plus bas, triple filet d'ornements. Bord inférieur, rinceaux. Au-dessus, signature
des fondeurs et la date, comme au N° 172.
174. 1899. PETIT -SACONNEX . S T ANTOINE DE
PADOUE . Troisième cloche. D. : 0.53. Servant à
l'horloge. Anses plates sans ornements.
Dans le haut, ornements. Au-dessous:
Au-dessous, filet d'ornements. Plus bas, face principale, Christ en croix. Face
postérieure, Vierge et Enfant. Côtés, S t Antoine de Padoue, semblable à celui
du N° 172. Un ange, au-dessous: L ANGE GARDIEN.
Le reste, la signature des fondeurs et la date comme aux Nos 172 et 173.
175. 1899. PETIT -SACONNEX . S T ANTOINE DE PADOUE .
Quatrième cloche. D. : 0.47. Servant à l'horloge.
Anses plates sans ornements.
Dans le haut feuilles en lancette, renversées. Dans le haut, ornements. Audessous, face principale:
— 178 —
Au-dessous, filet d'ornements. Plus bas, face principale, Christ en croix. Face
postérieure, St Antoine de Padoue, comme au N° 172. Côtés, en buste, St Pierre, audessous ST PIERRE et ST Paul, avec ST PAUL.
Le reste, la signature des fondeurs et la date comme aux Nos 172,173 et 174.
176. 1902. GENEVE . SAINT -PIERRE . ANCIENNE CATHEDRALE .
Troisième Clémence. D.: 2.15. (Voir Nos *4 et *137.)
Anses ornées d'un ange sonnant de la trompette.
Dans le haut, sous un mince filet de feuilles gothiques, un large cercle d'ornements également gothiques (accolades et arcatures), dans lequel sont placés six
médaillons ronds portant, en partant de la face principale et en suivant à droite :
1° 1407. 2° IHS. 3° 1867. 4° Armes du chapitre. 5° 1902. 6° Aigle d'Empire.
Sur la panse, face principale, armes de Genève blasonnées, surmontées du soleil
au-dessous POST TENEBRAS LVX.
Face postérieure:
GLOIRE A DIEU
PAIX SUR LA TERRE
BIENVEILLANCE ENTRE LES
HOMMES
Entre Ruetschi et Aarau un écu circulaire timbré d'un heaume: Cigogne surmontée d'un croissant renversé et flanquée de deux étoiles.
Cette cloche, du poids de 6238 kgs. a été fondue avec du métal neuf. L'essai
officiel eut lieu le 3 décembre 1902.
— 179 —
177. 1902. SORAL. EGLISE CATHOLIQUE.
Petite cloche. D.: 0.75.
Anses avec une feuille d'acanthe.
Dans le haut, acanthes de deux grosseurs, renversées. Au-dessous:
178. 1903. VERSOIX . TEMPLE
PROTESTANT.
Petite cloche. D.: 0.64.
Anses ornées d'une feuille gothique.
Dans le haut, cercle de feuilles gothiques, au dessous:
RECONNAISSANCE.
MON AME BÉNIS L'ETERNEL
ET N'OUBLIE AUCUN DE SES BIENFAITS !
PSAUME CIII. V 2.
C. V. A.
1903.
Dans le bas: GIESSEREI H . RUETSCHI AARAU 1903.
179. 1905. BERNEX . EGLISE CATHOLIQUE .
Grosse cloche. D.: 1.18. Servant à l'horloge.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut, motifs ornés. Au-dessous, large filet d'ornements avec guirlandes
et pendentifs. Plus bas, face principale, en sept lignes:
— 182 —
Au-dessous, filet de rinceaux. Sur la panse:
CHRISTVS
VITIS.
Entre les deux mots, armes Sarasin d'azur à un cep de vigne arraché, l'écu
timbré d'un heaume surmonté d'un rameau de vigne et flanqué de lambrequins.
Au-dessous:
DON DE ANNA SARASIN
NOËL 1905
Bord inférieur: FONDEUR H. RUETSCHI AARAU 1905.
183. 1906. BERNEX . CHAPELLE PROTESTANTE.
D.: 0.42.
Pas d'anses.
Dans le haut:
GLOIRE À DIEV DANS LES LIEVX TRÈS HAVTS
Plus bas:
BERNEX
1906
— 183 —
Au-dessous, guirlandes et pendentifs. Plus bas, dans un double cercle portant la
devise POST TENEBRAS LUX, armoiries de Genève, blasonnées, surmontées du
soleil portant IHΣ. Le pourtour de la cloche est occupé par l'inscription suivante,
en quatre lignes:
L'AN MDCCCCXI DE NOTRE SEIGNEVR LES PAROISSIENS
DE CHANCY ET DES GÉNÉREVX AMIS M'ONT PERMIS D'VNIR MA VOIX
À CELLE DE MA SŒVR AÎNÉE, VOVLANT TÉMOIGNER PAR LÀ LEVR
INÉBRANLABLE
ATTACHEMENT À LA FOI CHRÉTIENNE ET AVX PRINCIPES DE LA
BIENHEVREVSE RÉFORMATION.
186. 1911. MEYRIN. TEMPLE PROTESTANT.
D.: 0.67.
Anses sans ornements.
Dans le haut, guirlandes de rosés. Au-dessous:
DONNÉE
PAR LES ENFANTS
DES ÉCOLES DU DIMANCHE
DU CANTON DE GENEVE .
NOVEMBRE MDCCCCIX . (Sic.)
Dans le bas: H . RUETSCHI , AARAU 1911.
187. 1912. LANCY. CHAPELLE PROTESTANTE.
D.: 0.60.
Anses carrées sans ornements.
Dans le haut, large cercle de fleurons. Au-dessous, face principale:
GRAND-LANCY 1912
OFFERT
PAR LES ENFANTS
DE L'EGLISE DE GENEVE
Face postérieure: GLOIRE A DIEU.
Plus bas, filets. Bord inférieur:
— 184 —
188. 1913. PREGNY (Chambésy). CHAPELLE PROTESTANTE DE CORNILLON .
D.: 0.48. Pas d'anses ni d'ornements.
D'un côté, face principale :
de l'autre :
DONNE PAR LES
PROTESTANTS
DE LA PAROISSE DE
PREGNY-GRAND SACONNEX
MDCCCCXIII
Plus bas, face principale:
ASSEMBLEZ LE PEUPLE, FORMEZ UNE SAINTE REUNION,
ASSEMBLEZ LES VIEILLARDS, ASSEMBLEZ LES ENFANTS, JOËL
GH. II. V. 16.
189. 1915. PETIT-LANCY. CHAPELLE PROTESTANTE.
D.: 0.50. Pas d'anses.
Dans le haut, double rang de denticules (billettes).
Sur la panse, face principale, armoiries de Genève surmontées du soleil avec IHS.
Au-dessus GLOIRE A DIEU, au-dessous POST TENEBRAS LUX.
Face postérieure:
DON
DE MONSIEUR EDMOND MARION
A LA PAROISSE DE LANCY-ONEX
1915
Bord inférieur, face principale:
EGLISE NATIONALE PROTESTANTE DE GENEVE
face postérieure:
FONDERIE H . RUETSCHI AARAU .
190. 1921. LANCY. NOUVELLE EGLISE CATHOLIQUE.
Grosse cloche. D.: 1.12.
Anses à têtes de lion.
Dans le haut, face principale:
Au-dessous, guirlandes et pendentifs. Sur la panse, Christ en croix, Ste Vierge,
au-dessous: AVE GRATTA PLENA, St Joseph. Marque des fondeurs: une cloche
surmontée d'un carillon et flanquée de deux figures. Autour de la cloche,
d'un côté, LA SAVOYARDE , de l'autre, LA JEANNE D ARC . Au-dessous, sur
une banderole : LES FILS DE G. PACCARD A ANNECY LE VIEUX.
Double filet d'ornements. Bord inférieur, médaillons alternés, l'un avec une
croix surmontée de IN RI , l'autre avec un calice surmonté de IHS .
191. 1921. LANCY. NOUVELLE EGLISE CATHOLIQUE.
Deuxième cloche. D.: 1 m.
Anses à têtes de lion.
Dans le haut, face principale:
Plus bas, ornements.
Sur la panse, Christ en croix, St Michel. Marque des fondeurs, comme au N° 190.
Au-dessous, filets ornés.
Bord inférieur, Epis et Vigne.
— 186 —
192. 1921. LANCY. NOUVELLE EGLISE CATHOLIQUE.
Troisième cloche. D.: 0.90.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut, face principale:
Au-dessous, ornements.
Sur la panse, l'Enfant Jésus. La Vierge immaculée, S t Joseph. Marque des
fondeurs, comme au N° 190, puis filets ornés.
Dans le bas:
A N-D DES GRACES EN SOUVENIR DES NOCES D OR DE NOS CHERS
PARENTS JOSEPH PIERRE EUGENIE CHARLES LEON EDOUARD
ADELAÏDE CLEMENT
Bord inférieur décoré.
193. 1921. LANCY. NOUVELLE EGLISE CATHOLIQUE.
Quatrième cloche. D. : 0.85.
Anses à têtes humaines.
Dans le haut, face principale:
Au-dessous, ornements.
Sur la panse, ostensoir. Un calice. L'agneau pascal. Marque des fondeurs,
comme au N° 190, puis filets ornés.
Bord inférieur décoré.
194. 1921. LANCY. NOUVELLE EGLISE CATHOLIQUE.
Cinquième cloche. D. : 0.75. Anses à têtes
humaines.
Dans le haut, face principale.
Au-dessous, ornements.
Sur la panse, Christ en croix. N. D. de Pitié. Marque des fondeurs, comme
au N° 190, puis filets ornés.
Dans le bas:
EN SOUVENIR DE LEON DECONINCX
Bord inférieur, vigne.
195. 1921. LANCY. NOUVELLE EGLISE CATHOLIQUE.
Sixième cloche. D.: 0.67.
Anses à têtes humaines.
Au-dessous, ornements gothiques.
Sur la panse, Christ en croix. St Christophe. St Georges. Marque des fondeurs,
comme au N° 190.
Au-dessous, double filet d'ornements. Bord inférieur, rinceaux.
196. 1921. LANCY. NOUVELLE EGLISE CATHOLIQUE.
Huitième cloche. D.: 0.60.
Pas d'anses.
Dans le haut, face principale:
Au-dessous, filet d'ornements.
Sur la panse, St François de Sales. St Louis de Gonzague. Bienheureux cur.
d'Ars. St Antoine de Padoue. St Dominique. St François d'Assise. Marque de
fondeurs, comme au N° 190. Plus bas, double filet d'ornements. Bord inférieur décoré
— 189 —
197. 1921. LANCY. NOUVELLE EGLISE CATHOLIQUE.
Neuvième cloche. D. : 0.575.
Pas d'anses.
Dans le haut, face principale:
Bord inférieur, vigne.
Les huit cloches fondues en 1921 pour l'église N. D. des Grâces sont
dédiées, le N° 190 au Christ, à la Ste Vierge et aux Apôtres; le N° 191 aux Anges
gardiens, le N° 192 à St Joseph, le N° 193 au St Sacrement; le N° 194 à la Passion de
N.S.J.C.; le N° 195 aux Martyrs (St Christophe et St Georges sont patrons
auxiliaires de Lancy); le N° 196 aux Confesseurs de la foi et le N° 197 aux Vierges.
Une notice leur a été consacrée par M. Mantilleri, curé de Lancy, dans le Bulletin
paroissial de Lancy, novembre 1921.
198. S. D. AIRE -LA-VILLE. ECOLE COMMUNALE.
D.: 0.24.
Dans le haut, quatre palmettes. Plus bas, sur la panse, dans un ovale, une petite
cloche, d'un côté L, de l'autre B. Au-dessus, deux canons affrontés. Dans le bas, filets.
199. S. D. EAUX -VIVES. ECOLE COMMUNALE .
D.: 0.29.
Anses sans ornements.
Anépigraphe. Dans le haut, trois feuilles de géranium au naturel. Fondue probablement par Bulliod.
— 190 —
200. S. D. PUPLINGE . ECOLE COMMUNALE .
D.: 0.28.
Deux anses sans ornements.
Sur la panse: F BULLIOD FONDEUR A le reste de l'inscription a été effacé.
201. S. D. VERSOIX . EGLISE CATHOLIQUE.
Quatrième cloche. D.: 0.375.
Anses à têtes humaines.
Sur la panse, dans un écusson:
TREBOUX
A CORSIER
PRES
VEVEY
*
*
*
202-4. DIVERS . MUSEE D ' ART ET D ' HISTOIRE .
La commune de Pregny a remis dernièrement au Musée d'Art et d'Histoire
trois petites cloches, de 0.22, 0.19 et 0.18 de diamètre, depuis longtemps déposées à
la mairie, qui proviennent d'une chapelle ayant existé à l'ancien cimetière de Pregny.
Sur la plus grosse, on lit IOLY DE CHAMPVIEUX +. La seconde est anépigraphe et la
petite est ornée de quatre médaillons ovales, de la grosseur d'une médaille de piété,
avec une figure en buste: 1° le Christ, avec la couronne d'épines; 2° la Ste Vierge;
3° Saint barbu, auréolé, tenant devant lui un livre ouvert (St Ignace de Loyola ?);
4° Un autre saint, aussi barbu et auréolé. On distingue vaguement en légende
t
FRAN.... VER (S François Xavier ?). Dans le haut, la date 1710, gravée.
205. Le Musée d'Art et d'Histoire possède également quelques clochettes
d'église, portant le Christ en croix et la signature ANDRE CABANTOUS A GENEVE.
— 197 —
Grandnom, I. L., à Genève, 54.
Gulliet, père et fils, à Lyon, 132, *137, 139, fils 149.
Jaquerod, Samuel, à Genève, 112.
Jolly, Michel et Alexis et Etienne de la Paix, 32, 33, 34, *35.
Keller, à Genève, *101.
Kervand, George, à Genève, 92, 93, 94, 96, 98, 99, 100, 102, 103, 105, 106, 107, 108.
L. B. (?) 198.
Léonard, Louis, 53.
Livremon, I. C., 49, 50, A., 55.
Marcley, Guerri de, *4.
Maritz, Jean, fils, à Genève, 43. Samuel, 44.
Mirar, Thomas, 9.
Morel, C., à Lyon, *136.
Paccard, Claude et Jean-Pierre, à Quintal près d'Annecy, 83, 84, frères, à Quintal,
121, 122, à Annecy-le-Vieux, 127, 138, 142, 143, 144, 145, 147, *148, 150, 151,
152, 153, 154, 156, 159, Georges et Francisque, 165, 166, 167, 172, 173, 174,
175, 177, 179, 180, 182, les fils de G. Paccard, 190, 191, 192, 193, 194, 195,
196, 197.
Pitton, Jean-Baptiste, à Carouge, 60, 62, 69, 75, 76, *77, 78, 80, 86.
Pitton et Bulliod, à Carouge, 82.
Revillard, Jean, 37 (?), 40, *42. Jean-Louis, 46, 47, *48, 51.
Reynaud (successeur de Morel), à Lyon, 140, 157.
Ruetschi, H., à Aarau, 168, 169, 170, 171, 176, 178, 181, 183, 184, 185, 186, 187,
188, 189.
Stutzmann, Auguste, à Genève, 155, 158, 160.
Sutermeister, à Aarau, 141.
Treboux, S., à Corsier près Vevey, 109, 110, 113, 114, 115, 116, 117, 118, 123, 125,
*126, 128, 129, 130, 133. Gustave, 161, 162. Sans prénom, 201.
Ulric, 5.
CE QUE DISENT LES INSCRIPTIONS DES CLOCHES GENEVOISES
W. DEONNA
Cahorn vient de publier la description des cloches du canton de
Genève, travail entrepris jadis en collaboration avec M. Jacques
Mayor 1, en même temps que le moulage de leurs inscriptions et de
leurs principaux éléments décoratifs. Ces moulages, qui ont figuré
en 1896 à l'Exposition nationale suisse2, sont exposés depuis 1923
au Musée d'Art et d'Histoire (salle du Vieux Genève)3. Le premier
4
mémoire étudie 65 cloches, de la plus ancienne, qui date du XIVe ou du XVe
siècle, à la fin du XVIIIe siècle; celles du XIXe et du XXe siècle, au nombre de 135,
forment la matière du second mémoire5. Ainsi est achevé le Corpus des cloches
genevoises, à l'exemple de ce qui a été fait pour d'autres cantons et villes6
R
1
Bull. Soc. Hist., II, 1898-1904, p. 67. M. Mayor a attiré à plus d'une reprise l'attention sur
nos cloches: Journal de Genève, 2 novembre 1895. 2 mai et 21 décembre 1898; 2 mars 1899; « La
cloche de Corsier », Bull. Soc. Hist., II, 1898-1904, p. 65 sq. (cf. CAHORN, N° 13, 63).
2
Exposition nationale suisse, Catalogue du groupe 25, Art ancien, p. 263, N° 2700 ; Patrie Suisse,
III, 1896, p. 236. La cloche de Corsier a aussi figuré à cette exposition, N° 2673 (cf. CAHORN, N°13).
3
Genava, I, 1923, p. 21.
4
Ibid., II, 1924, p. 130 sq.
5
Ibid., III, 1925, p. 129 sq.
6
Ex. : Grisons : CAMINADA, « Die BündnerGlocken, Eine Kulturhistorische Studie», Zurich 1914.
Tessin: NUSCHELER, « Le iscrizioni délie campane uel Cantone Ticino », Bolletino storico della
Svizzera italiana, 1880.
Berne: NUSCHELER , «Die Glockeninschriften im reformierten Theile des Kantons Bern »,
Archiv. d. histor. Vereins d. Kantons Bern, X, 3.4
Appenzell: «NUSCHELER , «Die Glocken, ihre Inschriften und Giesser im Kanton Appenzell»,
Trogen, 1880; Id., « Die Glocken ohne Inschriften und Giesser im Kanton Appenzell, », Appenzellische Jahrbticher, 21 Folge, 10 Heft.
Schaffhouse: NUSCHELER , « Die Inschriften und Giesser der Glocken im Kanton Schaffhausen,
Beiträge zur Vaterländischen Geschichte », 1878, p. 51 sq. ; « Schaffhausen. Die Münsterglocken »,
Festschrift, 1899.
Fribourg : EFFMANN , « Die Glocken der Stadt Freiburg in der Schweiz », 1900.
Neuchâtel: TISSOT, «Inscriptions campanaires du canton de Neuchâtel», Musée neuchâtelois,
1881-2; CHAPUIS et MONTANDON, « Les fondeurs de nos cloches » ibid., 1915, 4.
— 199 —
suisses, en utile contribution à l'archéologie campanaire 1, qui suscite chaque jour
de nombreux travaux de détails ou d'ensemble.
Ce n'est pas à dire qu'aucun érudit chez nous ne se soit auparavant occupé de
cette matière. Dès 1750, Baulacre y fait rapidement allusion2; en 1877, Blavignac
mentionne nos documents dans son ouvrage La Cloche 3; les cloches de Saint-Pierre
sont étudiées plus d'une fois, en particulier dans les mémoires publiés par l'Association pour la Restauration de Saint-Pierre4, puis par M. Camille Martin5; ce sont
encore de nombreuses mentions en divers ouvrages et mémoires. Mais il manquait
un répertoire général, la description précise, la reproduction exacte des inscriptions et
la possibilité de confronter ces données avec les moulages, la plupart des originaux
étant d'accès difficile. Ceci, nous le devons au patient labeur de M. Cahorn 6.
1
On trouvera des références dans GABROL, Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie,
s. v. «Cloches», p. 1176; WALTERS , Church Bells in England, 1912, Oxford, bibliographie en tête
de l'ouvrage, etc.
2
BAULACRE , «Recherches sur les cloches des églises», Journal helvétique, août 1750; Id.,
Oeuvres, II, 1857, p. 269 sq.
3
BLAVIGNAC, « La cloche », Genève, 1877.
4
Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève, 4 me fasc., 1899.
5
G. MARTIN, « Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève », p. 185 sq.
6
Nous croyons utile de donner ici quelques références complémentaires. Les numéros sont
ceux du catalogue de M. Cahorn
Saint-Pierre. Sur les cloches de Saint-Pierre, leur histoire, leur répartition dans l'ancienne
cathédrale: « Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève », 4 me fasc., 1899; G. MARTIN, « SaintPierre, ancienne cathédrale de Genève »; ARCHINARD, « Les édifices religieux de la vieille Genève »,
p. 244 sq.; Sur le carillon, ibid.; BLAVIGNAC , op. l., 151 sq.; MALLET , «Description de Genève
ancienne et moderne », 1807, p. 143; ARCHINARD , p. 248; Patrie Suisse, V, 1898, p 275-6.
1. S. d. 1379. BLAVIGNAC , « Etudes sur Genève» (2), I, 1872, p. 295; id., «La cloche», p. 178.
2. S. d. BLAVIGNAC , « La cloche », p. 178-9.
3. 1405. Horloge de la Monnaie. BLAVIGNAC, op. l, p. 182; ARCHINARD, « Les édifices religieux
de la vieille Genève », p. 51.
4. 1407. S t -Pierre, Clémence. DEONNA , «Les croyances religieuses de la Genève antérieure
au christianisme», Bull. Institut national genevois, XLII, 1917, p. 221, note 1 (bibliographie);
BLAVIGNAC , op. L, p. 51, 52, 379,11 sq.; id., « Etudes sur Genève », 1872, I, p. 278.
5. 1420. Madeleine. BLAVIGNAC , « La cloche », p. 305.
6. 1460. S t -Pierre. «Cloche des Heures», Mém. Soc. Hist., IV, 1845, p. 106; VI, p. 122;
ARCHINARD , p. 246-7.
7. 1470. Madeleine. «Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève», 4 me fasc., 1899, p. 52;
BLAVIGNAC . «Etudes sur Genève» I, p. 294.
8. 1471. Genthod. BLAVIGNAC , op. l., p. 42; id., « Etudes sur Genève », I, p. 294.
9. 1472. St-Pierre. Colette. MALLET. «Description de Genève», 1807, p. 146-7; GAUDY-LEFORT,
« Promenades» (2), 1849, I, p. 19); BLAVIGNAC , Mém. Soc. Hist., IV, 1845, p. 105,122; id., « Etudes
sur Genève», I, p. 294-5; id., «La cloche», p. 205, 40, 52, 143, 381; ARCHINARD , p. 245;
PERRIN ,
« Les communes genevoises », p. 37.
10. 1481. S t -Pierre. Premier Rebat. MALLET , p. 145; BLAVIGNAC , «Etudes sur Genève». I,
p. 295; irf.,« La cloche», p. 34,125, 382-3, 449; ARCHINARD, p. 252.
11. 1486. Madeleine. BLAVIGNAC , «La cloche», p. 381.
12. 1493. Saint-Gervais. BLAVIGNAC , «La cloche», p. 17, 132, 183, 305.
13. 1501. Corsier. BLAVIGNAC , «La cloche», p. 42; FONTAINE - BORGEL, « Hermance dès les
anciens temps à nos jours », 1888, p. 118.
— 200 —
Destination des cloches.
La plupart des cloches ont une destination religieuse, servaient et servent encore
aux besoins du culte, dans les églises, les chapelles, les couvents 1, et, depuis le
XVIe siècle, dans les temples protestants, parfois dans les cimetières 2.
D'autres, surtout nombreuses entre 1830 et 1850, appellent les enfants à l'école,
leur sonnent les heures de classe 3; leur ornementation est fort simple, limitée le plus
MAYOR, Bull. Soc. Hist., II, 1898-1904, p. 66 sq. « La cloche de Corsier »; Exposition nationale,
1896, Art ancien, 2673,14,1509. S t -Pierre. MALLET , p. 147-8; BLAVIGNAC , «Etudes sur Genève»,
(2), I, p. 300; id., « La cloche », p. 171, 449; ARCHINARD, p. 252
16. 1519. Jussy. BLAVIGNAC , «La cloche», p. 449.
18. 1528. St -Pierre. ARCHINARD, p. 247-8; BLAVIGNAC , « La cloche », p. 306.
19. 1532. Genthod. BLAVIGNAC , «La cloche», p. 137, 306.
21. S. d. Pâquis. BLAVIGNAC , « La cloche », p. 42; id., « Etudes sur Genève », I, p. 297.
22. S. d. S t -Pierre. Réveil-matin. ARCHINARD , p. 250-1.
25. 1580. Genève. GAULLIEUR , « Etrennes historiques de Genève», 1852, p. 21; BLAVIGNAC .
« La cloche », p. 133.
27. 1607. Fusterie. MAYOR , Bull. Soc. Hist., II, 1898-1904, p 82, note.
28. 1609. St -Pierre. Collavine. Mém. Soc. Hist., IV, 1845, p. 106; ARCHINARD, p. 247; BLAVI GNAC, « La cloche », p. 56.
29. 1636. Ghancy. GAUDY - LE FORT , «Promenades historiques» (2), 1849, II, p. 118.
35. 1678. St -Pierre. Deuxième Rebat. Mém. Soc. Hist., IV, 1845, p. 106; GRENUS, « Fragments
biographiques et historiques sur Genève », 1535-1792, 1815, p. 190.
39. 1718. Avully. Ch. LE FORT, « L'inscription de la cloche d'Avully », comm. Soc. Hist., 1875 ;
Mémorial, 1889, p. 190; Mém. Soc. Hist., XIX, 1877, p. 349.
44. 1739. Chêne. PERRIN, « Les communes genevoises », 1905, p. 47.
49. 1767. Hermance. BLAVIGNAC , « La cloche », p. 160, 305; FONTAINE-BORGEL, op. l, p. 90-1.
55. 1783. Compesières. BLAVIGNAC , «La cloche», p. 299.
56. 1786. S t -Gervais BLAVIGNAC , op. l, p. 217.
57. 1787. Vandœuvres. FONTAINE -B ORGEL , p. 75.
60. 1789. Garouge. BLAVIGNAC , p. 38.
62. 1792. Veyrier, BLAVIGNAC , p. 360.
63. 1797. Corsier. MAYOR , «La cloche de Gorsier », Bull. Soc. Hist., II, 1898-1904, p. 66, 75 ;
BLAVIGNAC , p. 219; FONTAINE - BORGEL, p. 100, 118, 142.
98. 1842. Cologny. PERRIN, «Les communes genevoises», 1905, p. 26.
110. 1845. S t -Pierre, Eveil. BLAVIGNAC , p. 223.
131. 1860. Notre-Dame. BLAVIGNAC , «Etudes sur Genève», I, p. 340.
136. 1866. Bernex. PERRIN, « Les communes genevoises», p. 86-7. 138.
1869. S t -Joseph. BLAVIGNAC , «La cloche», p. 145-6.
1
1459. «Le couvent de l'observance de Bellay demande une cloche, on lui donne 5 florins.
Registres du Conseil, GRENUS, « Fragments historiques sur Genève avant la Réformation », 1823,
p. 29; RIVOIRE , Registres du Conseil, I, p. 306
2
N° 66, 1807, Plainpalais.
3
1482. Cimbalum scole reponatur super bertrachia porte Ripa, meliori in loco, RIVOIRE ,
Régis très du Conseil, III, p. 205;
1496. Du à Aymon de Bosco, poterius, «pro prevalencia cimbali scole pondère de rupto
cum novo facto », ibid., V, p. 316.
Voici la liste de nos cloches scolaires :
31, 1673, Collège Saint-Antoine. — 45, 1754, Cologny. — 52, 1769, Gy. — 53, 1773, Anières. —
57, 1787, Vandœuvres, — 68, 1812, Cointrin. — 70, 1815, Genève, Ecole du Grutli. — 71, 1815,
— 201 —
souvent à la mention de la commune, à la date, avec parfois quelque image divine
(No 90, 91, 96, 127).
Ce sont les cloches du marché 1, de l’Hôtel de Ville pour convoquer le Conseil 2;
de sociétés (41, 1726. Exercice de l'Arquebuse et de la Navigation) ; celles qui donnent
l'alarme sur les remparts (1, Boulevard du Pin; 25, Boulevard de Cornavin; 70,1815,
Porte Neuve); celles qui sonnent l'heure aux horloges des églises et des édifices
laïques (cf. plus loin, Mesure du temps). Voici une cloche de bateau à vapeur (78,
1823), une autre qui était placée à la jetée des Eaux-Vives (126, 1857). Ce sont
encore diverses destinations, partout où il y a lieu de réunir et d'avertir les humains 3.
Histoire des cloches.
Les cloches ont constitué un butin de guerre apprécié, et nombre d'entre elles
ont été amenées à Genève lors des guerres de 1536, 1589, 1642, etc. 4. En les enlevant
à l'ennemi, on poursuivait un double but: on l'empêchait de sonner l'alarme et l'on
se procurait un métal précieux.
8. 1471. Cloche de Balleyson, butin de 1589, posée au temple de Genthod en 1648.
19. 1532. Cloche d'Etrembière, placée à l'école de Genthod.
25. 1580. Cloche de Monthoux, butin de 1589, placée au boulevard de Cornavin.
26. 1595. Cloche du fort Sainte-Catherine, détruit en 1600, placée à Genève, au
Molard.
En 1536, « ordonné que ceux qui ont des cloches apportées des villages soient
contraints de les remettre à la fabrique de la Ville»5. Après l'attaque de Versoix, la
même année, on en rapporte que l'on vend publiquement en ville 6. En 1589, les
Genevois en amènent du monastère de Peillonnex qu'ils ont pillé 7; le 16 mai ce sont
celles d'Annemasse 8.
Plan-les-Ouates. — 85, 1833, Meyrin. — 86, 1834, Vernier. « Pour l'école de Vernier ». — 87, 1835,
Lancy. — 88, 1835, Perly-Certoux. — 90, 1837, Bernex. — 91, 1837, Pregny. — 93. 1839, Veyrier.
— 95, 1840, Cartigny. — 96, 1840, Collonge-Bellerive. — 102, 1843, Collex-Bossy. — 111, 1846,
Compesières. — 112, 1846, Jussy. — 117,1849, Meinier. — 119, 1850, Sésegnin. — 120, 1854, Soral.
— 125, 1857, Céligny. — 127, 1857, Laconnex. — 146, 1874, Versoix. — 160, 1886, Choulex. —
163, 1888, Vésenaz — 164, 1890, Corsier. — 198-200, s. d., Aire-la-Ville, Eaux-Vives,
Puplinge.
1
« Cymbalum alae » mentionné en 1497. RIVOIRE, Registres du Conseil, V, p. 365.
2
1666. «On arrête de mettre une cloche en la galerie du sautier pour convoquer le Grand
Conseil et les conseillers entrés après qu'elle aura sonné seront à l'amende », Registres du Conseil.
GRENUS, « Fragments historiques sur Genève », 1823, p. 180, note 58.
3
149,1877, Abattoirs; 135,1865, Tannerie Raichlen,Plainpalais.—132,1862; Château d'Ecogia.
4
CAHORN, p. 131 ; BLAVIGNAC, « La cloche », p. 421-2, 425-6, 41 sq. ; GALIFFE, « Genève histo
rique et archéologique », suppl. p. 131 et note 1.
5
Registres du Conseil, GRENUS, op. l., p. 223.
6
Ibid., p. 223.
7
Relation particulière de la guerre faite autour de Genève, en 1589, par Du Perril, GAULLIEUR,
« Etrennes historiques », pour 1858, p. 43.
8
Ibid., p. 24.
— 202 —
Les luttes religieuses sont aussi fatales aux cloches. En haine du papisme, les
protestants les enlèvent des églises catholiques et les détruisent même; les catholiques
n'agissent pas autrement et, en 1611, le président Baud de Chambéry fait descendre
les cloches du temple protestant à Gy 1.
3. 1405. Cloche de la chapelle des Macchabées, don de J. de Brogny, placée à
l'horloge de la Monnaie.
9. 1472. Cloche du couvent des Cordeliers de Rive, placée à Saint-Pierre.
21. s. d. Cloche du couvent de Sainte-Claire, placée au temple des Pâquis.
On le voit, quelques-uns de nos monuments évoquent ces souvenirs.
La destruction des faubourgs de Genève 2, la désaffectation des édifices de culte à la
Réforme, le manque de métaux à la Révolution 3, ajoutent leurs effets néfastes. Lors
de la démolition du couvent de Saint-Victor, en 1531, on apporte dans la ville deux
grandes cloches et une plus petite 4. Carouge recueille celle de l'horloge de la
Chartreuse de Pomiers, détruite en 1793 (N° 60, 1789) 5.
Le plus souvent, les cloches qui ont cette provenance sont fondues et transformées en canons 6. En 1534, on décide de rompre celles de Saint-Victor pour en faire
de l'artillerie, en même temps que, pour achever les murailles de Saint-Gervais, on
prend le calice de l'école « où il n'est point nécessaire, puisqu'ils sont près du couvent
de Rive »r. En 1535, on veut refaire la pièce d'artillerie qui a été rompue à Peney et
on propose de prendre plusieurs cloches inutiles; on décide de commencer par celle
du couvent des Augustins de Notre-Dame de Grâce, puis de continuer par celles des
autres églises 7.
Inversement, des canons sont parfois transformés en cloches. En 1485, les religieux du Pont-d'Arve demandent de l'argent pour une cloche; on leur donne metalla
fracta inutilia civitati tam colovrinarum quam aliarum rerum 8. En 1514, le prieur de
Saint-Victor, oncle de Bonivard, lègue à la ville ses pièces d'artillerie, dans ce but
pieux, mais on préfère les garder et donner en échange d'anciennes cloches 9.
Les cloches, à l'usage, se fissurent, se brisent, les incendies les endommagent,
autres causes de leur destruction et de leur transformation. Celle de l'horloge de la
1
2
GAUDY - LE FORT , «Promenades historiques», 1849, II, p. 115.
BLONDEL, Les Faubourgs de Genève au XV e siècle, Mém. Soc. Hist. de Genève, 4°, V,
1919.
3
p. 131.
Mem. Soc. Hist., IV, 1845, p. 174.
5
GAUDY LE FORT , op. l., I, p. 139.
6
Registres du Conseil, GRENUS , op. l., p. 193.
7
Ibid., p. 202.
8
RIVOIRE , Registres du Conseil, III, p. 381.
9
Ibid., VIII, p. 10-11, 33, 35, 61, 117, 126, 129, 131; Mém. Soc. Hist,. IV, 1845, p. 148-9;
GRENUS , op. l, p. 102,103,105; GAUDY - LE FORT , op. l., I, p. 103-5; BLAVIGNAC , op. l . p. 423.
4
CAHORN ,
— 203 —
Monnaie, abîmée par l'incendie de 1670, est rompue en 1678 et muée en d'autres
cloches (3. 1405). On a trouvé sur les voûtes de Saint-Pierre, lors des restaurations
de 1885, des morceaux de bronze provenant des anciennes cloches 1. Les visites
épiscopales ordonnent souvent de les refaire 2.
Certaines de nos cloches ont donc eu une existence très mouvementée : venues de
ça et de là, fondues et refondues, de religieuses laïcisées, passant du culte catholique au
culte protestant, transportées d'un édifice à un autre. En 1534, Pierre Lullin expose aux
magistrats qu'il avait une cloche dans sa chapelle de Saint-Gervais, qu'on la lui a
prise pour la mettre à la Tour Beauregard ; il prie qu'on la rende ou qu'on la
paie 3. Après 1536, on en place une à Satigny, qui a été trouvée à Neydens dans un
puits; elle se rompt, on la fait refondre 4 . Celle du couvent de Sainte-Claire (N°
21) est mise à l'ancien hôpital (actuellement Palais de Justice), puis en 1868 au temple
des Pâquis; celle du temple de la Fusterie est placée à l'horloge du Molard, et viceversa (N° 15, 27) ; celle de l'horloge de la Porte de Rive orne ensuite le Grenier à blé,
puis, après la démolition de cet édifice, en 1898, est donnée, en 1908, à l'église
Saint-Germain (N° 46); celle de la Porte Neuve est transférée en 1856 à l'ancien
théâtre, et en 1880 à l'Ecole du Grutli (N° 70).
Rituel, folklore.
Nous n'avons pas à exposer ici le rituel des cloches selon l'église catholique 5.
Qui ne sait que pendant la semaine sainte elles se taisent, vont à Rome, selon la
croyance populaire 6 ? Elles observent entre elles une hiérarchie ; dans le procès de
Navis, il est fait mention d'une cloche que M. de Saint-Victor (Bonivard) sonne dans
son prieuré « en émulation de la cloche épiscopale, il craignait que l'évêque n'envoyât la briser »7. On se découvre quand on entend la cloche de l'Angélus, mais les
protestants s'y refusent, et les Registres du Conseil consignent ceci en 1571:
« Permis à nos députés de tirer leur bonnet à la cloche de midi lorsqu'ils seront en
compagnie, dans les cantons catholiques, vu qu'on prendrait en très mauvaise part
qu'ils ne le fissent pas et vu que ce n'est pas invoquer les saints »8. Les Registres du
1
Bull. Soc. Hist., I, 1892-7, p. 108, note 3.
Ex. Vandœuvres, 1481. FONTAINE- BORGEL «Histoire des communes genevoises», 1890, p. 33.
3
Registres du Conseil, GRENUS, op. l, p. 197; ARCHINARD, « Les édifices religieux de la vieille
Genève», p. 176, note 1.
4
BLAVIGNAC , « Etudes sur Genève » (2), II, 1874, p. 225.
5
Abbé CORBLET , « De la liturgie des cloches », Amiens, 1855, etc.
6
ANDREE , Ratschen, Kappern und Verstummen der Karfreitagsglocken, Zeitsch. d. Ver. f.
Volkskunde, 1910, p. 250.
7
GALIFFE , «Matériaux pour l'histoire de Genève», II, 1830, p. 184.
8
BLAVIGNAC , «La cloche», p. 62.
2
MAYOR ,
— 204 —
Conseil notent, en 1535, « qu'une des cloches de Saint-Germain qui s'était rompue
il y a plus de 20 ans avait été ensevelie comme un corps humain dans la dite église ;
on ordonne au sautier de l'en faire tirer et de la faire apporter à la maison de ville 1 ».
Blavignac 2 suppose que la cloche avait été enterrée pour échapper aux spoliations
des réformés, mais Baulacre cite un fait analogue à la Rochelle, en 1685 3. Bénite, la
cloche doit être préservée de tout sacrilège, et c'est sans doute pour cela qu'elle est
ensevelie comme un vivant dont elle porte souvent le nom; n'est-ce pas ainsi que
procédaient les anciens, quand ils enfouissaient dans des favissæ les ex-voto trop nombreux de leurs sanctuaires, qu'on ne pouvait jeter sans souci, parce qu'ils avaient
été consacrés aux dieux ?
Toutes sortes de croyances populaires s'attachent aux cloches, ce dont témoignent leurs inscriptions préservatrices qu'on notera plus loin 4. Elles accomplissent
des prodiges, des miracles 5, comme le fit celle de l'ermitage des Voirons 6, préservée
en 1536 de la destruction.
Quand une femme est près d'accoucher, on prend sa ceinture, on en lie la
cloche de l'église, à laquelle on fait sonner trois coups, afin que la délivrance soit
favorable 7. On sonne la cloche pendant 24 heures la veille de la Saint-Jean, dès
l'aurore, pour empêcher les maléfices des sorciers durant toute l'année 8. Je n'ai
cependant pas relevé à Genève de faits de ce genre, ni de légendes relatives aux cloches. Mentionnons toutefois une tradition que rapporte Blavignac 9 : on aurait lu
sur le bourdon de Saint-Pierre ceci:
Cinq cents quintaux je pèse ;
Qui ne me veut croire, me descende,
Au grand poids de Genève me pèse,
Me remonte et me repende.
1
op. L., p. 198.
Op. L, p. 451.
3
BAULACRE , «Oeuvres», II, p. 272.
4
SARTORI, « Glockensage und Glockenaberglauben », Zeitsch. D. Ver. F. Volkskunde,
2
GRENUS ,
VII,
p. 369; VIII, p. 29; BAUERNFEIND, « Die Glocke im Volkstum », Bayer. Heimatschutz, 1918, p. 41 sq. ;
PESCH , «Die Glocke in Geschichte, Sage, Volksglaube, Volksbrauch und Dichtung», 1919, etc.
5
BLAVIGNAC , op. l, p. 235 sq.
6
Ibid., p. 237.
7
THIERS ,« Traité des superstitions » (4), 1777, Ι,p. 325.
Cf. diverses pratiques des femmes pour obtenir un accouchement facile, PARFAIT, « Le dossier
des pèlerinages » (2), 1877, p. 157 sq.
8
THIERS, op. L, I, p. 259.
9
Op. l, p. 9. Certaines cloches ont parfois la mention de leur poids, ibid.
A Bossey : « Cette cloche du poids de 8 quintaux appartenant à l’église de Bossey a été coulée
l’année 1849 » ; à La Muraz, 1843 : « Je pèse plus de 16 quintaux ».
— 205 —
LES INSCRIPTIONS.
Nous voulons ici, mettant à profit les précieux renseignements fournis par
M. Cahorn, signaler l’intérêt des inscriptions campanaires de Genève, leur demander
ce qu’elles nous apprennent, bien qu’elles n’aient rien d’original et qu’elles soient
pareilles à celles de quantité d’autres cloches.
Les fondeurs 1.
Les fondeurs prennent volontiers comme marque l’image d’une cloche (6. 1460
St-Pierre ; 20, s. d. St-Gervais ; 30, Carouge ; 32, 1678, Genève ; 39, 1718,
Avully ; 55, 1783, Compesières) ; parfois on aperçoit aussi l’image de leurs
instruments (35, 1678, 2 me Rebat).
M. Cahorn a déjà donné quelques détails sur leur activité 2. Voici la liste chronologique de leurs noms :
XVe siècle.
4. 1407. Guerri de Marclay. BRUN, Schweizerisches Künstlerlexikon, s. v. Guery
de Marclay.
59. 1420. Hulric.
8. 1471. Guillaume Fribor, ibid., p. 494, s. v. Fribor.
9. 1472. Thomas Mirar, ibid., p. 410, s. v. Mirar.
XVIIe siècle.
28. 1609. Noé Collavin.
Ibid., p. 307, s. v. Gollavin, et suppl. p. 104, s. v. ;
Dict. hist. Et biogr. Suisse, s. v. Collavin, p.
543 ; CAHORN , p. 132 ; cf. n° 41.
29. 1636 et 184. 1911. Martin Emery. Martin Emery (1580-1645), de Colovrex, et
ses fils Pierre, André, François et Martin, sont reçus bourgeois en 1634,
« en refaisant par lui à ses dépens les cloches du Boulevard du Pin et du
Saugey qui sont rompues »3. Au filleul de ce fondeur, Martin Emery
(1643-1723), sont dus encore un des canons enlevés en 1814 par les Autrichiens et rendus à Genève en 1923 4, avec la date 1680 et, au Musée de
Genève, un mortier de pharmacie en bronze, avec l’inscription « Ludovicus Colladon pharmacopoeus genevensis, 1680, M. Emery fecit 5».
1
2
3
4
5
BLAVIGNAC ,
op. L., p. 299, 345 sq.
Genava, II, p. 132 ; III, p. 196, liste alphabétique.
COVELLE , «Le livre des bourgeois», p. 353.
Sur ces canons, Genava, II, 1924, p. 387 référ.
N° d’inventaire 7703. Cf. BRUN , op. l., s. v. Emery, p. 417, suppl. p. 137 ; Dict. hist.
Et
biogr. Suisse, s. v. EMERY, p. 773 ; DEMOLE,« Histoire monétaire de Genève de 1535 à 1792», p. 25-6.
— 206 —
32,35. 1678. Michel Joly, Alexis Joly, Etienne de la Paix, fondeurs lorrains.
Ibid., s. v. Joly, p. 130.
30.
Date effacée (l re moitti du XVII e s.). Christophle Aubry, BRUN , op. l.,
p. 16, s. v. Aubry.
XVIII e siècle et début du XIX e s.
39. 1718. Nicolas Besson, fondeur lorrain. Brun, op. l., p. 33, s. v. Besson.
41. 1726. Pierre-Antoine Collavin. Cf. ci-dessus, n° 28.
107, note, 1738.
40. 1726. Jean Revillard.
42. 1726.
id.
46. 1754. Jean Louis Revillard.
47. 1756.
id.
128, note, 1760. id.
51. 1768.
id.
48. 1765.
id.
sur cette famille de fondeurs, Cahorn, p. 132-3 ; Brun, op. l., p.
617, s.v. Revillard, suppl. p. 361.
59. 1787. Vandœuvres. A.B.B in Zug.
43. 1729. Jean Maritz.
44. 1739. Samuel Maritz.
Sur les Maritz, Cahorn, p. 133 ; Brun, op. l., p. 326 sq ; H. Deonna,
Une famille de fondeurs de canons à Genève au XVIIe siècle, Les
Maritz, Genava, II, 1924, p. 193 sq.
45. 1754. H. Deonna, Brun, op. L, p. 356, s.v. Deonna ; p. 307, s.v.
Collavin ;
Dictionnaire historique et biographique suisse, s.v.
49. 1767. I. C. Livremon, de Thonon.
55. 1783. A. Livremon, de Pontarlier.
Cahorn, p. 132 ; Brun, s.v. Livremont, p. 273, suppl. p. 285, s.v.
53. 1773. Louis Léonard, de Morteaux. Brun, op. l., p. 280, s.v. Léonard.
54. 1773. 7. L. Grandnom. Cahorn, p. 133 ; Brun, op. l., p. 616, s.v. (Jean Louis).
56. 1786. Jean Daniel Dreffet.
63. 1797. Jean Daniel Dreffet.
58. 1788.
id.
64. 1797. id.
59. 1788.
id.
65. 1797. id.
60bis 1790. id.
67. 1808. id.
61. 1792.
id.
70-3. 1815. id.
66. 1807. By Dreffet.
67. 1808. Jean Daniel Dreffet et Barthélémy Dreffet.
79. 1824. Dreffet.
— 207 —
81. 1826. Is Dreffet.
Sur cette famille de fondeurs, Cahorn, p. 133-4; Saint-Pierre, ancienne
cathédrale de Genève, 4e fasc. 1899, p. 46; Brun, op. l., p. 382-3, s.v.
Dreffet; Dict. hist. et biogr. suisse, s.v. Dreffet, p. 707.
60. 1789. Jean Baptiste Pitton, de Carouge.
62. 1792.
Id.
69. 1813.
Id.
75. 1821.
Id.
76. 1821.
Id.
*77. 1823.
Pitton.
77. 1823.
Id.
80. 1826.
Id.
82. 1831. Jean Baptiste Pitton.
86. 1834. Pitton.
Cahorn, p. 134; Brun, op. l., p. 558, s.v. Pitton; suppl. p. 351, s.v.
XIXe siècle.
85. 1833. François Bulliod, de Carouge.
111. 1846. Bulliod, frères.
87. 1835.
Id.
119. 1850. Bulliod.
88. 1835.
Id.
124. 1856. Bulliod, frères.
89. 1835.
Id.
199-200. s. d. Id.
Cahorn, p. 134; Brun, op. l., suppl. p. 79, s.v.
83-4. 1833. Claude Jean Pierre Paccard, Quintal près
d'Annecy.
84. 1833.
Id.
121-2. 1855. Frères Paccard.
154. 1879. Frères Paccard.
127. 1857.
Id.
156. 1881.
Id..
138. 1868.
Id.
159. 1884.
Id.
142. 1872.
Id.
165. 1890.
Id.
143. 1872.
Id.
166. 1898.
Id.
144. 1872.
Id.
167. 1898.
Id.
145. 1874.
Id.
172-5. 1899.
Id.
147. 1876.
Id.
177. 1902.
Id.
148. 1877.
Id.
179. 1905.
Id.
150. 1878.
Id.
180. 1905.
Id.
151. 1879.
Id.
181. 1905.
Id.
152. 1879.
Id.
190-7. 1921
Id.
153. 1879.
Id.
Brun, op. l., suppl. p. 343, s.v.
— 210 —
109. 1845. Troisième Rebat (Accord). «Fusa primum A.D. MCCCCLXXI, iterum
ob fissuram A.D. MDCLXXVIII atque illico fracta civium curis et
impensis tertium fusa A.D. MDCCCXLV.
Cf. no 35.
113. 1846. « Petit-Saconnex 1761. Refondue en 1846 par une souscription».
114. 1846. « Fondue en novembre 1822 et refondue en 1846 ».
*137. 1867. Deuxième Clémence. Avec date 1407. «Brisée par le temps, le vœu
populaire m'a fait revivre... ».
158. 1882. Paquis 1867, fêlée en 1881. « Refaite en janvier 1882. » 176. 1902.
Troisième Clémence. Avec date 1407. « Deux fois brisée, je veux vivre
encore et toujours rappeler la voix de la vieille Clémence aux enfants
des enfants de Genève... Brisée par le temps, le vœu populaire, m'a
fait revivre »... Cf. n° 137*.
Cloches protestantes et cloches catholiques.
Après 1535, le culte protestant succède à Genève au culte catholique, et ce
bouleversement religieux entraîne pour nos cloches diverses conséquences, qu'on
a signalées plus haut. Les iconoclastes de la Réforme, qui détruisirent tant d'images
sacrées, fondirent et désaffectèrent de nombreuses cloches, mais il conservèrent
cependant dans les temples de Saint-Pierre, Saint-Gervais,la Madeleine, les anciennes
cloches, malgré leur décor et leurs inscriptions papistes. Sans doute ils reculèrent
devant les frais considérables qu'aurait entraînés leur remplacement, de même
qu'ils laissèrent à Saint-Pierre les vitraux du XVe siècle, alors qu'ils brisaient sur la
façade les statues des saints. Du reste, qu'importaient les inscriptions et les
images, puisqu'elles étaient invisibles au public ?
Les cloches catholiques ultérieures proviennent de butin de guerre 1, et, dans
les campagnes, appartiennent aux contrées catholiques rattachées plus tard au
canton de Genève. L'exercice de la religion catholique, longtemps interdit à Genève,
ayant été de nouveau autorisé au début du XIX e siècle, on recommence à ce
moment à fondre de nouvelles cloches pour les églises. Il existe donc une suite
ininterrompue de monuments campanaires de cette religion, jusqu'à nos jours.
Mais, à la Réforme, les protestants en ont fondu pour leurs temples, pour lesquels ils ont rejeté les anciennes formules. Ces cloches sont beaucoup plus simples
et plus sobres. Elles portent quelque verset biblique, quelque invocation à Dieu 2,
1
2
Voir plus haut, p. 201.
BLAVIGNAC, op. l., p. 129.
— 211 —
quelque vœu de paix, de concorde, de foi. Ce sont parfois des allusions aux dates
mémorables du protestantisme:
89. 1835. Donnée le 23 août 1835 à l'occasion du 3e Jubilé de la Réformation.
75. 1821. Cloches du premier temple de l'église nationale évangélique de Carouge...
Dieu veuille que ce temple contribue à l'avancement du règne de Jésus
Christ et au salut des âmes par ce divin sauveur.
185. 1911. L'an MDCCCCXI de notre Seigneur les paroissiens de Chancy et des
généreux amis m'ont permis d'unir ma voix à celle de ma sœur
aînée, voulant témoigner par là leur inébranlable attachement à la
foi chrétienne et aux principes de la bienheureuse Réformation.
Mais ces inscriptions n'ont pas l'intérêt des cloches rivales; elles sont souvent
banales, manquent même de sentiment religieux. La cloche du temple protestant
de Dardagny (161, 1887) associe à l'exclamation «Gloire à Dieu» les mots «Union,
progrès » qui ressemblent plutôt à la devise d'une société, et les mentions « Eglise
nationale protestante, chapelle protestante» (130, 1858; 155, 1880; 158, 1882) ne
sont guère qu'une marque de propriété.
Ce que l'on inscrit le plus souvent, c'est l'affirmation de la souveraineté
genevoise 1, par les armoiries et la devise « Post tenebras lux».
Devise:
27, 1607. — 28, 1609. — 32, 1678. — 33, 1678. — 34, 1678. — 40, 1726. —
42, 1726. — 43, 1729. — 44, 1739. — 46, 1754. — 47, 1756. — 48, 1765. — 51,
1768. — 54,1773. — 56,1786. — 58,1788. — 59,1788. — 60bis, 1790. — 61,1792.
— 89,1835.
— 99, 1842. — 100, 1842. — 105, 1844. — 109, 1845. — 110, 1845. — 113, 1846.
— 137*, 1867. — 162, 1887. — 176, 1902 (3e Clémence).
Armoiries:
27, 1607. — 28, 1609. — 32, 1678. — 34, 1678. - 35, 1678. — 44, 1739. - 46,
1754. — 47, 1756. — 48, 1765. — 51, 1768. — 54, 1774. — 56, 1786. — 58, 1788.
— 59, 1788. — 60bis, 1790. — 61, 1792. — 67, 1808. — 70-3, 1815. — 75, 1821.
— 76, 1821. — 77*, 1823. — 79, 1824. -- 80, 1826. — 89, 1835. — 91, 1837. — 98,
1842. — 99, 1842. — 100, 1842. — 105, 1844, — 109, 1845. — 110, 1845. — 113,
1846. — 116, 1847. — 118, 1849. — 124, 1856. -- 128, 1857. — 129, 1858. —
137*, 1867. — 141, 1869. — 162, 1887. — 169-170, 1899. — 176, 1902 (3e Clémence). — 185, 1911. — 189, 1925.
Ecusson fédéral et devise: « Un pour tous, tous pour un ». 161, 1887.
Armes de Chêne-Bougeries, 169-170. 1899.
1 Cf. p. 130, note 1.
— 212 —
On remarquera que plusieurs cloches des églises catholiques du canton portent
les armoiries genevoises, mais qu'elles n'ont jamais la devise, qui rappelle la Réforme :
67, 1808. — 77*, 1823. — 79, 1824. — 80, 1826. — 82, 1831.— 124, 1856.—
141, 1869.
Le décor se laïcise en même temps qu'il se simplifie. Plus de Vierge, de Saints;
parfois, à leur place, des figures d'imitation antique, dans le style de la Renaissance
(27), ou, à la Révolution, des trophées, des grenades, etc. (64, 1797).
Les inscriptions des cloches catholiques font parfois allusion à quelque événement
de l’ histoire ecclésiastique:
80. 1826. «L'année du Jubilé universel. »
138. 1868. «Pio IX régnante».
143. 1872. «Sous le patronage de S. S. Pie IX, prisonnier au Vatican 1. »
154. 1879. «Sous le pontificat de Léon XIII et l'épiscopat de Mgr Mermillod. »
157. 1882. « Quinquagesimum anniversarium consecrationis sacerdotalis celebranti
sacerdotes et parochiam, etc. »
165. 1890. « Ecclesiam régente universam Pio P. P. IX. »
166. 1898. « Souvenir de la rentrée dans l'Eglise le 5 juin 1898. »
Elles élèvent leur voix au milieu des infidèles (protestants), elles veulent leur
conversion 2 :
53. 1773. « Audient me calvinistae utinam venirent ».
138. 1868. « Per sonitum meum crescat in civitati fides infidelium animis devotio. »
151. 1879. « Catholicos ad perseverantiam hostes ecclesiae ad reditum voco. »
Elles affirment les dogmes:
83. 1833. Unus Dominus, una fides, unum baptisma. Ad Eph. 4.
138. 1868. « Unum ovile sub uno pastore inducatur. »
148. 1877. « Una fides, unus pastor. »
104. 1844. « Monument de foi et de piété. »
Elles rappellent les luttes qui déchirent l'Eglise, le schisme qui donne naissance à
l'Eglise catholique indépendante.
150. 1878. « Je suis catholique romaine. »
1
La chute du pouvoir temporel de la papauté, dépossédée par l'Italie, a inspiré toute une littérature religieuse, des prières, des images, montrant Pie IX captif dans son Vatican. PARFAIT, «Le
dossier des pèlerinages » (2), 1877, p. 329; id., « L'arsenal de la dévotion » (8), 1876, p. 61 sq. Pie IX
possède sa légende, opère des miracles, ibid., et R. P. HUGUET, «Faits surnaturels de la vie de Pie IX,
Lyon, 1872; en particulier son cœur, CABANES-BARRAUD, Remèdes de bonnes femmes, p. 291 ; cf. plus
loin la dévotion au Sacré-Cœur.
2
BLAViGNAC, op. l., p. 199 sq. Cet auteur mentionne l'inscription d'une cloche de Versoix,
1574: « Dominare in medio inimicorum tuorum ». Ci-dessus, p. 145.
— 213 —
152. 1879. « Sedi romanae fidelis. »
153. 1879. « Je suis la voix de la fidélité à la sainte Eglise romaine, fidélité victorieuse du schisme. François Colliard, curé de Vernier, Louis Pictet,
maire révoqué, Antoine Caillat, nouveau maire. »
154. 1879. « Appelle au loin les fidèles à la prière, et proclame dans la patrie le
triomphe de la sainte Eglise romaine. »
159. 1884. « Je suis catholique romaine.
Je veux, par ma vibrante voix,
Toujours proclamer le domaine,
De l'Evangile et de la Croix.
Un Dieu, une église, un baptême 1,
C'est ma profession de foi,
Qu'on me brise sous Panathème,
Si j'oublie un jour cette loi. »
175. 1899. Romana nomine romanam fidem altissimo sonitur cantabo.
Elles évoquent l'affaire de l’évêque Mermillod:
145. 1874. «Bénite par S. G. Mgr Mermillod, évoque d'Hébron, V. A. de Genève
en exil. »
147. 1876. « Je suis la fille de la persécution, 1875-6. »
151. 1879. « Tempore persecutionis Gaspare ep. Heb. Vie. Ap. gebennensi... Mox
ad patriam sit redux patrinus et donator exul Gasp. Episc. Hebr.
Vie. Ap. Gebennensis. »
Cf. 69. 1813.
Elles permettent de suivre l'évolution des dogmes religieux et l'émergence
de nouveaux cultes.
Voici la dévotion au Sacré-Cœur:
79. 1824. Sanctissimo cordi D. N. Jesu Christi.
152. 1879. Cor Jesu sacratissimum intende votis supplicum.
154. 1879. Dédiée au Sacré-Cœur de Jésus.
167. 1898.
De tout temps, en tout pays, le peuple attribue une grande importance au cœur»
organe de vie, siège de l'âme, etc., et de là dérivent de nombreuses croyances populaires 2. Ce sont ces origines qui inspirent dans l'hagiographie chrétienne les légendes
1
Voir plus haut cette même formule.
DEONNA , « Les croyances religieuses et superstitieuses de la Genève antérieure au christianisme », Bulletin de l'Institut national genevois, XLI, 1917, p. 243; « Les monuments gaulois du
Musée de Dole », Rev. hist. rel., 78, 1918, p. 143 sq.
2
— 214 —
de saints qui portent gravés sur leur cœur le nom de Jésus, les instruments de la
Passion, etc. 1 , ainsi que les dévotions aux cœurs divins de Marie 2 , de Jésus 3 .
Voici l’ Immaculée Conception:
122. 1855. « Je m'appelle Marie, à la gloire de Marie Immaculée. Mém. du jour sol.
de la procl. du glor. privil. de ma tendre mère. Pentecôte, 27 mai
1855. O Marie conçue sans péché, p. p. n.».
124. 1856. « En l'honneur de Marie Immaculée ».
131. 1860. « Beatae Virgini Mariae Immaculatae ».
134. 1864. Marie Immaculée.
136. 1866. Maria Immaculata.
140. 1869.
Id.
165. 1890.
Id.
Représentations figurées :
97, 1840. — 122, 1855. — 134, 1864. — 135, 1865. — 138, 1868. — 140, 1869. —
142, 1871. — 143, 1872. — 144, 1872. — 145, 1874, — 147, 1876. — 148. 1877. —
150, 1878. —151, 1879. — 153, 1879. — 154, 1879. — 156, 1881. — 157, 1882. —
159, 1884. — 166, 1898. — 172, 1899. — 192, 1921.
Sous la poussée de la dévotion populaire, l'Eglise dut reconnaître, malgré elle,
l'Immaculée Conception de Marie. Pie IX en donna le 8 décembre 1854, par sa bulle
Ineffabilis, la définition dogmatique, après une consultation générale de l'épiscopat 4.
1
Cœurs des saints, portant gravés le nom de Jésus, les instruments de la Passion, etc. MAURY,
« La magie et l'astrologie » (4), p. 370; id., « Essai sur les légendes pieuses du moyen-âge, p. 93-4;
CAHIER, «Caractéristiques des saints», I, p. 235; COLLIN DE PLANCY, «Dictionnaire critique des
reliques », 1821, I, p. 418; Cœur de Sainte Catherine de Sienne, que Jésus emporte et qu'il rem
place, COLLIN DE PLANCY, p. 125; Images des cinq plaies du Christ, le cœur percé, XVe siècle,
MALEi « L'art religieux de la fin du moyen-âge », p. 101, etc.
2
P. EUDES, « La dévotion au Très Saint Cœur et au Très sacré nom de la bienheureuse Vierge
Marie, 1648. Sur cette dévotion, œuvre du P. EUDES, H. P. LE DORE , « Les sacrés cœurs et le
Père Eudes »; Rev. hist. des religions, 1916, 74, p. 99 sq.
3
Rev. hist. des religions, 1916, 73, p. 101 sq.; PARFAIT, «L'arsenal de la dévotion» (8), p. 46 sq. ;
P. HILAIRE DE BARENTON, « La dévotion au Sacré-Cœur. Ce qu'elle est et comment les saints la
pratiquèrent. Doctrine, iconographie, histoire», 1914; GUARRIGUET, «Le Sacré-Cœur de Jésus,
Exposé historique et dogmatique de la dévotion au Sacré-Cœur», 1920; LOUVEL, «Le règne social du
Sacré-Cœur », 1920; BAINVEL, «La dévotion au Sacré Cœur», 1922; id.,; LE BRUN, «Le bienheureux
Jean Eudes et le culte public du Sacré Cœur de Jésus», 1919; GOUDERON, «Le Sacré Cœur de
Jésus, principe de toute vie spirituelle, d'après le bienheureux Jean Eudes», 1923; GOUGAUD ,
« Notes sur d'anciennes images du Sacré Cœur », La vie et les arts liturgiques, 1921, p. 167 sq.
4
Sur l'histoire de cette croyance: DUBOSC DE PESQUIDOUX , «L'Immaculée Conception,
histoire d'un dogme», 1898; VACANDARD, «Les origines de la fête et du dogme de l'Immaculée
Conception », Etudes de critique et d'histoire religieuse, 1912 ; HERZOG, « La Sainte Vierge dans l'his
toire », 1911, p. 138 sq., L'Immaculée conception; Rev. hist. des religions, 1916, 74, p. 119.
Cf. encore, PERDRIZET, «Etudes sur le spéculum humanæ salvationis », p. 30 sq; MALE ,
«L'art religieux de la fin du moyen-âge», p. 217 sq.; GILLET, «Histoire artistique des ordres
mendiants », p. 246 sq.
— 215 —
Qu'elles soient protestantes ou catholiques, les cloches s'unissent pour proclamer les louanges de Dieu, l’adoration des fidèles, la paix qui doit régner parmi eux 1:
2. s. d. XVe s. Ozanna in excelsis.
159. 1884. De mon clocher de Vésenaz
Je chanterai toute ma vie
Au Dieu tout puissant hosanna.
12. 1493. Deum laudo, deum invoco.
121. 1855. Deum laudo, angelos ac sanctos invoco.
4. 1407. Laudo Deum verum.
6. 1460. Te Deum laudamus 2.
20. s.d.
Id.
166. 1898.
Id.
30. s. d. Laudate Dominum in excelsis 3.
140. 1869. Laudate Dominum in cymbalis bene sonantibus.
141. 1869. Loué et adoré soit Jésus Christ.
142. 1871. Id.... Je publie la gloire de Dieu.
116. 1847. Venez et du Seigneur sans cesse louez la force et la sagesse.
42. 1726. Pour la gloire de Dieu je sonnerai.
144. 1872. A la gloire de la Sainte Trinité et de notre Seigneur Jésus Christ.
145. 1874. Gloria Patri et Filio et Spiritu sancto.
143. 1872. Gloria in excelsis Deo et in terra pax hominibus.
137. 1867. Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre, bienveillance
entre les hommes.
182. 1905.
Id.
183. 1906. Gloire à Dieu dans les lieux très hauts.
121. 1855. Semper cum sorore mea cantabo: Gloria in excelsis Deo.
161. 1887. Gloire à Dieu.
168. 1898.
Id.
187. 1912.
Id.
189. 1915.
Id.
1
Musée neuchâtelois, 1881, p. 97, 237 sq., etc.
sq., 140 sq.; Musée neuchâtelois, 1881, p. 97, etc.
3
Musée neuchâtelois, 1881, p. 237, etc. Exemples analogues aux environs de Genève:
Laudate Dominum in cymbalis bene sonantibus, Laudate eum in cymbalis jubilationis.
Omnis spiritus laudet Dominum. Villars, 1558. La Roche, 1608. Vetraz, 1833. Cranves-Sales, 1838.
Laudate Dominum ............................Laudate eum in cymbalis jubilationis. Fillinges 1816.
Viry 1828. Valleiry 1829. Ville la Grand 1832.
Laudate Dominum ........................bene sonantibus. Sciez 1662. Reignier 1807. Neuvecelle
1819. Gruseilles 1829. Cluses 1841. Machilly 1842. Brens 1844. Fessy 1858. Villars 1859.
Laudate Deum ut nos a fulgure ... et in cimbalis bene sonantibus. Bonneville 1702.
Laudate Dominum in tympano. Laudate eum ........................ jubilationis. Saint-Julien 1852.
Louez le Seigneur sur les cymbales retentissantes. La Muraz 1843.
2
BLAVIGNAC, op. l., p. 125 sq. ;
Ex. BLAVIGNAC, op. l., p. 128
— 216 —
176. 1902. Gloire à Dieu, paix sur la terre, bienveillance entre les hommes (3e Clémence,
cf. n° 137).
130. 1858.
Id.
139. 1868.
Id.
170. 1899.
Id.
150. 1878. Ad majorem Dei gloriam et in honorem hominum fidei. Deum colo...
151. 1879. A. M. D. G. in Hon. B. M. V. et S. S.
115. 1846.
Id.
154. 1879.
Id.
162. 1887. Paix sur la terre.
133. 1863. La paix soit avec vous.
140. 1869. Christus docens.
150. 1878. Filii audite me timorem Domini docebo vos. Ps. 33.
103. 1844. Deo optimo maximo sacrum.
109. 1845. Deo optimo maximo Christi evangelio instaurate civitatis sospitatori in
spiritu et veritate colendo et in eternum laudando... Deumimmortalem
magnifico.
53. 1773. Sit nomen Domini benedictum 1.
38. 1709. Id.
84. 1833. Id. ps. 112, 2.
82. 1831. Id.
84. 1833. Id.
131. 1860. Id.
134. 1864. Id.
137. 1867. Servez Dieu et soyez unis (2e Clémence).
176. 1902.
Id.
(3e Clémence).
25. 1580. Que fit en croix le corps de Jésus Christ ?
Rendre son sang, même sa propre vie ?
Ne fut-ce pas comme Saint-Paul écrit
L'excès d'amour dont mort est asservie ?
94. 1840. Crux ave, unica spes.
138. 1868. Pios laetifico, arguo impios.
169. 1899. Dieu et Patrie.
166. 1898. Hic est panis qui de cœlo descendit.
171. 1899. Aimez-vous les uns les autres.
175. 1899. Concordi voce ego et sorores meæ quater in hora laudes dicemus beatae.
1
Cette formule est très fréquente. Enchiridion Leonis papae, éd. Ancône 1667, p. 22; sur les cloches,
op. l., p. 133, 151, 160, 220; Bulletin monumental, 59, 1894, p. 341; 1891-2, p. 30.
BLAVIGNAC ,
— 217 —
198. 1903. Reconnaissance. Mon âme bénis l'Eternel et n'oublie aucun de ses
bienfaits.
182. 1905. Christus vitis.
185. 1911. Pour servir l'Eglise et la Patrie.
190. 1921. Christum canamus principem... Apostolorum gloriam tellus et astra
concinunt.
Je loue Dieu.
191. 1921. Custodes hominum psallimus angelos.
193. 1921. Ad te clamamus exules filii Hevae. .. Pange lingua gloriosi corporis
mysterium.
194. 1921. Ad te suspiramus gementes et fientes in hac lacrymarum valle.
O crux ave, spes unica, mundi salus et gloria.
195. 1921. Eia ergo advocata nostra, martyrum victorias laetis sequamur vocibus.
196. 1921. Illos tuos miséricordes oculos ad nos converte. Laudemus viros gloriosos.
La bénédiction des cloches.
C'est une erreur, souvent relevée par les théologiens 1 , que de parler du
«baptême» des cloches; pas plus qu'un navire 2 , une cloche, n'étant être humain
doué d'âme, ne peut prétendre au baptême; elle est « bénite », « présentée à la bénédiction »3. « Mais ce qui a fait que le peuple a donné à cette cérémonie le nom de
baptême, est que les cloches y reçoivent le nom de quelques saints, sous l'invocation
desquels on les offre à Dieu, afin qu'ils les protègent »4. Elles sont nommées « en
l'honneur de quelque saint, afin qu'elles soient par là comme mises dessous sa protection »5 . De là les mentions suivantes sur nos cloches :
49. 1767. « In honorem B. Mar. Virg. hanc campanam benedixit... »
50. 1767. « Bénite à l'honneur de Saint-George ».
79. 1824. Ad benedictionem offerebant.
67. 1808.
Id.
1
sq.;
DELRIO , « Les
THIERS , « Traité
2
3
controverses et recherches magiques», trad. Du Chesne, Paris, 1611, p. 1056
des superstitions qui regardent les sacrements » (4), 1777, II, p. 73 sq.
THIERS, op. /., II, p. 98.
Sur le baptême des cloches, CABROL, «Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie»,
s. v. «Cloche», p. 1968; DELIGNY , «Etudes liturgiques. Les cloches, origine et baptême», Rev.
augustinienne, 1907, VI, p. 578 sq. ; VACANDARD, «Le baptême des cloches», Revue du clergé français,
1908, LIV, p. 257; A. MICHEL, « Prières et cérémonies pour la bénédiction d'une cloche», 1921 ;
LE BLANT, Bulletin monumental, 1894, 59, p. 245; BAULACRE, Oeuvres, II, p. 268 sq. ; BLAVIGNAC ,
op. l., p. 452 sq.
4
THIERS , op. l., II, p. 75.
5
DELRIO , op. l., p. 1058.
— 218 —
106.
124.
104.
*77.
144.
145.
1844. Présentée à la bénédiction par...
1856.
Id.
de l'Eglise en l'honneur de Marie immaculée.
1844. Présentée pour être bénite par...
1823. J'ai été bénite par...
1872.
Id.
1874.
Id.
Donateurs, parrains.
On relève sur les cloches les noms des donateurs, aux frais de qui la cloche a
été fondue. Selon la tradition, Guillaume de Marcossay aurait donné une cloche
de Saint-Pierre (n° 22, Rappel). Peut-être est-ce l'image de Clément VII, donateur
et parrain, qui paraît sur l'anse de la Clémence (n° 4).
3.
Jean de Brogny « me fieri fecit ».
9. 1472. «Nicolas Guerei me voluit refici ex grandi munere suo».
13. 1501. « Hugo Forrerii protonotarius de Tornon».
25. 1580. Plusieurs noms.
26. 1595. Melch. de Saint Jeoire « fecit fieri ».
Avec le temps, ces noms deviennent plus fréquents:
75. 1821. « Syndics en charge,. .. Membres de la commission chargée de recevoir
les souscriptions et les dons des fidèles, etc. »
76. 1821.
Id.
104. 1844. « Par souscription des paroissiens ».
109. 1845. « Genevae cives sacrum fecerunt die natalium Domini... Civium curis et
impensis. »
110. 1845. « Civium impensis ».
121. 1855. «Votée à l'unanimité par le Conseil communal, payée par les centimes
additionnels et un don de 500 francs fait par Rd M. Ch. Mauris, curé. »
122. 1855. « M. le curé, le conseil municipal et tous les habitants d'Avusy me
firent. »
136* 1866. « Vote du Conseil municipal du V février MDCCCLXVI. »
115. 1846. « Faite par les dons des habitants de Veyrier l'an 1846. »
158. 1882. « Aux frais des citoyens genevois. »
186. 1911. « Donnée par les enfants des écoles du dimanche. »
187. 1912. « Donnée par les enfants de l'Eglise de Genève. »
Ces donateurs sont en général les parrains et les marraines qui ont présenté la
cloche à la bénédiction. Leur mention ne paraît que tardivement, au XVIIe et XVIIIe
siècles (45, 49, 50, 55, etc.), mais à dater de cette époque elle devient usuelle. Jadis
l'homme s'effaçait devant la divinité que la cloche doit glorifier ; maintenant, il réclame
— 219 —
sa part1, il proclame son œuvre, et il désire en laisser le souvenir à la postérité. De là
d'innombrables noms de parrains et de marraines, de curés, de maires et d'adjoints,
de conseils, de municipalités, en un mot de tous ceux qui ont participé à la commande
de la cloche (ex. 30. — 56, 1786. — 75, 1821. — 76, id. —74, 1819, etc.). On perçoit
parfois même le souvenir de mesquines rivalités; sur la cloche de Russin (118, 1849)
le nom du maire Favre a été effacé à la suite d'une élection où il n'avait pas été
renommé, puis ensuite regravé. Aussi la cloche célèbre-t-elle maintenant non seulement les louanges de Dieu, mais celles de ses bienfaiteurs : « Pour mes bienfaiteurs,
je chanterai toujours le cantique Magnificat anima mea Deum» (122, 1855).
Parmi les noms inscrits sur nos cloches, il en est peu qui méritent l'attention;
notons après celui de Jean de Brogny2 (3, 1405), celui du sculpteur Jean Jaquet
(81, 1826) 3.
Depuis la Réforme, la république de Genève a mis sur ses cloches ses armes
et sa devise, marque de sa souverainté et de sa propriété. Plus tard, on trouve souvent
les noms des communes, des paroisses 4 , des sociétés, comme marque de propriété,
non seulement sur les cloches des écoles, mais aussi sur celles des édifices religieux.
Ex. 63, 1797. — 65, 1797. — 67, 1808. — 81, 1826. — 88, 1835. — 87, 1835. —
85, 1833. — 91-2, 1839. — 74, 1819. — 98-9, 1842. — 105-7, 1844. — 123, 1855.
— 124, 1856. — 167, 1898. — 180, 1905, etc.
N'est-elle pas curieuse cette inscription de la cloche servant à la chapelle catholique de Collonge-Bellerive (148*, 1877), où la vanité du donateur et la jalousie du
propriétaire s'étalent naïvement: « Cette cloche appartient à François Berger, fils de
Prudent, de Collonge-Bellerive. Parrain François Berger, propriétaire de la cloche ».
Armoiries.
Notons les armoiries suivantes, outre celles de la république de Genève:
Armes du chapitre:
6. 1460.
10. 1481.
21. s. d.
176. 1902. 3e Clémence, en souvenir de son prototype.
1
2
3
4
Musée neuchâtelois, 1881, p. 266; BLAVIGNAC , p. 215 sq.
Sur Jean de Brogny, Genava, II, 1924, p. 297 sq.
Sur Jean Jaquet, FATIO, « Nos anciens et leurs œuvres », 1919, p. 3 sq. ; cloche, p. 50.
BLAVIGNAC , op. l., p. 224; Musée neuchâtelois, 1882, p. 82-3, etc.
— 220 —
Aigle impériale:
176. 1902. 3 e Clémence, en souvenir de son prototype.
Armes pontificales:
143. 1872. Nom de Pie IX, avec tiare pontificale.
154. 1879. Tiare pontificale, sur clés en sautoir et croix à double traverse.
166. 1898. Armes du pape Léon XIII, avec clés et tiare.
Armes privées:
27. 1607. Du Villard.
40. 1726. Lullin, sur deux canons en sautoir.
42. 1726.
Id.
43. 1729.
Id.
Mêmes armes sur des canons de Genève, fondus par Jean Maritz, comme
la cloche 43, Genava, II, 1924, p. 198.
151. 1879. Evêque Mermillod.
154. 1879.
Id.
145. 1874.
Id.
143. 1872. Armes de Saint François de Sales.
13. 1501. Ecu chargé de 12 losanges, 4,4, et 4, surmonté d'un chapeau de chanoine
avec mouchets.
67. 1808. Ecu ovale surmonté d'une couronne comtale et tenu par deux lions
d'or à la croix de sable chargée de 5 coquilles de...
176. 1902. 3e Clémence. Ecu circulaire timbré d'un heaume, cigogne surmontée
d'un croissant renversé et flanquée de deux étoiles.
182. 1905. Armes Sarasin.
Les noms des cloches 1.
La cloche dont la voix divine retentit a une personnalité, qu'elle affirme dans
ses inscriptions: un tel m'a fait faire... j'ai été faite par...mon nom est...je m'appelle,
j'appartiens, je sonnerai... etc. Bénite, elle porte un nom. Toutefois les théologiens,
qui distinguent la bénédiction du baptême, se sont élevés contre cette pratique qui
risque d'entraîner cette confusion. « On ne devrait pas leur donner des noms de saints
ou de saintes, même des noms humains, mais les appeler cloches de Notre Dame, de
Saint-Jacques, de Saint-Georges ou de Sainte-Geneviève, etc. 2 ».
1
2
BLAVIGNAC , op. l., p. 33 sq. Le nom.
THIERS, op. l., II, p. 74.
— 221 —
Ce sont les noms de la Vierge et des Saints sous la protection et le patronage
desquels la cloche ou l'église sont placés.
Celui de Marie est très fréquent, à Genève, comme ailleurs 1 , car « gratum
mihi Mariae nomen », dit la cloche de Vésenaz (159, 1884):
60. 1789. Carouge, Maria Johanna Baptista nomen meum.
62. 1792. Veyrier, Je m'appelle Marie.
122. 1855. Avusy,
Id.
133* 1866. Bernex, Je m'appelle Marie de Saint-Joseph et de Saint-Jean.
138. 1868. Genève, S. Joseph: Maria Josepha Gasparina Joanna Francisca Theresia.
140. 1869. Bernex, Je m'appelle Marie de Saint-François-de-Sales.
142. 1871. Confignon, Je m'appelle Marie-Antoinette.
143. 1872. Plainpalais, Je m'appelle Marie-Pie Gasparde de Saint-François-de-Sales.
144. 1872. Presinges, Je m'appelle Françoise-Marie.
145. 1874. Lancy, Je m'appelle Marie-Joséphine, Don de Marie à Marie.
150. 1878. Collex-Bossy, Mon nom est Marie-Aloise.
152. 1879. Confignon, Margarita-Maria nominor.
153. 1879. Versoix, Je m'appelle Marie-Françoise.
159. 1884. Vésenaz, Gratum mihi Mariae nomen. Je porte le nom de Marie.
157. 1882. Chêne-Bourg. Johanna Francisca (à cause de Saint-Jean et de SaintFrançois-de-Sales dont les noms et l'image figurent aussi sur la
cloche).
121. 1855. Avusy. Carolina vocor (à cause de Saint Charles-Borromée, patron de
cette église).
172. 1899. Je m'appelle Louise-Antoinette-Françoise-Romaine.
177. 1902. Je m'appelle Lucie.
179. 1905. Je m'appelle Françoise-Antoinette, née en avril.
180. 1905. Je m'appelle Marie-Louise.
181. 1905. Josepha Carolina vocor.
185. 1911. Je m'appelle Idelette.
190. 1921. Je m'appelle Louise-Joséphine-Marie, je suis née en 1921.
191. 1921. Je m'appelle Emilie-Hélène, je suie née en 1921.
192. 1921. Je m'appelle Bettina-Francesca, je suis née en 1921.
193. 1921. Je m'appelle Virginie-Leona, je suis née en 1921.
194. 1921. Je m'appelle Léonie-Victorine-Antonia-Charlotte, je suis née en 1921.
195. 1921. Je m'appelle Alphonsine-Marie-Fanny-Victoria, je suis née en 1921.
196. 1921. Je m'appelle Virginie-Charlotte, je suis née en 1921.
197. 1921. Je m'appelle Jeanne-Antonie, je suis née en 1921.
1
LAVIGNAC ,
op. l., p. 13, 36, 44,145, 224, 454; Bulletin monumental, 1894, 59, p. 140, 141, etc.
— 222 —
Ce sont les noms des parrains et des marraines, du curé, du donateur, seuls
ou associés aux noms divins. A Neuchâtel, une cloche est dénommée Comtesse, parce
qu'elle a été donnée par un comte1.
4. 1407. Clémence. Ego vocor Clementina. La Clémence, de son vrai nom Clémentine, rappelle le nom de l'antipape Clément VII qui aurait donné
l'argent nécessaire à sa fonte, nom conservé par ses descendantes, la
Clémence 2 (1867) et 3 (1902). Même nom à Lausanne, BLAVIGNAC,
op. L, p. 191.
9. 1472. M'appelle en mon nom
Colette à beau reson.
S'agit-il de Sainte Colette, comme on l'a pensé 2 ? Il semble plutôt que ce soit le
diminutif féminin dérivé du nom de Nicolas Guerei, qui en fit les frais. Philippote,
Georgette, Jaquette, sont des diminutifs de ce genre, que l'on donnait volontiers
aux humains, et aussi aux cloches, bien que l'Eglise les réprouve 3. « Nous défendons
aux parrains et aux marraines d'imposer aux filles des noms qui ne sont que des
diminutifs de saintes sans qu'aucune sainte se trouve avoir été ainsi appelée», disent
les instructions synodales de Godeau, évêque de Grasse et de Vence, car l'Eglise
n'admet que les noms de saints pour les garçons, de saintes pour les filles 4.
108. 1844. Mon nom est Joséphine-Aline.
Parrain: Joseph Traitteur.
Marraine: Aline Traitteur.
107. 1844. Mon nom est Emilie-Eugénie-Gabrielle.
Parrains: Gabriel Girod.
Marraine: Emilie Girod.
136* 1866. Je m'appelle Marie de Saint Joseph et de Saint Jean.
Parrain: Jean Fournier.
Marraine: Josette Fournier.
Curé: Joseph-Antoine Clochet.
142. 1871. Je m'appelle Marie-Antoinette.
Marraine: Marie-Antoinette Guers.
143. 1872. Plainpalais. Je m'appelle Marie-Pie-Gasparde de Saint-François-de-Sales.
Patron: Pie IX.
Parrain: Mgr Gaspard Mermillod.
1
2
3
4
Musée neuchâtelois, 1881, p. 211.
BLAVIGNAC, Op. l., p. 40.
THIERS ,
op. l., II, p. 102, 105, 109.
Ibid., p. 93 sq.
— 223 —
147. 1876. Meyrin. Mon nom est Caroline.
Marraine: Caroline Perraut.
151. 1879. Compesières. Nominor Gaspara Maria Josepha.
Parrain: Mgr Gaspard Mermillod. Marraine:
Maria Grosset-Mermillod.
173. 1899. Suo nomine nomen meum dicunt.
174. 1899. Nomen mihi dederunt.
Outre ses noms officiels, qu'elle porte sur elle, la cloche peut recevoir un
surnom.
Il est parfois emprunté au nom du fondeur (28, 1609, La « Collavine »)1. La
Colette (9, 1472) est appelée «Bellerive», parce qu'elle provient du couvent des Cordeliers de Rive. L'ancienne cloche de Bernex (136*, 1866), de son vrai nom Marie,
était dénommée par le peuple « La Zozète », sans doute à cause de sa marraine Josette
Fournier; la cloche nouvelle de 1905, n° 179, s'appelle « la Tienette » 2.
Des noms rappellent les fonctions des cloches:
5. 1420. Le Grillet, petite cloche de la Madeleine. En terme de blason, le « grillet »,
autre forme de « grelot », est une sonnette attachée au cou des chiens
et aux jambes des oiseaux de proie.
10. 1481. 1° Rebat; 35, 1678, 2° Rebat; puis Accord (108, 1845), le nom ancien
ayant été changé par le Consistoire.
18. 1528. Retraite, puis, en 1845 (109) l’Eveil, le nom ancien ayant été changé par
le Consistoire.
22. s. d. Réveil matin, puis Rappel.
Pour différencier entre elles les cloches, on les désigne aussi parleurs dimensions.
La Clémence est appelée dans les Registres du Conseil « campana major », grossa
campana », « campana magna », etc.
Comme on le voit par les exemples du Rebat, de la Retraite, du Réveil Matin,
la cloche peut changer de nom au cours de son existence et de ses refontes; ou, au
contraire, malgré ses vicissitudes, elle conserve son nom primitif, telle la Clémence
(4, 1407; 137*, 1867; 176, 1902) 3.
1
BLAVIGNAC . op. l., p. 53.
PERRIN. « Les communes genevoises
3
BLAVIGNAC , op. l., p. 52.
2
», 1905, p 86-7.
— 224 —
LE
RÔLE DES CLOCHES.
Formules énumérant leur rôle.
De nombreuses cloches énumèrent les fonctions qu'elles doivent remplir, et
l'on rencontre pendant des siècles les deux vers léonins 1 ou des formules qui en
dérivent 2 :
4. 1407. « Laudo Deum verum, plebem voco, congrego clerum, defunctos ploro,
pestem fugo, festa decoro, vox mea cunctorum sit terror demoniorum. »
12. 1493. « Deum laudo, Deum invoco, defunctos ploro, ignem extinguo,
demones fugo. »
74. 1819. « Laudo Deum verum, plebem voco, congrego clerum, defunctos ploro,
pestem fugo, festa decoro. »
77* 1823. « Je convoque les fidèles, j'annonce les solennités, je pleure les morts. »
121. 1855. « Deum laudo, angelos ac sanctos invoco, populum voco, festa
decoro,
grandinem repello, gaudentibus gaudeo, plorantibus ploro,
semper cum sorore mea cantabo. »
138. 1868. « Per sonitum meum crescat in civitate fides infidelium animis devotio,
procul pellantur inimici incidiae, percussio fulminum, fragor grandinum, et unum ovile sub uno pastore inducatur, pios laetifico, arguo
impios, exulto nascentibus, morientibus ingemisco, convoco fidèles,
festa nuntio, pro pace et sainte persono. »
1
Musée neuchâtelois, 1881, p. 124; BLAYIGNAC, op. l., p. 17, 455; Mém. Soc. Hist., XVI,
1867, p. 431-432; GAHORN, p. 138. Voici quelques exemples aux environs de Genève:
«A fulgure et tempestate libéra nos Domine». Bonneville 1686-1695. Fessy 1733. Amancy
1819. Cornier 1825. La Chapelle-Rambaud 1857. Clarafond 1881.
« Deum laudo, Plebem voco, Defunctos ploro, Pestem fugo Festa decoro, Amancy 1825.
« Laudo Deum Verum. Plèbe in voco. Gongrego clerum. Defunctos ploro. Pestem fugo. Festa
decoro». Veigy 1682.
Même inscription avec Plebem écrit correctement. Viry 1859.
« Laudo Deum Verum. Congrego populum. Festa decoro. Defunctos ploro. Tempestatem
fugo. Gloria in exelsis Deo et in terra pax hominibus bonae voluntatis. » Essery 1855.
«Vives voco, mortuos plango, fulgura frango. » Andilly 1847.
« Laudo Deum Verum. Populum voco. Congrego Clerum. Defunctos ploro. Fugo fulmina.
Festa decoro. » La Chapelle-Rambaud 1808. Saint-Cergues 1871.
« Vox mea perniciem procellar demoniorum. » Arbusigny (l'an de la délivrance des François
1816).
« Luceo defunctos. Natos cano. Convoco plebem. Nuntio festos. Pia voce celebro
Deum.»— « De la vie je marque les heures, je chante les joies, je pleure les douleurs et je dis les
devoirs. » Orcier 1870.
« Laudo Deum verum. Voco Plebem, Cungrego clerum. Defuntos ploro, Festa decoro, Pestem
fugo. Vox mea cuntorum terror est demonorum. F. S. me fecit. M. D. L. » Martigny.
2
Ex. «Vox Domini. Per sonitum ejus efîugiant ignita jacula inimici, percussio l'ulminis
impetus lapidum et laesio tempestatum». Bull. Soc. Nationale antiquaires de France, 1923, p. 285.
— 225 —
150. 1878. «Deum colo, vitam et mortem nuntio, plebem ad sacra convoco. »
35. 1678. 2° Rebat. « Ad sacra et comitia voco, classicum intono, horas nuntio,
supremae memores esse moneo. »
109. 1845. Accord (3 e Rebat). « Classicum intonabam, horas nuntiabam, nunc ut
quondam suprême memores esto moneo, ad sacra conciones voco,
Deum immortalem magnifico. »
141. 1869. « Je convoque les fidèles, je les exhorte à la prière, je leur rappelle le
temps et l'éternité, j'annonce les solennités, et je pleure les morts. »
142. 1871. « Je publie la gloire de Dieu, j'annonce les volontés de l'Eglise, je convoque les fidèles, je chante les baptêmes, je me réjouis avec les nouveaux époux, je pleure les morts. »
*77. 1823. « Je convoque les fidèles, j'annonce les solennités, je pleure les morts. »
190. 1921. Christum canamus principem. Je loue Dieu, j'appelle le peuple à la
prière, je mets les démons en fuite, je chante sur les berceaux et
pleure sur les tombes, je tressaille avec l'église et la patrie. Apostolorum gloriam tellus et astra concinunt.
Ainsi qu'elle l'annonce, la cloche a un rôle religieux et civique, elle convoque le
peuple et le clergé (plebem voco, populum voco, congrego clerum) pour assister aux
offices sacrés, aux assemblées de la cité, pour prendre les armes, pour lutter contre
l'incendie et les calamités.
Convocation aux offices religieux.
Elle appelle, et c'est là son rôle principal, aux cérémonies du culte le
clergé et le peuple 1 :
4. 1407. Plebem voco, congrego clerum.
35. 1678. Ad sacra et comitia voco.
36. 1678. Festinate, nam ex alto ad altiora vocat.
129, note, XVII e s. « Leur son est allé par toute la terre. »
49. 1767. J'appelle à vous, mon Dieu, les peuples de la terre.
9. 1472. . .laudes et missas canendas.
50. 1767. Adorate .Dominum in atrio sancto ejus. PS. 28.
60. 1789. Venite, psalmum dicite.
*77. 1823. Je convoque les fidèles, j'annonce les
solennités...
114. 1846. J'appelle à la prière.
Des fêtes du Seigneur, j'annonce le jour.
1
BLAVIGNAC , op. l., p. 43, 61, 140, sq. 123;
de liturgie, s. v. « Cloche », p. 1968.
CABROL,
Dictionnaire d'archéologie chrétienne et
15
— 226 —
118. 1849. Quand ma voix retentit, un grand devoir t'appelle.
Pense à Dieu, à ton frère, ils réclament ton zèle.
105. 1844. Venez, réjouissons-nous en l'Eternel, PS. XCV.
113. 1846. Venez vous présenter devant l'Eternel avec allégresse, PS. G.
116. 1847. Venez et du Seigneur sans cesse louez la force et la sagesse.
121. 1855. Populum voco.
137. 1867. Je suis la voix de l'Eglise...
141. 1869. J'annonce les solennités.
141. 1869. Je convoque les fidèles, je les exhorte à la prière.
138. 1868. Convoco fidèles.
142. 1871. Je publie la gloire de Dieu, j'annonce les solennités de l'église, je convoque les fidèles, je les exhorte à la prière. 150. 1878. Plebem ad
sacra convoco. Filii audite me timorem Domini docebo
vos. PS . 33.
154. 1879. Appelle au loin les fidèles à la prière.
137* 1867. 2e Clémence. Servez Dieu.
176. 1902. 3e Clémence.
id.
167. 1898. A ma voix les chrétiens à Dieu vont rendre hommage.
188. 1913. Assemblez le peuple, formez une sainte réunion, assemblez les vieillards,
assemblez les enfants. Joël, ch. II, v. 16.
190. 1921. J'appelle le peuple à la prière.
De tels appels sont fréquents sur les cloches 1. « Réunissons le clergé, rassemblons le peuple, sanctifions l'église », dit une cloche de Crassier 2, répétant les mots de
la vieille Clémence. « Venite et audite omnes qui timete Deum »3. Indifférentes aux
querelles religieuses, nos cloches ont appelé successivement au culte catholique,
puis protestant, et dès 1530, à la grande indignation de Jeanne de Jussie, les réformés
font sonner la Clémence pour convoquer le peuple aux sermons de Farel.
De la naissance à la mort.
La voix de la cloche annonce les trois grandes étapes de la vie humaine: naissance, mariage et mort. L'intention générale de l'église, dans ses offices, n'est-elle
pas en effet de prier pour les vivants et les morts4 ?
Voici la naissance, le baptême, le mariage et la mort:
*77. 1823. Je pleure les morts.
121. 1855. Gaudentibus gaudeo, plorantibus ploro,
1
Ex. Musée neuchâtelois, 1881, p. 98, 123, 238.
Ibid., p. 124.
3
Angleterre, 1687. Bulletin monumental, 59, 1894, p. 131.
4
THIERS , op. l., III, p. 161.
2
— 227 —
167. 1898. Je chante leur naissance et pleure leur trépas. . . Que Dieu nous fasse
grâce avant mon dernier glas.
138. 1868. Exulto nascentibus, morientibus ingemisco.
142. 1871. Je chante les baptêmes
Je me réjouis avec les nouveaux époux,
Je pleure les morts.
150. 1878. Vitam et mortem nuntio.
190. 1021. Je chante sur les berceaux et pleure sur les tombes.
«Je sonne à ta naissance et je pleure à ta mort», disait une cloche de Boège (1823)1;
« je chante les nouveaux-nés, je pleure les morts », dit celle de Cerneux-Péquignot 2.
Cette formule se trouve à Amancy, 1819 :« Quand tu mentan, chrétien, pense quel est
ton sort, je chante à ta naissance et pleure sur ta mort », et à Vers, 1828: « Si tu m'entends, chrétien, réfléchis sur ton sort, je chante à ta naissance et je pleure à ta
mort». Mais les cloches évoquent rarement ces deux dates de la vie3; en effet, bien
que l'usage se soit établi de les faire entendre en ces occasions, ce n'est qu'une
tolérance, non une fonction rituelle 4.
En revanche, elles sonnent la sépulture des fidèles 5, elles convient les vivants
à prier pour les défunts 6, et elles mentionnent souvent ce rôle douloureux 7, en même
temps qu'elles exhortent à se souvenir de l'heure dernière, à vivre saintement dans
cette attente, opposant à la tristesse de la mort la vie et les fêtes joyeuses. Avant la
Réforme, on sonnait à Genève de nuit les cloches pour inviter le peuple à prier pour
les morts: « 1516. Fiat cymballum in quo arma civitatis afïigantur ad cujus sonitum
tempore nocturne populus incitetur ad orandum pro defunctos » 8 . On l'avertit
aussi avec une clochette. « 1517. Quoniam pium est pro defîunctis exorare ut a
peccatis solvantur, audita requisicione per magistrum Anthonium facta, racioni
consona, impertitur licencia proclamandi diebus lunée, et tempore nocturne hora
prima post médium noctis Dominice precedentis.» «Parce que c'est une chose pieuse
de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés, on permet à
1
BLAVIGNAC ,
op. l., p. 111. Cette cloche n'existe plus. Les cloches de cette localité datent
de 1860.
2
3
4
5
6
Musée neuchâtelois, 1881, p. 145.
BLAVIGNAC, op. l., p. 112.
THIERS, op. l., II, p. 140 sq.
CABROL, op. l., s. v. « Cloche », p. 1968.
THIERS, op. l., III, p. 141 ; BLAVIGNAC, op.
l, p. 114 ; S. REINACH, « L'origine des prières pour
les morts», Rev. des études juives, 1900, p. 161; id., Strena Helbigiana, 1900, p. 245; id., Cultes,
mythes et religions, 3me éd. 1923, I, p. 316 sq.
7
BLAVIGNAC , op. l., p. 43. Formules fréquentes. Vivos voco, mortuos plango, ibid., p. 164.
Je pleure les morts et j'appelle les vivants, Musée neuchâtelois, 1881, p. 145.
J'annonce les fêtes... et la tristesse de la mort. BLAVIGNAC, p. 11, etc.
8
RIVOIRE, Registres du Conseil, VIII, p. 174; BLAVIGNAC, p. 118.
— 228 —
maître Antoine de le proclamer la nuit par la ville les lundis après minuit selon sa
requête » 1.
La cloche pleure les défunts:
4. 1407. Defunctos ploro.
12. 1493.
Id.
138. 1868. Exulto nascentibus, morientibus ingemisco.
141. 1869. Je pleure les morts.
150. 1878. Vitam et mortem nuntio.
Elle appelle à vivre saintement et à se souvenir de la mort 2.
28. 1609. Du bien vivant heureuse est mort et vie.
35. 1678. Supremae memores esse moneo, 2e Rebat.
109. 1845.
Id.
3e Rebat.
141. 1869. Je leur rappelle le temps et l'éternité... et je pleure les morts.
Elle attend la résurrection 3.
99. 1842. A qui irions-nous Seigneur...! tu as les paroles de la vie éternelle. JeanVI, 68.
181. 1905. Expecto resurrectionem mortuorum et vitam venturi saeculi.
Elle oppose la joie à la tristesse de la mort.
115. 1846. Je gémis avec ceux qui pleurent.
Je me réjouis avec ceux qui sont dans la joie.
121. 1855. Gaudentibus gaudeo, plorantibus ploro.
136*1866. Sonet vox mea dulciter laetitiae hymnos et carmina mortis fortiter.
179. 1905.
Id.
Les fêtes.
« J'annonce les fêtes » disent plusieurs cloches 4. Elles sonnent en effet les jours
de victoire 5, les anniversaires joyeux ou tristes, les grandes dates de l'histoire locale,
religieuse ou civique. En 1526, des citoyens demandent qu'en commémoration de
la mort de Berthelier, on organise une procession et que les cloches sonnent 6.
4. 1407. Festa decoro.
121. 1855.
Id.
138. 1868. Festa nuntio.
1
Registres du Conseil, VIII, p. 154, 28 avril 1517; BLAVIGNAC , p. 333.
« Disce mori nostro vivere disce sono», 1620, Bulletin monumental, 1894, 59, p. 131.
« Cum sono busta cum pulpita vivere disce », 1624, ibid., p. 133.
3
Que donc mon son te fasse souvenir
A la mort et au jugement à venir. Musée neuchâtelois, 1881, p. 214.
4
Strasbourg, 1427. BLAVIGNAC , op. l., p. 11.
5
Ibid., p. 140 sq.
6
GRENUS , Fragments historiques sur Genève avant la Réformation, p. 35.
2
— 229 —
Convocation des citoyens.
4. 1407. Plebem voco.
35. 1678. 2 e Rebat. Ad sacra et comitia voco.
121. 1855. Populum voco.
Avoir des cloches, les sonner pour assembler les citoyens, ceci constitue un droit
de souveraineté dont on est jaloux au moyen-âge. Aussi enlève-t-on celles des vaincus,
ou leurs battants et, en 1519, quand le duc de Savoie entre en souverain dans Genève,
il fait enlever les battants de toutes les cloches 1.
A Genève, les citoyens sont convoqués en Conseil général au cloître de SaintPierre, au son de la grosse cloche, campana major, campana magna, grossior campana,
grossum cymballum, qui est, dès 1407, la Clémence, quoi qu'en dise Blavignac,
estimant qu'elle ne servait qu'aux offices religieux 2. Parfois, il y a contestation pour
son usage entre les autorités civiles et ecclésiastiques. Le 28 février 1526, on veut
convoquer le Conseil général et «fut demandé la grosse cloche à M. de Lutry, chanoine,
lequel gardait la clef de la dite cloche. Et ne la voulut pas bailler, mais avait mis
garnison au clocher pour la défendre et de non la vouloir bailler. Pourquoi fut. grand
mutinement et effroi en l'église Saint-Pierre en armes, en telle sorte que M. de Lutry
fut contraint faire ouvrir la porte et bailler la cloche »3. En 1534, «parce qu'atout
propos les prêtres sonnent la grosse cloche de la ville et fort inconsidérément, on
résout d'enfermer la dite cloche avec une porte dont les syndics garderont la clef » 4.
Les registres du Conseil mentionnent souvent la convocation du Conseil général,
« ad cridum et sonum campane magne; ad sonum campane et cridum ville; ad sonum
campane cridatum; ad sonum maioris campane et cridum ville, ut est moris; ad
campane sonum congregatum; sono grosse campane; sono grossioris campane; tam
ad sonum magne campane quam voce tube; au son de notre grosse cloche, etc.5 »,
1
2
3
4
4
Ibid., p. 387.
BLAVIGNAC , op. l., p. 274, 388.
BALARD, Journal, p. 51 ; Mém. Soc. Hist., IV (série 4°), 1915, p. 104.
Registres du Conseil; cf. BLAVIGNAC , p. 389.
Ex. RIVOIRE, Registres du Conseil:
1409.
1410.
1411.
1412.
1413.
1414.
1417.
1459.
1460.
I, p. 2, 4, 11, 13.
I, p. 15, 22.
I, p. 31, 32
I, p. 36.
I, p. 47. 48, 53.
I, p. 62, 65, 68.
I, p. 76, 86.
I,p.287,302.303,317,319,351,354.
I, p. 369, 395, 429, 432, 436, 462,
471, 472.
1473. II, p. 181, 194, 231.
1474. p. 247, 319.
1475. p. 327, 342, 363, 387, 396, 398, 403,
408.
1476. p. 414, 417, 424, 447.
1477. I I , p. 479, III, p. 9, 13, 15, 25, 38,
40, 48, 51, 58, 59.
1478. III, p. 65, 67, 81, 102.
1479. III, p. 120.
1481. p. 164, 188.
— 230 —
et l'usage s'est maintenu de siècle en siècle de sonner les cloches pour convoquer à
leurs fonctions civiques les citoyens et leurs représentants 1.
On mentionne aussi le salaire payé aux veilleurs et gardiens pour sonner les
cloches, à cette occasion, en cas d'orage, ou pour diverses solennités2: « pro pulsacione grossi cimballi, more solito; pro pulsacione grossi symballi eadem processionum
diebus Mercuri; pro pulsacione grossi cimballi et sermonis; die Heucaristie Christi;
pulsaverunt processionem Festi Dei ut consuetum est », etc.
1482.p. 197.
1483.p. 252, 273, 277, 292, 296.
1484.p. 318, 350.
1485. p. 441, 447.
1436. p. 483.
1487.p. 528; IV, p. 74.
1488.IV, p. 93, 142, 162.
1489.p. 180, 240.
1490.p. 254, 303.
1491.p. 337, 380, 381, 389, 391, 409, 433.
1492.p. 449; V, p. 23, 32, 59, 73.
1493.V, p. 91, 92, 113, 120, 152, 153.
1494.p. 169, 220, 229.
1495.p. 244, 258, 271, 285.
1496.p. 299.
1498, p. 431, 449.
1499. p. 502.
1502.VI, p. 21.
1503.p. 102.
1504.p. 174.
1505.p. 259.
1506.p. 290.
1507.p. 331.
1508.VII, p. 6, 32.
1509.p. 60, 106.
1510.p. 118, 170.
1511.p. 185, 228.
1512.p. 239, 259, 292, 299.
1513.p. 316, 368, 375.
1514.p. 395; VIII, p. 5.
1515.VIII, p. 21, 72.
1516.p. 84, 89, 129.
1517.p. 191.
1518.p. 214, 257, 269, 274, 277.
1519.p. 281, 284, 285, 288, 293, 304, 305,
313, 317,345,346,350, 351, 353,
360, 375, 385, 400.
1520. p. 421, 423, 438.
1
Ex. 1794. Indications des sonneries de cloches pour annoncer l'assemblée souveraine. Mém.
Soc. Hist., 1897, XXVII, p. 104, N° 4305. — 1795, ibid., N° 5338. — 1797. La cloche sonnera à
7 heures les jours de séance du Conseil législatif qui a lieu à 9 h., ibid., N° 6058. —1798, convocation
de l'assemblée souveraine au son des cloches des temples de St -Pierre et de St -Gervais, ibid.,
N° 6162.
2
Ex. RIVOIRE, Registres du Conseil:
1461, II, p. 45, 59.
1462,p. 163.
1475, p. 383.
1481, III, p. 144.
1481,p. 181.
1482,p. 216, 222.
1483,p. 267.
1484,p. 360.
1485,p. 421, 428.
1486,p. 492.
1488,IV, p. 149.
1489,p. 209, 226.
1490,p. 291.
1491,p. 363, 364, 383, 442.
1492,V, p. 42, 83.
1493,p. 141.
1494,p. 222.
1495,p. 273.
1496,p. 333.
1497,p. 406.
1498,d. 475.
1502,VI, p. 54, 75.
1503,p. 127.
1504,p. 213.
1506, p. 316.
1516,VIII, p. 120.
1517,p. 180.
1518,p. 254.
1519,p. 374, note 3, etc.
— 231 —
L'alarme 1.
138. 1868. « Procul pellantur inimici incidiae... Pro pace et salute persono ».
137* 1867. 2 me Clémence. « Je suis la voix de l'Eglise et de la patrie genevoise.
Servez Dieu et soyez unis. »
176. 1902. 3me Clémence. Même formule.
« Sit dum Glinsa sonat turbo procul hostis et ignis », dit la cloche de Mersebourg 2.
« Per sonitum ejus effugiant ignita jacula inimici », dit une autre3. « Plus heureuse
que mes aînées, souhaite une troisième, puisse-je ignorer le bruit du tocsin »4.
La voix du « Tocsin », de la « cloche d'argent » 5 (14,1509), avertit de l'approche
ennemie, annonce l'émeute locale, appelle aux armes pour la défense de la cité. Que
de fois, durant les longues luttes que Genève dut soutenir contre ses ennemis intérieurs et extérieurs, les cloches des églises et des remparts ont-elles donné l'éveil !
Les Registres du Conseil du 10 avril 1459 mentionnent que c'est la coutume de sonner
le tocsin lorsque survient quelque excès ou tumulte, afin d'empêcher le malheur et
d'arrêter le coupable 6. Cette année 1459, Montfort est chassé de la ville par le peuple,
« et prosequutus est turpiter ad sonum campane »7. En 1519, « alors fut fait en la cité
gros tumulte et sonna-t-on la grosse cloche a effreyt et fut vu au dit clocher une
torche que l'un des déloyaux tenait pour faire signe au dit duc 8. » En 1665. « Arrêté,
vu les larcins commis par les Bohémiens ou Sarasins, de sonner le tocsin, de les saisir
et même de tirer sur eux » 9. Au sommet de la tour de la cathédrale, le garde veille,
prêt à donner l'alarme. 1462. « Quod si vigil videret murmur, quod ipse verberaret
campanam»10. « Item quod fiat custodia de noctu in civitate ubi sintquindraginta
aut sexaginta homines bene armati, si vigil Sancti Pétri percuteret cimbalum »11 .
On s'inquiète de ceux qui sonnent la cloche sans y être autorisés. 1513. « Nobiles
sindici sumant informacionem contra eum qui in capcione domini vicedompni
pulsavit grossum cymballum»12. Et, pour prévenir toute traîtrise, on réglemente
strictement les sonneries des cloches. 1529. « Défense aux ecclésiastiques de sonner les
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
BLAVIGNAC, op.
l., p. 169, « L'émeute ».
Bull. Soc. nationale antiquaires de France, 1920, p. 212 ; Rev. arch., 1921, II, p. 37-38.
Bull. Soc. nationale antiquaires de France, 1923, p. 285.
Musée neuchâtelois, 1881, p. 214.
Sur ces noms, BLAVIGNAC , op. 1., p. 173.
BLAVIGNAC , op. l., p. 189.
RIVOIRE, Registres du Conseil, I, p. 293, 302.
Ibid., VIII, p. 308.
GRENUS ,
RIVOIRE ,
Fragments historiques sur Genève avant la Réformation, p. 178, note.
Registres du Conseil, II, p. 128.
Ibid., p. 128.
Ibid., VII, p. 326.
— 232 —
cloches du soir à 6 heures du matin, les ennemis étant parvenus jusqu'aux murailles l ».
En terre ennemie, les Genevois s'emparent des cloches, non seulement comme
butin précieux2, mais pour empêcher de répandre l'alarme; en 1531, ils rompent à
coups d'arquebuse celle de l'église de Gaillard 3.
Mais les cloches possèdent en elles-mêmes une vertu magique pour chasser
l'adversaire. On attache déjà des clochettes aux boucliers des Grecs, et à celui de
Tydée, dit Eschyle, «des cloches de bronze sonnent l'épouvante». Etéocle sceptique
répond: «Ni aigrettes, ni cloches ne déchirent sans le secours de la lance»4 . La
cloche de l'église de Saint-Etienne met en fuite l'armée de Clothaire II qui assiège la
ville 5. En 560, une procession de moines n'a qu'à balancer des clochettes pour faire
tomber les murailles de Tara, résidence du roi d'Irlande, et c'est peut-être en souvenir
de cette puissance mystique qu'on lit sur une cloche de 1574, à Limoges: « Comme
autrefois au son des trompettes tombèrent les murs de Jéricho, ainsi à mes pieds
s'est évanouie la puissance des démons »6 .
L'incendie 7.
12. 1493. Ignem extinguo.
La cloche appelle les citoyens à combattre les incendies que signale le veilleur.
« Mon nom est Roland, dit celle du beffroi de Gand; quand je tinte, c'est l'incendie ».
« Sit dum Glinsa sonat turbo procul hostis et ignis », dit la cloche de Mersebourg 8.
A la cathédrale Saint-Pierre, dans la Tour S., « la cloche d'argent », dite Beffroi,
Tocsin (14, cf p.) sonnait d'abord le tocsin, puis l'incendie 9 , qui a été pendant
des siècles un des fléaux de notre ville 10.
La cloche elle-même en souffre souvent, et diverses inscriptions mentionnent
les incendies qui l'ont abîmée11; «Le feu me fait vivre, le feu me fait mourir»12. Les
1
GRENUS, Fragments historiques sur Genève avant la Réformation, 1823, p. 155; BLAVIGNAC,
op. l., p. 390.
2
Voir plus haut, p. 201.
3
Jeanne de Jussie; BLAVIGNAC, op. l., p. 269 ; id., Etudes sur Genève, II, p. 151.
4
ESCHYLE, « Les Sept contre Thèbes, éd. Budé, 1920, I, v. 385, p. 124.
5
6
7
8
9
Vie de Saint-Loup; cf. Bulletin monumental, I, 1894, 59, p. 245-6.
BLAVIGNAC ,
op. l., p. 200-1.
Ibid., p. 181 sq. «L'incendie».
Bulletin Société nationale antiquaires de France, 1920, p. 212; Rev arch., 1921, II, p. 37-8.
« Description de Genève ancienne et moderne, 1807, p. 147-8.
Sur les incendies à Genève, BORDIER, « Les incendies à Genève », Etrennes religieuses, 16me
année, 1865, p. 259 sq. (1670-1864); DUNANT, «Les incendies de Genève», 1834; mon mémoire
«Genevois, conservons nos monuments historiques», Pages d'Art, 1919, p. 223, 277.
11
BLAVIGNAC, op. l., p. 182 sq.; Musée neuchâtelois, 1881, p. 171.
10
12
MALLET,
Musée neuchâtelois, 1882, p. 82, N° 10.
— 233 —
cloches de Saint-Pierre ont parfois subi ce sort; l'incendie de 1430 en fond deux à
l'aiguille (tour du Carillon) et deux à la tour du Midi 1. Dans le grand incendie de
1670, la cloche de l'horloge de la Monnaie (N° 3) s'abîme dans le brasier. Les
cloches de Saint-Germain (42, 48) sont endommagées lors de l'incendie de cette
église, en 1904.
Au cours de son existence, Saint-Pierre eut à subir plusieurs incendies 2. Après
celui de 1556 3, on enleva toutes les croix qui se trouvaient encore sur les églises de la
ville, pensant que Dieu avait frappé la cathédrale parce qu'il était irrité qu'on y
eût laissé cet emblème papiste 4; mais ne sait-on pas qu'au contraire la croix figurée
ou écrite sur les cloches et les divers objets humains est un préservatif tout puissant
contre le mal, en particulier contre la foudre 5 ?
Les fouilles de la cathédrale non seulement ont révélé de nombreuses couches de
charbon, attestant les incendies successifs 6, mais lors de réparations effectuées au
XVIIIe siècle, on trouva dans le sol du métal provenant des cloches fondues sans
doute lors de l'incendie de 1430 7.
Mais l'incendie peut être combattu par des armes mystiques, comme tout autre
mal. Pour éteindre celui de 1556 à Saint-Pierre, on répand du vin, parce qu'on croit
que le feu du ciel ne peut être éteint que par du vin ou du lait 8. On porte le Saint
Sacrement pour conjurer le feu, comme pour les inondations, les grêles, les orages 9,
mais, dit Thiers, ceci est un abus condamnable et tout au plus peut-on ouvrir en
cette occasion le tabernacle, et prier devant lui. On jette dans le feu des Agnus Dei
bénits par le pape10. Sainte Agathe protège contre l'incendie11, et le Missel de Genève
1
SPON , Hist. de Genève, I, p. 82; SENEBIER , Journal de Genève. 1790. mai, p. 67; G. MARTIN ,
« Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève », p. 23, 109; « Saint-Pierre., ancienne cathédrale de
Genève», 4 me fasc. 1899, p. 32; I, p. 40-1; BLAVIGNAC , op. l., p. 28; GRENUS , Fragments histo
riques, p. 18, note 8; ARCHINARD , « Les édifices religieux de la vieille Genève », p. 262.
2
« Sur les divers incendies de Saint-Pierre», MALLET , op. l., p. 137 sq.; ARCHINARD , op. l.,
p. 260 sq. ; G. MARTIN, op. l, p. 22-3; mon mémoire « Genevois, conservons nos monuments histo
riques. Pages d'Art, 1919, l. c.
3
G. MARTIN , op. l., p. 31.
4
La grande croix qui surmontait le clocher avait été abattue par la foudre. Saint-Pierre,
ancienne cathédrale de Genève, 1 fasc., 1891, p. 69.
5
Encore au XIX e siècle, Mgr GAUME, « Le signe de la croix au XIX e siècle ». 4 me éd., 1864,
Paris; PARFAIT , « L'arsenal de la dévotion » (8), 1876, p. 156 sq.
6
« Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève », 3, 1893, p. 25-6; G. MARTIN, op. l., p. 14.
7
Mém. Soc. Hist., IV, 1845. p. 58-9; «Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève », 1 fasc.,
1891, p. 41; Indicateur d'antiquités suisses, 1885, p. 195.
8
MALLET, « Description de Genève ancienne et moderne », 1807, p. 139; « Saint-Pierre, ancienne
cathédrale de Genève », 1 fasc., 1891, p. 69; G. MARTIN, op. l., p. 31 ; PERRIN, « Vieux quartiers de
Genève », 1904, p 91-2.
9
THIERS , op. l., II, p. 312, 314.
10
Ibid., II, p. 315.
11
BURLET , «Le culte de Dieu», p. 17; CAHIER , «Caractéristiques des saints »,p. 605; Rev.
d'ethnographie et des traditions populaires, 1924, p. 28, 29, 30.
— 234 —
du XVe siècle mentionne le pain bénit le 5 février, jour de cette sainte, que l'on place
à cet effet dans les maisons sur le manteau de la cheminée. On porte des scapulaires1,
on invoque la Vierge 2.
*
*
*
Que d'autres occasions de faire entendre la voix des cloches ! C'était lors des
exécutions capitales, et au XVIIIe siècle encore pour des condamnations plus légères3; avant la Réforme, on prêtait serment sur le bras de saint Antoine, le bourdon
de la cathédrale sonnant à toute volée 4 .
La mesure du temps 5.
28. 1609. « Les vivants je convie matin œuvrer et la journée ».
35. 1678. 2e Rebat. Horas nuntio.
109. 1845. 3 e Rebat. Horas nuntiabam.
55. 1783. Levez-vous, o mortels, l'aurore va paraître.
Pour chanter les bienfaits de votre divin maître 6 .
Un des rôles de la cloche est en effet d'annoncer aux humains les heures et les
principaux travaux de la journée; en France, Charles V, au XIVe siècle, ordonna
que les cloches des églises sonneraient les heures 7. Aussi de nombreuses inscriptions
campanaires mentionnent cette fonction 8 . Le matin, à 4 heures, c'est l'annonce
du labeur quotidien, le réveil-matin; le soir, c'en est la cessation, la retraite, avec
la fermeture des portes au coucher du soleil, sonnée à Saint-Pierre, Saint-Gervais,
et à la porte du lac, usage aboli en 1845; puis c'est le couvre-feu à 9 heures9. En
1794 le citoyen Soret publie un appel invitant à lutter contre les abus; il demande
de « cesser de sonner les coups de 9 heures qui ne signifient plus rien depuis près
de deux siècles que les sots évêques nous ont débarassés de leur figure et de leur
juridiction10».
1
PARFAIT, « L'arsenal de la dévotion » (8), 1876, p. 128.
Ibid., p. 291.
3
BLAVIGNAC , op. l., p. 191 sq.
4
Ibid., p. 195. On attribuait à une cloche irlandaise la propriété de découvrir les mensonges
et les parjures; les serments que l'on jurait sur elle étaient inviolables; An ancient irish Bell,
Folklore, 30, 77.
2
5
6
BLAVIGNAC, op. l., p. 55 Sq.
Sur le clocher de Saint-Gervais, au-dessous du cadran solaire de 1783, on lit: «L'heure qui
suit n'est pas à vous », ibid., p. 85.
7
FRANKLIN , «La vie privée d'autrefois, La mesure du temps», p. 61.
8
BLAVIGNAC , op. l., p. 69 sq.
9
BAULACRE, Œuvres, I, p. 332 sq.; BLAVIGNAG, op. l., p. 58; FRANKLIN, op. l., p. 4 sq.
10
Mém. Soc. Hist., XXVII, 1897, N° 4456.
— 235 —
A Saint-Pierre:
6. 1460. Cloche des heures.
10. 1481. Rebat, « cloche du repic des heures » (Minutoli), sert à répéter les heures
de l'horloge. Puis 35, 1768, 2e Rebat, et 105, 1845, 3e Rebat,
e
22. XV s. Réveil Matin, plus tard Rappel, annonce le jour (4 heures); on s'en
servit aussi pour sonner la Retraite.
28. 1609. La Collavine, réveil-matin et couvre-feu.
18. 1528. Retraite, sonne la Retraite jusqu'au commencement du XIX e siècle.
1528. « Cloche demandée à Mgr. l'Evèque, afin de sonner tous les soirs
pour faire retirer les gens1. Refondue en 1845, et dénommée l’Eveil.
Dans les autres églises, et dans divers édifices laïques, de nombreuses cloches
servent aux horloges 2.
LA PROTECTION CELESTE .
Les inscriptions les plus intéressantes sont celles qui évoquent la protection
céleste, et qui sont empruntées non tant à la Bible qu'aux rituels, aux oraisons
admises ou repoussées par l'Eglise 3. Elles révèlent de curieuses croyances, souvent
entachées de superstition, dont plusieurs se sont cependant maintenues jusqu'à
nos jours 4. Il existe même sur des cloches des mots purement cabalistiques que
l'Eglise a acceptés, tels le mot Agla 5 dont il est fait jadis un si fréquent usage protecteur 6, et qu'on trouve sur des tableaux religieux, comme sur des amulettes. La
religion catholique est sur ce point la docile héritière de la prophylaxie antique, et,
ennemie de la magie, en emploie les armes 7. Ces formules protectrices ne sont pas
spéciales aux cloches; elles couvrent nombre d'autres objets où elles ont le même
1
Registres du Conseil, GRENUS , Fragments historiques, p. 150.
3. — 5. — 15. — 21. — 23. — 26. — 27. — 29. — 32. — 33. — 34. — 36. — 37. — 46 . —
51. — 55. — 56. — 58. — 60bis. — 64. — 70. — 80. — 81. — 82. — 83. — 92. — 97. — 98. — 99.
— 104. — 105. — 110. — 114. — 116. — 123. — 128. — 129. — 135. — 138. — 139. — 141. —
142. — 159. — 161. — 167. — 172. — 173. — 174. — 175. — 179. —
Charles Cusin, d'Autun, reçu bourgeois en 1587, horloger, « en considération de ce qu'il a fait
les engins pour la sonnerie des cloches qui sera une grande épargne et même conservation des
voûtes qui, par ce moyen, ne seront point ébranlées ». COVELLE, « Le livre des bourgeois», p. 318;
BRUN , Schweizerisches Kùnstlerlexikon, s. v. Cusin, p. 334.
3
Contre les oraisons superstitieuses, THIERS , op. l., IV, p. 45 sq., 85 sq.; DELRIO , op. l.,
p. 473 sq., 1102.
4
Par exemple la croyance que le son de la cloche écarte la foudre, voir plus loin.
5
Agla, sur des cloches, DE MELY , Bull. Soc. nationale Antiquaires de France, 1920, p. 212;
BLAVIGNAC , op. l., p. 142.
6
DE MELY , ibid., p. 211 sq. ; Rev. arch., 1921, II, p. 35, 36; 1923, I, p. 99; Rev. art ancien et
moderne, 1920, II, p. 200, 207; THIERS , op. l., I, p. 412, 168, 167; DURRIEU , Bull, arch., Comité
travaux historiques, 1919, p. 305.
7
Contre les mots talismaniques dans les oraisons, THIERS . op. l., IV, p. 58; DELRIO , op. l.,
p. 1054-5.
2
— 236 —
rôle, bagues 1, armes 2, amulettes portées au cou ou sur la poitrine, etc. « Nos jungat
thronis vere thronus Salomon », dit une cloche 3, invoquant le vieux roi Salomon
qui joue aussi grand rôle en prophylaxie et dont on aperçoit l'image ou le signe sur
une quantité de talismans 4 .
Les motifs figurés sur les cloches ont la même portée que les inscriptions ; hommage à la divinité, prière, ils sont aussi une demande de protection contre tout mal.
DIEU .
On s'adresse à Dieu, et les oraisons multiplient la demande: « salva fac servos
tuos, salva me, salvum me fac, libera nos Domine de ore leonis », etc 5.
29. 1636. Si Deus pro nobis, guis contra nos.
184. 1911.
Id.
On lit la même devise sur des cloches d'Engollon dans le canton de Neuchâtel6,
de Cernex (Hte-Savoie, 1739), de Chevrier (Hte-Savoie, 1766), et on la voyait au
XVIIIe siècle sur le portail du temple d'Orbe 7 . Elle paraît aussi sur des armes,
des XVI-XVIIIe siècles 8.
37. 1699. Dieu soit notre garde.
109. 1845. Deus adsit.
167. 1898. Sub tuum praesidium.
La représentation figurée de Dieu le Père paraît sur les cloches suivantes :
6, 1460. — 7, 1470. — 12, 1493 9. — 135, 1865.
174. 1899. L'ange gardien.
La voix de Dieu.
La voix de la cloche est la voix même de Dieu: Vox Domini sonat (sonens,
vocor, etc.), dit-elle souvent10, et cette formule, accompagnée ou non d'autres paroles,
1
Ex. DERVIEU , «La bague au moyen âge», Rev. arch., 1924, I, p. 29 sq. ; EVANS , « Magical
jewels of the middle âge and the Renaissance, particularly in England », 1922.
2
Mon mémoire « Talismans de guerre, de chasse et de tir », Indicateur d'antiquités suisses,
1921, p. 142, 194, référ.
3
4
BLAVIGNAC,
Op. l., p. 142.
Ex. LEITE DE VASCONCELLOS , « Signum Salomonis », Lisbonne, 1918, etc.
5
Ex. « Enchiridion Leonis papae », éd. Ancône, 1667, p. 44, 45, 88, etc.
6
Musée neuchâtelois, 1881, p. 241; 1925, p. 25 (1867).
7
Orbe, Notice historique illustrée, 1920, p. 34.
8
Sabre au Musée historique de Lucerne: « Ist Gott mit uns, ver vil vider uns. 1529, Jésus
Maria. » Exposition nationale suisse. 1896, Catalogue de l'art ancien, p. 298, N° 3189. Au Musée de
Berne, armes des XVII-XVIII C siècles: «Si Deus pro nobis, quis contra nos», avec fréquentes
erreurs de graphie, Jahr. d. bernisch. hist. Museums, III, p. 34, N° 464; p. 36, N° 472 ; 1922, p. 58,
N° 405.
9
Cf. à la façade de la chapelle des Macchabées, 1406, Genava, II, 1924, p. 300, fig. 6.
10
Bull. Monumental, 1894, 59, p. 338 sq., 245.
— 237 —
a une valeur talismanique1. Déjà selon Pythagore, cité par Porphyre, «le son
produit quand on frappe l'airain n'est que la voix d'un certain démon enfermé
dans cet airain », et, dit Ocken, « ce qui résonne annonce son esprit ».
98. 1842. Si vous entendez aujourd'hui ma voix, n'endurcissez point vos cœurs.
2
PS. XCV, 8 .
100. 1842. Sanctifie les par ta vérité; ta parole est la vérité.
101* 1843. Mes brebis entendent ma voix, je les connais et elles me suivent. Jean X,
27.
145. 1874. Je suis la voix du Seigneur qui brise les cèdres du Liban, PS. XXVIII.
137* 1867. 2e Clémence. Je suis la voix de l'Eglise et de la patrie.
176. 1902. 3e Clémence, id.
172. 1899. Ego vox serea damans pacemet veritatem, ad altiora trahens audientium
corda.
Du reste, la cloche est par elle-même un apotropaion puissant, par le son
du métal, indépendamment des noms divins qu'elle porte, et ce pouvoir, elle le
possède de l'antiquité jusqu'aux temps modernes 3.
Contre le mal.
On demande, d'une façon générale, de protéger contre tout mal: ab omni
malo me défende; ab omni malo libéra nos Domine; te deprecor ut ab omnibus
malis periculis et adversitatibus me defendas... 4, disent les oraisons.
9. 1472. O Maria... ut a malo me defendas.
4. 1407. Pestem fugo.
74. 1819.
Id.
Cette dernière formule paraît sur diverses cloches 5. 11 ne s'agit pas tant de
la peste, qui causa tant de ravages dans la Genève ancienne 6, et contre laquelle
protègent des oraisons 7, des saints, saint Christophe, saint Sébastien, saint Roch,
etc., figurés sur nos cloches 8, mais, dans un sens plus large, de toute calamité.
1
Bull. Soc. nationale antiquaires de France, 1923, p. 283. 285, ex.
«Si vocem ejus audientis nolite obdurare corda vestra. PS . 94. S t -Jeoire, 1843.
3
DEONNA, « Les croyances religieuses de la Genève antérieure au christianisme, Bull. Institut
national genevois, XLI, 1917, p. 219; CABROL, Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie,
s. v. « Cloches », p. 1598; EISLER . Weltenmantel und Himmelszelt, I, p. 28 sq. ; FRAZER , « Folklore
in the old Testament», III, 1919, p. 446 sq, etc.
4
ENCHIRIDION, p. 41, 67, 88, 143, etc.
5
LE BLANT , Bulletin monumental, 59, 1894, p. 246; BLAVIGNAC , p. 21.
6
Sur la peste à Genève, Rev. hist. des religions, 1916, LXXIII, p. 205 sq.
7
THIER S , op. l., IV, p. 51.
8
Ces saints à Genève, Rev. hist. rel., l. c. ; Genava, II, 1924,p. 319.
2
— 238 —
Contre les intempéries : orages, foudre, tonnerre, grêle, etc.1.
49. 1767. Ecartez de ce lieu la foudre et le tonnerre.
81. 1826. Nimbos et fulmen nostris a fmibus arce proh Deus et campos contegat
alma seges.
121. 1855. Grandinem repello.
138. 1868. Procul pellantur... percussio fulminum, fragor grandinis...
167. 1898. Je conjure la foudre et la grêle et l'orage.
Un grand nombre de cloches portent des inscriptions de ce genre 2. La cloche de
Spycker, village du nord de la France dit: « Léonard est cette cloche, excellent nom.
En l'an 1598. On la sonnera quand il fera du tonnerre et des éclairs »3.
De la fin du VIIIe siècle, cet usage s'est perpétué jusqu'à nos jours, reconnu par
l'Eglise 4 . «Finalement le dernier antidote ou remède est le son des cloches de
l'Eglise catholique, lequel nous apprenons tous les jours de l'expérience être si grand
ennemi des démons, qu'il empêche et détourne aussi les tempêtes qui sont excitées,
comme l'enseigne fort bien le Concile de Cologne, chapitre vingt et quatrième, et
Pierre dit le Vénérable, abbé de Cluny, le confirme par un notable exemple au livre
premier des miracles, chapitre treizième 5. » Toutefois l'Eglise prend soin de déclarer
que ce n'est pas le son même de la cloche qui écarte la tempête, par sa vertu propre,
comme le croyaient les anciens, mais la bénédiction divine dont elle est munie.
« Nous n'affirmons pas, comme fait Pierre Messie, que les tempêtes sont écartées et
rompues par la force du son, qui bat et dissipe l'air. Les machines de guerre ensoufrées,
comme les canons et couleuvrines, feraient mieux cela que les cloches 6. Ce serait
tomber en la folle opinion des Gentils, lesquels croyaient que le son de l'airain
chassait les démons 7. » Cependant, si des savants modernes ont reconnu que les
sonneries de cloches attirent les orages, d'autres érudits, défenseurs de la tradition
catholique, ont voulu prouver scientifiquement qu'elles les détournent réellement8.
Luttant contre les superstitions du catholicisme, la Réforme a compris l'inutilité, sinon le danger, de cette pratique. En 1554 un règlement d'Orbe dit: « Le sonne1
2
BLAVIGNAC, op.
l., p. 155, « La tempête ».
Fulgura frango (Musée neuchâtelois, 1881, p. 145) ; Libera nos Domine a julgure et tempestate
(ibid., p. 97); Fugo fulgura grandinis ictus; nives et fulgura pellens; fugo ventos; nubes arceo, salvo
gelu (Bulletin monumental, 1894, 59, p. 246) ; tempestate, fulgure, tonitru etabotnnis malis et periculis
defendat (BLAVIGNAC, op. l., p. 132); obscura nubis tonitru ventosque repello (ibid., p. 43); Vox Domini sonat, quae tempestatem fuget (Bull. Soc. nationale antiquaires de France. 1923, p. 285); cf.
encore BLAVIGNAC , op. l., p. 157, 159, 166. — Cf. ci-dessus p. 224, notes 1 et 2, autres exemples
aux environs de Genève.
3
4
5
6
7
8
E. PILON, « Pèlerinages de guerre », 1917, p. 63.
CABROL, op. l., s. v. « Cloches », p. 1968.
DELRIO, op. l., p. 1056.
Rapprocher les paroles d'Eschyle, citées plus haut.
DELRIO, op. 1., p. 1058.
BLAVIGNAC , op. l., p. 157.
— 239 —
ment des cloches contre le temps est chose vaine, et pour tant, cela est aboly et
deffendu. » Une ordonnance analogue est promulguée à Lausanne en 15361. Mais, en
pays catholique, les décisions officielles sont de beaucoup postérieures; en France, un
arrêt du parlement de 1784, puis un second arrêt de 1787 interdisent cette coutume2.
Cette croyance, qui établit une relation entre le son de la cloche et l'orage, paraît
être universelle. Dans le culte bouddhiste la cloche, sonnée brutalement et sans
rythme, est une évocation du tonnerre 3.
La cloche n'est pas le seul objet liturgique qui détourne la foudre. Il en est de
même de la croix. Sur celle d'Archiloa, dans la campagne de Saint-Jean-de-Luz,
on lit: «A fulgure et tempestate libera nos Domine 4 », soit la même formule
que sur les cloches. Les croix dites de Caravaca ont aussi ce privilège 5. Les Agnus
Dei, utiles contre les incendies, le sont aussi contre la foudre 6.
Une préoccupation constante au moyen âge et plus tard encore, fut d'écarter
certains dangers qui désolaient les villes, et que les cités modernes ne connaissent
plus guère, grâce aux meilleures méthodes de construction, aux facilités des communications qui assurent le ravitaillement, aux prescriptions hygiéniques: incendie,
souvent déterminé par la foudre, peste et autres épidémies, grêle qui anéantit les
récoltes. Comme les magiciens et les sorciers ont le pouvoir d'évoquer à volonté ces
calamités 7, il est nécessaire de leur opposer des armes saintes et mystiques. « Quand
les sorciers ont excité quelque orage et tempête dessus un champ par leur sort et
maléfice, c'est une bonne action de l'écarter et repousser par quelque sortilège et
maléfice 8. »
Divers rituels catholiques enseignent des formules, prières et exorcismes contre
la foudre, souvent identiques à ceux que l'on lit sur les cloches9. L'Enchiridion du
pape Léon en propose plusieurs. En récitant l'oraison du roi Agabar: « Nec fulgura
nec tonitru nocere tibi nunquam poterit»10. Ailleurs: « defensare, cum totis bonis
nostris ab hoste maligno, et ab homine malo... et fulgure et tempestate, et pestilentiis,
et fame»11. L'oraison du pape Léon «valet etiam contra tempestatem fulgurum et
tonitruorum, si dicatur super unum scyphum aquae benedictae, projiciatur in aere
in modum crucis, et statim cessabit tempestas fulgurum et tonitruorum»12. «A fulgure
1
2
BLAVIGNAC, op. l., p. 155.
Ibid., p. 155-6; Musée neuchâtelois, 1881, p. 98.
Rev. histoire des religions, 1917. LXXV, p. 7.
4
Rev. des études anciennes, 1909, p. 362.
5
THIERS , op. l., IV, p. 151-2.
6
Voir plus loin, Agnus Dei; PARFAIT , « L'arsenal de la dévotion » (8), 1876, p. 332.
7
DELRIO , op. l., p. 162, 168, 481.
8
Ibid., p. 481.
9
TH I ERS, op. l., II, p. 310-11; IV, p. 51.
10
« Enchiridion Leonis Papae », éd. Ancône, 1667, p. 107.
11
Ibid., p. 113.
12
Ibid., p. 52. Cf. plus loin, à propos de la formule Christus vincit.
3
— 240 —
et tempestate libera nos Domine », disent les litanies1 que répètent les inscriptions
des cloches. Ces oraisons servent « contre les périls et dangers auxquels les hommes
de toute sorte d'états et de conditions sont sujets sur la terre et sur la mer... en les
préservant de... mais elles les mettent aussi hors d'atteinte des tonnerres, foudres et
tempêtes 2 ». Plusieurs formules préservatrices de nos cloches genevoises, décrites
plus loin, ont entre autres buts celui d'écarter l'orage 3; on récite entre autres « Sub
tuum praesidium »4.
On invoque en cette circonstance la Vierge 5, et on porte le scapulaire 6. Certains
saints ont plus que d'autres ce pouvoir protecteur: sainte Agathe, dont le nom, la
formule et l'image, paraissent sur des cloches 7; sainte Barbe8, qui est aussi la patronne des artificiers, maniant la foudre artificielle9; saint Nicolas, sainte Catherine10, saint Gilles11, saint François de Sales12. C'est une des multiples propriétés de
l'Evangile de saint Jean 13.
On recourt à d'autres pratiques plus superstitieuses encore 14. Le sang d'un
petit enfant répandu en un certain lac, raconte Delrio avec horreur 15:
Rabatoit les coups du tonnerre
Les foudres et les tourbillons
Destournant la peste et la gresle
Tombant, qui froisse et martelle
L'espy sur le dos des sillons.
De nombreuses amulettes ont la propriété de détourner la foudre16, et le mot
Agla est souverain17.
1
2
3
4
5
6
7
Ibid., p. 41.
Ibid., p. 14.
Voir plus loin : Christus vincit ; verbum caro factum est ; mentem spontaneam (Sainte Agathe), etc.
PARFAIT, « L'arsenal de la dévotion» (8), 1876, p. 277.
Ibid., p. 291, 307.
Ibid., p. 127.
l., p 229; voir plus loin, la formule mentem spontaneam.
Ibid., p. 44. Cf. au Musée de Genève, statue de Sainte Barbe, N° 1468, Compte rendu Société
auxiliaire du Musée, 1915 (1916), p. 16, fig. 3.
9
DE LAPPARENT, «Sainte Barbe, patronne des artilleurs». 1923; cf. MALE, « L'art religieux de
la fin du moyen âge », 1908, p. 191.
10
BLAVIGNAC , op. l., p. 44; aussi contre les inondations.
11
PARFAIT, op. l., p. 283.
12
VAN GENNEP, Mercure de France, 1924, CLXIX, p. 636.
13
LE BLANT, Rev. numismatique, 1894, p. 190; GAFFAREL, « Curiositée inouyes », 1637,
p. 153-4; voir plus loin.
14
SALVERTE, « Des sciences occultes », II, p. 150 sq.
15
DELRIO, op. l., p. 1025.
8
16
BLAVIGNAC, op.
On en trouvera l'énumération in WOLFF , Curiosus amuletorum scrutator, 1692, p. 178 sq
« Fulgur, fulmen, tempestatem aut tonitru avertentia ».
17
Ibid., p. 184.
— 24l —
On pouvait aussi se garantir du tonnerre en mettant une branche d'aubépine
sur la tête, et en proférant certaines paroles 1 , croyance qui remonte à l'antiquité.
Avant la Réforme, Genève n'ignore pas ce pouvoir prophylactique de la cloche,
et c'est la coutume de sonner la grosse cloche de Saint-Pierre ou celles des autres
églises quand l'orage menace 2. Les Registres du Conseil en donnent de nombreuses
mentions:
1442. On décide que le trésorier: «tempore estivo et tonitruoso solvat pulsantibus grossa cimballa ecclesie Gebenarum, prout alias consuetum est »3.
1430. « Solvi per receptorem pulsantibus contra tempus in ecclesie S.P. »4 .
1446. L'évêque de Corneto visite l'église de Sainte Marie-Madeleine, et il ordonne
d'y faire deux cloches qui, entre autres usages, seraient mises en branle aux approches
de la tempête 5.
1474. « Pulsari facit campanas tam pro tempore quam pro processionibus et
aliis necessariis » 6.
1478. « Pro pulsacione grossi simballi tempore suspecto et dierum Mercurii »7.
1487. « pro sono campane tempore tonitrum » 8.
1488. « pro sonitu campane tempore tempestatum » 9.
1490. « pro sonitu grossioris campane tempore dubioso tempestatis »10.
1503. « pro pena pulsacionis magne campane propter tempus »n.
1608. « campana pulsata ob temporis indisposicione »12.
1511. «Pulsando campanam ob temporis indisposicionem13.
1513. «Pro pulsando cymballum ob temporis indisposicionem ut moris est »14.
1515. « pro grossa campana pulcita tempore nubiloso et turbido ad tempestatibus et grandinibus terrenis bonis nocivis abviandum »15.
1
THIERS , op. l., I, p. 364.
DEONNA , «Les croyances», p. 220.
3
RIVOIRE , Registres du Conseil, I, p. 133.
4
RIVOIRE , Registres du Conseil, I, p. 144;
2
«Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève»,
2me fasc., 1891, p. 39; « Les croyances », p. 220.
5
BLAVIGNAC , op. l., p. 158; ARCHINARD , « Les édifices religieux de la vieille Genève », p. 190.
6
7
8
9
10
Registres du Conseil, II, p. 314.
III, p. 94.
IV, p. 57.
Ibid., p. 120.
Ibid., IV, p. 291 ; BLAVIGNAC , op. l., p. 158; GRENUS , « Fragments historiques sur Genève
avant la Réformation », 1823, p. 68; DEONNA, « Les croyances », p. 220.
11
12
13
14
15
Registres du Conseil, VI, p. 148.
Ibid., VII, p. 40.
Ibid., p. 218, 430.
VII, p. 359.
GRENUS , op. l., p. 103; DEONNA, « Les croyances », p. 220; Registres du Conseil, VIII, p. 60.
16
— 242 —
Cette protection n'empêche pas la cathédrale Saint-Pierre d'être plus d'une fois
frappée de la foudre qui y détermine des incendies l. Depuis 1556 toutefois, elle en
aurait été indemne. P. Picot, et Senebier est de son avis, attribue cette immunité
à la carapace de fer blanc qui couvre le clocheton 2.
Contre les démons.
4. 1407. Vox mea cunctorum sit terror demoniorum.
12. 1493. Demones fugo.
190. 1921. Je mets les démons en fuite.
Ces formules ne sont pas rares sur les cloches3, avec diverses variantes4. Les
anciens croyaient déjà que le son de l'airain chasse les mauvais esprits, alors que
d'autres métaux, tel le plomb, les attirent, ce qu'attestent Théocrite, Ovide, Lucien,
etc. 5. La religion catholique est persuadée de ce pouvoir bienfaisant: « Finalement
le dernier antidote ou remède est le son des cloches de l'église catholique, lequel
nous apprenons tous les jours de l'expérience être si grand ennemy des démons...
Voire mesme aujourd'huy, les Sorcières confessent que, si pendant qu'elles sont
reportées du sabbat par leurs démons, quelque cloche vient à sonner, aussitôt ces
porte-faix jettent là leur charge en terre, et s'enfuient tout estonnés et saisis de
frayeur. De quoi nous avons de très fidèles histoires dedans Martin d'Arles, au traité
des superstitions, dedans Grilland au Livre des sortilèges qu'est septième, dedans
Binsfeldius et Remy»6. Car le son de la cloche est, on l'a vu plus haut, la voix même
de Dieu qui terrifie l'esprit du mal.
Aussi les démons éprouvent-ils un malin plaisir à briser les cloches, quand ils
le peuvent7. Cependant leur pouvoir échoue contre des saints, qui ont la clochette
peut être en signe de leur puissance sur eux 8, et qui peuvent même les obliger à
porter l'instrument de leur terreur. On raconte que saint Théodule ou Théodore (IVe s.),
confondu avec un évêque de Sion du même nom (VIe s.), reçut du pape une cloche qu'il
1
Voir plus haut, incendies.
« Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève », 1 er fasc., 1891, p. 46.
3
Vox mea cunctorum sit terror demoniorum, Musée neuchâtelois, 1881, p. 124; BLAVIGNAC ,
op. l., p. 18; 17, 230. Aux environs de Genève, cf. ci-dessus, p. 224.
4
Demones fugo: BLAVIGNAC , op. l., p. 17; Musée neuchâtelois, 1881, p. 124.
Ecce † Domini, fugite partes adversae, formule parfois unie aux précédentes, BLAVIGNAC ,
op. l.,p. 227-8; Musée neuchâtelois, 1881, p. 124.— Vafri cacodaemonis astus (Bulletin monumental,
1894, 59, p. 246, etc.; BLAVIGNAC , p. 227 sq. « Les esprits»; LE BLANT, Bulletin monumental, 1894,
59, p. 244, référ.
5
LE BLANT , l. c. ; DEONNA , « Les croyances », p. 219 sq; etc.
6
DELRIO , op. l., p. 1055-6; LE BLANT , Bulletin monumental, 1894, 59, p. 246-7, ex.
7
BLAVIGNAC, op. l., p. 231 ; CAHIER, « Caractéristiques des saints », s. v. « Cloche », p. 230.
8
CAHIER , op. l., p. 229.
2
— 243 —
fit porter jusqu'à Sion par des démons1. Cette anecdote est souvent illustrée par les
monuments, la cloche portée par le diable devenant l'attribut distinctif du saint 2.
Est-ce par crainte de ce son redoutable que, dans les conjurations diaboliques on se
sert de cloches ayant des battants de bois3, pratique dont l'expression «déménager à
la cloche de bois » conserverait le souvenir ?
DIVERSES FORMULES PROTECTRICES.
Examinons maintenant quelques formules protectrices inscrites sur nos cloches.
JESUS -CHRIST.
Motifs figurés:
Sainte Cène: 10, 1481. — 11, 1486. — 12, 1493.
Christ au jardin des Oliviers: 6, 1460.
Christ portant sa croix: 6, 1460 (Genava, II, p. 141, fig. 10.)
EcceHomo: 6, 1460. —8, 1471. —9, 1472. — 12, 1493. — 14, 1509. — 15, 1518.
— 16, 1519. — 20, s.d. — 21, s.d. — 23, s.d.
Christ en croix, thème de beaucoup le plus fréquent, ayant souvent pour pendant
la Vierge portant l'enfant Jésus. Parfois les deux motifs ornent seuls la cloche
car ils évoquent toute l'existence divine, de la naissance à la mort rédemptrice.
4. 1407. — 6, 1460, Genava, p. 139, fig. 5. — 7, 1470. — 9, 1472, Genava, II,
p. 143, fig. 12. — 10, 1481. — 11, 1486. — 12, 1493. — 22, s.d. — 26, 1595. — 30,
XVIIe s. _ 45,1754. _ 55,1733. — 57,1787. — 60,1789. — 62,1792. — 63,1797. —
65,1797. — 67,1808. — 69, 1813. — 74,1819. — 77*, 1823. — 79,1824. — 80,1826. —
81,1826. —82,1831. — 83-4,1833. — 90,1837, — 91,1837. — 92,1839. —94,1840.
— 96, 1840. — 97, 1840. — 103, 1844. — 104, 1844. — 106, 1844. — 107, 1844. —
1
CAHIER, op. l., p. 230, 308; DELRIO, op. l., p. 481. Voir ici même p. , le mémoire de M. VAN
GENNEP sur le culte de saint Théodule, et STUCKELBERG, Die Schweizerische Heiligen des Mittel-
alters, 1903, p. 111 sq.
2
Au Musée de Genève: relief en bois découpé, acheté à Sion, F333, XV s.; vitrail aux armes
de Michel Publius de Sierre, 1667; vitrail en grisaille, salle Anna Sarasin; peinture du début du
e
XVI siècle, N° 1681, provenant de la chapelle de St-Martin, à Evolène, Valais. On y voit la Vierge
avec l'enfant Jésus, à sa gauche saint Antoine tenant le tau à double traverse, auquel sont suspen
dues des clochettes et accompagné de son porc familier, dont les oreilles sont aussi munies de clo
chettes; à gauche de la Vierge, saint Théodule, avec l'épée, ayant à ses pieds un petit diable grima
çant qui porte la cloche. La composition est parfaitement équilibrée au point de vue symbolique,
car le porc et le démon se répondent de chaque côté; ne sait-on pas que le diable revêt souvent
l'apparence d'un pourceau, et que celui-ci, couché aux pieds des saints, est l'image de sa défaite
et des voluptés asservies ? Ainsi le porc de saint Antoine, qui rappelle les privilèges donnés jadis à
cet ordre, revêt ici un double sens (MAURY, « Croyances et légendes du moyen-âge », 1896, p. 255;
FRANKLIN , «La vie privée d'autrefois, Les animaux», p. 278.
3
e
LOREDAN, « Un grand procès de sorcellerie au XVII siècle », 1912, p. 425.
— 244 —
108, 1844. — 111, 1846. — 114, 1846. — 117, 1849. — 121, 1855. — 122, 1855. —
123, 1855. — 124, 1856. — 127, 1857. — 131, 1860. — 138, 1868. — 140-1, 1869. —
142, 1871. — 143, 1872. — 148*, 1877. — 150, 1878. — 151, 1879. — 153, 1879. —
154, 1879. — 156, 1881. — 165, 1890. — 166, 1898. — 167, 1898. — 172, 1899. —
173, 1899. — 174, 1899. — 175, 1899. — 177, 1902. — 181, 1905. — 190, 1921. —
191, 1921. — 194, 1921. — 195, 1921.
Résurrection: 6, 1460. — 7, 1470. — 10, 1481.
Christ portant l'agneau: 30, XVIIe s. — 136*, 1866. Voir plus loin Agnus Dei et
les formules du Bon Berger.
Christ bénissant, tenant l’étendard: 157, 1882.
Autres images de Christ: 140, 1869, dans une couronne de laurier. — 181, 1905.
— 202.
Sainte Face: 11, 1486. — 12, 1493. — 97, 1840.
Croix: 30, XVIIe s. — Inscription Crux ave, 94, 1840.
Chrisme: 136, 1866. — 157, 1882.
Sacré-Cœur: Cf. p. 213.
JHS
8, 1471. — 10, 1481. — 12, 1493. — 13, 1501. — 14, 1509. — 16, 1519. — 17,
1519. — 19,1532. — 20, s.d. — 21, s.d. — 22, s.d. —30, s.d. — 35, 1678. — 38,1709.
— 137*, 1867 (2e Clémence, en souvenir de la première Clémence.) — 176, 1902 (3e
Clémence, id.). — 183, 1906.
Le trigramme de Jésus, seul, plusieurs fois répété, associé aux noms de Christ, de
la Vierge, à l'Ave Maria, etc., paraît sur un grand nombre de cloches 1. On le place,
comme protection contre le mal, sur les bagues, dès le XIIIe siècle2 , les épées 3 ,
les fers à gaufres4, les tables paysannes (Gruyère); sur les portes des demeures
privées 5 , dont Genève offre plusieurs exemples 6; sur les portes de la ville, ainsi
1
Musée neuchâtelois, 1881, p. 95, etc.
Rev. arch., 1924, I, p. 65. Plusieurs exemples au Musée de Genève: G. 370; G. 371; G. 907 ;
G. 908; G. 909; N. 394.
4
Ex. au Musée de Genève, épée de cour, début du XVII e siècle, travail français, N° 1667.
4
Au Musée de Genève, salle Anna Sarasin.
5
« Nos Anciens et leurs œuvres », Genève, 1915, p. 98, note 1, référ. ; encore au XIX e siècle,
PARFAIT , « L'arsenal de la dévotion » (8), 1876, p. 352 sq. « Le très saint nom de Jésus protecteur
des maisons ». Il existe d'autres talismans chrétiens utilisés à mêmes fins, pour protéger les demeures :
l’Agnus Dei (ibid., p. 334), les timbres du Sacré Cœur, que l'on colle derrière les portes (ibid., p. 354),
une « Prière destinée à être attachée à la porte de sa maison et que l'on récite pour obtenir de Dieu
d'être préservé du choléra et de tout autre malheur », ibid., p. 291. On remarquera que ces recettes
sont encore en honneur de nos jours. Voir sur ce sujet mon article Christus propylaios ou Christus
hic est, Rev. arch., 1925.
6
Musée de Genève, collections lapidaires: «Nos Anciens», 1915, p. 98. — 2521. — 271. —
292. — 97. — 713. — 628. — 258. — Moulages, Nos 673, 674, 675, 693.
2
— 245 —
par une ordonnance du Conseil en 1542. Les secrétaires du Conseil l'inscrivent
qu'en témoigne une décision de l'évêque Louis de Savoie en 1471, renouvelée
en tête de leurs procès verbaux l. La Réforme a conservé cet emblème sur les
monnaies 2 où il apparaît antérieurement déjà 3 , et dans les armoiries genevoises 4.
On a plus d'une fois discuté l'origine et le sens exact du trigramme 5, qui plus
tard est l'insigne de l'ordre des Jésuites. Il semblerait qu'il ait pour point de départ
l'influence exercée par la prédication de Saint Bernardin de Sienne et de son disciple
frère Richard en France, en 1429, ce dernier distribuant des méreaux au nom de
Jésus, alors que son maître, en prêchant, avait coutume de porter un petit tableau
sur lequel le nom était tracé en lettres d'or 6 .
Agne Dei, miserere mei, qui crimina tollis.
9. 1472. Avec l'image de l'Agnus Dei, et de la Sainte Face. La représentation
de l'Agnus Dei paraît aussi sur la cloche 21, s.d.
193. 1921.
Rapprocher les inscriptions du Bon Berger:
101* 1843. Mes brebis entendent ma voix, je les connais et elles me suivent, Jean X, 27
136* 1866. Ego sum pastor bonus.
« La meilleure prière qui puisse aider dans ces temps d'épreuve, de tentation,
de danger, dit le chanoine Barbier de Montault7, est celle même d'Urbain V:
Agnus Dei, miserere mei
Qui crimina tollis, miserere nobis ! »
Les litanies repèrent: « Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, exaudi nos Domine.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis. Christe audi nos. Cbriste
exaudi nos. Kyrie eleison. Christe eleison, etc.8. Le «miserere mei» paraît dans les
psaumes de la pénitence: «Miserere mei, Domine, quoniam infirmus sum»9. «Miserere
1
Ex. RIVOIRE, Registres du Conseil, I, p. 93; V, p. 169; VIII, p. 345, etc.
Rev. hist. des religions, LXXII, 1915, p. 102; DEMOLE , « Histoire monétaire de Genève de
1535 à 1792».
3
ROUYER , « Le nom de Jésus employé comme type sur les monuments numismatiques du
XV e siècle», Revue belge de numismatique, 1897; Comptes rendus Acad Inscr. et Belles-Lettres,
1897, p. 510.
4
DEONNA , Rev. hist. rcl, LXXII, 1915, p. 96 sq.
5
PERDRIZET, « Vierge de miséricorde ». p. 121, référ., 124.
6
ROUYER , 1. c.
7
me
BAR BIER DE MON TAU LT , «De la dévotion aux Agnus Dei», 4
éd., Paris; cf. PAR FAIT ,
« L'arsenal de la dévotion » (8), 1876, p. 336.
2
8
9
Enchiridion, p. 43-4.
Ibid., p. 23.
— 246 —
mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam»1 ; et dans diverses oraisons:
« O Jesu Christe Dei filii Dei vivi miserere mihi peccatori »2. L'incapacité de réciter
le Miserere mei Devis, comme l'Evangile de Saint-Jean, était jadis une preuve de
sorcellerie, de possession démoniaque 3.
L'inscription et l'image de l'Agnus Dei, en cire, ont une multiple efficacité4,
contre la mort subite, les démons, l'orage, l'incendie, etc. « C'est chose sainte et pieuse
de porter sur soi par révérence des reliques de saints, des images de l'Agneau de Dieu,
faites de cire, l'Evangile de Saint-Jean, quelque psaume de David, et semblables
témoignages de l'Ecriture sainte pendus au col; mais l'effet qui s'ensuivra de là sera
surnaturel, et se devra du tout attribuer à la bénéficence de Dieu... Les Agnus Dei
sont tous les ans bénits à cet effet par le souverain pontife, et que, comme il est
permis de proférer de bouche les paroles et témoignages de l'Ecriture sainte, aussi
n'est-il défendu de les porter écrits et pendus au col; attendu même qu'aucun des
Pères n'en a jamais improuvé la pratique, et l'évêque Léontie récite que saint
Simon Sal écrivit un tel préservatif sur une tablette pour une femme magicienne,
et que le portant au col, elle ne peut plus deviner l'avenir, ni faire des charactères
ou autres brouilleries enchantées 5 »: Ce talisman protège contre les blessures.
La vertu d'un Agnus Dei sauve en 1568 un soldat prisonnier, qui, condamné à mort,
ne put être atteint par le feu des mousquets 6 . Les curés jetaient des Agnus Dei
dans l'incendie pour le conjurer 7. On pourrait citer de nombreux cas de ce genre.
Mariae filius, salus mundi, Dominus, sit nobis démens et propicius.
4. 1407. Clémence.
On lit dans l'oraison du pape Léon: « Jésus Mariae films, mundi salus, et Dominus,
sit mihi clemens et propitius»8, puis suit la formule de sainte Agathe, «mentem
sanctam », etc. que l'on rencontre aussi souvent sur les cloches9 .
1
2
Enchiridion, p. 29.
Oraison du pape Léon, ibid., p. 59.
DELRIO , op. l., p. 1028; THIERS , op. l., I I I , p. 226.
4
CABROL, Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, s. v. Agnus Dei; MARTIGNY ,
Dictionnaire des antiquités chrétiennes, s. v. ; id., Notice sur les Agnus Dei, in «Etudes archéologiques
sur l'Agneau et le Bon Pasteur». Maçon, 1860, p. 88; BARBIER DE MONTAULT , op. l.; PARFAIT .
«L'arsenal de la dévotion» (8), 1876, p. 327 sq., p. 332, liste des calamités dont ils protègent,
d'après Barbier de Montault.
5
DELRIO , op. l., p. 78-80, 1054.
3
6
7
8
LE BLANT , Mém. Acad. Inscr.
THIER S , op. l,, II, p. 315.
et Belles-Lettres, 34, 1895, p. 114.
Enchiridion, p. 63-4. Cf. encore : propitius esto peccatis meis, p. 74; propitius esto, parce
nobis, Domine; propitius esto, exaudi nos Domine, p. 41; propitius respice. p. 46; Deus propitius
esto mihi peccatori, p. 137.
9
Voir plus loin, p. 256.
— 247 —
Primogenitus, Adonai, virtus, via, sapientia.
20. s. d.
C'est l'énumération des qualités de l'esprit divin, ou de Christ. Ennodius cite:
« Fons, via, dextra, lapis, vitulus, leo, lucifer, agnus.... Janua, spes, virtus, verbum,
sapientia, etc. 1.
Les sept dons divins sont: virtus, divinitas, sapientia, fortitudo, honor, gloria,
benedictio, ou: spiritus, sapientia, intellectus, fortitudo, scientia, pietas, timor 2 .
Le mot Adonai, qui signifie Seigneur, Dominus, est employé comme préservatif
déjà sur les pierres gnostiques de l'antiquité, puis pendant de longs siècles du christianisme, seul ou associé à d'autres mots et phrases magiques, cabalistiques ou
religieuses 3. Rien d'étonnant à le trouver sur une cloche, pas plus que sur les peintures religieuses des primitifs 4 , sur les talismans, dans les oraisons 5 .
L'Enrichidion du pape Léon donne souvent, avec des variantes, la formule qui
paraît sur notre cloche. L'oraison de saint Cyprien comporte une suite de mots
cabalistiques, parmi lesquels on lit : « primogenitus + sapientia + virtus + paracletus + via +, etc.6 ; l'oraison du roi Agabar répète ces termes un peu différemment
disposés: « adonay + vita via + veritas + sapientia + primogenitus +, etc.; une
autre encore: « Adonay + sapientia + veritas + etc. 7 ; l'oraison du pape Léon:
Sapientia filii vivificet me. Virtus Spiritus Sancti sit semper inter me et omnes inimicos meos visibiles et invisibiles... Sapientia filii illumina me, etc. »8 .
Le fondeur de notre cloche s'est assurément inspiré de ces oraisons, contre lesquelles les théologiens se sont élevés, considérant en particulier le mot Adonai
comme entaché de superstition, et condamnant son emploi dans les formules et les
amulettes, entre autres dans celle de Paracelse, formée de deux hexagones avec les
mots Adonai et Jehova, ou Tetragrammaton 9 .
Christus vincit, Christus régnat, Christus imperat, Christus ab omni malo
nos defendat. Amen.
6. 1460.
12. 1493.
13. 1501.
1
2
3
4
DE GOURMONT , «Le latin mystique», 1922, p. 118.
DIDRON , « Hist. de Dieu », p. 488, 494.
DE MELY , Bull. Soc. nationale des antiquaires de France,
1920, p. 210.
Ibid., p. 204 sq., 208, 210; id., Rev arch., 1921, II, p. 36, 41, 42.
5
Ex. Enchiridion Leonis papae, éd. Ancône, 1667, p. 57. 89, 91, 97. 98, 100, 110, 120, 129,
130, 171, etc.
6
Ibid., p. 151.
7
Ibid., p. 110-111.
8
Ibid., p. 59.
9
DELRIO , op. l., p. 990; THIERS , op. l., I, p. 359; IV, p. 86.
— 248 —
Au Xe siècle, les litanies dialoguées de la liturgie spéciale de Reims, intitulées
«Laudes, seu Acclamationes », chantent:
Canonici: Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat.
Pueri: Lux, via, et vita nostra.
Ganonici: Christus vincit, Christus imperat, etc.1
Cette formule, cri de l'armée de Frédéric Ier dans la lutte contre les Sarasins,
est très fréquente sur les cloches des XV-XVII6 siècles 2; elle est gravée au clocher
de la cathédrale de Strasbourg sous la forme abrégée : « Christus semper regnat,
Christus imperat3;» on la voit sur des monnaies depuis les XII-XIIIe siècles jusqu'au
XVIIIe siècle 4 ; sur des armes 5 . On la lit dans l'oraison du pape Léon 6 et, avec
de légères variantes, dans d'autres oraisons analogues 7, destinées à protéger contre
les périls du monde : « Christius vincit + Christus regnat + Christus imperat +
Christus ab omni malo me defendat, et ad bonam fortunam, nunc et semper me perducet ». — « ...Christus vincit + Christus regnat + Christus imperat + Christus ab
omni adversitate et periculo mortis, me famulum tuum defendat. Amen...» —
«Christus vincit + Christus regnat + Christus imperat + Christus regit».
Le rituel de Lyon de 1542 admet que, pour conjurer les tempêtes, le prêtre peut
prendre l'Eucharistie dans un vase sacré, et avec ce vase, après avoir prononcé des
prières, faire des signes de croix sur les nuées, en disant: « Christus + vincit, Christus
+ regnat, Christus imperat vobis nubes et tempestates ut dissolvamini ».
Mais, dit Thiers, cette pratique ne se trouve pas mentionnée dans les autres
rituels qui cependant sont riches en prières et en exorcismes contre les
tempêtes, et elle est même expressément défendue par divers synodes, conciles et
ordonnances 8.
On retrouve jusqu'au XIXe siècle cette formule, avec bien d'autres qui sont
aussi inscrites sur les cloches, par exemple dans la « Prière très salutaire pour obtenir
toutes les grâces célestes dans les nécessités, les fléaux et les tribulations de toute
nature, recommandée avec un merveilleux effet par le bienheureux Benoit
Joseph
1
R.
2
OTTO ,
DE GOURMONT ,
«Le latin mystique», 1922, p. 150.
« Glockenkunde », p. 122; Musée neuchâtelois, 1881, p. 94; 1882, p. 129, 131; BLAVIGNAC , op. l., p. 45. Voici quelques exemples aux environs de Genève: XPS vincit, XPS regnat,
XPS imperat, XPS ab omni malo nos defendat. Sancte forte sancte Deus, sancte immortalis defendat
nos. La Roche 1608. — IHS. Mar. Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat. Christus
ab omni malo nos defendat. Thairy 1637. — IHS. MA. XPS vincit,........ nos defendat. Truaz 1632.
3
BLAVIGNAC, Op. l., p. 268.
4
Musée neuchâtelois, 1881, p. 94; Bull, archéol. du Comité des travaux historiques, 1919, p.CXIV
(écus d'or de Charles VI).
5
WEGELI, Inschriften auf mittelalterlichen Schwertklingen, Diss. Zurich, 1904, p. 207.
6
Enchiridion, p. 60, 78.
7
8
Ibid., p. 97, 104, 118.
THIERS, op. l., II, p. 311-2; cf. plus haut, protection contre les tempêtes, p. 238.
— 249 —
Labre 1 ». En voici le texte: « Jesus rex gloriae venit in pace 2. — Deus homo factus
est3. — Verbum caro factum est4. — Christus de Maria Virgine natus est. — Christus
per medium illorum ibat in pace 5. — Christus crucifixus est. — Christus mortus est.
— Christus sepultus est. — Christus resurrexit. — Christus ascendit in coelum. —
Christus vincit. — Christus regnat. — Christus irnperat. — Christus ab omni malo
nos defendat. — Jesus nobiscum est. — Pater. Ave. Gloria.
Il existe des formules voisines de celle-ci : « Guérir le farcin en prenant trois
petits morceaux de cire vierge qu'il faut mettre dans un morceau de... les lier de
trois nœuds avec une corde de chanvre, et dire à chaque nœud cinq fois Pater et
Ave Maria, Christus + Christus vincit + Christus + Christus abicit + Amalor +
Alcinor + Descendat + in nomine, etc. 6.
L'idée de la victoire divine, qui triomphe du mal, est aussi exprimée par la
formule, empruntée à l'Apocalypse, qui pavait sur des cloches7: « Vicit leo de tribu
Juda». C'est l'équivalent latin de l'antique formule prophylactique, si fréquente sur
des amulettes byzantines: XPICTOC NIKA8 .
La répétition du nom de Christ est une répétition magique d'intensité 9, qui
donne diverses phrases de même type, par exemple : « Christus fuit natus, Christus fuit
amissus, Christus fuit inventus», formule recommandée au XVe siècle par Malleolus
dans ses Traités des exorcismes pour guérir des maladies et des blessures10, mais
condamnée par l'Eglise; ou encore: «Jésus est via + Jésus est vita + Jésus est
passus + Jésus est crucifixus + Jesus Christe fili Dei vivi miserere mei 11 ».
Deus homo factus est.
13. 1501.
Ce texte extrait du Credo ou Symbole, est fréquent sur les cloches12 et ailleurs,
où il est parfois associé à d'autres formules de même valeur protectrice :
Christus
1
PARFAIT . « L'arsenal de la dévotion » (8), 1876, p. 284. La canonisation de Benoît Labre,
commencée en 1783, aboutit à sa béatification en 1859; DESNOYERS, « Le vénérable Benoît Joseph
Labre, célèbre pèlerin français », Lille, 1856, etc.
2
Voir plus loin, p. 251.
3
Id., p. 249.
4
Id. p. 250.
5
Id. p. 250.
6
THIERS, op. l., I, p. 362.
7
BLAVIGNAC , op. l., p. 201; Enchiridion, p. 60, etc.
8
Rev. des études grecques, 1892, p. 77; VOLLBACH, Palästinensisches Amulett mit der
Inschrift
είς θέος ό νιχων τά χάχά. Amtl. Ber., Berlin, 1918, p. 123 sq.
9
Sur la répétition d'intensité, Rev. des études grecques. 1915, p. 288 sq.
IO
DELRIO , op. l., p. 477; THIERS , op. l., I, p. 402.
11
12
Enchiridion, p. 65.
BLAVIGNAC , op. l., p. 130, 307;
exemples et références.
LE BLANT ,
Bulletin monumental, 1894, 59, p. 251, note 2,
— 250 —
rex venit in pace 1, Christus vincit 2, etc. 3. Cette réunion paraît sur la cloche de
Corsier : «IHS. Christus rex venit in pace, Deus homo factus est, Christus vincit»,
etc. Ces paroles sont inscrites sur un grand nombre d'amulettes 4.
Jesus autem transiens per médium illorum ibat.
11. 1486.
Ce texte fait allusion au passage où saint Luc (IV, 30) raconte comment Jésus
échappa aux Juifs, qui voulaient le précipiter du haut d'une montagne. Il est fréquent
sur les cloches 5. On le rencontre dans mainte oraison 6, sur des amulettes, des monnaies du XIVe siècle en Angleterre, des bagues, des armes 7, etc. 8. Utile contre
tous les dangers, on l'emploie spécialement pour les femmes en mal d'enfant 9, pour
abolir la souffrance des criminels appliqués à la torture 10, etc.
Verbum caro factum est.
12. 1493.
Ces mots appartiennent au premier chapitre de l'Evangile de saint Jean et
ils ont joui, avec les paroles initiales du même Evangile, « In principio erat verbum »,
d'une immense faveur.
On attribue en effet au commencement de cet Evangile toutes sortes de vertus
protectrices11. Récité pendant les orages, il détourne les coups de la foudre, il préserve
1
Bulletin monumental, 1894, 59, p. 340, 550.
Enchiridion, p. 104, 114, 59. Ex. Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat, Christus
ab omni adversitate et periculo mortis me famulum tuum defendat, Amen. Christus rex venit in pace,
Deus homo factus est.
2
3
DE RIVIERES ,
Cf. encore la prière du bienheureux Benoît Labre, citée plus haut.
de la dévotion » (8), 1896, p. 284-5.
PARFAIT ,
« L'arsenal
4
LE BLANT, Revue numismatique, 1891, p. 249 sq. ; 1894, p. 193; Bulletin monumental, 1894,
59, p. 248; id., Mém. Acad. Inscr. et Belles-Lettres, 34, 1895, p. 118; Rev. arch., 1894, II, p. 12, N° 7
et note 5; DELRIO , op. l., p. 1054, etc.
5
Bulletin monumental, 1894, 59, p. 247, 550, référ. ; LE BLANT , «D'un verset de saint Luc
inscrit sur quelques anciennes cloches d'églises », ibid., p. 244, 339; CAHORN, p. 145.
6
Enchiridion, p. 65, 85, 88, 95, 98, 104, 114, 125, 129; encore dans la prière du bienheureux
Benoît Labre, citée ci-dessus.
7
WEGELI , op. l., p. 32.
8
LE BLANT , « Les inscriptions du Camée dit de Jupiter du trésor de Chartres », Rev. numis
matique, 1894, p. 186; Rev. arch., 1894, II, p. 11, note 1; LE BLANT , « Note sur quelques anciens
talismans de bataille, Mém. Acad. Inscr. et Belles-Lettres, 34, 1895, p. 115 sq., 116, 118; Rev. arch.,
1923, I, p. 94, 97, 98, 99; 1924, I, p. 68, etc.
9
Thiers, op. l., I, p. 410-1.
10
Ibid., I, p. 365.
11
LE BLANT , « Le premier chapitre de saint Jean et la croyance à ses vertus secrètes », Rev.
arch., 1894, II, p. 8 sq.; id., «Notes sur quelques formules cabalistiques», ibid., 1892, p. 55;
ZICKENDRAHT , « Das Johannesevangelium im Volksglauben und Volksbrauch », Archives suisses
des traditions populaires, XXIII, 1920, p. 22 sq.
— 251 —
de la grêle; il met en fuite le démon; placé sur la tête du patient, il fait passer la
migraine1. Les sorciers et les démoniaques en ont l'effroi, et leur incapacité de dire
les Psaumes, le Miserere mei Deus 2, ou l'Evangile de Monsieur Saint Jean qui commence « In principio erat verbum », est un moyen infaillible de les identifier. Aussi,
les anciens théologiens et cabbalistes lui font-ils place parmi leurs oraisons et formules protectrices, soit en entier, soit en en détachant les deux passages les plus
utiles, que nous avons cités 3 . Entre autres effets, ce premier chapitre conjure
la foudre, et c'est peut-être à ce titre qu'on l'inscrit volontiers sur les cloches 4 .
Saint Jean est en effet le «fils du tonnerre», et Vincent de Beauvais consacre un
chapitre à commenter cette appellation: «Cur tonitrui filius appellatur, Beda super
Marcum cap. XV. Hinc etiam recte filius tonitrui dictus est non solum cur de nube
sonum illum terri ficum... » 5.
Les mots « in principio erat verbum » couvrent de nombreux talismans 6. Lors
de leur attaque sur Genève, en 1602, les Savoyards étaient munis de charmes avec
des croix, le nom de Christ et de la Vierge, des caractères cabalistiques et ces mots7.
La phrase « et verbum caro factum est » n'est pas moins usitée comme protection 8,
et les papes Adrien VI, Paul III ont accordé des indulgences à ceux qui récitent
le soir, quand Y Angélus sonne: «Verbum caro factum est, et habitavit in nobis »9.
Usuelle sur les cloches10, cette formule ne l'est pas moins sur des amulettes de tout
genre, des bagues, des armes11, dans des oraisons12, encore au XIXe siècle, seule ou
associée à divers autres textes de même valeur, à des mots cabalistiques 13.
O rex gloriae Christe veni nobis cum pace.
1. 1379 ou 1479.
2. s. d. XVe s.
1
THIERS , op. l., II, p. 433; I, p. 275.
DELRIO , op. l., p. 1028; voir ci-dessus, Miserere mei, p. 245
3
VINCENT DE BEAUVAIS, Liber gratiae, éd. Baie, 1481, Liber
Enchiridion, p. 21-2, 53; DELRIO , op. l., p. 1054.
4
LE BLANT , Rev. arch., 1894, II, p. 8 sq.
5
VINCENT DE BEAUVAIS , Liber gratiae, Baie, 1481.
6
LE BLANT , Rev. numismatique, 1894, p. 184 sq., 188 sq.
2
de sancto Johanne evangelista;
7
Ibid., p. 190.
THIERS , op. l., IV, p. 130, 131.
BLAVIGNAC, op. l., p. 130, 201, 268; Bulletin monumental, 1894, p. 340; Cloche de Brenthonne,
Hte-Savoie, 1721.
10
Voir les références données plus haut; Rev. numismatique, 1894, p. 185 sq. ; Mém. Acad.
Inscriptions et Belles Lettres, 34, 1895, p. 116; Rev. arch., 1923, I, p. 95, 97, 99; 1924, I. p. 68.
8
9
11
12
Enchiridion, p. 96, 129.
Prière à Marie «Et le Verbe s'est fait chair», PAR FAIT , «L'arsenal de la dévotion» (8),
1876, p. 292 ; voir plus haut la prière de Benoît Labre, ibid., p. 284-5.
13
Par ex. avec Jésus autem transiens, etc., Rev. arch., 1894, II, p, 11 ; cf. prière de Benoît Labre,
etc.
— 252 —
Cette invocation est inscrite sur diverses cloches 1, souvent unie à d'autres formules, entre autres aux mots précédents « Deus homo factus est ». On la rencontre
dans plusieurs oraisons, recommandées par l’Enchiridion du pape Léon 2 et jusque
dans celles du XIXe siècle 3 .
Non moriar, sed vivam et narrabo opera Domini.
184. 1911.
La cloche de Chancy, refondue en 1911, avec le métal de la vieille cloche de
1636 (n° 29), répète l'inscription de sa devancière, « Si Deus pro nobis, quis contra
nos» (p. 236), en y ajoutant le verset 15 du Psaume 118:« Non moriar, sed vivam et
narrabo opéra Domini. » Ce sont les paroles écrites par Philibert Berthelier sur le mur
de sa prison, dans la Tour de l'Ile, en 1519; nous avons montré qu'à cette époque
elles avaient une valeur prophylactique 4.
LA VIERGE
5
.
Représentations figurées :
9. 1472. — 10. 1481. — 12. 1493. — 15. 1518. — 18. 1528. — 20. s. d. — 21. s. d.
— 30. XVII. — 65. 1797. — 107-8. 1844. — 136*. 1866. —138.1868. —140. 1869.
— 142. 1871. — 152-3. 1879. — 179, 181. 1905. — 177. 1902. — 190. 1921. —202.
Vierge assise ou debout, portant l'enfant Jésus:
6. 1460 (Genava, II, p. 141, fig. 8). — 7. 1460. — 8. 1471. — 9. 1472 (Genava, II,
p. 143, fig. 14). — 10. 1481. — 11. 1486. — 13. 1501. — 14. 1509. — 16. 1519. — 23.
s. d. — 26. 1595. — 50. 1767. — 55. 1783. — 47. 1756. — 60.1789. — 60ter. 1792.
— 62. 1792. — 63. 1797. — 67. 1808. — 69. 1813. -- 74. 1819. — 77*. 1823. —
80. 1826. — 82. 1831. — 83. 1833. — 84. 1833. — 90. 1837. — 91.1837. — 92. 1839.
— 94. 1840. — 97. 1840. — 103. 1844. — 104. 1844. — 106. 1844. — 107. 1844.
— 115.1846. — 121. 1855. — 124. 1856. — 127. 1857. — 131. 1860. — 132. 1862. —
167. 1898. — 174. 1899. — 179. 1905. — 180. 1905. — 181. 1905.
1
BLAV IGNAC, op. l., p. 178-9, 170, 377; Musée neuchâtelois, 1881, p. 94; Bulletin monumental,
1894, p. 339-40, 550.
2
Enchiridion, p. 59, 114.
3
4
Ex. prière du bienheureux Benoît Labre, citée plus haut.
L'inscription de Philibert Berthelier, 1519, Revue d'histoire suisse, 1924. IV, p. 385.
BURLET, « Le culte de Dieu, de la Sainte Vierge et des Saints en Savoie avant la Révolution »,
Annecy, 1915; R. P. HUGUET , «La dévotion à Marie», Paris, 1868; NEWMANN , «Le culte de la
Vierge»; FLACHAIRE , «La Dévotion à la Vierge», Rev. hist. des religions, 1915, LXXII, p. 303;
1916, LXXIV, p. 52 sq. ; HERZOG, « La Sainte Vierge dans l'histoire », 1911, etc.
5
— 253 —
Vierge Immaculée, ci-dessus, p. 214.
197. 1921. Jesum benedictum fructum ventris tui nobis post hoc exsilium ostende.
O quam pulchra est casta generatio cum claritate...
Pieta, Vierge portant le corps de Jésus 1.
11. 1486. — 12. 1493. — 13. 1501, avec saint Jean et Marie-Madeleine. — 194. 1921.
Le nom de Marie, qui est donné à plusieurs cloches 2, seul ou uni à ceux de Jésus, des
saints, les invocations que les fidèles lui adressent, paraissent fréquemment.
13. 1501. Maria in Xro.
12. 1493. JHS. Maria.
19. 1532. Jésus Maria.
30. XVIle s. JHS Mar.
49. 1767. In honorem B. Mar. Virg.
Ce nom constitue en effet une protection puissante, dont les humains ont
maintes fois éprouvé les effets en cas de danger3:
9. 1472. O Maria... ut a malo me defendas.
57. 1787. S. Maria ora pro nobis.
60ter. 1792.
Id.
L’ annonciation, l'Ave Maria.
Représentations figurées:
6. 1460. — 8. 1471. — 11. 1486. — 12. 1493. — 21. s. d. — 22. s. d. — 23. s. d.
La salutation évangélique, soit les paroles adressées à Marie par l'Ange de l'Annonciation (Luc, I, 28), est inscrite en entier, ou en abrégé:
3. 1405. — 4.1407. — 6. 1460. — 7. 1470. — 8.1471. — 10. 1481. — 14. 1509. — 17.
1519. — 18. 1528. — 21. s. d. — 22. s. d. — 23. s. d. — 190. 1921,
Elle n'est pas seulement banale sur les cloches 4 , mais aussi sur les bagues 5 , les
épées 6 , les ceintures, les mortiers de pharmacie et d'autres objets usuels, seule, unie à
d'autres textes religieux, JHS., « Te Deum laudamus », ou même à des mots
1
Cf. au Musée de Genève: de l'église de La Madeleine, tête en pierre détachée d'une Pieta,
Genava, II, 1924. p. 294, fig. 4; salle de Zizers, groupe en bois de la chapelle de Torny-le-Petit, près
Fribourg, XVIes., Comptes rendus delà Société auxiliaire du Musee, 1909 (1910), p. 14; 1915 (1916),
p. 18, fig. 4.
2
Voir plus haut, p. 221.
3
DELRIO , op. l., p. 1048-9; R. P. HUGUET, « Vertu miraculeuse de la médaille de la Très Sainte
Vierge, démontrée par des traits de protection », etc., Paris, 1870; PARFAIT, « L'arsenal de la dévo
tion » (8), 1876, p. 291, etc.
4
BLAViGNAC, op. l., p. 134, 230; Musée neuchdtelois, 1881, p. 95-6.
5
Rev. arch., 1923, I, p. 94, 99; 1924, I, p. 65, 75.
6
LE BLANT ,
Mém. Acad. Inscr. et Belles Lettres, 1894, 34, p. 119, note.
— 254 —
purement cabalistiques, comme Agla. Réduite aux deux premiers mots, « Ave
Maria », comme le rosaire, le chapelet 1, elle possède une vertu protectrice puissante,
et ceci encore de nos jours 2; aussi la récite-t-on en maintes occasions utiles, en
l'accompagnant parfois, pour plus d'effet, de paroles magiques 3.
Les cloches sonnent cette prière de l’Angelus, et l'on comprend pourquoi ces
mots y figurent si souvent. En Angleterre, on appelle la cloche de l'Angelus, « cloche
de Gabriel», et «cloche de l’Ave »; en Italie, l’Angelus est désigné sous le nom de
«Ave Maria», et on dit « Ave Maria dell' aurora » (Angelus du Matin) et « Ave Maria
della sera » (Angelus du soir)4. L'Angelus fut d'abord attribué à la prière de midi en
1316 par le pape Jean XXII, en 1326 on le récita le soir, puis le matin. Les papes
ont accordé des indulgences à ceux qui récitent l’« Ave Maria » quand la cloche et
l'horloge sonnent pour le couvre-feu 5.
Ave Maris Stella.
6. 1460.
C'est l'hymne célèbre du Xe siècle 6 :
Ave Maris Stella
Dei mater alma
Atque semper Virgo
Felix cœli porta.
Sumens illud ave
Gabrielis ore
Funda nos in pace
Mutans nomen Evæ.
« Ave, praeclara maris Stella », chante un poème du XI-XIIe siècle 7.
Stella matutina.
157. 1882.
Salve regina mater misericordiæ.
191. 1921.
1
On sait que le rosaire comprend 15 dizaines d'Ave Maria, entrecoupés de Pater; le chapelet en
est une réduction et comporte 5 dizaines.
2
R. P. HUGUET, « Vertu miraculeuse de Y Ave Maria démontrée par des traits de protection,
de conversion et de guérison merveilleuse », 4me éd., 1870; id., « Vertu miraculeuse du rosaire et du
chapelet démontrée par des guérisons », etc., 1869; PARFAIT, « L'arsenal de la dévotion » (8), 1876,
p. 91 sq.
3
4
5
6
7
THIERS ,
op. l., I, p. 364, 365, 376, 377, 410, 419, 418, etc.
Bulletin monumental, 1894, 59, p. 139.
THIERS , op. l., IV, p. 129-130.
REMY DE GOURMONT, «Le latin mystique», 1922, p. 163 sq.
Ibid., p. 129 sq. Cf. encore p. 132, 140.
— 255 —
LES SAINTS
1
.
Les saints protecteurs ornent de leurs images nos cloches. Mais leurs noms
paraissent aussi dans les inscriptions, car on leur demande de prier pour les mortels 2,
ou en qualité de patrons de l'église:
105. 1844. Vernier. Patrons SS. Jacques et Philippe apôtres.
121. 1855. Avusy. S. Charles-Borromée patron.
123. 1855. Grand-Saconnex. S. Hippolyte est mon patron.
Les quatre évangélistes.
5. 1420. Loycas, Marcas, Johannes, Mathehus.
136* 1866. S. Marcus, S. Johannes, S. Lucas, S. Mattheus.
Représentations figurées: 13,1501. — 136*, 1866. — 157. 1882.
L'invocation simultanée aux quatre évangélistes est protectrice. L'oraison de
saint Cyprien dit: « et si quis nocere cupit, Domine, custodi famulum tuum et dirige
eum ad onine bonum, per... et per quatuor Evangelistas, Sarictum Matthaeum,
Marcum, Lucam et Johannem» 3; une autre, qui débute par Adonai et renferme une
série de mots cabalistiques,se termine par: « + Matthaeus + Johannes + Marcus +
Lucas + 4. On conjure les fièvres par la formule suivante que Thiers, hostile à toutes
ces pratiques, qualifie d'« incongrue »: « Adjuro vos frigores febrium per sanctam
Mariam Virginem... et per quatuor Evangelistas Marcum, Matthaeum, Lucam et
Johannem »5. On pourrait citer de nombreux exemples analogues. La superstition
moderne a conservé, comme tant d'autres, cette invocation secourable:
Quatre angles à mon lit,
Quatre anges sur ma tête
Matthieu, Marc, Luc et Jean
Bénissez le lit sur lequel je repose
Prenez mon âme au ciel.
1
Voir : CAHIER , « Caractéristiques des saints »; ROHAULT DE FLEURY, « Les saints de la messe
et leurs monuments », 1900; les Bollandistes; DRAKE , « Saints and their emblems, Londres, 1916;
me
TABOR , « The saints in art with their attributs and symbols », 2
éd., 1913; PRIES, « Die Attribute
der christlichen Heiligen», Leipzig. 1915; la collection «L'Art et les saints», éditée par la maison
Laurens, Paris, etc.
2
Les litanies des saints sont rares sur les cloches avant le XVI e siècle où elles abondent,
BLAVIGNAC , p. 136-7; Enchiridion, p. 37 sq. Pour les litanies, cf. REMY DE GOURMONT , «Le latin
mystique », 1922, p. 143 sq.
3
4
5
Enchiridion, p. 145.
Ibid. p. 127-8.
THIERS ,
op. l., I, p. 415.
— 256 —
souvenir de la « Pate-notre blanche », qui donne le Paradis à ceux la disant chaque
jour: «... au soir en m'allant coucher, je trouvis trois anges à mon lit couchés, un
aux pieds, deux au chevet, la bonne Vierge Marie au milieu d'eux, etc.»1 ... «En me
couchant j'ai vu sept anges, trois aux pieds, et quatre au chevet... 2.
*
*
*
Nous classons les saints des cloches de Genève par ordre alphabétique :
Sainte Agathe.
Mentem sanctam spontaneam habeo, honorem Dei et patriae liberationem invoco.
10. 1481. — 14. 1509. — 15. 1518. — 16. 1519.
La même inscription se lit sur des cloches aux environs de Genève 3 et ailleurs 4,
comme dès le XIVe siècle sur des bagues 5 ; elle paraît dans des oraisons 6. C'est la
formule dite de sainte Agathe, martyrisée sous Dèce, vers 251. La sainte fut ensevelie
à Catane; la tombe allait être fermée, quand un jeune homme, que l'on crut être un
ange, apporta une pierre sur laquelle étaient gravés ces mots: «Mentem sanctam
spontaneam honorem Dei et patriae liberationem. » Cette inscription devint célèbre
et fut fort usitée comme talisman au moyen âge. Adon de Chateauroux, évêque de
Tusculum, a consacré tout un sermon (entre 1254 et 1269) à la commenter 7.
Parmi les pouvoirs que la dévotion populaire lui a conférés8, sainte Agathe9
possède ceux de protéger contre la colique, les démons, la foudre, l'incendie, etc.10.
On lit sur une cloche de Rome, avec la formule précitée: «Nous vous conjurons
Seigneur, que par la vertu et les mérites de Sainte Agathe, la malice des esprits soit
repoussée. Ecartez les fléaux de la grêle, de la foudre et de la tempête11. » C'est sans
doute cette protection que lui demandent les cloches genevoises 12.
1
2
THIERS , op. l., I, p. 86.
E LIPHAS LEVI, « La clef
des grands mystères », 1861, p. 396.
Haute-Savoie : Chens, 1566; Mieussy, 1559.
4
CAHORN , p. 144; Musée neuchâtelois, 1881, p. 95; BLAVIGNAC , op. l., p. 229, 383, 449-51;
CABROL, Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, s. v. Agathe (sainte), p. 849-50; HILL,
Proceedings Soc. Ant. XXIX, 1917, p. 114.
5
HILL , l. c.; Rev. arch., 1924, I, p. 68.
3
6
7
3
Enchiridion, p. 64.
CABROL, l. c.
Ex. VAN GENNEP,
« Le culte populaire de sainte Agathe en Savoie », Revue d'ethnographie et
des traditions populaires, 1924, CLXIX, p. 28 sq.
9
Au Musée de Genève, statue de sainte Agathe, bois, N° 3390. Compte rendu Soc. auxiliaire
du Musée, 1903 (1904), p. 29; 1915 (1916), p. 16.
10
Voir plus haut, incendies, p. 232.
11
BLAVIGNAC , op. l., p. 229.
12
Rev. arch., 1924, I, p. 68.
— 257 —
Saint André.
6. 1460. — 83. 1833. — 84. 1833.
Sainte Anne.
Le nom d'Anne est souvent donné aux cloches1; le culte de cette sainte
remonte au XIVe siècle et sa dévotion se propage rapidement depuis le XVIIe
siècle 2:
63. 1797. — 65. 1797. — 181. 1905.
Saint Antoine3.
13. 1501.
Saint Antoine de Padoue.
172. 1899. — 173. 1899. — 174. 1899. — 175. 1899. — 177. 1902. — 196.
1921.
Saint Barthélemy.
6. 1460.
Saint Bruno.
60. 1789.
Saint Charles Borromée.
121. 1855.
Saint Christophe.
6. 1460. — 7. 1470. — 12. 1493. — 195. 1921.
On sait que l'image de saint Christophe, très vénéré à Genève 4, protégeait en
particulier contre la mort subite que les chrétiens craignent tant, et contre laquelle,
dans les oraisons, ils demandent la protection céleste5: «a subitanea et improvisa
morte libéra nos Domine»6; il n'est pas sans intérêt de noter qu'après avoir été le
patron de ceux qui sont exposés à cette fin, les arbalétriers, il est devenu, pour la
même raison, au XXe siècle, le patron des cyclistes et des automobilistes ! 7
Saint Dominique.
196. 1921.
1
2
3
4
5
6
7
BLAVIGNAC, op
l., p. 38.
Rev. hist. des religions, 1916, 74, p. 92, note 4, référ.
Saint Antoine à Genève, Genava, II, 1924, p. 319.
Saint Christophe à Genève, Rev. hist rel., 1916, LXXIII, p. 190.
MALE, « L'art religieux de la fin du moyen-âge »; THIERS, op. l., IV, p. 219, etc.
Enchiridion, p. 41.
Rev. d'ethnographie et des traditions populaires, 1922, p. 251 ; 1924, p. 61.
17
— 258 —
Saint François d'Assise.
9. 1472, sur l'anse. — 196. 1921,
La dévotion à saint François d'Assise, les vertus de son cordon, existent dès le
XIVe siècle 1; il protège contre la peste, la mort subite, le tonnerre, etc.2.
Saint François de Sales.
67. 1808. B. V. Mariae et B. Francisco Salesio. Saint François de Sales priez
pour nous.
136* 1866. S. Franciscus Salesius ora pro nobis.
140. 1869. Je m'appelle Marie de Saint François de Sales.
143. 1872. Je m'appelle Marie-Pie-Gasparde de Saint François de Sales.
157. 1882. S. Franciscus.
Représentations figurées.
67. 1808. — 104. 1844. — 114. 1846. — 136*. 1866. — 140. 1869. — 157. 1882.
— 173. 1899. — 179. 1905. — 196. 1921.
Le culte de Saint François de Sales (1567-1621), béatifié le 28 décembre 1661,
et canonisé solennellement à Rome en 1665, est très en honneur en Savoie 3, où il a
inspiré tout un folklore religieux4.
Saint François Xavier. 202.
Saint Georges.
6. 1460 (Genava, II, 1924, p. 140, fig. 6).
181. 1905. — 195. 1921.
Saint Hippolyte.
123. 1855.
Saint Ignace de Loyola. 202.
Saint Jacques le Majeur.
4. 1407. — 26. 1595. S. Jacobe ora pro nobis. — 106. 1844.
1
Mgr de SEGUR , «Le cordon séraphique, ses merveilleuses richesses», Paris, 1874; id., «Le
cordon de Saint François », Paris.
2
PARFAIT , « L'arsenal de la dévotion » (8), 1876, p. 198 sq., 346-7, etc.
3
BURLET, « Le culte de Dieu, de la Vierge et des Saints en Savoie avant la Réformation »,
Annecy, 1915, p. 155, énumère les églises du diocèse de Genève qui sont placées sous son invocation; cf. van GENNEP , op. l., p. 637.
4
Van GENNEP, « Le culte populaire de Saint François de Sales en Savoie », Mercure de France,
1924, CLXIX, p. 612 sq. ; on trouvera dans ce mémoire l'indication des principaux travaux sur le
culte de ce saint.
— 259 —
Saint Jacques le Mineur.
6. 1460 (Genava, II, 1924, p. 141, fig. 9).
Saint Jean l’Evangéliste.
4. 1407. — 6. 1460. — 12. 1493. — 63. 1797. — 136*. 1866. Je m'appelle Marie
de S. Joseph et de S. Jean. — 157. 1882.
Voir plus haut, les vertus de l'Evangile de Saint-Jean, et des quatre évangélistes.
Saint Jean Baptiste.
4. 1407. — 6. 1460 (Genava, II, 1924, p. 140, fig. 7). —15. 1518. S. Johannes
Bap. ora p. no. — 136*, 1866. S. Johannes Baptista ora pro nobis.
Le nom de ce saint est souvent donné aux cloches 1: 60. 1789. Maria Joanna
Baptista.
Saint Joseph.
136* 1866. Je m'appelle Marie de St Joseph et de St Jean.
138. 1868. S. Joseph.
140. 1869. Saint Joseph priez pour nous (image de St Joseph tenant l'enfant
Jésus).
167. 1898. — 173. 1899. — 190. 1921. — 192. 1921. — Vita dulcedo et spes
nostra salve, te Joseph célèbrent agmina cœlitum.
Le culte de saint Joseph est très récent; il commence à devenir populaire au
XVIIe siècle seulement, et prend un grand développement au XIX e s. Pie XI a
déclaré ce saint patron de l'Eglise universelle, le 8 décembre 18702. Cette dévotion a
engendré un grand nombre de croyances superstitieuses 3.
Saint Laurent.
6. 1460.
Saint Louis de Gonzague.
172. 1899. — 196. 1921.
Saint Loup ( ?) 154.
1879.
Saint Luc.
Voir plus haut, les quatre évangélistes.
Sainte Lucie.
177. 1902.
1
2
BLAVIGNAG ,
op. l., p. 145.
Rev. hist. religions, 1916, 74, p. 93, note 4.
3
PARFAIT, « L'arsenal de la dévotion » (8), 1876, p. 45 sq., 148 sq., 202 sq., 221 sq. ; p. 344
(bagues de St Joseph contre la peste).
— 260 —
S. Marc.
Voir plus haut, les quatre évangélistes.
Sainte Marguerite, plantant sa croix dans la gueule du dragon.
57. 1787.
Sainte Marie Madeleine.
4, 1407. — 7. 1470. — 11. 1486. — 16. 1519, Sancta Maria Magdalena. —
17. 1519. Sancta Maria Magdalena ora pro nobis.
Saint Martin partageant son manteau.
60. 1789. — 69. 1813.
Saint Matthieu.
6. 1460. Cf. les quatre évangélistes.
Saint Maurice.
13. 1501. — 113. 1846. — 114-5. 1846. — 136*. 1866. — 140. 1869. — 179.
1905.
Saint Michel.
191. 1921.
Saint Paul.
4. 1407. — 6. 1460. — 10. 1481. — 11. 1486. — 12. 1493. — 94. 1840. — 175.
1899. — 180. 1905.
Saint Philippe.
106. 1844.
Saint Pierre.
4. 1407. — 6. 1460. — 10. 1481. — 12. 1493. — 65. 1797. — 74. 1819. — 77*.
1823. — 92. 1839. — 94.1840. — 104.1844. — 159.1884. — 175.1899. — 180. 1905.
Saint Sébastien 1.
9. 1472 (Genava, II, 1924, p. 143, fig. 13.)
Sainte Thérèse.
63. 1797. — 65. 1797.
Saints indéterminés
60(ter. 1792. — 68. 1812. — 115. 1846.
Bienheureux curé d'Ars.
196. 1921.
1
Saint Sébastien à Genève. Rev. hist. religions, 1916, p. 190; Genava, II, p. 319.
— 261 —
TABLE DES
MATIÈRES
Introduction ..............................................................................................................
Destination des cloches ............................................................................................
Histoire des cloches ..................................................................................................
Rituel, folklore ..........................................................................................................
198
200
201
203
LES INSCRIPTIONS.
Les fondeurs ..............................................................................................................
Fonte et refonte ........................................................................................................
Cloches protestantes et cloches catholiques..........................................................
Inscriptions protestantes; armoiries et devise genevoise; allusions à la
foi catholique .............................................................................................
Sacré-Cœur.........................................................................................................
Immaculée Conception .....................................................................................
Louanges à Dieu ..............................................................................................
La bénédiction des cloches .....................................................................................
Noms propres.............................................................................................................
Armoiries privées .....................................................................................................
Noms des cloches .....................................................................................................
205
209
210
211
213
214
215
217
218
219
220
Le rôle des cloches.
Formules énumérant leur rôle ................................................................................
Convocation aux offices religieux...........................................................................
De la naissance à la mort........................................................................................
Les fêtes.....................................................................................................................
Convocation des citoyens ........................................................................................
L'alarme ....................................................................................................................
L'incendie ..................................................................................................................
La mesure du temps ................................................................................................
224
225
226
228
229
231
232
234
La protection céleste.
Dieu............................................................................................................................
La voix de Dieu .......................................................................................................
Contre le mal ............................................................................................................
Contre les intempéries, orages, foudre, etc ...........................................................
Contre les démons. .....................................................................................................
236
236
237
238
242
— 262 —
Diverses formules protectrices.
Jésus-Christ...........................................................................................................
JHS...............................................................................................................
Agne Dei, miserere mei, qui crimina tollis ...............................................
Mariae filius, salus mundi, Dominus, sit nobis clemens et propitius ..........
Primogenitus, Adonai, virtus, via, sapientia ...........................................
Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat, Christus ab omni
malo nos defendat ..............................................................................
Deus homo factus est .................................................................................
Jesus autem transiens per médium illorum ibat........................................
Verbum caro factum est ..............................................................................
O rex gloriae Christe veni nobis cum pace.................................................
Non moriar, sed vivam................................................................................
La Vierge..............................................................................................................
L'Annonciation, l'Ave Maria.......................................................................
Ave Maris Stella ...........................................................................................
Stella matutina.............................................................................................
Salve regina..................................................................................................
Les Saints .............................................................................................................
Les quatre évangélistes ................................................................................
Liste des saints par ordre alphabétique ......................................................
Mentem sanctam spontaneam .....................................................................
243
244
245
246
247
247
249
250
250
251
252
252
253
254
254
254
255
255
256
256
LE CULTE POPULAIRE DE SAINT THEODULE EN SAVOIE
(16 août)1
A. VAN GENNEP .
A Claudius Servettaz.
I
le culte de saint Théodule en Savoie comme pour celui de nos
autres saints populaires, se pose un problème de dates qu'il sera,
dans la grande majorité des cas, impossible de résoudre tant que
nos archives publiques et privées n'auront pas été mieux utilisées.
Notamment, il nous manque encore des monographies de paroisses
et de communes en nombre suffisant: on peut en effet estimer à une quinzaine à
peine, les grandes villes exceptées, celles qui ont fait l'objet de travaux vraiment
scientifiques, après dépouillement non seulement des archives centrales des chefslieux et de Turin, mais surtout après usage aussi des documents locaux conservés
chez des particuliers ou dans les études de notaires, les presbytères et les mairies.
Comme le présent mémoire n'est, ainsi que les précédents 2, qu'un fragment
préliminaire, destiné à être complété par des chercheurs locaux, du second volume de
En Savoie, qui sera consacré à la description des coutumes populaires des deux
départements du Premier de l'An à la Saint-Sylvestre, je résume ici quelques-unes
des observations générales qui seront données en détail dans l’ Introduction à ce volume.
OUR
1
Voir les Acta Sanctorum à cette date pour les légendes hagiographiques.
« Jean d'Espagne, les étapes de son culte en Savoie », tir. à part de la Revue de l’Histoire des
Religions, 1916. — «Le culte populaire de sainte Agathe en Savoie», Rev. d'Elan, et des Trad.
pop., 1924, p. 28-35. — «Le culte populaire de saint Clair et de saint Biaise en Savoie», Ibid.,
p. 136-148. — « La Chandeleur et la Saint Valentin en Savoie », Ibid., p. 225-245. — « Les
coutumes
de Mai en Savoie », Lux, mai 1924, p. 142-143. — « Le culte populaire de saint François de Sales
ou Savoie », Mercure de France, 1er février 1924, p. 612-640. — « Le culte du B. Ponce de Faucigny
en Savoie ». Rev. d'Elan, et des Trad. pop., 1924, p. 323-342. — « Le culte de saint Antoine ermite
en Savoie, Actes et Mémoires du Congrès d'Histoire des Religions de Paris, tome I, p. 113-143,
avec carte.
2
— 264 —
Sur les dates d'émergence du culte d'un saint en Savoie, on ne possède que peu
de documents laïques. Ceux-ci comprennent surtout les actes par lesquels un individu
ou une famille décidaient de transférer à la paroisse la propriété de tel ou tel bien
comme fondation d'une chapelle et de messes. Il faudrait donc posséder un corpus
de tous ces actes, à propos de toutes les chapelles et de toutes les fondations de messes
dans les deux départements, pour se rendre compte exactement du degré de popularité, au cours de chaque siècle, de chaque saint ou personnage considéré comme tel.
A défaut, on trouve souvent des renseignements précis dans les Procès-verbaux
des Visites pastorales des divers évêques ou archevêques de Genève, Chambéry,
Grenoble, Saint-Jean de Maurienne et Moutiers. Pourtant, la valeur documentaire
de ces procès-verbaux est très variable ; les plus anciens, et qui nous seraient le plus
utiles, sont aussi ceux qui sont, en règle générale, le moins détaillés. Ce n'est guère
qu'au XVIIe siècle que ces procès-verbaux donnent des renseignements à la fois sur
les églises, sur les chapelles et sur les mœurs populaires, en y comprenant les pèlerinages et les pratiques locales, ainsi qu'un catalogue des reliques. Ceci tient manifestement au degré plus élevé d'instruction générale des évêques à ce moment, à la lutte
contre les tendances protestantes, à l'organisation scientifique des recherches des
Bénédictins et des Bollandistes. En ce siècle aussi, le niveau intellectuel du clergé
rural commence à être regardé comme un élément important de la force du catholicisme dans les campagnes, témoin le style nouveau des Instructions synodales.
Or, pour beaucoup de chapelles, l'émergence dans l'histoire ne se fait qu'à ce
moment, comme on peut voir en consultant le catalogue de l'abbé Burlet 1, catalogue
que le recours à des monographies paroissiales ou communales modifie pourtant sur
un grand nombre de points. Si donc, dans les pages qui suivent, je signale l'existence
du culte local d'un saint, par exemple de saint Théodule, à une date déterminée, je
prie le lecteur de considérer que cette date ne prouve pas que le culte de ce saint
n'existait pas dans cette localité antérieurement à la date donnée.
Cette observation présente une importance qui varie selon le saint dont on
s'occupe. Si le « saint » est relativement moderne, comme le bienheureux Ponce de
Faucigny ou le bienheureux Jean d'Espagne (considérés par le peuple comme saints
autant que les autres), les dates d'émergence écrites ont des chances de coïncider avec
celles de la fixation locale du culte. Mais quand il s'agit de saints anciens comme les
apôtres, les premiers martyrs, les saints du groupe thébéen, etc., l'image
historique a des chances d'être fausse. Il est impossible d'évaluer avec certitude ce
degré d'erreur ; on ne peut, dernier recours, que raisonner par analogie.
Mais ici se présente un autre danger d'appréciation, qui a fait trébucher naguère
M. Ritter. Il a admis que de l'inscription d'un saint dans la liturgie ancienne on
1
J. BURLET : Le culte de Dieu, de la Vierge et des Saints en Savoie avant la Révolution. Essai
de géographie hagiographique. Chambéry, 1916.
— 265 —
pouvait conclure à l'existence d'un culte vraiment « populaire ». Et il a dressé la liste
des « saints honorés dans les diocèses » de Genevois et de Tarentaise 1. Or, c'est un
fait curieux que la plupart de ces saints sont restés absolument ignorés du peuple.
Si nous prenons par exemple la liste de Tarentaise, nous voyons signalés dans le
missel de l'évêché, mais entièrement inconnus des paysans, les saints : Taurin, Brice,
Rémi, Vast, Melanius, Aubin, Paterne, etc., soit pour la seule catégorie des saints
mérovingiens et carolingiens plus de vingt sur un total de trente; et des dix restants,
quatre seulement ont été l'objet en Tarentaise de cultes ruraux (Martin, Germain,
Brigide et Ouen).
On peut faire la même observation pour tous les diocèses de la Savoie, et distinguer par suite la catégorie des saints uniquement liturgiques, au culte cantonné dans
les cathédrales et observé seulement par le clergé régulier et séculier central de la
catégorie des saints ruraux, qui sont aussi ceux du petit peuple des villes, même
épiscopales. C'est une erreur considérable que de juger de la dévotion pour un saint
quelconque en Savoie d'après son inscription dans les diverses liturgies, jadis
variables, comme on sait, de diocèse à diocèse. C'étaient des saints, qu'à défaut
d'un meilleur terme, je nomme « savants ».
Naturellement, un nombre assez grand de saints sont en même temps
liturgiques et populaires, tels surtout les apôtres, comme saint Pierre, saint
Jacques, etc.; pas tous cependant. Enfin, nous avons même en Savoie des saints qui
sont populaires sans être liturgiques, telle sainte Victoire du Vuache.
Mais, il y a mieux: dans la catégorie des saints «savants» on doit ranger, selon
les localités et les dates, des saints qui ont eu un culte et une chapelle créés, comme
on a dit, par des particuliers. Si ces particuliers étaient roturiers, ou de noblesse
récente, ou de vieille souche noble strictement locale, la fondation apparaît comme
l'expression individuelle d'une tendance collective populaire. Mais si la fondation
est due à des membres de la haute aristocratie, vivant plutôt à la cour, ou à des
nouveau-venus intronisés par acquisition ou par mariage dans des propriétés qui
jadis appartenaient à des possesseurs issus d'une souche locale, on doit regarder
l'existence dans la localité d'un culte de saint comme une adjonction artificielle
au credo populaire du pays.
1
Eugène RITTER : « Les Saints honorés dans le diocèse de Genève », Reçue savoisienne, 1888,
p. 232-243. — Cf. les compléments du chanoine Gonthier, Ibid., p. 289-292. — Eugène RITTER
: « Les Saints honorés dans le diocèse de Tarentaise », Congrès d’Aiguebelle des Sociétés savantes
savoisiennes, Chambéry 1895, p. 160-165. On voit, d'après la discussion du texte, que ces titres
donnent une idée erronée; il faut lire : « saints honorés liturgiquement dans les églises du diocèse
de . . . » ou: « dans la liturgie du diocèse de . . . » Quant au culte rendu aux saints patrons, il a été
parfois seulement , mais pas toujours, populaire; dans beaucoup de paroisses, la saint le
plus « objet de culte » était autre que le saint patron; voir plus loin ce qui est dit de Reignier.
La confusion critiquée est surtout visible dans un autre mémoire d'Eugène RITTER : « Les
Saints honorés dans le diocèse de Genève et les autres diocèses de Suisse et de Savoie », Congrès
d'Evian des Sociétés savantes savoisiennes, Evian, 1897, p. 111-118.
— 266 —
En se reportant aux monographies et en étudiant à part l'histoire de chaque
fondation pieuse, on constate la fréquence de cette introduction dans le culte local
de saints adventices. C'est le cas par exemple de sainte Catherine dans beaucoup
de paroisses. Pour préciser ces observations, je citerai le cas de la paroisse de Reignier,
bien étudié par l'abbé Gave 1, voisine de Genève et qui, au surplus, possédait une
chapelle de saint Théodule.
Lors de sa fondation au haut moyen âge, la paroisse est placée sous le vocable
de saint Martin de Tours, ce qui confirme son ancienneté; vers la fin du moyen âge, en
dehors de l'église est une chapelle-oratoire de saint Blaise, accostée d'une maison
presbytérale particulière qui fut rasée en 1666 parce que tombant de vétusté. Ces
deux cultes sont primitifs et fondamentaux dans cette paroisse; mais celui de saint
Martin est resté « savant », car il ne comprend aucune pratique hors des cérémonies
normales, et ne comporte aucune spécialité médicale; au lieu que saint Blaise était
l'objet de pèlerinages et d'invocations contre les maux de gorge. La visite pastorale
de 1443 insiste à plusieurs reprises sur l'importance de ce culte de saint Blaise qui
est aussi à cette date le patron de la confrérie locale du Saint-Esprit, forme de culte
collectif local ; rien de pareil pour saint Martin, quoique patron.
Laissant de côté les chapelles, fondées au XVe siècle, de sainte Marie, de la
Bienheureuse Vierge Marie et de la Trinité, qui appartiennent à une autre catégorie
rituelle, on constate la création à Reignier d'une chapelle de saint Sébastien fondée
avant 1481 par Nicod Psautier, don «populaire», à cause de la peste; puis il faut
attendre à 1580 pour trouver de nouvelles chapelles qui sont: celles de MarieMadeleine fondée par les seigneurs de Magny, puis patronnée par les nobles de Sautier
(donc culte savant); de saint Laurent et de saint Théodule, dont on ne connaît plus
à ce moment la date de fondation, ni les patrons, ni les revenus. Il y a donc des
chances que ces deux chapelles aient été fondées par des roturiers et que le culte de
ces deux saints, qui comprend des attributions prophylactiques populaires, soit
venu à Reignier à la suite d'une vague de dévotion uniquement rurale; en tout cas,
lors de la visite de saint François de Sales, en 1606, la chapelle de saint Laurent a
disparu et celle de saint Théodule a été remise aux soins de la famille roturière Berthollet, enfin celle de saint Biaise à la présentation des Domen et des Meynet, tous
paysans.
Dans d'autres paroisses, la différence est plus marquée, mais je tenais à prendre
celle-ci pour exemple parce qu'on y voit en jeu le mécanisme dont j'ai parlé: en 1481,
le culte officiel de saint Théodule n'existe pas encore à Reignier (le procès-verbal de
cette année est détaillé et bien fait); on le voit émerger historiquement en 1580; mais
son arrivée dans la paroisse a dû être antérieure.
Le culte de saint Théodule en Savoie fournit de plus un exemple caractéristique
1
GAVE
: Monographie de la paroisse de Reignier. Annecy, Académie Salésienne, 1900.
— 267 —
de l'influence épiscopale en faveur de l'extension de dévotions particulières, dont de
nos jours on peut constater directement le mécanisme dans la diffusion du culte de
saint Joseph, de N. D. de la Salette, de N. D. de Lourdes, etc. Saint François de
Sales a toujours témoigné d'un respect spécial pour les saints du cycle d'Agaune,
cycle auquel appartient saint Théodule, bien qu'il ne compte pas au nombre des
martyrs de la Légion thébéenne. Je ne saurais dire si saint François a connu dès son
enfance saint Théodule comme intercesseur particulier à la Savoie; cela est probable,
puisque l'un des centres du culte comprenait Annecy-ville (saint Maurice) et
Annecy-le-Vieux. En tout cas, il a rencontré un assez grand nombre de
chapelles consacrées à ce saint lors de ses visites pastorales pour décréter qu'il
méritait de la part des populations savoyardes une dévotion spéciale. Aussi de son
vivant et après sa mort, le nombre des chapelles de saint Théodule a-t-il augmenté
dans des proportions marquées, sinon dans tout le diocèse, du moins dans le
Faucigny. Il serait donc intéressant de pouvoir dans chaque cas faire le départ entre
les chapelles de saint Théodule antérieures à saint François de Sales et celles qui
sont dues à son influence, travail encore difficile, vu l'absence de publications
comme celle de l'abbé Gave sur Reignier.
II
Saint Théodule, de son vrai nom Théodore 1, était évêque d'Octodurus, vers 380.
Contemporain du pape Damase, c'est lui qui édifia le culte des reliques des martyrs
d'Agaune dits Légion thébéenne; il les enveloppa d'étoffes de soie et construisit
pour les abriter une basilique qui s'appuyait au rocher; il rédigea leur martyrologe;
ses écrits furent communiqués par Isaac, évêque de Genève, à saint Enchère. On
suppose que ses ossements furent inhumés d'abord à Octodurus et que leur translation à Sion eut lieu au moment du transfert dans cette ville du siège de l'évêché
d'Octodurus. Quoi qu'il en soit, le culte populaire de saint Théodule est certifié
localement dès 999 et s'est répandu très tôt en Suisse, grâce à une confusion dont on
connaît d'autres cas en hagiographie. En effet, le peuple a très vite oublié son nom
véritable de Théodore et l'a confondu avec saint Théodole martyr à Sienne; en outre,
la légende dorée l'a identifié à un évêque de Sion intronisé par Charlemagne, mais en
réalité placé à la tête du Valais par un roi burgonde de nom inconnu.
Bien mieux, l'attribut principal et la relique la plus répandue de saint
Théodule, à savoir la cloche, soit entière, soit fragmentaire, date non des
personnages cités,
1
La prononciation savoyarde, notée uniformément dans les Visites pastorales, était «Théodole ».
Ainsi s'expliquerait peut-être la forme dialectale Théodolle signalée à Lugrin en 1617. C'est
évidemment la prononciation primitive Theodoulos; la métathèse de l et de r est normale dans
toutes les langues; et l'on ne saurait exiger des paysans savoyards la connaissance exacte des
prototypes grecs.
— 268 —
mais d'un autre évêque encore de Sion, Théodore II, qui vivait au VIe siècle. Des
fragments de la cloche de saint Théodule furent dès le haut moyen âge expédiés
dans une grande partie de la chrétienté pour être incorporés dans les cloches nouvellement fondues.
M. Stükelberg, à qui j'emprunte ces renseignements 1, a déterminé d'après les
documents d'archives, et reporté sur carte, les dates d'émergence dans la littérature
historique du culte de saint
Théodule en Suisse. Nous
n'avons à nous occuper ici
que des régions suisses voisines de la Savoie. Or, c'est
un fait à retenir que toutes
les dates d'émergence
notées par M. Stückelberg
pour les hautes vallées
orientales
du
Valais
(Champéry, etc.), le pays
de Vaud et la région
genevoise, ne tombent
qu'au début du XVIe siècle
(visites
pastorales
de
1504), alors que le culte de
ce saint s'était répandu vers
la Suisse alémanique (StGall, Lucerne, etc.) dès les
XIe et XIIe siècles. Je
sais
bien
que
M.
Stückelberg a dû se
heurter ici à des silences du
même ordre que ceux auxquels j'ai affaire en Savoie;
je veux dire que le culte
de ce saint, et des autres,
a pu se fixer dans maintes
paroisses avant que, pour une raison ou une autre, les documents officiels aient
jugé utile d'en faire mention.
Cette observation vaut aussi pour les directions géographiques reportées sur
carte par ce savant, abstraction faite des conditions géographiques, surtout des cols et
1
E.-A. STUECKELBERG: Die schweizerischen Heiligen des Mittelalters. Zurich, 1903, p. 111-116,
avec carte et bibliographie.
— 269 —
des vallées, ce qui tend à fausser l'image graphique de l'expansion du culte. Elle donne
l'impression que ce culte s'est répandu à partir de Sion en éventail dans deux directions principales; les directions secondaires sont vers Genève-Lyon d'une part et
vers le haut Valais d'autre part; les sanctuaires de Welschenrohr et de Bâle ont pu
être fondés non pas en direction rectiligne comme l'indique le schéma, mais tout
autant en direction transversale.
Pour montrer la valeur de l'objection théorique que je fais à M. Stückelberg,
j'ai tracé un schéma semblable pour la Savoie (fig. 1) ; et je donne aussi une carte avec
indications routières et hydrographiques, donc orographiques, pour le contrôle, carte
qui est à la base de l'exposé qui suit (fig. 2). On voit alors que le principe fondamental
de la diffusion du culte de saint Théodule en Savoie a été déterminé non par le hasard,
mais par des conditions d'ordre social, qu'il est d'ailleurs difficile de reconstituer
maintenant.
La carte schématique donne l'impression de l'extension du culte en éventail et
de l'est vers l'ouest. Au contraire, la carte avec détails hydrographiques montre que le
culte s'est plutôt diffusé du nord vers le sud ; en outre la fixation autour de Chambéry
est indépendante, d'après les dates d'émergence, de la fixation dans les Bauges ou
de l'extension dans les hautes vallées de l'Arve et de l'Arly. Le système des schémas
hagiographiques de M. Stückelberg donnerait une idée erronée des conditions réelles
de l'extension du culte des saints en pays de montagnes. En outre, cette extension
a été déterminée dans chaque cas particulier par les attributions du saint. Elle
n'a pu se faire de la même manière, par exemple, pour un saint pastoral et pour un
saint qu'on invoquait contre la peste. On verrait, en étudiant le culte populaire de
saint Roch en Savoie, en effet, que la carte d'extension de son culte ne se superpose
pas à celle du culte de saint Théodule.
Alors que le culte de saint Maurice d'Agaune est déjà répandu dans toutes
nos campagnes dès le milieu du Xe siècle et entièrement constitué dès le début du
XIe, le culte de saint Théodule n'apparaît dans les documents écrits qu'au début du
XIIIe. Il semble bien que le texte le plus ancien soit celui qui signale l'existence à
Flumet d'une chapelle consacrée à notre saint en 1202; cette chapelle tomba ensuite
en ruines faute de dotations suffisantes, fut reconstruite en 1602 et reçut la visite de
saint François de Sales en 1606; elle fut brûlée lors du grand incendie de Flumet en
1679; en en reconstruisit une autre, dont il est encore parlé en 1766 1.
Appliquons maintenant notre méthode géographique: quelle est la voie de
passage entre Flumet et Saint-Maurice ? C'est d'abord le chemin Mégève-ChamonixVallorcine, et, d'autre part, le chemin Mégève-Sallanches-Samoens-Monthey. Dans
le cimetière de Mégève existait en effet une très vieille chapelle consacrée à saint
1
PETTEX : Notice sur Besson, p. 8. —
Chambéry, 1867, p. 69.
DUFOUR
et
RABUT
: Histoire de la commune de Flumet.
— 271 —
Théodule et dont fait mention, à ce titre, la visite pastorale de 1580; l'existence de
cette chapelle est encore certifiée lors des visites de 1606 l et de 1620 2.
L'ancien chemin de Mégève à Chamonix passait par saint Nicolas de Véroce et
par les Houches. Pour la première de ces localités, on a un témoignage de 1602 au
sujet de l'existence d'une chapelle dont il est dit, lors de la visite de 1607, qu'elle
était située au hameau de Haute Frasse 3; c'était donc un oratoire. Je n'ai pas de
renseignements sur l'oratoire des Houches, paroisse distraite de Chamonix en 1767.
Sur le territoire de Chamonix, tout au bout de la vallée, au-dessus d'Argentière,
subsistait il y a cinquante ans un sanctuaire primitif et grossier consacré à saint
Théodule.
Voici pour cette chapelle un texte d'André Perrin, fondé sur des documents
d'archives : « Dans le courant du XVe siècle, une chapelle, dite du Chatelard, existait
à Argentières, lieu-dit aux Tines, dédiée à saint Théodule. A la demande de Jean
Simon alias Fraceran le vieux, une indulgence de cent jours fut accordée à toutes les
personnes qui la visiteraient des premières aux secondes vêpres; cette concession
est signée de huit cardinaux, dont trois évêques et cinq diacres. Diverses fondations
pour messes furent faites par Michel Cachat fils de Claude, du hameau des Bois,
marchand et bourgeois de Chaslon en Champagne. Désirant payer un tribut de reconnaissance envers Dieu qui avait favorisé ses travaux, il s'était souvenu de la petite
chapelle dans laquelle il avait prié enfant. En 1529, il donne un capital de 400 florins
pour 12 messes... ses neveux Michel et Guillaume Cachat firent en son nom une
semblable fondation en 1662. Enfin, en 1770, il donna encore 412 livres 10 sols
tournois dont le revenu, de 41 florins 8 sols monnaie de Savoie, devait être employé
suivant son désir: 35 florins (420 sols) pour faire célébrer 21 messes et 6 florins 8
sols (80 sols) en réparations de la chapelle 4. Deux ans après, Nicolas Vellet, du
village des Bois, fondait aussi trois messes annuelles, au capital de 100 florins. Le
service de ces fondations fut maintenu jusqu'à la Révolution; la visite épiscopale
de 1766 constate la célébration de 40 messes payées par le procureur. Après la Révolution, le capital n'était plus que de 654 livres et le revenu consacré aux réparations » 5
Le hameau des Bois était, et est encore, au débouché du glacier des Bois, partie
terminale de la Mer de Glace; le lieu dit des Tines est un peu plus haut, vers Argentière, avant d'arriver à Lavancher. La chapelle dont il est parlé semble, selon le rapport
d'informateurs récents, ne plus exister. Elle est aussi signalée dans le procès-verbal
de visite de 1649 6.
1
2
Chanoine REBORD : Visites pastorales du diocèse de Genève-Annecy, t. II. Annecy, 1923, p. 414.
J.
: loc. cit., p. 250.
: loc. cit., t. II, p. 268.
BURLET
3
REBORD
4
II y a visiblement des fautes d'impression dans le texte en ce qui concerne les dates : Michel
Cachat n'a pas pu vivre en 1529 et en 1770; il faut sans doute lire 1562 et 1570.
5
6
André
PERRIN
D'après
: Histoire ... de Chamonix, p. 218-219.
BURLET
; aucune mention dans
REBORD .
— 272 —
Vers 1870, le baron Raverat parcourut à son tour la vallée de Chamonix et,
partant de Vallorcine, il fit l'ascension du Buet par la Pierre à Bérard, le col de Bérard
et le col de Salenton. Au-delà, sur les déclivités du Buet, « un gazon court mais abondant pousse entre les nombreux quartiers de rocs ou les amas de lauzes tranchantes
qui, par larges places, recouvrent le terrain. Ça et là, quelques cabanes de bergers;
de tous côtés, des bestiaux. Dans un endroit assez apparent s'élève un oratoire dédié
à saint Théodule, premier évêque de Sion; ce bienheureux, très vénéré des bergers de
cette partie de la Savoie, étend sa protection sur les troupeaux de la contrée. Non
loin du sanctuaire, on remarque trois cavernes où habitent trois fées qui, elles aussi,
protègent pâturages et bestiaux. Les bergers, et surtout les bergères, vous raconteront
tous les faits et gestes de ces fées et vous diront même leurs noms pleins de poésie
et d'euphémisme: Diamantine, Isobéide et Saphir»1 .
Laissons de côté ces « fées » qui sont manifestement des fabrications savantes,
ou facétieuses, du XIXe siècle; le deuxième nom n'a, comme de juste, rien d'oriental;
c'est, je pense, une prononciation fautive de chrysobéryl. Ces trois pierres précieuses
élevées au rang de « fées » sont le digne pendant de la bonne fée Barmina, inventée
par Mme Cazin 2 pour expliquer poétiquement les « belles horreurs » des gorges de la
Diosaz, fée qui se retira aussi dans une grotte tapissée de diamants située au fond
d'une énorme crevasse du désert du Platey.
Plus important pour nous est le fait que les pâturages et même certains terrains
en vallée appartenaient aux Valaisans, qui venaient périodiquement faire paître
en Savoie leurs troupeaux, alors que maintes familles des vallées de Chamonix et
de Sixt possédaient des vignobles en Valais 3. Etant donnés ces rapports, on peut
sans doute attribuer aux Valaisans l'importation en Savoie du culte de saint Théodule, évêque de Sion, dans la vallée de Chamonix.
La même aire de culte comprend la chapelle de Nambride, non signalée par
Burlet, mais que l'abbé Rannaud, dans sa monographie de Ponce de Faucigny,
indique comme existant en 1765 4. Puis viennent les chapelles de Samoens, signalée
en 1554 (Burlet) et de Morillon indiquée en 1606 (Rebord). La voie directe du Valais
vers Sallanches partait de Sixt et débouchait dans la vallée de l'Arve non loin de
Passy, où une chapelle de saint Théodule est signalée en 1554 et en 1606. Les hautes
vallées de l'Arve, du Giffre et de l'Arly semblent donc former une aire unique dans
1
2
RAVERAT : Haute-Savoie, p. 340-541.
Jeanne GAZIN : Les petits montagnards,
Bibliothèque rosé, p. 72-80. Ces légendes fabriquées
reposent pourtant sur l'idée populaire de cette région qu'il existe des trésors de pierres pré
cieuses dans le massif du Mont-Blanc, idée qui fut cause, comme on sait, de la mort de Jacques
Balmat.
3
Pour la vallée de Chamonix, voir PERRIN : loc. cit., p. 63, 147, 168. — Pour les pâturages de
la montagne de Tanneverge, au dessus du Fer à Cheval, vendus ou perdus au jeu, V. L. : Souvenirs
de Sixt. Genève, 1856, p. 174.
4
Marie RANNAUD : Le Bienheureux Ponce de Faucigny, p. 221.
273
laquelle le culte a pu venir soit de Sion par Martigny, soit de Saint-Maurice par Champéry, où M. Stückelberg signale l'existence d'une chapelle dès 1504.
Il resterait que l'existence d'un centre de culte à Plumet au début du XIII e
siècle est difficile à expliquer en présence des dates récentes obtenues pour l'aire
définie à l'instant. Le fait intéressant est que le culte de saint Théodule s'est, à partir
de Flumet, répandu vers le sud: des reliques du saint sont indiquées à Cons-SainteColombe, en 1477 1, une chapelle à Marthod, en 1485; et lors de la visite de 1633, on
constate l'existence, non seulement d'une chapelle, mais aussi de reliques à Gemilly,
en face d'Albertville; puis une chapelle à Verrens, en 1730.
L'aire de Tarentaise comprend Saint-Marcel et Landry. Le culte remonte assez
haut puisque, par son testament en date des calendes d'août 1283, l'archevêque
Pierre III, inscrit plus tard au nombre des saints, légua à la chapelle du château de
Saint-Jacques (située sur Saint-Marcel et qui appartenait aux archevêques) un
psautier, deux bréviaires anciens et une châsse (textani) en argent contenant des
reliques de saint Théodule; ces reliques restèrent dans la chapelle jusqu'à la démolition du château, probablement en 1615, par ordre de Charles-Emmanuel Ier. A ce
moment, les objets sacrés de la chapelle furent transférés à l'église paroissiale de SaintMarcel 2; une visite pastorale de 1630 signale dans cette église une chapelle dédiée à
saint Théodule, mais sans faire mention des reliques; l'abbé Burlet note bien la date de
cette visite, mais ignore à la fois le testament de Pierre III et l'existence des
reliques. Au XVIIIe siècle, la chapelle de saint Théodule est richement dotée et les
paroissiens offrent des gâteaux devant la porte de l'église 3; enfin, l'existence de ces
reliques à Saint-Marcel est encore affirmée pour l'année 1884 par E. L. Borrel 4.
Pour Landry, on n'a qu'un passage de la visite pastorale de 1630 qui indique
une chapelle consacrée à saint Théodule dans l'église 5; il y faut peut-être voir un
prolongement du culte auparavant localisé à Saint-Marcel.
Il n'est pas évident que l'aire de Tarentaise soit une extension de l'aire des hautes
vallées du Giffre, de l'Arve et de l’Arly; non seulement les dates et les limites des
diocèses s'opposent à cette hypothèse, mais aussi la configuration géographique.
Il me paraît plus probable que le centre tarin a été déterminé soit par des rapports
personnels de quelque archevêque de Moûtiers avec ses confrères de Sion ou de Genève,
soit par un mouvement populaire qui, venu du Valais par le Grand-Saint-Bernard,
est ensuite remonté par Morgex et a redescendu le Petit-Saint-Bernard, voies de
pèlerins très fréquentées au moyen âge 6.
1
2
Document découvert par M. Burlet.
BORREL : Monuments de la Tarentaise. Paris,
PEROUSE : Paroisses rurales, p. 66 et note 2.
4
BORREL : loc. cit.
5
B U RELT : Culte de Dieu, etc., p. 251.
3
6
E.-L.
1884, p. 142.
A moins qu'il ne s'agisse en Tarentaise de saint Théodule de Sienne ?
18
— 274 —
Quoi qu'il en soit, le mouvement du nord-ouest au sud-est indiqué ci-dessus
pour la première aire trouve son parallèle en Chablais et dans les Bauges. La voie
qui suit le Léman est jalonnée par des chapelles de saint Théodule à Lugrin, signalée
en 1624 comme ancienne, à Thonon dès 1413 et à Genève en 1494, où le culte de saint
Théodule a pu aussi parvenir par le pays de Vaud, région pour laquelle M. Stückelberg
a réuni les documents.
Cette observation vaut aussi pour Thonon: si le culte avait suivi le Léman, on
constaterait, je crois, davantage de chapelles dans les paroisses riveraines. Or, Thonon
est aussi l'aboutissement d'une voie qui, venant du Valais par Monthey et le col de
Morgins, débouche à Châtel qui a saint Théodule pour patron de paroisse dès sa fondation. Le culte est encore certifié comme en honneur en 1438 et a pris fortement
racine au moins vers la fin du moyen âge à la Chapelle-d'Abondance, autrefois
Chapelle-des-Frasses, où les visites pastorales de 1606, 1622 et 1624 le signalent
comme encore vivace ; un appendice au procès-verbal de 1606 déclare que « la chapelle
de sainct Théodole de Chastel est unie avec La Chapelle de la Frasse et qu'on n'y
confère aucuns sacrements »1, il semble donc qu'un seul desservant avait à célébrer
dans les deux sanctuaires consacrés au même saint.
La chapelle dédiée à saint Théodule au hameau de Charny, paroisse d'Abondance,
paraît plus récente. Le procès-verbal de la visite pastorale de 1606, consulté par le
chanoine Rebord, n'en parle pas encore; ceux de 1622 et de 1624 la mentionnent en
passant; celui de 1665 dit expressément que la chapelle consacrée à ce saint a été
dotée le 27 août 1646 par Claude Blanc; Mgr. Piccard, qui a publié ce document 2,
ajoute en note que la chapelle (ou l'oratoire) existait encore en 1827, puisque cette
année on l'agrandit de six pieds. Depuis, elle semble disparue. Mais il est évident que,
malgré le silence du procès-verbal de visite de 1606, une chapelle consacrée à saint
Théodule au hameau de Charny a pu exister bien antérieurement et que Claude
Blanc l'a seulement dotée pour la remettre en état.
Plus récente encore semble avoir été la chapelle de Bernex, qui n'émerge qu'en
1654, ceci dit sous bénéfice des observations générales préliminaires.
Une quatrième aire, dont il est difficile de discerner en ce moment le centre de
dispersion, est formée par le Chablais méridional, le Faucigny moyen et les Bornes
septentrionales. Ni la direction des vallées, ni le filet des voies de communication,
ni la politique des seigneurs ou des autorités ecclésiastiques ne semblent fournir de
clef explicative. A ne s'en tenir qu'aux dates d'émergence historique, le lieu central
paraît avoir été Bonne, qui avec sa Vierge Noire et les sanctuaires environnants,
notamment des Voirons, a été anciennement un lieu de culte important. La chapelle
de saint Théodule à Bonne est signalée dès 1470. On trouve ensuite une statue du
1
2
REBORD : Visites pastorales, t. II, p. 9.
PICCARD : «La Chapelle d'Abondance»,
(1905), p. 67.
Mém. et Doc. de l’Académie chablaisienne, t. XIX
— 275 —
saint à repeindre en 1606 à Mégevette, dont il est patron avec St Nicolas (Rebord),
des chapelles à Bogève (1578 et 1606), Onion (1606), Mieussy (1554, 1606), Les Gets
(1670), Thiez (patronage avec N. D. en 1607, d'après Rebord), Scionzier (1554),
Nancy-sur-Cluses (selon Rebord, 1606), Brizon (paroisse filleule de Pontchy et qui a
saint Théodule pour patron, visite de 1606, Rebord), le Petit-Bornand (1607, 1610),
Etaux (1554; en 1606, elle est sans recteur ni revenu; Rebord), Arenthon (1606) et
Reignier (avant 1580, en 1606 et en 1679) ; enfin, entre Etaux et Annecy, on rencontre à
Villy-le-Peloux saint Théodule comme patron associé à Notre Dame en 1607 (Rebord).
Le report sur carte montre un ovale assez régulier; le problème à résoudre reste
entier. Le culte de saint Théodule a pu en effet venir à Bonne dans cette aire de
quatre directions différentes : du Valais par la vallée du Giffre, de Thonon, de Genève
ou d'Annecy.
Cette dernière ville possédait en effet dans l'église Saint-Maurice une chapelle
signalée en 1585; mais celle de Veyrier-du-Lac existait déjà en 1543 et celle d'Annecyle-Vieux en 1581. Il y avait donc là un noyau de culte qui a dû être important, puisque
Veyrier possédait en outre une confrérie de saint Théodule sur les attributions de
laquelle je ne sais rien de précis 1.
D'Annecy en Maurienne, la voie de piétons la plus fréquentée passait par les
Bauges et venait déboucher à Saint-Pierre-d'Albigny. Des chapelles consacrées à
saint Théodule la jalonnaient, comme on peut voir sur la carte; je suppose, simplement pour cette raison, mais sans avoir de documents historiques, que la cinquième
aire de dispersion est représentée par le noyau d'Annecy et ses prolongements vers le
sud, quoique certaines localités émergent chronologiquement plus tôt qu'Annecy:
d'abord Lathuile d'Entrevernes en 1464, puis en 1606, 1609 et 1717, avec un inventaire qui signale l'existence d'un « tableau avec son cadre, couleur rouge contenant
l'image de Nostre Dame, celle de saint Théodule et la troisième de saint Antoine ». Ce
même inventaire mentionne aussi des reliques : «plus dans le dit armoire est une bourse
rouge dans laquelle sont des reliques de saint Théodule avec une inscription et quelques
autres petits paquets de reliques sans authentique... » 2; ces reliques ne sont pas signa1
Les curés de Saint-Maurice d'Annecy et de Veyrier-du-Lac ont répondu à mon ami Cl.
Servettaz qu'ils ne possèdent aucun document sur le culte de Saint Théodule dans leur paroisse.
2
M. l'abbé Pollier, curé d'Entrevernes, a bien voulu m'écrire que la paroisse a été formée en
1717 par juxtaposition d'une partie de la paroisse de Lathuile et d'une partie, plus petite, de la
paroisse de Dhérée, aujourd'hui Duingt. Aussi dans la visite pastorale de 1609, la chapelle de
Saint Théodule est-elle dite, au chapitre de Lathuile, « chapelle de Saint Théodole d'Entrevernes,
sans recteur, attendu résignation»; c'était une chapelle rurale, et non une chapelle d'église
(M. Burlet a malheureusement omis, dans son catalogue, de faire cette sorte de distinction). Elle
se trouvait à une heure de marche environ de l'église de Lathuile, dans la montagne. Son empla
cement était dans le verger actuel de la cure et ses matériaux ont probablement servi à la construc
tion de l'église d'Entrevernes, en 1717. « II est regrettable, ajoute M. l'abbé Pollier, qu'on n'ait
pas continué cette dévotion et qu'on n'ait pas dédié un autel à ce saint dans la nouvelle église,
ce qui aurait été logique. »
— 276 —
lées par M. Burlet. On trouve ensuite: La Motte-en-Bauges, en 1580, Arith en 1633,
Le Noyer en 1581, Cimitrel (tombé de nos jours au rang de hameau) et Aillon le
Vieux en 1581, Sainte Reine en 1580. Dans cette série, Arith semble aberrant ou plus
récent. Enfin, à Cruet est signalée une chapelle de saint Théodule dès 1497.
Si l'on pouvait s'appuyer sur ces dates, il conviendrait peut-être de regarder le
noyau d'Annecy comme dérivé d'Entrevernes; et on pourrait peut-être rattacher
Cruet à l'aire de Plumet et Marthod. Seuls des documents d'archives pourront jeter
quelque lumière sur ce point spécial. De toutes manières, les dates les plus anciennes
sont jusqu'ici celles des extrémités de la voie des Bauges, Entrevernes et Cruet.
L'absence de tout sanctuaire à Saint-Pierre d'Albigny, centre important de cultes
populaires, ne laisse pas aussi d'étonner.
Une dernière aire, la sixième, a pour centre Chambéry, où se trouvait, dans le
trésor de la Sainte Chapelle, un reliquaire décrit par l'inventaire de 1483:
« Un reliquaire figurant le bras et la main de saint Théodule (sancti Theodoli),
dans lequel est une portion du bras de ce saint; sur le piédestal est écrit bracchium
sancti Theodoli episcopi et confessons, avec quelques pierres précieuses, le tout en
argent doré 1. »
II n'est plus fait mention de ce reliquaire, ni des reliques, dans l'inventaire de
1542. C'est entre ces deux dates qu'émergent dans les documents historiques les
chapelles de Montagnole, avec confrérie de saint Théodule, en 1494; de Vimines, en
1497; de Saint-Jean-d'Arvey en 1497; de Tresserve près Aix, même année; alors
que la chapelle, avec confrérie, de Barberaz n'apparaît qu'en 1550. Il y a eu certainement une raison pour déterminer de telles localisations, peut-être l'influence d'une
famille noble qui honorait spécialement saint Théodule. Vers l'ouest, le cercle ainsi
formé était jalonné par la chapelle de la maladrerie du Bourget, signalée dès 1493
(et non 1497 comme dit M. Burlet) dans un procès-verbal de visite, qui dit qu'on
voyait dans la maladrerie fondée par Odon de Luyrieux «une chapelle neufve en
l'honneur de saint Ours, de saint Avre et de saint Théodule 2. »
La création de confréries de saint Théodule à Montagnole et plus d'un siècle
plus tard à Barberaz est un fait curieux à signaler. On ignore totalement quel était
leur but et pourquoi ce saint a été choisi par elles comme patron. M. Pérouse, l'érudit
archiviste du département de la Savoie, a bien voulu faire à mon intention des recherches sur ce point. Il m'écrit qu'il a fouillé et cherché un peu partout, mais en vain:
«les documents dont je dispose, dit-il, ne sont guère que des actes officiels ou notariés... le seul texte qui vous intéresse que j'aie rencontré et qui concerne la confrérie
de Barberaz est un acte du XVIe siècle tout bonnement relatif à la mise en valeur des
1
A. FABRE : Le Trésor de la Chapelle des Ducs de Savoie, lre édition. Vienne, 1868, p. 58.
BURNIER : Le Château et le Prieuré du Bourget. Chambéry, 1864, p. 197. On remarquera que
le saint principal au Bourget était saint Maurice; que Saint Ours (de Soleure) et Saint Théodule
appartiennent aussi au cycle thébéen, mais non Saint Avre (voir au 25 octobre).
2
— 277 —
vignes qu'elle possédait ». Peut-être a-t-on le droit de supposer que saint Théodule
a été choisi et invoqué à la suite d'une série d'orages qui avaient abîmé les récoltes
dans la région de Chambéry. On peut à ce propos signaler que, selon le procès-verbal
de la visite de 1606, la confrérie du Saint-Esprit de Bellecombe-en-Bauges « s'exerçait
le jour de Pentecoste et saint Théodule »1.
Complètement isolée est jusqu'ici en Maurienne la chapelle de saint Théodule
à Montgellafrey, au surplus signalée seulement au XVIIIe siècle (Burlet).
On pourrait par contre attribuer à l'influence diocésaine genevoise la fondation
des chapelles de Chêne en Semine (visite de 1581) et de Jonzier-Epagny, où (selon le
procès-verbal de la même année) « le curé était tenu à dire grand'messe, matines et
vêpres en l'honneur du saint le jour de sa fête 2. »
III
Quoique, comme organisateur du culte des martyrs de la Légion Thébéenne,
l'évêque d'Octodurus ait été englobé dans la même catégorie hagiographique que
saint Maurice et ses compagnons plus ou moins historiques (Candide, Exupère,
Victor, Vital, Ours, etc.), saint Théodule n'est pas un saint militaire. Ce fait est très
important pour l'intelligence du culte qu'on lui a rendu non seulement en Suisse,
mais aussi en Savoie.
Il se peut que la diffusion du culte de saint Maurice ait contribué à celle de saint
Théodule. J'ai donc cherché à déterminer les cas de coïncidence en Savoie des deux
cultes ; car saint Maurice fut dès le Xe siècle l'un des saints le plus répandus en Savoie
dans tous les diocèses, et devint en 1603 le patron particulier de la Maison régnante.
Il arrive souvent que certaines chapelles intérieures sont dédiées à deux ou
plusieurs saints; des associations de ce genre sont par exemple fréquentes en Savoie
pour saint Sébastien et saint Roch, ou saint Antoine, contre la peste; et ceci pour
des raisons non pas liturgiques, mais prophylactiques populaires. Mais l'association
de saint Maurice et de saint Théodule n'est signalée nulle part, soit dans le catalogue
de M. Burlet, soit dans les visites pastorales.
C'est aussi que saint Maurice est un saint militaire, invoqué par les gens d'armes,
les seigneurs, les hauts barons, ainsi que par les cités qui redoutent d'être prises
d'assaut et pillées; au lieu que saint Théodule est dès les débuts, en sa qualité de
pieux évêque, un saint pacifique qu'invoquent ceux qui vivent de la paix, non de la
guerre, à savoir les cultivateurs et les bergers.
L'attribut par excellence de saint Théodule était la cloche. « II n'est point de
1
2
: Visites pastorales, t. II, p. 79.
Ibid., t. I, p. 22 et 43; t. II, p. 347.
REBORD
— 278 —
légende plus étrange, ni de plus populaire que celle de la cloche de saint Théodule 1.
Ce prélat étant à Rome, le Saint-Père lui fit présent d'une cloche. Comment traverser
les monts ? Théodule, qui passait pour un thaumaturge, recourut à un singulier
moyen. Il força, dit-on, le diable d'apparaître et le somma de rendre saine et sauve la
cloche à Sion. Il en coûta beaucoup de sueurs au prince des légions infernales; mais
la cloche devança le prélat et arriva à son but. Aucun acte du démon n'a été consacré par un aussi grand nombre de monuments que celui-là: médailles et monnaies
d'or, d'argent et de cuivre, frappées à tous les âges, en perpétuent le souvenir (fig. 3).
L'église de Saint-Théodule, à Sion, offre de curieuses sculptures, représentant quatre
épisodes du voyage pendant lequel l'esprit subtil, asservi à la puissance épiscopale,
dut lui servir de portefaix. La cloche de saint
Théodule n'est point un mythe. Après avoir
longtemps séjourné au clocher de l'église de
Sion, elle se fendit. Les fragments en furent
conservés comme reliques. Pas une cloche ne se
fondait dans tout le diocèse sans qu'un petit
morceau de la cloche sainte ne fût jeté au creuset
pour infuser à la nouvelle quelques-unes de ses
vertus. En 1491, l'église Saint-Etienne, à
Moudon, en reçut une particule avec solennité.
Quelques autres églises vaudoises et fribourgeoises furent également favorisées par le chapitre sédunien, qui leur envoya de ces paillettes
d'airain, aussi prisées alors que le serait aujourd'hui la limure des chaînes de saint Pierre 2. »
Des documents publiés par feu Gonthier 3, il
ressort qu'au XVIIe siècle, dans le diocèse de
Genevois, du métal de la cloche de saint Théodule passait pour préserver de la foudre.
Quand Raverat nous dit que saint Théodule était le protecteur attitré des
bergers sur les flancs du Buet, il ne rend l'idée primitive que très atténuée; en fait,
ce ne sont pas les bergers quittaient protégés, mais bien les pâturages qui se trouvaient
dans le rayon d'accès des sons de la cloche de la petite chapelle de saint Théodule.
Cet aspect du culte rendu à saint Théodule en Savoie fournit la clef cherchée. Si,
en effet, il avait été simplement un protecteur des bergers, on aurait dû
constater une répartition géographique identique à celle des pâturages, exception
1
On a déjà dit ci-dessus qu'il y a eu confusion populaire entre deux évêques du nom de
Théodore-Théodule.
2
BLAVIGNAC : La Cloche, Paris, 1877, p. 235-236.
3
GONTHIER : Œuvres historiques, t. I, p. 418, 495 (d'après Burlet, Culte de Dieu, p. 249.).
4
DE PALEZIEUX DU PAN , Numismatique de l’évêché de Sion, Rev. suisse de Num., t. XIV, 1908,
p. 302, n° 80.
— 279 —
faite des régions qui possédaient déjà un protecteur attitré des troupeaux comme
saint Antoine, saint Guérin, saint Grat, etc. Or, il n'en est rien. Le culte s'est répandu
non pas seulement dans les régions à pâturages, mais aussi dans les vallées, et même
surtout dans des régions riches. Si on se reporte à une carte économique de la Savoie,
en tenant compte des données telles qu'elles se présentaient aux XIIIe -XVIIIe
siècles, on voit que saint Théodule a été surtout invoqué dans les régions où la grêle
et la tempête peuvent abîmer, et abîment souvent, les récoltes de céréales et les
vignobles d'une part; où, d'autre part, des orages violents peuvent produire des glissements de terrains et la destruction des prés, et leur dérochement par inondations.
Flumet, Bonne, Cruet, Chambéry, etc., sont des localités où les orages déterminent
des cataclysmes graves; les hautes vallées de l'Arve et du Giffre, l'aire ovaloïde du
moyen Faucigny, la ligne Entrevernes-Saint-Pierre-d'Albigny sont des régions
à grêle et à ouragans. C'est contre ces risques atmosphériques qu'on invoquait saint
Théodule, en faisant sonner une cloche qui possédait un pouvoir tout spécial, identique à celui de la cloche de saint Ruph 1.
J'avoue qu'aucun texte savoyard, sauf deux indications très brèves sur la cloche
de saint Théodule, ne supporte cette interprétation. Je n'en vois pas de meilleure,
pourtant; et je ne suis pas le premier à avoir été frappé par l'anomalie que paraît
présenter l'extension en Savoie du culte de ce saint:
Charles-Auguste de Sales, en racontant, de la manière charmante qu'on sait,
la Vie de son oncle, cite parmi les saints qu'il « a voulu estre celebrez en son diocèse
d'un service particulier, selon les vieilles ou nouvelles coustumes: en aoust, le dixseptiesme jour, sainct Theodule, confesseur pontife, qui a présidé tres-heureusement
à la prochaine Eglise de Sion, avec une merveilleuse saincteté de vie, et duquel la
mémoire est partout très celebre ès provinces des Allobrogies pour la multitude et
fréquence de ses miracles; office demy-double 2. »
Cette prescription, avec sa justification, fut introduite dans les Constitutions
synodales du diocèse de Genève; on peut donc lui attribuer la fondation d'un certain
nombre de sanctuaires consacrés à saint Théodule au début du XVIIe siècle, soit par
des particuliers, soit par des prêtres qui tenaient à obéir aux injonctions de leur saint
évêque. Mais cette influence «savante» a été relativement faible; elle n'a pu avoir
d'action que parce qu'une dévotion vraiment populaire existait préalablement, basée
sur de nombreux miracles dont nous ignorons la nature, mais qu'on doit supposer
agraires et non pas médicaux.
Ces fondations se sont continuées au cours du dix-septième siècle et pendant une
partie au moins du dix-huitième, comme on peut voir en se reportant aux dates
d'émergence historique données ci-dessus. Mais l'influence liturgique et épiscopale a
1
Pour la théorie générale des cloches prophylactiques, voir G. BELLUCCI : La Grandine nell’
Umbria. Perugia, 1903.
2
Charles-Auguste de SALES : Histoire, etc. Paris, Vives, 1870, t. I, p. 374 et 375.
— 280 —
certainement cessé très tôt: déjà dans l'édition publiée en 1668 par Mgr. d'Arenthon
d'Alex des Constitutions synodales de saint François de Sales, on trouve au mois
d'août la fête de saint Théodule comme une « feste de dévotion », non plus comme une
« feste de commandement 1. »
II faut ajouter que la Saint-Roch, dont la fête tombe également le 16 août, est
dans ce texte située aussi au rang des simples fêtes de dévotion, alors qu'aux XVe
et XVIe siècles c'était une fête de commandement, à
cause de la peste. A ce propos, on remarquera que
malgré la coïncidence des dates, il n'y a pas eu confusion ni convergence entre le culte des deux saints.
Nulle part des oratoires ou des chapelles intérieures
n'ont été normalement partagés entre eux comme
entre les saints Fabien et Sébastien ; et, pour autant
que j'aie pu me renseigner, nulle part l'un des rituels
n'a réagi sur l'autre. Les attributions des deux saints
étaient vraiment trop différentes; il ne paraît même
pas que saint Théodule ait été invoqué contre les
épidémies des bestiaux.
D'ailleurs, l'association de saint Théodule avec
la Vierge ou avec un autre saint au XVIIe siècle
dans une même chapelle ou à un même autel ne doit
pas être regardée comme une combinaison de cultes
populaires: elle est due simplement à des règlements
d'ordre intérieur, si, je puis dire, surtout financiers.
En lisant les procès-verbaux des visites pastorales, et
surtout de celles de saint François de Sales, on constate
qu'en bons administrateurs, les évêques ont uni les
fondations pieuses dont chacune isolément était
devenue insuffisante. Et si, comme cela arrive souvent
au début du XVIIe siècle pour des saints anciens, ou
dont le rôle commençait à diminuer (sainte Madeleine
des lépreux, saint Antoine du feu des ardents, etc.),
les revenus affectés au culte par des donateurs morts
dès longtemps ou dont les héritiers avaient disparu ou s'étaient appauvris, tombaient
à zéro, le visiteur donnait un délai de restauration, après lequel la chapelle était «
rasée » et le culte spécial aboli.
Cette règle générale s'est un peu moins appliquée à saint Théodule qu'à d'autres
saints, précisément parce que saint François de Sales désirait que son culte fût
maintenu. A Mégevette et à Passy, il ordonne, en 1606, de « repaindre son image »2,
1
2
Constitutions synodales. Annecy, Jacques Clerc, 1668, p. 61.
Cf. REBORD : Visites pastorales, t. II, p. 417, 488.
— 281 —
à Flumet, la même année, lors de la consécration par lui-même de la nouvelle église,
il réglemente son culte 1. Mais dans de nombreux cas, il n'y avait plus rien à faire et
le procès-verbal se contente d'enregistrer le transfert du culte de saint Théodule à
la chapelle ou à l'autel consacrés à un autre saint: saint Grat à Aillon et à SainteReine, en 1606; saint Roch à Veyrier, en 1606 et à la collégiale d'Annecy, en 1610;
saint Claude à Mégève, en 1606; saint François d'Assise à Mieussy, en 1606; saint
Pierre au Petit-Bornand, en 1607; saint Blaise à la chapelle d'Abondance, en 1606 2.
Bien mieux, le processus a même été appliqué à des saints plus récents. C'est ainsi
qu'à Arenthon, qui a pour patron saint Théodule, existe dans l'église, selon M.
l'abbé Lyonnaz, curé d'Arenthon, à qui je dois ces renseignements, « un reliquaire qui
renferme des reliques de saint Théodule, de saint Sébastien et de saint François de
Sales ; le reliquaire est surmonté de trois bustes représentant les trois saints susnommés. Le jour de la fête patronale, le 18 août (au lieu du 16) ce reliquaire est exposé
à la vénération des fidèles. D'après la tradition dans la paroisse, saint Théodule est
invoqué pour guérir le flux de sang ». M. Lyonnaz n'a pas trouvé de documents
sur la date à laquelle saint Théodule est devenu patron d'Arenthon 3. On voit qu'à deux
saints anciens a été annexé un saint du dix-septième siècle; mais comme ce saint
est fêté le 29 janvier et que la fête de saint Sébastien, protecteur contre la peste,
tombe depuis un temps immémorial au 20 janvier, on ne saurait attribuer à cette
concentration le changement de date.
Le mécanisme de concentration a également agi sur les chapelles « hors l'église »
et sur les petits oratoires que la dévotion populaire tendait à délaisser. C'est ainsi
que la chapelle de saint Théodule située sur le territoire de la paroisse de Samoens
au lieu dit du Crest de Guibert fut abandonnée vers la fin du XVIe siècle et le culte
de saint Théodule uni au maître-autel de l'église paroissiale avant 1606 4. De même
s'expliquerait peut-être cette anomalie de saint Théodule co-patron avec Notre-Dame
des paroisses de Thyez en 1606 et de Villy-le-Peloux en 1610 5 . On voit aussi à
la Motte-en-Bauges le culte de notre saint transféré à l'autel de l'Annonciation de la
Vierge en 1606 6; on peut supposer que cette annexion était destinée à satisfaire
partiellement aux réclamations des hameaux.
Ce furent là les premiers symptômes d'un processus d'effacement du culte d'un
saint qui a eu dans certaines régions de la Savoie pendant le moyen âge une grande
renommée, mais qui est de nos jours entièrement sorti de l'usage et de la mémoire
1
Ibid., p. 297.
Ibid., p. 11, 602, 732, 28, 414, 428, 496, 8. Ce sont des dates extrêmes; l'union a pu se faire
plusieurs années auparavant.
3
Le saint est représenté à l'église sur un vitrail moderne exécuté par la maison Bessac, de
Grenoble, et par une statue de terre cuite qui n'a rien de particulier (Lyonnaz).
2
4
5
6
REBORD
: Visites pastorales, t. II, p. 612.
Ibid., p. 668 et 750.
Ibid., p. 449
— 282 —
populaires. Sur plus de quatre cents communes touchées par mes Questionnaires
ou mes enquêtes directes et indirectes, fort peu fournissent sur le culte de saint
Théodule des renseignements contemporains, alors que pour saint Antoine, par
exemple, la masse des matériaux recueillis est considérable.
M. l'abbé Adolphe Buclin, curé de Lathuile, dont Entrevernes dépendait avant
1717, m'écrit qu'il n'existe dans son église ni reliques de saint Théodule, ni ex-votos
en son honneur; M. l'abbé Pollier, curé d'Entrevernes, dit aussi que le tableau et les
reliques signalés par l'inventaire de 1717 (date de la séparation de Lathuile et d'Entrevernes et de l'érection de cette dernière localité en paroisse) ont disparu1; «les vieux
de la paroisse ne savent rien de cette dévotion ancienne dans leur village ». Les curés
de Mieussy, de Scionzier et d'Etaux n'ont pu fournir aucun renseignement sur le
culte de saint Théodule ; rien non plus pour Bogève, d'autant plus que tous les vieux
documents de la cure ont été incendiés par la foudre.
A Bernex aussi, le culte semble complètement disparu, au témoignage de
M. l'abbé Sermet, curé de cette paroisse: « Pendant longtemps il y a eu à Bernex,
au sommet du col qui conduit en Suisse et à Novel, à deux bonnes lieues du chef-lieu,
une chapelle dédiée à saint Théodule, apparemment construite par les soins des barons
de Blonay, propriétaires de toutes les montagnes sises au pied de la Dent d'Oche.
En temps de sécheresse, les pâtres et paysans s'y rendaient en pèlerinage et mes vieillards racontent qu'entre 1840 et 1850, lors d'une dernière procession, les prières de la
paroisse avaient été si vite et si bien exaucées qu'après de longs jours d'une chaleur
torride et sans eau, alors qu'aucun nuage ne paraissait encore à l'horizon, une pluie
torrentielle s'abattit sur les pèlerins avant qu'ils n'eussent atteint le pied de la
montagne ; et le porteur de gonfalon dut recourir à toute son énergie pour empêcher la
rupture des rangs qu'il put maintenir jusqu'à l'église.
« Blonay a passé et ses montagnes appartiennent à une société qui englobe
toute la commune. Mais la chapelle est tombée de vétusté; j'en ai constaté les rares
débris (quelques pierres de taille, une pièce de bois vermoulu) au milieu d'un petit
pierrier. Mon prédécesseur avait pensé la restaurer. Entre 1880 et 1890, il y fit
monter du sable dans les tabliers des jeunes filles et de la chaux sur les épaules des
jeunes gens... Pourquoi le projet échoua-t-il, je l'ignore. Et je ne pense pas que jamais
il revienne sur l'eau. »
II en est de même de la chapelle du Buet, que des amis ont vainement cherchée
aux environs de la Pierre à Bérard pendant l'été de 1924, et sans doute de la grande
majorité des autres chapelles consacrées jadis à saint Théodule. Pourtant mon
enquête est loin d'être complète; et je serais heureux de recevoir des renseignements
nouveaux, même négatifs. Tout, dans une enquête systématique comme celle-ci
peut être utile; le moindre petit fait peut mettre sur la voie d'une explication.
1
Voir ci-dessus, p. 275, note 2.
— 283 —
C'est ainsi qu'un passage de la lettre de M. l'abbé Sermet prouve qu'au cours
des siècles les attributions de saint Théodule se sont compliquées. Au début, comme
en témoigne la légende de la cloche, le saint est uniquement invoqué contre les orages,
la foudre et la grêle, donc aussi contre les pluies persistantes. Mais c'est une règle
générale, dans le rituel populaire météorologique, qu'on peut invoquer un même saint
pour deux phénomènes contraires. J'ai étudié ailleurs1 les rites de pluie et de sécheresse en Savoie et l'activité dans ces
deux sens opposés a été notée pour
saint Concord à Lémenc, N.-D. de
Bonne Nouvelle à Villargondran, N.-D.
de Briançon en Tarentaise, sainte Anne
aux Aravis, N.-D. de Compassion à
Belleville en Tarentaise; il convient
donc d'adjoindre à cette liste saint
Théodule, au moins à Bernex. Il se
pourrait que ce soit à cette catégorie
spéciale de « miracles » que faisait allusion saint François de Sales et non
pas seulement à la protection contre
la grêle.
Pour évaluer scientifiquement
l'extension du culte de saint Théodule
en Savoie, il faudrait, à la carte ici
reproduite, comparer celles de l'extension des cultes de sainte Agathe et de
sainte Barbe, et même des cierges de la
Chandeleur, qui tous ont des rapports
directs avec le mécanisme de
protection contre la foudre et l'orage.
La répartition géographique du culte
de sainte Agathe a été étudiée précédemment: on a discerné en Savoie
deux noyaux principaux, celui de
Queige dans la vallée de Beaufort et
celai de Rumilly. Or saint Théodule n'apparaît dans aucune des régions dévolues
à sainte Agathe et réciproquement. L'existence de reliques de ces deux saints, et
d'un grand nombre d'autres, à Chambéry et à Saint-Maurice-d'Annecy n'entre
naturellement pas en ligne de compte : c'étaient des capitales où il était naturel de
centraliser les divers cultes ruraux.
1
Notes comparatives de Folklore savoyard. Chambéry, Dardel, 1921, p. 18-23.
— 284 —
Mon enquête sur sainte Barbe n'est pas terminée. Les documents d'archives
ne conduisent pas au-delà de 1458 (Granier en Tarentaise) et 1459 (église des Dominicains à Chambéry) ; l'inscription des chapelles à sainte Barbe se fait au XVIe siècle
pour huit paroisses sur douze dans le diocèse de Genevois; au XVIIIe pour dix sur
treize en Tarentaise ; pour six sur sept en Maurienne. Sous bénéfice des remarques
préliminaires, le culte de sainte Barbe en Savoie semble donc beaucoup plus
récent que celui de saint Théodule. Pourtant, le culte de sainte Barbe est l'un des
plus anciens et des plus répandus de l'Europe. L'hypothèse se présente que la
sainte a pu remplacer, comme protectrice contre la foudre, le saint valaisan; mais
comme la coïncidence ne porte que sur les paroisses de Gémilly, Mégève et Passy, et
que d'ailleurs les deux saints ne se rencontrent pas associés dans une même église
(comme c'est souvent le cas par exemple pour saint Sébastien et saint Roch, tous deux
invoqués contre la peste), on ne signale ici cette hypothèse que comme une pierre
d'attente.
Le remplacement des personnages aurait d'ailleurs exigé un remplacement de
dates: saint Théodule se fête le 16 août, en plein été et semble surtout, par suite,
être le protecteur des moissons à faire ou des gerbes, des meules et des granges,
selon le climat et l'altitude. Par contre, sainte Agathe tombe au 5 février, soit à la fin
de l'hiver; et sainte Barbe au 4 décembre, soit au commencement de cette saison.
Si sainte Agathe et sainte Barbe sont invoquées contre les incendies (y compris ceux
que détermine la foudre), c'est uniquement à cause d'un thème particulier de leur
légende: le voile de la sainte à Catane pour la première et la mort de son père,
foudroyé par le feu du ciel, pour la seconde. Leur culte spécial a donc une origine
littéraire. Par contre, il n'y a dans le culte de saint Théodule d'autre élément légendaire que le motif de la cloche, qui n'a servi qu'à justifier une croyance populaire
antérieure dans la force magique directe du son des cloches contre les nuages de
foudre et de grêle.
Isolée semble la pratique en usage à Arenthon d'invoquer saint Théodule contre
le flux de sang.
Il se pourrait que pour comprendre le culte de saint Théodule en Savoie, on
doive plutôt étudier parallèlement les autres protecteurs invoqués au mois d'août.
Cette comparaison nous entraînerait ici trop loin; il suffit de signaler que de grands
pèlerinages avaient lieu en Savoie le 5 août à N.-D. de Vie et à N.-D. des Neiges;
le 15 août, jour de l'Assomption, à N.-D. de Grâce (ou de Confort), ainsi qu'à de
nombreuses Notre-Dames locales. Ce qu'on demandait surtout, c'était la préservation
des récoltes, donc aussi une garantie contre la foudre et l'incendie. Il se peut qu'il y
ait eu contamination du 15 au 16 août, fête de saint Théodule, problème spécial
qui sera étudié à propos des cultes locaux en Savoie de la Sainte Vierge.
— 285 —
NOTE
ADDITIONNELLE
On a rappelé ci-dessus que l'évêque d'Octodurus a « découvert » le corps de
saint Maurice et de ses compagnons et fondé leur culte. Les recherches récentes de
M. de Manteyer sur les origines orientales des saints de la région des Alpes françaises1
ont résolu le problème si discuté de celles du culte de saint Maurice et de la Légion
dite thébaine ou thébéenne. Comme ce culte intéresse à la fois la Suisse et la Savoie,
il importe de signaler ici, à propos de saint Théodore, le résultat des recherches de
M. de Manteyer.
Un premier fait qui se dégage est que seule la ville de Lyon a possédé des martyrs
en nombre suffisant pour n'avoir pas besoin d'en chercher ailleurs; toutes les autres
cités des Alpes, Marseille, Toulon, Arles, Avignon, Gap, Grenoble, etc., en étaient
démunies et se sont procuré des martyrs en Afrique, en Egypte, en Asie Mineure
soit directement (d'où les légendes de débarquement miraculeux sur les rives de la
Méditerranée), soit indirectement par Rome, qui elle-même en avait fait venir pour,
par ce procédé d'emprunt, augmenter sa propre sainteté et constituer, si l'on peut
dire, un stock d'exportation de reliques.
Ce fait général était connu: mais ce qu'il y a de nouveau dans le mémoire de
M. de Manteyer, c'est l'analyse du mécanisme et la possibilité qu'il a découverte
dans les martyrologes et autres catalogues des premiers siècles du christianisme, de
dater la plupart des emprunts alpestres avec une grande sûreté. Or, Rome et Lyon
étant les seuls centres assez riches en martyrs pour jouir d'un prestige universel,
d'autres villes éprouvèrent le désir de devenir des centres du même ordre à leur tour.
En vertu de cette tendance, saint Ambroise, en attendant qu'il devînt un grand saint
à son tour, « découvrit » en 386 à Milan les martyrs Protais et Gervais, auxquels
fut adjoint Celse; cet exemple est suivi par Théodore d'Octodurum qui « découvre »
six corps qu'il transforme en martyrs militaires; Eusèbe, évêque de Bologne, trouve
aussi des martyrs surgis du sol. Vers la fin du IVe siècle, les églises des Gaules manquaient toutes de martyrs; elles s'en procurèrent soit par le procédé direct indiqué
à l'instant, soit, comme j'ai dit, par des importations: Jean Cassien revenant de
Palestine ou d'Egypte apporte saint Victor à Marseille; saint Honorat revenant
d'Italie amène saint Magne de Cappadoce, saint Basile de Bologne, saint Pancrace,
prétendu évêque en Sicile, saint Tropez martyrisé à Pise. Et Rome fait cadeau à
Arles, par mesure politique, d'un martyr Trophime qui n'est qu'une mauvaise
lecture d'un martyr Serapion, et d'un martyr Respice, qui est la déformation
graphique du martyr Orfasius.
1
G. DE MANTEYER : « Les origines chrétiennes de la IIe Narbonnaise, des Alpes Maritimes et
de la Viennoise», Bulletin de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes, t. 43. Gap, 1924. Pour Saint
Maurice, cf. p. 121-126.
— 286 —
De même, l'évêque Théodore a fabriqué de toutes pièces à Octodurus un centre,
ensuite transféré à Sion, de culte des martyrs; mais il l'a fait avec envergure, puisqu'il en a « découvert » six d'un coup. Ce sont Maurice, Exupère, Candide, Victor,
Innocent et Vital. En se reportant aux catalogues des martyrs, on constate qu'aucun
des cinq compagnons de Maurice ne s'y trouve. M. de Manteyer a donné la liste des
martyrs d'Apamée, de Nicopolis, etc., et dressé un tableau de tous les passages consacrés aux 10 et 11 juillet, au 2 et au 14 février, qui comprennent le nom de Maurice;
il est arrivé ainsi à restituer un Candelus qui est le point de départ du Candide
d'Agaune et mieux que cela, à découvrir dans le martyrologe hiéronymien, au
14 février, les autres compagnons de Maurice; mais dans les graphies des trois
manuscrits (d'Epternach, de Berne et de Wissembourg), il y a de telles déformations,
et même, si l'on ose dire, de tels coqs-à-1'âne, que l'identification eût été impossible
si l'on n'avait eu que l'un ou l'autre de ces manuscrits.
Je renvoie aux textes donnés in extenso par M. de Manteyer. Le résultat des
comparaisons donne : Victor vient d'une déformation de lector, accolée au prototype
de Maurice, dont je reparlerai ; Candidus est l'arrangement d'un martyr KandidosCandelus qui était le chef de file d'une série indiquée dans le Syriaque au 12 février;
un certain Agathon avait la qualité d'exorciste ; orciste est tombé et ex. a donné
exercitus d'une part (d'où saints militaires) et Exuperius de l'autre; Innocent est
identique à Vincent d'Interamnées sur la voie flaminienne (basilique dédiée dès le
IVe siècle); Vital est celui de Spolète; c'était un soldat; il est indiqué comme martyr
à Alexandrie en compagnie de 44 ou de 84 compagnons, qui sont devenus mille
quatre-vingt-quatre par abréviation de mil(ites). Ainsi la « légion » se fait par erreurs
de graphies accumulées et le caractère militaire est transposé de l'exorciste Agathon
et du soldat Vital à tout le groupe dit d'Agaune.
Le plus curieux est que le chef même de la Légion, Maurice, n'était même pas
soldat et ne faisait pas partie du groupe des martyrs militaires d'Alexandrie. Les
manuscrits cités donnent la série Moyseos, Mosyeos, Morseios; et quand tout le groupe
du 14 février fut transposé au 10-11 juillet, la graphie devint Maurici(us) Ce
nom est partout accompagné de l'épithète de lector; ce Moïse, devenu Maurice, était
lecteur (de l'Evangile) à Alexandrie; on a en fait le chef des soldats martyrs probablement sur l'erreur de lecture victor, ensuite personnifiée en saint Victor.
Telles sont les conséquences d'une rigoureuse comparaison des textes. Mais il
reste pourtant un problème: en relisant, grâce à M. de Manteyer, ces listes de martyrs
dans les trois manuscrits, je constate la coexistence d'un grand nombre d'autres
martyrs qui auraient, à ce qu'il semble, aussi bien fait l'affaire de Théodore, par
exemple toute la série:
In Alexandria Natl. scorum Basiani. Tonion. Moyseos. Bassion. Dionisius
et Arimonius. Arphasi.
— 287 —
Cette série se trouve dans le manuscrit de Wissembourg; dans celui d'Epternach,
Morsieos est accolé à Basianos et à Cyrion prêtre; dans celui de Berne, à Cyrion prêtre,
Bassion et Agathon exorciste. Comment se fait-il que l'évêque Théodore n'ait pas
tranquillement pris la série complète, plutôt que de choisir ses martyrs de droite et
de gauche ? C'est, dira-t-on, que la liste qu'il utilisait, ou qu'il avait apprise par
cœur, ou qu'on lui avait communiquée à Rome ou ailleurs, comportait une autre série
que celle des manuscrits que nous possédons.
Sans doute, il a dû y avoir quelque raison de cet ordre, sinon d'un ordre tout
différent: si on se reporte aux leçons du 10 et du 11 juillet, où le nom Mauricius est
bien net, les collègues du martyr sont différents encore des cinq compagnons d'Agaune; il y a notamment un Théodore ou Theodole (ms. de Berne) qui aurait dû, à ce
qu'il semble, inspirer à l'évêque du même nom la série Léonce, Mellitus, Anicet,
Gorgonius, Jason, etc.
C'est peut-être ce rapprochement qui donne la clef du problème : nous ne possédons pas, naturellement, tous les catalogues de martyrs qui ont circulé au temps de
Théodore d'Octodurus: il se pourrait qu'il ait emprunté ses six saints à une série où
se trouvait inscrit aussi le martyr dont il portait lui-même le nom. Je soumets cette
hypothèse à M. de Manteyer, à défaut de mieux; car elle ne résout pas absolument
le problème de la juxtaposition bizarre des six martyrs d'Agaune.
TROIS TAPISSERIES DE BRUXELLES
W.
DEONNA.
héritiers de Mme Prévost de La Rive ont généreusement fait don
au Musée de trois tapisseries du XVIe siècle, à personnages, formant
suite1 (fig. 1-3). La marque B. B., tissée à l'angle droit inférieur
(Nos 11459, 11461) de deux d'entre elles, atteste qu'elles sortent des
ateliers de Bruxelles2. La marque habituelle de Bruxelles depuis 15283
comporte entre les deux B un blason de gueules, qui fait défaut ici.
Cette absence prouve que ces tapisseries sont antérieures à cette date. D'autre part,
remarque M. F. Donnet, si les sujets présentent bien les caractères de la Renaissance,
divers parties, les premiers plans, notamment le terrain semé de fleurs, rappellent
encore l'art du XVe siècle. On pourrait donc croire que ces pièces ont été fabriquées
à Bruxelles au début du XVIe siècle, vers 15254.
ES
*
*
*
Si leur valeur artistique n'est que secondaire, du moins les sujets présentent
quelque intérêt.
Les grandes compositions illustrent-elles la légende de la reine de Saba et de
Salomon, sujet fréquent au moyen âge, qui a une grande vogue à cette époque
encore ? 5 On pourrait reconnaître :
1
OS
11459-11461. Les bordures et les motifs sont en effet semblables.
Sur les tapisseries de Bruxelles: WAUTERS, «Les tapisseries de Bruxelles et leurs marques »,
L'Art, 1881-2; id., «Les tapisseries bruxelloises», 1878; DONNET , «Les tapisseries de Bruxelles,
Enghien et Audenarde», Annales de la Société d'arch.deBruxelles, 1894; DESTREE, «Tapisseries et
sculptures bruxelloises»; MIGEON , « Les Arts du tissu », 1909, p. 221 sq.
3
MIGEON, op. l., p. 242.
4
MM. J. Marquet de Vasselot, G. Migeon, conservateurs au Musée du Louvre, F. Donnet,
secrétaire de la Société royale d'archéologie de Belgique, ont bien voulu répondre à mes demandes
de renseignements concernant ces tapisseries; je les remercie de leur grande obligeance.
5
Sur la légende de la reine de Saba, FRAZER, Folklore in the Old Testament, II, 1919, p. 564 sq.,
Solomon and the Queen of Sheba; HALEVY , « La légende de la reine de Saba », Annuaire de l'Ecole
pratique de Hautes Etudes, 1905; LITTMANN , « The legend of the Queen of Sheba in the tradition
of Axum », 1904; DERAMEY,« La légende de la reine de Saba »,Rev. hist. rel., 1894, XXIX, p. 296 sq.
2
N
— 289 —
1. N° 11461. La reine de Saba recevant les ambassadeurs de Salomon. —
2. N° 11460. Le voyage de la reine de Saba. — 3. N° 11459. La reine offrant des
présents à Salomon. C'est l'opinion de M. Marquet de Vasselot et de M. Migeon.
Toutefois M. F. Donnet, après avoir hésité, ne croit pas pouvoir s'y rallier.
« Comme vous, nous écrit-il, à première vue, j'avais également songé à l'histoire de
Salomon ou même à Esther devant Assuérus. Mais les autres scènes ne permettent
pas d'adopter cette identification. Esther n'offre pas de présents au roi. Et que
signifie le geste de la femme agenouillée qui ne porte du reste pas de couronne
royale et qui semble présenter au roi sa ceinture déliée ?1 Serait-ce un signe de mise
à la disposition complète ? On dirait plutôt qu'il s'agit d'un butin de guerre qui est
présenté au roi par le personnage qui se trouve à sa droite. Puis la seconde scène. La
reine sur son trône, avec ses deux jeunes fils (?), à laquelle deux personnages sont
présentés par une femme, lui rendant hommage ou sollicitant une grâce. Enfin,
la troisième scène, la reine passant à cheval ; à ses côtés, une femme à cheval, ses fils
la suivent également à cheval, tandis qu'un licteur semble lui faire du doigt un signe
1
Sans doute un diadème parmi d'autres présents.
19
— 290 —
d'appel. Et dans le fond, au centre d'un camp, le roi assis à côté d'une table, derrière
laquelle se trouve un personnage qui compte ou encaisse de l'argent. J'oubliais de
signaler dans le fond de la tenture de la reine le supplice d'un homme qu'on décapite.
Comment amalgamer tous ces incidents ? J'ai beau réfléchir, je ne parviens pas à
reconstituer l'histoire ou la légende qu'ils reproduisent.
« Un moment j'ai cru y voir des scènes de la légende du roi Modus et de la reine
Ratio. Il existe au palais d'Arenberg une tapisserie composée de trois scènes: le roi
sur son trône, la reine sur son trône et le cortège des deux souverains à cheval.
A première vue, il y avait des analogies curieuses. Mais, sur notre tapisserie, les personnages à cheval sont deux femmes et, du reste, aucun détail cynégétique ne permet
de reconstituer les scènes de chasse dans lesquelles figurent Modus et Ratio. Il fallut
donc abandonner cette trace.
« Dans son Histoire de la tapisserie bruxelloise, Wauters cite énormément de
tentures, mais ce ne sont que des titres de sujets représentés, et rarement des descriptions. Moi-même, dans mes ouvrages sur la tapisserie, j'ai analysé et reproduit quantité de documents, mais encore une fois ceux-ci ne donnent que l'indication du sujet.
Si l'on parcourt la liste de ces sujets et si l'on songe aux épisodes connus qu'ils représentent, on ne parvient pas à adapter un seul de ces sujets aux scènes représentées
sur vos tapisseries. Je possède dans ma bibliothèque particulière une collection importante de livres, de brochures , de photographies, traitant ou représentant des tapisseries. Je les ai tous consultés et j'ai parcouru les catalogues des Musées. Nulle part
trace de renseignements pouvant m'éclairer.
« Je dois finir par avouer mon insuccès. C'est la première fois que pareille mésaventure m'arrive... En présence de mon impuissance, j'ai voulu faire appel aux lumières
de mes collègues de l'Académie royale d'archéologie. J'ai soumis vos photographies
aux membres présents. Plusieurs de ceux-ci étaient bien au courant de l'histoire
de la tapisserie dans nos provinces. Malheureusement, pas un seul n'a pu me fournir
un renseignement utile. Ils ne parvinrent pas à identifier le sujet. »
*
*
*
La guirlande des bordures l renferme 8 cartouches (le cartouche central du haut
et du bas est soutenu par deux Amours). On y voit des animaux illustrant les
curieuses croyances zoologiques 2 que le moyen âge a héritées de l'antiquité, que
décrivent les nombreux bestiaires3, et qui se sont perpétuées bien plus tard encore,
jusque dans les croyances populaires actuelles.
1
2
3
La bordure du N° 11460 est incomplète et la marque B. B. a par suite disparu.
CARUS ,
Geschichte der Zoologie bis auf J. Muller und Charles Darwin, Munich, 1872.
FRANKLIN, «
La vie privée d'autrefois », 1897, p. 14 sq., référ. ; LANGLOIS, « La connaissance
de la nature et du monde au moyen âge », 1911, p. 393 sq., référ.
On sait la grande influence exercée par les Bestiaires sur l'art du moyen-âge, MALE, « L'art
religieux du XIIIe siècle en France », 3me éd., 1910, p. 50 sq.
— 291 —
1. Un éléphant, à ses pieds une souris ou un rat. Légende: Natura repugnat.
L'éléphant, croit-on dès Pline, ne craint que deux animaux, le dragon et la souris1,
et, comme le dit la légende, sa nature y répugne.
FIG.
2. — 11460. Tapisserie de Bruxelles.
2. Un lion, marchant à droite d'un air craintif, et se détournant d'un coq perché
sur un rocher. Légende: Dum timeor timeo: tout en étant craint, je crains moimême. En effet, si malgré sa lourde masse l'éléphant est mis en fuite par une petite
souris, le lion, malgré sa bravoure, a peur du feu et du coq, spécialement du coq
1
PLINE, Hist. Nat., VIII, X, 2; FRANKLIN, p. 4, 103; «Les admirables secrets d'Albert le
Grand», éd. 1891,12, p. 390, p. 413, N° 61 ; LANGLOIS.P. 84. Sur cette croyance et son illustration
antique, cf. mon mémoire « L'ibis, le rat et l'éléphant », Rev. des ét. anciennes, pour paraître.
— 292 —
blanc 1. Cette croyance ne repose pas, comme le dit Langlois, sur une ancienne bévue:
elle remonte à l'antiquité2 , et dérive de notions qui mettent en relation le coq,
surtout blanc 3, animal solaire, avec le lion, symbole du feu 4.
Le coq hardy, chaut, et luxurieux,
Est du Lyon grandement redoubté 5.
Le lion, dit Aneau :
Du soleil tient, et feu élémentaire,
Donc craint le coq, aussi la flamme claire 6.
3. Guenon courant à gauche, en tenant deux petits, l'un dans ses bras, l'autre
sur son dos. Légende : Presentia cordi. La guenon porte deux petits, dont elle
adore l'un au détriment de l'autre. Quand on lui donne la chasse, elle prend son
chéri dans ses bras, jette le second sur son épaule et s'enfuit. Mais, si elle se sent en
danger, elle ouvre les bras, abandonne celui qu'elle tenait, tandis que l'autre reste
si bien cramponné qu'elle ne peut s'en défaire 7 . Cette croyance remonte aussi à
l'antiquité 8.
4. Grue perchée sur une patte, tenant dans l'autre une pierre. Légende :
Ut quiescat aly (ut quiescant alii), pour que les autres se reposent. « Pendant la nuit,
dit Pline, les grues posent des sentinelles qui tiennent un caillou dans la patte;
si la sentinelle s'endort, le caillou tombe et trahit sa négligence ; les autres dorment la
1
FRANKLIN , p. 5, 107; «Les admirables secrets d'Albert le Grand», éd. Lyon, 1752, p. 128;
LANGLOIS , p. 380, 34; MAURY , « Essai sur les légendes pieuses du moyen âge », p. 158, note 5.
2
PLINE , H. N., VIII, chap. XIX, le lion est effrayé par une roue, un char vide, la crête du
coq, plus encore par son chant et surtout par le feu; LUCRECE , « De Nat. Deor.», ch. 4.
3
Le coq blanc joue un grand rôle dans les croyances antiques. On se rappelle la règle de Pythagore, « ne pas toucher un coq blanc »; la superstition moderne l'a conservé, comme aussi la poule
blanche: SEBILLOT , Folklore de France, III, p. 245 (coq), p. 240 (poule), etc.; WEINREICH , Antike
Heilungswunder, p. 67, etc.
4
L'association du coq et du lion remonte à l'iconologie babylonienne. CLERMONT - GANNEAU ,
Journal asiatique, I, 1883, p. 159.
5
Guillaume GUEROULT , «Second livre de la description des animaux, contenant le blason des
Oyseaux», Lyon, 1550, «Le Coq».
6
Barthélémy ANEAU , « Décades de la description, forme et vertu naturelle des animaulx, tant
raisonnables que brutz », Lyon, 1549, « Le Lyon ».
7
FRANKLIN, p. 137 ; «Les admirables secrets d'Albert le Grand», éd. 1891,12, p. 427 ; LANGLOIS,
p. 389, 92, 41.
8
P LI N E , H. N., VIII, ch. LXXX, mentionne l'amour maternel des guenons pour leurs
petits, qu'elles étouffent parfois en les embrassant.
Ses petits aime, et embrassant leurs flancs,
Les serre, et tue, leur pensant bien faire.
Trop grand amour fait perdre les enfants.
ANEAU, op. l., « Le singe ».
— 293 —
tête cachée sous l'aile et se tenant tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre1 .» C'est ce
que répètent encore les Bestiaires du moyen âge 2.
Et quand par l'aer (lassées) se reposent
Troys font le guet: et jamais dormir n'osent.
Ainsi en un pied haut eslevé sur terre
Chascune tient une petite pierre,
Laquelle (alors qu'elle veut sommeiller)
Tombe, fait bruict, et la vient réveiller.
O preux souldarts que cecy soit noté:
Guet vigilant tient le camp en seurté 3 .
De là sans doute l'expression « faire le pied de grue » 4.
5. Au-dessus de montagnes une cigogne vole, en portant sur son dos une autre;
le bec tourné en arrière, elle tend à cette dernière un serpent. Légende : Patras in
Patrem.
L'inimitié de la cigogne pour le serpent est connue5, et le moyen âge a hérité
cette croyance de l'antiquité, D'autre part, la cigogne est célèbre par sa fidélité
conjugale 6 et par son amour filial, car les petits soignent leurs parents devenus vieux,
s'arrachant leurs plumes, les étendant sur leurs pères et mères et les couvant 7 .
Cet amour filial est déjà célébré par les écrivains antiques, et Aristophane8, Pline,
Artémidore, racontent que les jeunes cigognes nourrissent leurs parents devenus
vieux9. Mais elles font plus encore; pour ne pas les laisser seuls, elles les portent sur
leur dos. C'est ce que montre notre motif, et ce que racontent les anciens auteurs
français, auprès desquels cette légende est courante aux XIV-XVIe siècles.
La cigongne a telle pitié De son
père et mère en vieillesse Qu'elle
les nourrit par amitié
Au nid et jamais ne les laisse.
1
PLINE , H. N., X, 30.
FRANKLIN , p. 162 ; «Les admirables secrets d'Albert le
3
Guillaume GUEROULT , «Second livre de la description des
2
Grand», éd. 1891, 12, p. 490.
animaux contenant le blason des
oyseaux», Lyon, 1550, « La grue ».
4
ROLLAND , «Faune populaire de la France», 2, p. 368, 370.
5
LANGLOIS , p. 376.
6
FRANKLIN , p. 150.
7
Ibid., p. 150. Même croyance pour la huppe, p. 164. Au contraire, quand les petits du
pélican sont devenus grands, ils frappent leurs parents à coups de bec, p. 170.
8
9
Les oiseaux.
PLINE , H. N., X, ch. XXXII;
songes», 1921, p. 133.
ARTÉMIDORE ,
«Oneirocriticon», cf. trad.
VIDAL ,
«La clef des
— 294 —
En l'air les porte doucement,
Et nourrit sans estre estrangée
Ses petits délicatement
De la viande qu'a mangée.
dit Aneau 1.
Selon Guéroult :
La cigogne ha bonté tant admirable
Et de douceur est tellement ornée, Qu'elle
en reçoit louenge incomparable, Qui ne
sera par siècles terminée.
El' ne se void qu'aux plus chaut de l'année
Et lors à ceux dont el’ ha pris son estre, Fait
sa pitié grandement apparoistre:
Les nourrissant en leur foiblesse vieillesse.
Tant les chérist que jamais ne les laisse.
Ains parmy l’air les porte doucement. Mais
ses petits nourrist plus cherement: Leur
vomissant sa viande mangée 2.
Sébillot signale une gravure d'un livre ascétique représentant:
Une cigogne qui porte
Sur ses ailes son vieux père3.
On attribue aussi à la huppe4 et au loir5 la piété filiale de la cigogne, et ces
croyances persistent dans les traditions populaires modernes.
La légende Patras in Patrem y fait allusion. Patrare signifie souvent exécuter,
accomplir; ce verbe désigne aussi l'acte de procréation. « Huic emendandae glossae
Isidori: Patravit, patrem fecit. Leg. patrem egit; quod jam monuerat Graevius.
Onomast.: Patro, παιδοποιώ», dit Ducange6. On peut donc traduire: Tu agis comme un
père envers ton père.
1
ANEAU, «Décade de la description, forme et vertu naturelle des animaux, tant raisonnables
que brutz», Lyon, 1549, n. 8.
Cf. ROLLAND, « La faune populaire de la France », III, p. 379; SEBILLOT. « Folklore de France»,
111, p. 176, référ. ; « Maisons rustiques », 1597, livre I, p. 17 ; Jacques de VITRY, «Exempla», p. 109,
245; ANEAU, «Description philosophale », p. 7, etc.
2
Guillaume GUEROULT, «Second livre de la description des animaux contenant le blason des
oyseaux », Lyon, 1550. « La Cigogne ».
3
SEBILLOT, op. l., III, p. 176; «Les emblèmes d'amour divin et humain expliqués par des vers
français par un père capucin », 1631, p. 26.
4 SEBILLOT, III, p. 176; ROLLAND, op. l., IX, p. 167.
5
6
PLINE , H. N., VIII, 82.
DUCANGE, « Glossarium
», s. v. Patrare.
— 295 —
6. Un bouquetin ou une chèvre (?) au pied d'un palmier. Légende: Crudelior
igne ferroque, plus cruel que le feu et que le fer. Est-ce une allusion à l'antilope,
animal fort farouche, dont les deux cornes sont tranchantes comme des faucilles et
peuvent scier les arbres1 ? Peut-être est-ce une chèvre qui
... aux plantes faict tort:
Pour ce qu'elle est toujours en chaulde fièvre,
(Comme l'on dict), ce qu'elle brote, et mord,
Avec la dent : incontinent est mort 2.
Fig. 3. — 11459. Tapisserie de Bruxelles.
7. Un cerf marchant à droite, la poitrine percée d'une flèche. Légende: Meum
immedicabile. Sans doute faut-il sous-entendre vulnus: ma blessure est inguérissable
3
.
1
LANGLOIS, p. 36, 381.
ANEAU, op. l., La Chievre.
3
Les balles de plomb qui ont tué le cerf sont une amulette utile, entre autres vertus, pour
aider l'enfantement. WOLFF, Curiosus scrutator, p. 267-8, 386.
2
— 296 —
Nous savons que le cerf, en mangeant du dictame, se débarrasse de ses flèches 1 ;
qu'acculé, il fait face au chasseur, ce qui expliquerait la flèche qui le transperce par
devant; que, quand il attaque l'homme, sa blessure est mortelle: « a grant peine, dit
le comte de Foix, un homme garira, se il est fort blecié d'un cerf. Et pour ce, dit-on,
après le sanglier, le mire; après le cerf, la bière ». Ou encore: « Au cerf la bierre, au
sanglier le barbier »2.
Le cerf est
Doulx et amy de l'homme. Et pour ce à l'heure
Qu'il se voit prins par l'homme, larmes pleure,
Avant sa mort... » 3.
8. Une grue, une cigogne ou un héron, gît sur le dos terrassé par un oiseau plus
petit. Légende: Exitus in dubio, l'issue du combat est incertaine.
Ce ne peut être, puisque l'oiseau victorieux n'est pas le héron, une allusion à
celui-ci qui
... a le bec si fort
Que si d'autre oyseau est battu
II le transperce et le met à mort
Tant est pénétrant et pointu 4 .
Le vainqueur semble être un faucon ; il ressemble en effet à l'image qu'en donne
Aneau. Or, le faucon,
Quand il combat contre la grue ou l'oye
Légier au vol, courageux à la proye,
Toujours se monstre: et des ongles poinctus
Ses ennemys rend souvent abattus.
Mais, dit la légende de notre tapisserie, l'issue du combat est incertaine:
Mais s'il advient qu'il ne les puisse prendre,
Ardant courroux soubdain les vient surprendre,
Et (despité) si longtemps les pourchasse,
Qu'enfin se perd : dont après se tourmente 5.
1
2
3
4
5
Vincent de BEAUVAIS , Speculum naturale, p. 226, Cervus.
FRANKLIN , p 83-4; ROLLAND , « Faune populaire de la France », I, p. 101.
AN E AU , op. l., «Le cerf».
ANEAU . Cf. ROLLAND , « Faune populaire de la France », I, p. 373.
Guillaume GUEROULT, op. l., « Le faucon ».
LES DEBUTS DE L'IMPRIMEUR JEAN BELOT A GENEVE ET
SES BRÉVIAIRES DE LAUSANNE
H. DELARUE .
nom de Jean Belot n'est pas ignoré des bibliographes; les bibliophiles
genevois en particulier connaissent bien son Missel de 1498 et les principales
publications qui l'ont suivi: les Sept Sages de Rome, en 1498, le Calendrier des
bergers, le Destructorium vitiorum de Alexander Anglicus et le Manuale à
l'usage de Lausanne, en 1500, le Bréviaire de Lausanne de 1503, le Missel de
Lausanne de 1505, les Libertés et franchises de Genève de 1507, le Missel de Genève de
1508, les Statuta Sabaudiae de 1512, et plusieurs livres non datés qui sont
certainement des mêmes années. L'activité de Belot à Lausanne en 1493 a été mise en
lumière par Aug. Bernus dans son ouvrage sur « L'imprimerie à Lausanne et à
Morges jusqu'à la fin du XVIe siècle»1 . Mais entre le Missel de Lausanne de 1493
et la série importante qui commence en 1498, les débuts de Belot à Genève restent
entourés d'obscurité.
La notice la plus récente consacrée à Jean Belot se trouve dans l'introduction
composée par M. Blösch pour le Calendrier des bergers reproduit en facsimilé par
M. G. Grunau en 19202.
Voici ce qu'après avoir signalé le Missel imprimé à Lausanne le 1er décembre
1493, l'auteur dit de notre imprimeur: « Dès l'année suivante il établit son atelier à
Genève, où il fut admis à la bourgeoisie le 18 novembre 1494, inscrit comme étant Jean
Belot, fils de feu Matthias, natif de Rouen, habitant dans la paroisse de Saint-Germain.
Mais on ne connaît aucun livre imprimé par lui à Genève à cette époque. Il s'établit
quelque temps, peut-être plusieurs années, à Grenoble où il imprima pour l'église de
cette ville un Missale gratianopolitanum sorti de presse le 20 mai
E
L
1
Lausanne (1904), in-4°.
Le grand calendrier des bergiers von Jean Belot, Genf 1497. Hrsg. von Gustav Grunau,
mit einführendem Text von Hans Blösch und Adolf Fluri. Bern, G. Grunau, 1920; in-4°, pi.
2
— 298 —
1497. Il doit s'être, encore la même année, transporté à Genève, où il établit son
imprimerie en face de la cathédrale de Saint-Pierre et se mit immédiatement à
l'impression du calendrier qui put encore paraître dans le cours de l'année. Dès
l'année suivante, le 5 février 1498, il achève un Missel pour l'église de Genève et
à partir de ce moment il donne plusieurs ouvrages qui permettent de le suivre jusqu'en 1512 qui fut vraisemblablement la date de sa mort. »
D'après cette notice 'nous n'aurions conservé aucun livre imprimé par Belot
pendant son premier établissement à Genève, et c'est en 1497 que commencerait
la série de ses impressions genevoises connues.
On ne saurait faire grief à M. Blösch de n'avoir pas dressé la liste absolument
complète des publications de notre imprimeur. Elle n'entrait pas nécessairement
dans son plan. Mais il aurait pu mentionner le Fasciculus temporum en français, de
1495; ce livre édité à Genève sans nom d'imprimeur, il est vrai, est assez connu et
son attribution à Belot n'est pas douteuse. Nous verrons qu'à ce livre on en peut
joindre d'autres et que la supposition, qu'avait déjà faite Bernus, d'un séjour
prolongé à Grenoble, devient tout à fait inutile.
Quant à la date de 1497 donnée comme celle de la première édition du Calendrier des bergers, elle est plus que douteuse. En effet, elle ne se trouve pas dans un
achevé d'imprimer, mais dans le texte même du volume et ne saurait, sans autre
examen, être admise comme date d'impression. On nous dit qu'après avoir terminé,
le 20 mai 1497, un Missel de Grenoble, Belot se transporte pour la seconde fois à
Genève et que s'étant mis immédiatement à l'ouvrage, il peut encore faire paraître
son calendrier dans le cours de l'année, plus près, évidemment, de la fin que du commencement. Mais, pas plus que de nos jours, on n'avait au XVe siècle l'habitude
d'attendre pour imprimer un calendrier que l'année soit près de finir. Et lorsque nous
lisons : « L'an de ce présent compost et kalendrier, qu'il a commencé avoir cours le
premier jour de janvier, est 1497... » nous devons tout naturellement penser à une
impression de la fin de 1496, au plus tard des premiers jours de 1497. Si on ne nous
a pas proposé cette date, c'est que le calendrier de Belot n'est que la contrefaçon
d'un livre édité par le libraire Guy Marchant, de Paris, le 6 janvier 1496 (1497
nouveau style). Les mots qui permettraient de dater l'édition parisienne, si elle ne
l'était pas d'une façon explicite dans son achevé d'imprimer, ont perdu dans la
contrefaçon genevoise leur valeur précise. Cela est si vrai que dans la réimpression
déjà citée, donnée par Belot en 1500, on retrouve la même phrase. Qu'on ne s'étonne
pas de voir paraître en 1500 un livre déclarant que «l'an de ce présent compost...
est 1497 » car nous sommes en présence d'un calendrier perpétuel qui serait encore
valable aujourd'hui, n'était la réforme grégorienne. A part les nouvelles lunes qui
sont données pour 38 ans, jusqu'en 1534 et les éclipses indiquées pour 56 ans (14971552) « tout le remenant du compost et Kalendrier est perpétuel », et la date de
1497 sert seulement de point de départ pour utiliser les tableaux qui permettent
— 299 —
de déterminer les jours de la semaine, les fêtes mobiles, etc. Un ouvrage de cette
nature gardait longtemps son actualité et tout ce qu'on peut dire de l'édition sans
date, c'est, qu'à première vue, rien ne s'oppose à ce qu'elle soit sortie de presse dans
le second semestre de 1497, mais que rien ne le prouve, et nous verrons qu'il convient d'abandonner cette date.
La première impression genevoise à date certaine dans laquelle J. Belot se
soit fait connaître, grâce à sa marque typographique, reste donc le Missel de 1498: «
in gebenn. ciuitate impressum.... Anno domini M. CCCC. nonagesimooctauo. Die vero
quinta Mensis februarii. » C'est ce livre qu'il faut étudier si on veut trouver des
points de comparaison susceptibles de suppléer à l'insuffisance des indications
typographiques d'ouvrages apparemment contemporains.
Le Missel de 1498 est un bel in-folio gothique imprimé en rouge et noir. Les
caractères du texte sont les mêmes que ceux du Missel de Lausanne de 1493, mais
le missel de Genève se distingue par une ornementation nouvelle d'élégantes initiales
gravées sur bois. La lettre M de cet alphabet s'est détériorée au cours de l'impression, en effet, jusqu'au feuillet 125 (soit q7 v°) on la trouve intacte, mais au feuillet
130, folioté par erreur 126 (soit r4 v°) elle présente une cassure. On peut se demander
si l'imprimeur ne possédait pas plusieurs lettres du même type et c'est la première
idée qui vient lorsqu'on voit, quelques feuillets plus loin, réapparaître la lettre
intacte, puis les deux états alterner jusqu'à la fin du volume. Mais la parfaite
identité de ces gravures, même dans leurs petites imperfections montre qu'elles sont
tirées d'un seul et même bois et l'alternance des M intacts et des M cassés doit
s'expliquer autrement. Dans une impression en noir et rouge, toutes les pages
doivent passer deux fois sous la presse, pour le noir d'abord et ensuite pour le
rouge. Le texte s'imprime normalement feuille après feuille dans l'ordre des cahiers.
Mais les rubriques et les initiales rouges qui s'intercalent dans des espaces laissés
en blanc la première fois, peuvent passer dans un ordre différent. C'est ce qui a
eu lieu pour le Missel.
Dans les feuillets 119 à 158, soit cahiers p-u, qui comprennent le propre des
saints, les initiales ornées sont dans un état de détérioration nettement accentuée
par rapport aux feuillets 159 à 182, cahiers x-z, du commun des saints, ces derniers
ont visiblement été imprimés avant ceux qui précèdent et on n'y rencontre pas l'M
cassé qui revient plusieurs fois dans les feuillets 119 à 158. Il faut observer également que dans chaque cahier le recto du premier feuillet et le verso du dernier
passent simultanément sous la presse, puis le recto du 2me, du 3me et du 4me feuillets avec
le verso du 7me, du 6me et du 5me, si, comme c'est généralement le cas, le cahier a 16
pages. Ensuite vient le tour du verso des feuillets 1 à 4 et du recto des feuillets 5 à 8.
Dans ces conditions l'M intact du feuillet 132 (cahier r, feuillet 6 v°) devait nécessairement s'imprimer avant l'M cassé du feuillet 130 (même cahier, f. 4 v°); c'est
entre ces deux opérations que s'est produit l'accident et l'alternance des deux états
— 300 —
dans le volume relié s'explique parfaitement. Le fait qu'on ne trouve jamais la
même lettre ornée dans deux pages imprimées simultanément et que, lorsque le
texte en exigeait la répétition, l'imprimeur a eu recours à un expédient, soit en
empruntant une lettre à un autre alphabet, comme le second G des feuillets 136 et
141 (s2 v°, s7 r°), soit en doublant un D par un P à très courte queue, feuillets 102-103 et
116-117 (n4r°, n5v°, p2r°, p3v°, ce dernier cahier n'ayant que huit pages) montre bien
que l'imprimeur ne disposait, pour chaque lettre, que d'un seul et unique caractère.
Dans tous les livres imprimés après le Missel: le Destructorium vitiorum de 1500, la
Danse macabre de 1500, le Calendrier des bergers de 1500, le Missel de Lausanne de 1505,
où se retrouve notre M, il est cassé et nous pouvons être certains que si nous le rencontrons intact nous sommes en présence d'impressions antérieures au Missel de 1498 et
que les livres non datés renfermant l'M cassé sont postérieurs à cet ouvrage. On pourra
tirer les mêmes indications chronologiques d'une autre lettre ornée modifiée
pendant l'impression du Missel, c'est
un C gravé sur bois de 30 X 30 mm., en
blanc sur fond rouge; on le voit une
première fois au f. 81 (k7 v°) ; il reparaît
plus loin, à cinq reprises, à partir du
feuillet 101, transformé en 6. Il a suffi,
pour obtenir ce résultat, de creuser
dans le bois en travers de la lettre une bande horizontale complétant le tracé qui
à l'impression se détache en blanc sur le fond rouge. Ces diverses constatations qui
nous font surprendre, en quelque sorte, l'imprimeur au travail en face des difficultés
du métier, devaient être faites avec précision, si on veut en tirer des conclusions
certaines pour la chronologie des impressions sans date.
Appliquées au Calendrier des bergers elles permettent d'affirmer qu'il n'est pas de
1497, car on y trouve l'M cassé. Si, d'autre part, on compare les gravures des deux
éditions du Calendrier, il apparaît d'une façon certaine que celle de 1500 est la seconde.
Cela nous donne pour la première des limites étroites entre 1498 et 1500. L'erreur
commise par M. Blösch n'était donc au maximum que de trois ans, mais elle pouvait être plus grande et devait être corrigée. En soumettant à la même comparaison d'autres pièces dépourvues d'indications typographiques on pourra en situer
deux dans les années qui ont précédé le Missel de 1498.
C'est d'abord un
MISSALE VENI MECUM.
F. 1. Missale veni mecum. — V° blanc.
F. 2, blanc. V° : Tabula missalis Veni mecum
F. 3, en rouge : Incipit missa cōmunis béate marie virginis.
Expl. f. 42 v° par la : [Missa] De angelis.
— 301 —
Pet. in-4°, 42 f. u. ch. 2 f. sans sign. et f. sign. a-e 8 , 26 l. car. goth. en noir et rouge
(20 1. = 114 mm. M32 de Hsebler, Typenrepertoriurn. Part. I, p. 166.) Grav. s. b., initiales grav.
de 21 x 25 mm. et petites initiales de la hauteur de 2 lignes.
Un exemplaire de cet ouvrage a figuré dans divers catalogues de la librairie
Ludwig Rosenthal1, à Munich, c'est sans doute le même qui se trouve aujourd'hui au
« British Museum ». Imprimé en noir et rouge avec les caractères et les initiales ornées
du Missel de 1498 on y rencontre l'M dans son premier état.
La bibliothèque de Genève possède l'unique exemplaire d'une plaquette intitulée :
— 302 —
Nous allons enfin ajoutera cette liste un Bréviaire de Lausanne. Cela fait pour
les années 1494 à 1497 six ouvrages différents sortis de la presse anonyme de Jean
Belot. Deux paraissent avoir été imprimés plusieurs fois. Trois, le Missale veni
mecum, le Catho morosus et le Sermon de St Bernard ne sont connus que par un
unique exemplaire, d'autres probablement sont à jamais perdus. Cela fait une
moyenne au moins égale à celle des années où l'activité de notre imprimeur est
le mieux connue et c'est plus qu'il n'en faut pour rendre superflue l'hypothèse
d'un séjour prolongé à Grenoble.
LES BRÉVIAIRES DE LAUSANNE
On connaît depuis longtemps le premier bréviaire de Lausanne publié sous
l'épiscopat de Benoit de Montferrand sans indication d'imprimeur, de lieu ni d'année
mais qui n'a pu sortir que de l'atelier d'Adam Steinschaber à Genève, vers 1479.
Les bréviaires édités pendant le long et brillant épiscopat d'Aymon de Montfaucon
sont moins connus, probablement parce que, considérés tous comme datant du
XVIe siècle, ils n'avaient pas leur place dans les catalogue- d'incunables et n'étaient
pas au bénéfice de l'intérêt un peu conventionnel qui s'attache aux livres du XVe.
— 303 —
Ces bréviaires sont au nombre de trois. L'un a été imprimé à Genève, par Jean Belot,
le 8 nov. 1503, un autre par Louis Cruse, le 27 mars 1509, le troisième n'a pas d'indication typographique, mais comme on trouve au verso de son titre un tableau des
fêtes mobiles de 1504 à 1534 on a pensé qu'il avait été imprimé en 1504, ou au plus tôt
à la fin de 1503 et c'est sous ces dates qu'il figure dans le catalogue de la bibliothèque
de Fribourg. Quoique la. Bibliographie liturgique1 de Bohatta fournisse de nombreux
exemples de bréviaires réédités à quelques mois de distance, une succession si rapprochée ne laisse pas que d'étonner, d'autant plus que les saints des deux calendriers
ne sont pas tous les mêmes, et qu'on conçoit mal qu'une autorité ecclésiastique fasse
publier son calendrier liturgique pour le modifier immédiatement après. Il faudrait
bien admettre la chose si le tableau des fêtes mobiles qui date le bréviaire de 15031504 était à l'abri de toute discussion. Mais ce n'est pas le cas. Ceux qui ont étudié ce
volume paraissent n'avoir pas remarqué que le feuillet qui porte le titre et au verso
le tableau en question, a été détaché puis recollé. En soi cet accident ne signifie pas
grand chose ; il paraît déjà plus curieux lorsqu'on constate que le feuillet est dans tous
les sens de quelques millimètres plus court que le livre dont il fait partie; il provient
donc d'un autre exemplaire. Or le volume ayant été lui-même rogné aussi près du
texte qu'il était possible sans l'entamer, il faudrait que l'exemplaire auquel on a
emprunté le titre ait perdu sous le couteau du relieur l'extrémité de toutes ses lignes.
Le feuillet rapporté présente au contraire des marges normales, et même grandes.
Le caractère qui a servi à l'imprimer et la justification de la page ne sont pas les
mêmes que dans le reste du volume, ils correspondent au contraire exactement à
ceux du bréviaire du 8 nov. 1503. Or la première fête mobile qui se présente après
cette dernière date: Septuagesime, le 3 février 1504, est celle précisément par laquelle
débute le tableau. Lorsqu'on a constaté enfin que le caractère du titre est un de ceux
que J. Belot emploie couramment à cette époque, aucun doute ne reste possible,
le feuillet rapporté dans le bréviaire dit de 1503-4 appartient en réalité à celui du
8 nov. 1503 dont nous n'avons pas conservé d'exemplaire complet et dont nous
restituons la description comme suit.
BREVIAIRE DE LAUSANNE . GENEVE ,
J. BELOT , 1503.
— 305 —
Peut-on restituer à ce livre un état civil ? Il a été édité pour Aymon de Montfaucon, c'est le seul renseignement précis qui soit donné. Cet évêque ayant
occupé le siège de Lausanne de 1491 à 1517, nous possédons les dates extrêmes entre
lesquelles a eu lieu la publication, cela fait une période de 26 ans qu'il faut essayer
de réduire. Une comparaison de nos trois bréviaires peut y contribuer. Ceux de 1503
et de 1509 ont au haut des pages un
titre courant, leurs feuillets sont
numérotés et les diverses parties du
texte se raccordent par des renvois
en chiffres. Il est tout à fait impossible qu'un clergé accoutumé à ces
diverses facilités ait accepté, pour
remplacer ces livres perfectionnés,
un bréviaire dépourvu des mêmes
commodités, comme est celui que
nous étudions. Nous ne risquons
donc pas de nous tromper en plaçant
son impression dans la dernière
décade du XVe siècle. Mais dans
quelle ville ? En 1493 Aymon de
Montfaucon a fait imprimer à Lausanne un Missel, l'année suivante ses
Constitutions synodales paraissent à
Lyon, Genève enfin devient un peu
plus tard son fournisseur attitré de
livres liturgiques. Le caractère du
bréviaire est naturellement beaucoup
plus fin. que celui du Missel de Lausanne, il ressemble infiniment à la
petite « lettre de somme » de plusieurs typographes de Lyon, mais
à y regarder de près, de toutes les fontes lyonnaises décrites dans le Typenrepertorium de Haebler1, ou reproduites dans la monumentale Histoire de l’imprimerie
en France de Claudin2, aucune ne correspond exactement à la nôtre. Nous l'avons
en revanche retrouvée dans un des livres cités plus haut parmi les premières impressions genevoises de Jean Belot. La première édition de Macer Floridus, De viribus
1
Typenrepertorium der Wiegendrucke, von Konrad Haebler. Halle, 1915-1922, 8°. (Sammlung
bibliothekswissenschaftlicher Arbeiten, 19, 20, 22, 23, 27, 29, 30, 39.)
2
Histoire de l'imprimerie en France au XV e et au XVI e siècle, par A. Claudin. Paris,
1900-1914, 4 vol. fol. pl.
20
— 306 —
herbarum est imprimée avec la petite bâtarde qui a servi également pour le Fasciculus temporum et pour le Sermon de S. Bernard. Les notes marginales qui accompagnent le texte sont en général du même caractère, mais dans quelques feuillets
on en rencontre un tout différent dans lequel nous reconnaissons celui du bréviaire.
Restent les initiales imprimées en rouge qu'on voit presqu'à chaque page dans le
bréviaire. Elles sont parfaitement identiques à celles par lesquelles débutent certaines formules du Missel de 1493. Dans le Missel de 1498, ces lettres sont remplacées
par d'autres, de mêmes dimensions, mais plus élégantes et plus neuves, les
précédentes se trouvaient alors sans doute hors d'usage. Ainsi tous les éléments
typographiques du bréviaire: gravure, caractères, initiales, font partie du matériel
de Belot et c'est certainement dans son atelier et avant 1498 que le livre a été
imprimé. Mais est-ce à Lausanne, ou à Genève? On ne saurait le déterminer avec
certitude. Le papier du bréviaire porte un filigrane qui correspond au n° 15680 du
Dictionnaire de Briquet1. Ce papier est attesté à Genève en 1492 et Briquet ne l'a
pas relevé à Lausanne. Gela ne saurait cependant constituer une preuve, car le Missel
de 1493 a été imprimé à Lausanne sur un papier que le dictionnaire des filigranes
ne signale pas dans cette ville, mais au contraire plusieurs fois à Genève. Il n'y a
rien à tirer de ce fait, mais on peut voir une présomption en faveur de Genève dans
la constatation suivante. A partir de 1498 Belot se fait couramment connaître par
sa marque typographique ou par ses initiales. Ses impressions genevoises antérieures
sont presque toutes dépourvues d'indications typographiques, aucune ne porte son
nom, il semble qu'il y ait là un parti pris que nous ne voulons pas essayer d'expliquer, mais qui paraît certain. En 1493, à Lausanne Belot termine au contraire son
Missel par un achevé d'imprimer particulièrement explicite:
Gomment en regard de cette formule pompeuse expliquer la modestie extrême
du Bréviaire anonyme, sinon en le supposant imprimé dans de tout autres conditions
et sans doute dans cet atelier genevois d'où sont sortis le Missale veni mecum, le
Catho morosus, Macer Floridus, le Sermon de S. Bernard, le Fasciculus temporum.
Avec ses 740 pages imprimées sur deux colonnes de 35 lignes, le bréviaire constitue l'ouvrage le plus considérable de la série. En l'inscrivant au nombre des incunables
genevois ce n'est pas seulement une unité importante que nous ajoutons à la liste:
1
C. M. Briquet, Les filigranes : Dictionnaire historique des marques du papier. Paris, etc.,
1907; 4 vol. 4°.
— 307 —
c'est un caractère d'imprimerie nouveau que nous faisons connaître, c'est-à-dire peut
être la possibilité de déterminer des pièces jusqu'ici non identifiées.
Les bréviaires de Lausanne édités pour Aymon de Montfaucon ont eu une destinée qui mérite d'être signalée. Les quelques exemplaires qu'on a conservés sont
presque tous incomplets et en fort mauvais état, ils portent la marque d'une extrême
fatigue. C'est qu'ils ont servi plus que ne le font d'ordinaire les livres. Des fêtes nouvelles, celle du Bienheureux Nicolas de Flue et de S. François de Sales introduites
sous la forme d'inscriptions manuscrites dans le calendrier et de feuillets additionnels
prouvent que ces livres étaient en usage longtemps après que le concile de Trente eut
remplacé les bréviaires particuliers par le seul bréviaire romain. Dans un des exemplaires de l'édition de 1503, le calendrier manquant est remplacé par des feuillets manuscrits dont l'écriture paraît être du XVIIIe siècle. En effet ces livres étaient encore
en usage à cette époque, l'un d'eux nous l'apprend d'une manière explicite. C'est le
meilleur exemplaire de l'édition sans date. Il porte une élégante reliure en maroquin
vert ornée de motifs Louis XV. Il a sans doute été habillé ainsi par son dernier
propriétaire le chanoine Ch. Aloys Fontaine, chantre du chapitre de S. Nicolas à
Fribourg et archidiacre du diocèse de Lausanne, qui a inscrit sur un des feuillets de
garde la note que voici: « Je me suis servi de ce Bréviaire jusqu'à l'avent 1787,
époque du renouvellement fait du consentement exprès du chapitre et par l'autorité
de monseigneur de Lausanne. C'est cet exemplaire que je produisis à Mgr le nonce
à Lucerne lorsqu'on novembre 1786 j'y fus envoyé pour négocier avec la cour de
Rome qui s'opposait à l'impression du nouveau bréviaire, parce qu'elle ignorait
que l'ancien eut été conservé dans le diocèse. »
Ce n'est, ainsi, qu'en 1787 que les bréviaires d'Aymon de Montfaucon furent
remplacés par une nouvelle édition ordonnée par l'évêque Bernard Emmanuel de
Lenzbourg. Exemple peut-être unique dans les annales de la typographie de livres
lus quotidiennement, restés en usage pendant près de trois siècles. Il n'est pas surprenant que les rares exemplaires qu'on a conservés soient la plupart incomplets,
rognés, jaunis et crasseux, on le serait à moins; ce qui est étonnant, c'est que des
livres aient fourni cette carrière. Sur quel admirable papier étaient-ils imprimés !
LA RESTAURATION DES PEINTURES DE CONRAD WITZ
CONSERVÉES AU MUSÉE D'ART ET D'HISTOIRE
Adrien BOVY.
à Genève, lors du concile de Baie, par l'évêque François de
Mies, Conrad Witz y exécuta en 1444 un retable dont les volets seuls
nous ont été conservés. Cette œuvre importante, que maître « Conradus Sapientis » a signée et datée, a-t-elle été faite pour la cathédrale de St-Pierre ou pour la chapelle attenante des Macchabées ?
Cette question n'a pas encore pu être élucidée, et d'ailleurs les volets
de Genève en poseraient bien d'autres si nous avions l'intention d'en faire ici une
étude critique. Notre but est tout autre. Les peintures de Conrad Witz ont été
restaurées il y a quelques années. A comparer les photographies prises avant et
après la restauration de grandes différences se révèlent et ces transformations n'ont
pas toujours été interprétées comme il faut par certains critiques ou certains amateurs. Il ne sera donc pas inutile de rappeler pour quelles raisons cette restauration s'imposait, comment elle a été conçue et à quels résultats elle a conduit.
C'est ce que nous voudrions faire aussi brièvement que possible.
TTIRE
I
Les peintures de Conrad Witz sont, au point de vue de l'exécution et des procédés techniques, d'une qualité remarquable. Son œuvre a résisté au temps partout
où les hommes ne se sont pas appliqués à la détruire. Aussi les volets de Genève nous
étaient-ils parvenus, cette réserve faite, dans un état de conservation presque parfait. Les caractères artistiques résultant de ces vertus de métier restaient presque
partout visibles. Le paysage de la Pêche miraculeuse, les fonds d'architecture,
les accessoires, les vêtements (sauf celui du premier Mage), étaient, malgré la
couche d'huile passée sur l'ensemble au XIX e siècle, étonnants de consistance
et de solidité. Le sens du volume, encore absent de la peinture septentrionale au début du XVe siècle, apparaît ici comme il est apparu quelques années
auparavant dans le Retable de VAgneau, grâce à l'influence de la sculpture —
— 309 —
on sait d'ailleurs que Witz était sculpteur de bois — et au perfectionnement
des procédés techniques1. L'éclat de la peinture est, comme chez les van Eyck,
incomparable. Les rayons lumineux, traversant les tons transparents, se réfractent sur la préparation au plâtre. La lumière ne frappe pas seulement la peinture; elle la traverse et elle en émane: système d'irradiation qui a permis de
pousser plus loin que tout autre technique le rendu des diverses matières, en
particulier des étoffes. Rubens, Vélasquez, les Hollandais ont obtenu, par d'autres
moyens, cette réalité d'aspect; ils ne l'ont pas dépassée. «C'est une peinture, —
disait Fromentin à propos du Chanoine van der Paele, — qui fait oublier tout ce qui
n'est pas elle et donnerait à penser que l'art de peindre a dit son dernier mot, et cela
dès la première heure. »
Malheureusement, si Conrad Witz n'a pas eu à se plaindre du temps, les hommes
se sont acharnés à compromettre son ouvrage. Le critique analysant les panneaux
de Genève devait arrêter son investigation en certaines places, hélas, les plus intéressantes de toutes. Seules les figures de la Délivrance de saint Pierre se montraient
encore tout entières dans leur état original. Ailleurs les têtes étaient complètement
refaites. Peintes en pleine pâte, et très maladroitement, à l'époque romantique,
ces visages ridicules ne laissaient plus rien apercevoir de ce qui pouvait encore
subsister de la peinture de Witz. Jamais opération ne fut moins dissimulée. L'histoire
en est connue. Les visages des sujets intérieurs, le corps de l'Enfant dans Y Adoration
des Mages, le manteau du premier Roi, enfin le visage du Christ dans la Pêche miraculeuse, ont été volontairement détruits au XVIe siècle, quand Genève adopta la
Réforme. Munis d'un instrument contondant, les iconoclastes balafrèrent les visages
et l'Enfant nu, faisant sauter de part en part la couche de peinture. On verra tout à
l'heure qu'ils n'y ont pas été de main morte.
Tel est le malheur que l'on voulut réparer avant d'exposer ces panneaux, en
1835, à l'occasion du 300e anniversaire de la Réformation. On chargea une dame,
dont nous savons le nom, mais que nous appellerons par pitié Mme B., d'arranger
tout cela. Elle demanda vingt-cinq francs par panneau et en toucha cinquante.
On en eut pour son argent. Etrangère aux méthodes qui depuis, et même alors, ont
présidé aux restaurations, elle ne chercha pas un instant à respecter ce qui subsistait
encore de la peinture de Witz et recouvrit toutes les parties compromises, lourdement
et entièrement, des repeints les plus étranges qu'il nous ait jamais été donné de voir
dans un tableau ancien. Ajoutons que presque tous les visages qu'elle refit étaient
éclairés de gauche alors que les compositions de Conrad Witz le sont de droite.
La peinture de MmeB. n'était pas si épaisse cependant qu'elle ne laissât deviner la
nature du désastre auquel elle avait eu charge de remédier. En éclairant les panneaux
1
Pas plus que chez les Van Eyck, il ne s'agit ici de peinture à l'huile. Les couleurs ont
pour véhicule des résines précieuses.
— 310 —
latéralement, on distinguait encore les creux faits par l'outil des Réformés. On pouvait donc supposer que tout n'était pas perdu des visages peints par Conrad Witz
et que quelque chose pouvait subsister, entre ces canaux, de la peinture originale.
Que retrouverait-on ? A vrai dire, ce ne fut pas sans hésitation que le Musée de
Genève se décida, en 1915, à tenter l'aventure. Le résultat en pouvait être tout à
fait décevant. Mais d'autre part l'étude du retable de Genève devenait d'une si
grande importance qu'il était bien difficile de ne pas céder à la tentation d'explorer
ces parties sauvagement repeintes et, pour ainsi dire, d'obliger ces panneaux à un
aveu complet.
C'est à ce dernier parti que le Conseil administratif de la Ville de Genève s'est
arrêté, et on verra que nous n'avons pas eu lieu de le regretter1.
II
Les soins que réclamait l'œuvre de Conrad Witz étaient de plusieurs sortes.
Rappelons d'abord en quelques mots les diverses parties du programme que les
circonstances ont imposé au restaurateur.
1° La peinture de Conrad Witz est matériellement, nous l'avons dit, d'une remarquable solidité. A certaines places cependant elle s'était détachée de la toile 2 .
C'était le cas notamment le long de la fissure qui traverse verticalement le paysage
de la Pêche miraculeuse. Il a fallu rétablir l'adhérence, opération qui ne compromet
en rien l'état original de la peinture.
2° En quelques rares endroits, dans les sujets intérieurs, les fonds d'« or eslevé »
avaient été dégradés. On s'était contenté, sans doute en 1835, de redorer à la poudre
ces parties compromises, facilement discernables dans les photographies antérieures
à la restauration3. Nous avons désiré que l'on rétablît la dorure à la feuille et la continuité du décor gaufré. Chose intéressante à noter: on ne trouve pas aujourd'hui dans
le commerce de feuille d'or de cette épaisseur. Il a fallu faire battre de l'or spécialement pour ce travail. Les donateurs du XV e siècle ne lésinaient pas et la
qualité matérielle de l'ouvrage avait pour eux autant d'importance que sa qualité
artistique.
1
Baie.
2
Les volets de Conrad Witz ont été restaurés, de 1915 à 1917, par M. Fréd. Bentz, à
Les minces panneaux de sapin qui forment l'âme des deux volets sont, sur chaque face,
recouverts de toile. La toile est enduite d'une préparation au plâtre.
3
Dans le panneau du donateur: au-dessous du chapeau de cardinal; le long de la joue
et du bras gauche de saint Pierre; le long de la draperie tombant de ce bras gauche, du bras
gauche de l'évêque et de la partie inférieure du trône de la Vierge ; à gauche (par rapport au
spectateur) de l'angle supérieur gauche du trône.
Dans l'Adoration des Mages, entre la tête du troisième roi et la pièce d'orfèvrerie qu'il
tient de la main gauche.
— 311 —
3° Les quatre panneaux avaient, nous l'avons dit, été badigeonnés à l'huile,
apparemment par Mme B. elle-même. L'huile, poussant au brun, avait sensiblement
terni la peinture, surtout dans certaines parties des vêtements. Supprimer cette
couche d'huile est une opération qui, bien faite, non seulement ne pouvait pas nuire à
la peinture originale, mais qui a permis au contraire de la retrouver dans toute sa
fraîcheur et son éclat.
4° La quatrième partie du programme était d'un tout autre ordre. Il s'agissait
de savoir ce qui pouvait rester encore de la peinture de Conrad Witz sous celle de
Mme B., et par conséquent de faire disparaître entièrement les repeints de 1835:
opération qui devait porter sur tous les visages (à l'exception de ceux de la Délivrance de saint Pierre), sur la figure entière de l'Enfant dans l’Adoration des Mages
et sur le vêtement du premier Roi.
Ce travail d'exploration, dont le succès était incertain, fut mené avec une extrême
prudence. A plusieurs reprises le restaurateur hésita à poursuivre ses investigations qui sur certains points paraissaient décevantes. Chaque fois des représentants
du Musée se rendirent à Baie afin de couvrir sa responsabilité. Puisque Mme B.
n'avait tenu aucun compte de ce qu'elle avait pu voir encore de la peinture de Conrad
Witz et que ses repeints n'avaient donc aucune valeur documentaire, il n'y avait
aucun inconvénient à les supprimer, dût-on ne rien trouver dessous ou presque rien.
L'intérêt du travail que nous avions entrepris consistait au contraire essentiellement à faire disparaître tout ce qui n'était pas de Conrad Witz et à retrouver tout ce
qui était de lui. Pour être conduit scientifiquement, il devait être poussé jusqu'au bout.
Il ne suffit pas de dire que le résultat n'a pas trompé nos espérances. Il y a lieu
de préciser à la fois les déceptions et les heureuses surprises que nous avons successivement éprouvées. C'est ce que nous voudrions faire ici en analysant chacune des
parties soumises à cet examen.
A. — Adoration des Mages.
1. Le 3me Roi. — Rien de plus étrange que le visage du fuscus tel que Mme B. l'avait
peint. Aucun trait, pas même le profil de la joue gauche qu'elle avait pu voir encore
se détachant nettement sur le fond d'or, n'avait été respecté. Ce profil, transmué par
elle en une ligne droite, se continuait par une barbiche grotesque, surmontée d'une
moustache mal soignée. Le nez en trompette était écrasé à sa naissance; le
regard était porté trop haut avec un strabisme très prononcé. Tout cela était
invention pure. Seules quelques parties de la chevelure, en particulier les cheveux
se détachant sur le nimbe, n'avaient pas été recouvertes.
— 312 —
Le nombre des stries faites par l'outil du XVIe siècle et traversant tout le visage
de part en part, était de dix-neuf. Elles ont été soigneusement relevées sur des photographies, pour toutes les parties ainsi endommagées, avant la restauration.
Il va sans dire qu'une fois les repeints de Mme B. supprimés, la destruction de la
peinture a toujours dépassé l'étendue des balafres. A cela deux raisons. L'instrument
des Réformés n'a pas seulement détruit la peinture le long du sillon qu'il creusait
dans la préparation; il l'a aussi de part en part fait sauter sur les bords. En outre
Mme B. a certainement lavé ou frotté d'un poing vigoureux les parties qu'elle allait
repeindre, usant ce qui restait de la peinture originale et en détachant à son tour
quelques morceaux.
Ces remarques faites, — et elles s'appliquent à tout ce qui suivra, — l'état dans
lequel se retrouva la tête du Roi nègre (ou plus exactement basané), tout lamentable
qu'il fût, révélait cependant, et complètement, le type conçu par Witz, type dont la
parenté avec l'Antipater et le Benaja du Musée de Baie est évidente. Le cou et l'oreille
étaient presque intacts. Ailleurs les fragments de la peinture restaient très nombreux
et l'on possédait tous les points de repère pour compléter exactement, dans la tonalité
voulue par le peintre, les yeux, le nez, la bouche, le menton, le profil de la joue gauche.
Nous dirons plus loin, à propos de l'ensemble des figures, dans quel esprit cette
réfection a été faite.
2. Le 2me Roi. — Ce personnage désigne, de la main droite, le groupe de la Vierge
et de l'Enfant, geste inexplicable dans l'état où Mme B. nous avait laissé ce tableau.
La coiffure ne l'était pas moins. Le visage, chiffonné et horrible, n'était pas à l'échelle.
On y distinguait 17 balafres.
C'est au sujet de cette figure que nous éprouvâmes notre plus grande déception.
Rien ne subsistait de la peinture originale. Cependant, une fois le repeint enlevé,
le profil de la tête disparue se révéla nettement et aussitôt l'ensemble de la figure,
son geste, retrouvèrent leur sens. Les trois perles du chaperon marquaient l'axe
du visage tourné non pas à droite mais à gauche. Le second Roi désignait au nègre
un peu distrait l'Enfant dans les bras de sa Mère. L'action, le sujet, étaient rétablis.
Si le visage actuel est une réfection tout hypothétique, du moins a-t-il sur la
caricature de Mme B. l'avantage d'être placé comme l'était celui de Witz et d'expliquer
parfaitement son intention.
3. Tête du 1er Roi. — Seule l'oreille était à sa place dans la tête de vieux mendiant peinte par Mme B. Malgré les onze balafres qui rayaient obliquement ce morceau, les indications dont elle pouvait se servir étaient si sûres qu'il est stupéfiant
de penser qu'elle ait préféré se livrer à son extravagante fantaisie. Tous les contours
sont réapparus et presque l'ensemble des chairs, malgré l'attentat du XVIe siècle
et l'usure de la peinture.
— 315 —
4. Vêtement du 1er Roi. — Ce personnage était revêtu d'une somptueuse robe
de brocart, or, rouge et noir, dont le décor gaufré se devine encore par endroits 1.
Bien que ce brocart existe encore en grande partie, il a été recouvert de telle
manière que tout espoir de la faire réapparaître a dû être abandonné. Pour
simplifier sa tâche, Mme B. a étendu sur tout ce vêtement une pâte rouge (et de quel
rouge !) en se servant du couteau à palette. Cette pâte a pénétré dans tous les creux
du décor et a comblé ces minuscules canaux où il est impossible de l'aller reprendre.
Tout ce qu'on a pu faire a été de rétablir le profil de cette robe (car Mme B. avait
débordé sur le vêtement du second Roi), de dégager le col et les parements d'hermine,
de dessiner les plis en suivant les indications que pouvait encore donner l'état de
l'œuvre, enfin de modifier le ton de 1835 en s'inspirant du brocart lui-même dont
les couleurs étaient visibles en certains endroits.
5. L’enfant Jésus. — Toute cette figure, traversée par cinq balafres presque
verticales, avait été repeinte par Mme B.
Lorsque les restes de la peinture originale, ici très importants, ont été mis à
découvert, on s'aperçut que la « restauratrice » avait entièrement changé les avantbras, laissant tomber le bras droit le long du corps et remplaçant la main gauche
par un moignon. Witz au contraire avait ramené l'avant-bras droit par dessus la
jambe, et les deux mains rapprochées tenaient un fruit.
Les contours se profilaient nettement, bras, mains, cuisses, genoux, mollets,
celui de la jambe gauche se dessinant d'un trait vigoureux sur la cuisse. L'apparence
totale de l'Enfant nous était rendue, sinon la consistance de la chair que seule pouvait exprimer la peinture intacte.
La première des photographies que nous reproduisons (fig. 1) montre ce fragment tel que l'a peint Mme B., qui n'arrêta le cours de son inspiration qu'à l'extrémité
des phalanges du pied droit de l'Enfant et de la main droite de la Vierge.
La seconde (fig. 2) représente la peinture dans le même état, avec indications
en blanc des balafres qui avaient compromis ce groupe.
La troisième (fig. 3) a été prise après l'ablation totale des repeints et le
raccord des balafres avec la peinture retrouvée. On remarquera que la main gauche
de la Vierge, qui tient le coude de l'Enfant, avait été presque entièrement refaite
par Mme B.
6. Visage de la Vierge. — Coupé d'une bonne douzaine de balafres, ce visage
avait été complètement repeint par Mme B. Elle n'avait respecté que les mèches de
cheveux se détachant sur le fond au-dessous du nimbe.
Tout l'essentiel de ce visage a été retrouvé.
1
La matière gaufrée revêt un parchemin collé lui-même sur la préparation d'ensemble
du tableau.
— 316 —
B.
Panneau du donateur.
1. Saint-Pierre. — Un pauvre étudiant en théologie, morne et affamé, tel
apparaissait depuis 1835 le saint Pierre présentant le cardinal François de Mies.
A vrai dire ce visage, sur lequel les iconoclastes se sont particulièrement acharnés, a souffert plus que d'autres. Les douze blessures qu'il a reçues l'ont entamé profondément. L'une a détruit le profil de la joue gauche et une partie de l'œil; d'autres
les deux extrémités de l'œil droit et la narine. Ailleurs les traits sont en grande partie conservés; le plan de face du nez était pour ainsi dire intact.
2. François de Mies. — La découverte de ce portrait fut, on l'imagine, le moment le plus émouvant de cette restauration. Les douze balafres relevées avant
l'opération risquaient de l'avoir gravement compromis. Sur ce point les espérances
que nous pouvions avoir furent de beaucoup dépassées.
On en jugera par les photographies que nous publions.
La première, prise avant la restauration, rappellera à ceux qui pourraient l'avoir
oublié, le masque odieux dont Mme B. avait affublé la figure du donateur (fig. 4).
La seconde montre l'état de la découverte, l'outil des iconoclastes ayant écrasé
plutôt que détruit la couche de peinture (fig. 5).
La troisième représente l'état actuel (fig. 6).
Quand le lecteur les aura comparées, sera-t-il nécessaire d'insister sur la chance
que nous avons eue de retrouver aussi complètement un portrait qui est, pour les
Genevois et pour les historiens de Witz, d'un si grand intérêt ?
3. La Vierge. — Mme B. avait respecté l'oreille et en grande partie la chevelure.
Tout le reste, visage et cou, était repeint. Mais ici, le long des blessures, au nombre
de 17, la peinture s'était écaillée et les surcharges n'avaient pas tenu. Des points de
repère suffisants ont permis de rétablir les traits de ce visage et d'en reconstituer
très exactement le caractère.
4. L'Enfant Jésus. — Ce visage, strié presque horizontalement de 16 balafres,
avait lui aussi été repeint avec un mépris total des traits subsistants qui ont été
très clairement retrouvés.
C.
La Pèche miraculeuse.
Tête du Christ. — Cette tête, visage et cheveux, avait reçu 28 blessures. Sur ce
point seul, Mme B. paraît excusable de ne pas avoir tenu compte des ruines de l'original. Excusons-la d'autant plus qu'un repentir de Conrad Witz lui-même pouvait
rendre douteuse l'interprétation de son œuvre. Il n'y a plus de doute cependant:
le Christ regardait saint Pierre nageant à la rencontre de son Maître. L'inclinaison
de la tête explique d'ailleurs l'attitude de la figure elle-même, l'inflexion du dos.
— 317 —
En la restaurant ainsi, si l'on a pas eu la prétention de refaire du Witz où il n'y en
avait plus, on a du moins, comme pour l'Adoration des Mages, rétabli la communication entre les personnages principaux et retrouvé le sujet tel que le peintre l'avait
conçu, car c'est le moment où, selon saint Mathieu, saint Pierre « eut peur » et où
Jésus, étendant la main, lui dit: « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?»1
III
Ce travail négatif, matériellement parlant, une fois accompli, il a fallu mastiquer
toutes les parties où la peinture avait disparu. Il a fallu enfin les raccorder avec les
restes de la peinture originale. Or, et c'est sur ce point qu'il faut insister surtout,
M. Fréd. Bentz s'est ici complètement effacé devant l'œuvre scientifique qu'il était
chargé d'accomplir. On sait assez avec quelle habileté consommée certains restaurateurs peuvent donner le change. Si l'on ne refait pas du Conrad Witz, on peut
au moins faire en sorte que le public s'y trompera. Nous ne serions pas étonnés
d'ailleurs que le visage du second Mage, entièrement peint par M. Bentz, fût celui
dont les visiteurs non renseignés doutent le moins. Seulement, si nous étions libres
pour cette figure, nous ne l'étions pas pour les autres. Ces sortes de supercheries ne
sont ni du goût de notre restaurateur, ni du nôtre. Lui reprochera-t-on cette discrétion ? Lui reprochera-t-on d'avoir laissé aux parties que nous avons analysées ce
caractère de ruines qui est malheureusement le leur ?
Que la restauration soit visible et même très visible, c'est précisément ce que
nous avons voulu. Ce n'est pas notre faute si les iconoclastes du XVIe siècle, qui
étaient loin de soupçonner l'intérêt que ce retable aurait pour leurs descendants,
se sont acharnés à détruire ces figures. Et ce n'est pas notre faute si, en 1835, des
gens mal éclairés, qui n'avaient sans doute pour ces peintures naïves qu'une très
médiocre estime, les ont livrées à une « restauratrice » d'occasion. Ce qui est perdu
l'est irrémédiablement.
Remettre ces tableaux à l'état de neuf, nous n'y avons pas consenti. Nous avons
voulu que l'on traitât les parties en question comme on traite un palimpseste, quand
bien même nous savions d'avance que le texte primitif ne pouvait plus être que
fragmentaire. Il a donc fallu compléter, deviner les mots absents, sans avoir la ressource qui permet aux philologues de marquer exactement l'étendue de leur intervention, l'italique ou la parenthèse. Du moins a-t-on laissé les parties retrouvées
comme elles étaient et a-t-on comblé les lacunes sans aucune prétention de faire du
1
Ce panneau est généralement désigné sous le titre de la Pêche miraculeuse, qui est
représentée au second plan. Il comprend en fait deux sujets distincts, le premier inspiré par
saint Jean, XXI, 1-8, le second, Jésus marchant sur les eaux, par saint Mathieu, XIV, 22 33.—
De même l'autre panneau intérieur représente deux épisodes successifs de la délivrance de
saint Pierre.
— 318 —
Witz. C'est pourquoi les visages ont cet aspect pauvre, mâchuré, morcelé, qui
contraste avec la technique si sûre, si nette, si polie, des vêtements.
C'est assez sans doute qu'on ait pu remettre au jour tout ce qui restait encore,
sous les repeints du XIXe siècle, de la peinture originale, définir le type de tous les
personnages (sauf un), rétablir leur parenté avec ceux des autres tableaux du maître,
rendre à deux de ses compositions leur véritable sens et retrouver un portrait véridique, malgré les dommages qu'il a subis. Récompense suffisante, et il ne faut pas
se plaindre après cela que Conrad Witz n'y soit pas tout entier. Il serait plus juste
de reconnaître qu'il y est tout de même un peu plus qu'auparavant et que nous
avons servi sa cause autant que nous l'avons pu.
C'est ce que prouveront sans doute, mieux que des commentaires, les photographies qui accompagnent cet article et dont nous regrettons de ne pouvoir multiplier
le nombre.
Cela dit, les critiques auxquelles nous avons fait allusion, nous les avons prévues dès le début. Il se trouve toujours un certain nombre de gens qui se font une
gloire facile de protéger les innocents contre les attentats des restaurateurs et des
conservateurs de musées. Ils n'ont pas manqué cette fois de faire les entendus et
nous ne les en avons pas empêchés. Il ne faut pas arrêter Midas dès les premiers
mots et à ceux qui montrent le bout de l'oreille, il serait sot de ne pas accorder
quelques loisirs. Nous avons été récompensé de notre patience.
En confrontant, dans un ouvrage récent 1 , une tête intacte de la Délivrance
de Saint Pierre avec celle du troisième Mage et d'autre part la chape et les gants du
cardinal avec son visage, M. Hans Wendland a tout simplement enfoncé une porte
ouverte, celle-là même par laquelle nous venons de passer avec moins de fracas.
Mais il y a mieux encore. Nous trouvons en effet dans son livre des affirmations
comme celles-ci: dans l’Adoration des Mages « la figure de l'Enfant Jésus est entièrement neuve. L'ancienne couche de peinture n'est presque plus visible. Elle ne se voit
qu'aux pieds, aux jambes et dans une partie du coude droit. Les cinq têtes sont toutes
retouchées. Dans le tableau de la Vierge avec le cardinal, les têtes sont retouchées,
celle de l'évêque dans toutes ses parties essentielles... »2 .
Il a fallu que la peinture de Mme B. disparaisse pour qu'on commence à la confondre avec celle de Conrad Witz. C'est le dernier tour que nous joue cette dame, — une
revanche posthume à laquelle, certes, nous ne nous attendions pas.
1
2
Hans Wendland, Konrad Witz, Gemäldsstudien, Bâle 1924.
Ibid, p. 62-63.
LES ANCIENS VITRAUX DE SAINT-PIERRE ET LEUR
RESTAURATION
W. DEONNA .
fenêtres de la cathédrale Saint-Pierre devaient sans doute être de
bonne heure décorées de verrières; la première mention de celles-ci
ne date cependant que de 1419, où elles sont réparées par le peintre
Janinus Loysel1: «ordinatur quod Janinus Loysel manuteneat verreries
more solito, pro pensione C solidorum et juravit bene facere2».
ES
Il semble que ces vitraux aient été abîmés lors de l'incendie de 1430.
Aussi, à la fin du XVe siècle, on entreprit une nouvelle décoration de l'abside, aux
frais de laquelle contribuèrent personnellement plusieurs chanoines3. Selon Jean de
la Corbière (XVIIIe siècle) : « les vitres peintes du chœur qui représentent saint Pierre,
saint Paul, saint Jean, saint André, qui est celle du milieu où en bas sont deux
clefs en sautoir qui sont les armes du chapitre, ont été faites au dépens d'André
Malvenda qui est enseveli dans l'église »4. Cela est exact pour le vitrail de saint
Jacques qui porte les armes de Malvenda. Cela est douteux pour celui de saint
André, qui, ayant les armes du chapitre, aurait plutôt été donné par celui-ci. Quant
à celui de Marie-Madeleine, son donateur est François de Charansonay, dont il
1
Mitt. Antiquarischen Gesellschaft Zurich, XXVI, 1912. p. 412; Indicateur d'antiquités
suisses, 1884, p. 70; Mém. Soc. Hist., IV, 1845, p. 40, note 2; sur ce peintre, cf. encore GALIFFE ,
Matériaux, I, p. 187; Mém. Soc. Hist., IV, 1845, p. 51-2; FONTAINE-BORGELL, Hist. des communes
genevoises, 1890, p. 312.
2
Archives d'Etat, Registres du Chap., vol. I, 1 er mai 1419.
3
Sur les anciens vitraux de Saint-Pierre:
MAYOR, Bulletin Société d'Histoire et d'Archéologie de Genève, I, 1892-7, p. 112 sq. ; Mémoires
et Documents Société d'Histoire, IV, 1845, p. 40, lre partie, p. 121 ; RAHN, Indicateur d'antiquités
suisses, 1884, p. 70; ARCHINARD, Les édifices religieux de la vieille Genève, p. 224; Saint-Pierre,
ancienne cathédrale de Genève, 1 fasc., 1891, p. 51 (Guillot) ; C. MARTIN, Saint-Pierre, ancienne
cathédrale de Genève, p. 179; LEHMANN , Mitt. Antiquarischen Gesellschaft Zurich, XXVI, 1912,
p. 413-5.
4
Ms. Bibliothèque publique, p. 81.
— 320 —
conserve encore les armes. Il est impossible de savoir quels furent les donateurs des
vitraux de saint Jean, de saint Pierre et de saint Paul, dont la partie inférieure,
sans doute avec armoiries, a disparu 1.
Au cours des siècles, ces vitraux subirent de nombreuses dégradations. La Réforme, qui brisa les statues des saints à Saint-Pierre, les respecta, malgré leurs sujets
« papistes », sans doute par économie. On se borna vraisemblablement à en obscurcir
les parties les plus offensantes pour la foi nouvelle. Un ancien auteur, rappelant les
destructions iconoclastes de la Réforme, dit: «Ce que n'ayant pu faire es verrières
de la même église, pour n'intéresser trop leurs bourses, ils se contentèrent de noircir
tous les nuds des mêmes saints et saintes, de Jésus-Christ, de faire des anges noirs
et ténébreux au lieu des anges de lumière, clairs, bleus et beaux, que l'antiquité y
avait peints. »
Dès le XVIe siècle cependant, l'état des verrières de Saint-Pierre était déplorable, et on lit dans les Registres du Conseil, le 29 mars 1577: « a été proposé que
les arondelles commencent à entrer dans Saint-Pierre, où outre le grand bruit qu'elles
y font, elles gâtent beaucoup aussi les accoutrements aux hommes et femmes.
Arrêté qu'on fasse fermer les porte à volets qu'on appelle et qu'on mette des filets
en fils d'archaux aux fenêtres ».
En 1806, une commission, nommée par la Société pour l'avancement des Arts,
composée de MM. Senebier, Tingry, Bouvier, fut chargée d'étudier la restauration
possible des grandes verrières 2. Après quelques considérations sur leur technique et
sur les possibilités d'en confier la restauration à M. Dupuis, peintre décorateur,
moyennant la modique rétribution de 18 fr. par fenêtre, le rapporteur ajoute: « Au
reste, il est à remarquer que ces vitraux ne sont endommagés que depuis le bas
jusqu'à la hauteur où peut atteindre un homme, et qu'une grande partie de cet
espace n'est occupée que par les piédestaux qui portent les figures, ce qui n'exige
pas la même précision que la figure et peut être laissé en quelque sorte à l'arbitraire du peintre. D'après ce que l'on vient de dire, il est clair que ces vitraux n'ont
point été dégradés par le temps, puisqu'ils ne sont endommagés que par le bas,
tandis qu'ils sont intacts dans le haut; en conséquence, la commission juge nécessaire de donner son préavis, pour qu'à l'avenir on interdise absolument l'entrée de
cette galerie et surtout aux jeunes gens qui aiment à détruire et qui s'y portent
en foule les jours de promotions, ou à tel autre jour de fête où l'on permet l'entrée
de cette galerie.... Nous ajouterons, au surplus, que quoique ces peintures ne soient
pas d'une bien belle exécution, il n'en est pas moins vrai qu'elles font un très bon
effet à la place qu'elles occupent, et qu'indépendamment des personnages qu'elles
1
mentionne toutefois: « en une des fenêtres du chœur de St -Pierre, d'azur au
château d'argent»: seraient-ce les armes du chanoine Guillaume de Greyres, mort en 1498, sur la
dalle duquel (collections lapidaires, n° 36) on les voit: une tour ajourée d'une porte?
2
Une copie de ce rapport est conservée dans les archives du Musée d'Art et d'Histoire.
FLOURNOIS
— 321 —
représentent, ce demi jour coloré a quelque chose de tranquille et de mystérieux qui
invite au recueillement, à la dévotion ».
En 1885, le Consistoire envisagea la restauration des anciennes verrières. Le
rapport qui lui fut fourni à ce sujet par M. le professeur Rahn de Zurich 1, contient
quelques détails intéressants sur les adjonctions faites au cours du temps: «Les
parties inférieures des fenêtres représentent des socles dont il ne reste qu'un seul,
savoir la base de la figure de saint Jacques. Son ornementation représente un
écusson de 1499 (André de Malvenda, chanoine de Saint-Pierre) avec deux anges,
le tout entouré d'ornements gothiques. Les autres socles ont été remplacés par des
ornements de mauvais goût, datant probablement du commencement du siècle
dernier, peints à froid sur fond blanc. Quant à l'état des parties originales, nous
voyons que leur exécution est d'une technique très imparfaite. Les grisailles sont
entièrement effritées sur les parties incolores, les mains, les visages et les pieds;
le modelé des draperies de couleur est à peine visible en maints endroits. Les grisailles des ornements architectoniques des couronnements sont aussi très endommagées, même dans leurs parties les mieux conservées comparativement. Vu cet
état, il est probable que l'on aura procédé à une restauration à froid de ces parties
au siècle dernier, peut-être même plus tôt. La tête de saint André, par exemple,
qui, primitivement, comme les autres figures, était peinte en trait noir sur fond blanc,
a été postérieurement pourvue de joues rouges. D'autres dégâts existent encore ;
outre les socles, certaines parties des vêtements ayant été cassées, elles se trouvent
avoir été remplacées par des parties modernes; nous constatons également dans le
couronnement de quelques-uns des vitraux un mélange de vieux et de nouveaux
fragments reliés pêle-mêle et dans tous les sens par des plombs adventifs. En un
mot, l'état de ces vitraux est désolant. ».
D'une note de M. E. Mayor 2 , il ressort que la restauration des socles a été
faite non pas avec des couleurs à froid, mais en grisaille cuite très imparfaitement;
elle était l'œuvre de Foulquier, vitrier à la Tour-de-Boel, au début du XIXe siècle,
« personnage d'une certaine importance d'abord comme vitrier, et surtout comme
chapeau chinois dans la musique Sabon ». On trouvera plus loin3 quelques renseignements sur ce personnage.
Ses constatations faites, M. Rahn conclut à l'impossibilité de restaurer les
vitraux de façon à les conserver dans leur cadre original à Saint-Pierre. Les adjonctions modernes qu'il faudrait faire, disait-il, seraient trop considérables et nuiraient
à l'harmonie des parties anciennes qui seraient conservées. En conséquence, le
Consistoire décida de renoncer à la restauration et de remplacer les anciens
1
Rapport sur l'état des vitraux du chœur de la cathédrale de Saint-Pierre, du 29 mai 1885,
copie au Musée d'Art et d'Histoire.
2
Note conservée au Musée d'Art et d'Histoire.
3
P. 336.
2l
— 322 —
vitraux par des copies; les originaux furent déposés au Musée archéologique
en 1888 1.
Lors de la construction du nouveau Musée d'Art et d'Histoire, inauguré en 1910,
on se demanda s'il convenait de les restaurer et de prévoir pour eux des emplacements appropriés. On se décida à ne restaurer que les deux vitraux les moins
endommagés, ceux de saint Jean et de saint Jacques, travail confié à l'atelier
Kirsch et Fleckner de Fribourg 2 . On les installa dans les grandes baies de la salle
du moyen âge (n° 15), spécialement aménagée pour les recevoir. Les autres vitraux
(saint André, saint Pierre, saint Paul, Marie-Madeleine), trop fragmentés, furent
maintenus dans des cadres de bois, et conservés dans les dépôts du Musée.
En 1923-24, il a para cependant utile à la direction du Musée, bien que le résultat ne pat être aussi favorable que pour les vitraux de saint Jacques et de saint
Jean, de restaurer ces fragments, de les remonter et- de les exposer dans nos salles.
La restauration a été fort habilement exécutée par M. Wasem, peintre verrier,
établi à Veyrier, et depuis 1924-1925, les visiteurs peuvent les voir, appliqués contre
les grandes baies de la salle des Armures, la seule salle dont la disposition architecturale et l'installation se prêtaient à les recevoir.
Ces fragments, d'inégales dimensions, étaient rapiécés de façon fort disparate,
certains morceaux étaient interchangés; ce fut un jeu de patience pour le restaurateur et une preuve de grande sagacité que de restituer à tel vitrail ce que lui appartenait, et d'en éliminer les apports étrangers. Ainsi épurés, ces vitraux présentaient
encore des lacunes, qui ont été comblées avec des verres modernes teintés. Les
trois séries de photographies prises: 1° avant la restauration; 2° au moment où les
vitraux remontés étaient débarrassés des éléments étrangers; 3° finalement restaurés,
permettent de distinguer facilement les adjonctions obligatoires.
*
*
*
ANCIENNE RESTAURATION
(1909).
1. Vitrail de saint Jean. Salle du moyen âge (n° 6600). Le socle, avec écusson, est
une composition moderne.
LEHMANN ,
MARTIN ., op. l.,
Mitt. Antiquarischen Gesellschaft Zurich, XXVI, 1912, pl. XVIII, à droite;
pi. XLIII, 1, p. 181 (description).
2. Vitrail de saint Jacques. Salle du moyen âge (n° 6599).
Mitt. Antiquarischen Gesellschaft Zurich, XXVI, 1912, p. 414, pl. XVIII, à gauche; pl. XIX,
détail (Annonciation); MARTIN , p. 180 (description), pl. XLIII, 2; Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève, 1 fascicule, 1891, p. 52; Mém. Soc. Hist.,IV, 1845, p. 39-40, 121, note 2; RAHN,
Indicateur d'antiquités suisses, 1884, p. 70; ARCHINARD, op. l., p. 224-299; Obituaire, p. 35; Bull. Soc.
Hist., I, 1892, p. 114, note 1.
1
2
MAYOR
: Bull. Soc. Hist., I, p. 112;
MARTIN
: op. l., p. 180.
Indicateur d'antiquités suisses, XI, 1909, p. 99.
— 323 —
Il montre à la base des armoiries
soutenues par deux anges : l'écu porte
de sinople à la fleur de lys d'argent,
accostée de trois pointes de même,
dont une en pointe et deux en chef1 .
Ce sont les armes du donateur,
André de Malvenda, qui, dit le registre mortuaire des chanoines de
Saint-Pierre, fit à la cathédrale plusieurs dons, « cum verreria in qua
depingitur ymago beati Jacobi, in
quibus ejus arma depinguntur ».
Cette donation eut lieu en 14872 .
Cet ecclésiastique, d'une famille
originaire de Valence en Espagne, fut
docteur en droit, protonotaire, chantre,
official de Genève en 1473, chanoine
en 1475, vicaire épiscopal dès 1482,
l'un des rois de la fête des Trois Rois,
en 1487 3, prieur commendataire d'Aix
et de Thonon, doyen d'Aubonne,
chanoine de la collégiale de SaintVincent de Berne; il se montra le
protecteur zélé de la typographie
naissante4; il légua à la cathédrale
quatre pièces de tapisserie à ses armes,
deux de couleur verte pour les jours
ordinaires, et deux représentant
l'Adoration des Mages
et le Massacre des Innocents, pour les jours de solennité5 . L'inventaire de Saint1
2
Armoriai genevois, 2 me éd., p. 24.
C'est la date que donne M. Martin, p. 179 ; ARCHINARD: op. l., p. 299. — On trouve la date 1480
in Mém. Soc. Hist., IV, 1845, p. 39-40; RAHN : Indicateur d'Antiquités suisses, 1884, p. 70 ;
Mitth. Antiquar. Gesell. Zurich, XXVI, 1912, p. 414; Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève,
1 fasc., 1791, p. 52 (Guillot).
3
Mém. Soc. Hist., 1,1841, p. 150. A l'Epiphanie, on reconnaît trois rois parmi les gens d'église:
un parmi les chanoines, un parmi les chapelains de Saint-Pierre, un parmi les curés des sept paroisses ;
BLAVIGNAC : L'empro genevois (2), 1875, p. 111; Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève,
1 er fasc., 1891, p. 60 (Guillot).
4
Son nom est cité en 1517, Annales de la cité de Genève, dites de Savyon, éd. 1858, p. 54.
5
SENEBIER : Essai sur Genève, p. 48; ARCHINARD : op. l., p. 299; Saint-Pierre, ancienne
cathédrale de Genève, 1er fasc., 1891, p. 54 (Guillot).
— 324 —
Pierre de 1535 mentionne encore un bâton d'argent aux armes de Malvenda1. Un
vignoble de Genève à Chambésy s'appelait «les Malvendes », du nom de cette famille2.
Les collections lapidaires du Musée d'art et d'histoire possèdent la dalle funéraire (n°
168) de ce chanoine, mort le 21 juillet 1499. Elle était primitivement à Saint-Pierre,
près de l'autel de Saint-Maurice 3. Elle montre le chanoine en costume de chœur,
ayant sous ses pieds un chien étendu, et au-dessus de la tête, un chapeau à trois
houppes. Dans les angles supérieurs, les armes de la famille: une fleur de lys accostée
de trois pointes, deux en chef et une en pointe. L'inscription est en lettres romaines
avec de nombreuses ligatures.
FLOURNOIS , op. l., p. 5, n°17; SPON , II, p. 352, n° XI ; GALIFFE , Matériaux, I, p. 358; id.,
Not., IV, p. 66; id., Armoriai (2 me éd.), pl. 24; GRENUS , Fragments historiques, p. 65, 68,
BESSON , Mémoires, p. 87; Mém. Soc. Hist., III, p. 286, 400; IV, p. 39, 121, note; V, p. 299, 314:
317; VIII, 1352, p. 8; XVII, 1872, p. 6, 35; Obituaire, p. 34 et note 1 ; 35 et note 1; XVII; MARTIN,
op. l., p. 154; Arch. de Genève, pièces historiques, 688, 742, 764, 776; Reg. du Conseil. 18 déc. 1486;
Reg. du Chap., vol. 4, 5, 6, 7, passim ; minutes de P. BRASET, notaire, vol. 2, f° 314.
Reverendus P[ate]r D[omi]n[u]s A[n]dreas de Malve[n]da utriusq[ue]
juris Doctor et Sedis ap[ostol]ice p[ro]thono[tarius] ac huj[us] i[n]
signis E[c]cl[es]ie can[on]ic[us] et ca[n]tor defu[nc]tus occubat i[n]
tumulo. Orate Deu[m] p[ro] eo. Migravit e seculo a[n]no Salutis
1499 [millesimo quadringento nonagesimo no]no, die 21 (vicesima
prima) me[n]sis Julii.
La dalle funéraire de Gonzalve de Malvenda, mort le 25 août 1505, aussi en
lettres romaines, est encore à Saint-Pierre, adossée contre le mur du bas côté Nord4
(fig. 1).
Hic jacet no[bilis] Gondissalvus de Malvenda burgen[sis]
Geben [nensis] et me…. obiit dictus nobilis Gondissalvus die 25
mensis Àugusti 1505 et dicto anno M die mensis....
La décoration centrale a complètement disparu, mais un ancien dessin
de M. Mayor y place les armes de la famille Malvenda, déjà vues sur la dalle
d'André de Malvenda. Des écussons aux angles, les uns ont les mêmes armes, les
autres, aujourd'hui complètement effacés, étaient un écu portant, au premier
la dite fleur de lis, au deuxième un gonfanon, au dire de Flournois, détails que
l'on perçoit encore sur le dessin de M. Mayor.
*
*
1
2
ARCHINARD , op. l., p. 303.
GAUDY LE FORT : Promenades
*
hist. (2), 1849, I, p. 61 ; Saint Pierre, ancienne cathédrale de
Genève, 1 er fasc., 1891, p. 54 (Guillot).
3
MARTIN : op. L, p. 29.
4
Ibid., p. 154; Mém. Soc. Hist., XXI, 163; SPON , II, p. 353.
— 325 —
NOUVELLE RESTAURATION (1924-1925).
3. Vitrail de saint Pierre, n° 11354, ancien n° 6601 (fig. 2-4).
MARTIN
: op. l., p. 181, pl. XLIV, 1.
La partie inférieure, qui devait vraisemblablement montrer les armoiries du
donateur, comme dans les vitraux précédents, manque tout entière, et on a
jugé inutile de lui substituer une composition nouvelle, comme dans le vitrail de
saint Jean. Il y a aussi une lacune sur toute la largeur du vitrail, au-dessus de la
tête du saint, où le bas des pinacles fait défaut.
Tenant d'une main la Bible, de l'autre les clefs, saint Pierre, tourné de trois
quarts à gauche, est debout devant un édifice gothique flamboyant, que surmonte
une forêt de pinacles.
4. Vitrail de saint André, n° 11569, ancien n° 6603 (fig. 5-7).
MARTIN, op. l., p.
GNAC, Mém. Soc. Hist.,
181, pi. XLIV, 2; Mitt. Ant. Gesell Zurich, XXVI, 1912, pl. XX;
VII, 1849, p. 86, pl. XXXVIII, 3; IV, 1845, p. 40.
BLAVI-
Le dais, au-dessus de la figure du saint, porte les armes du chapitre, les deux
clefs en sautoir, ce qui signifie sans doute que le vitrail a été donné par ce corps 1.
5. Vitrail de saint Paul, n° 11570, ancien n° 6602 (fig. 8-10).
MARTIN, op.
l., p. 182, pl. XLIV, 3.
6. Vitrail de Marie-Madeleine, n° 11355, ancien n° 6604 (fig. 11-13).
MARTIN , p. 182, pl. XLIV, 4; p. 179; Obituaire, p. 39; MAYOR , Bull. Soc. hist., I, p. 114;
Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève, 1 fasc., 1891, p. 52 (Guillot) ; Mém. Soc. Hist., IV, 1845,
p. 40; RAHN, Indicateur d'antiquités suisses, 1884, p. 70.
Sainte Marie-Madeleine, tournée de trois-quarts à droite, tenant le vase à
parfums, est debout dans une arcature ogivale, que soutiennent deux colonnes.
Dans le riche motif architectural qui surmonte celle-ci, ce sont deux anges musiciens, jouant l'un de la harpe, l'autre de la mandorle, et, soutenues par des consoles,
à l'abri des dais, deux statuettes de prophètes. Selon l'habitude, ils portent le bonnet
conique des juifs 2 et tiennent en main une banderolle avec inscription 3, sans doute
quelque verset des livres saints 4 (fig. 14-15).
1
114.
siècle (3), p. 192.
3
Ibid., p. 193, fig. 84-6, p. 195, 196, note 2.
4
Cf. la liste des versets accompagnant les prophètes,
s. v. Prophètes, p. 718 sq.
2
MAYOR : Bull. Soc. Hist., I, p.
e
MALE : L'art religieux du XIII
CAHIER
: Caractéristiques des Saints,
— 330 —
Le vitrail porte dans la clef de voûte de l'ogive les armes du donateur, François
de Charansonay: un lion, et autour de l'écu une bordure engrêlée. La donation eut
lieu sans doute la même année que celle d'André de Malvenda, en 1487 (Martin),
bien que certains auteurs citent les dates 1495 (Guillot), 1498 (Rahn), cette
dernière provenant sans doute d'une confusion avec l'année de la mort de ce
personnage.
Ce chanoine est mentionné dans divers actes, de 1465 à 1483; il mourut le
16 janvier 1498, léguant un crucifix orné de saints, ainsi qu'un tabernacle à ses
armes. Sa dalle funéraire, jadis à Saint-Pierre, est conservée au Musée d'Art et
d'Histoire (collections lapidaires, n° 173), mais l'effigie est presque totalement
effacée; on ne distingue plus guère, avec la silhouette générale du corps, que l'arc
trèfle qui le surmontait, et les armes aux quatre angles.
FLOURNOIS , op. l., p. 4, n° 16; SPON , II, p. 364, n° XXXII; Obituaire, p 36,note 2 et 4, 39,
XVIII; Mém. Soc. hist., III, p. 286, note; V, p. 306, 314, 317, 330; GALIFFE, Matériaux, I, p. 364; id.,
Armoriai (2 me éd.), pi. I; MARTIN , op. l., p. 149, 179; Arch. de Genève, registres du chapitre, vol.
4 et 5, passim, pièces historiques, n° 697 et 719.
Hic jacet ven[eran]dus D[omi]n[u]s Franciscus de
Charansonay can[onicus] ...... qui obiit die sexto
decimo an[n]o D[omi]ni MCCCCXCVIII.
*
*
*
Les verrières ornaient les sept fenêtres basses de l'abside. Il n'en reste
que six, la septième ayant disparu avant 1888. Celle-ci représentait saint Michel,
— 331 —
et avait été donnée en 1500 par Dominique de Viry1, chanoine depuis 1487: « singulari
devotione motus ad ornatum chori liberaliter fîeri fecit artificiosam verreriam in
qua depingitur ymago beati Michaelis Archangeli suis armis insignitam »2.
*
*
*
II est difficile de dire quelles raisons ont déterminé le choix de ces saints plutôt
que d'autres 3. Celui de saint Pierre, patron de la cathédrale, se conçoit aisément.
Remarquons que parmi les autels et chapelles dans la cathédrale, il en est qui sont
consacrés à saint André, à saint Michel, à saint Jacques, à saint Jean l'Evangéliste,
à sainte Marie-Madeleine4; que le prieuré de Saint-Jean, l'église de la Madeleine,
sont sous le patronage de deux personnages de nos vitraux. Les onze stalles hautes
de la cathédrale, qui comportent les figures de cinq apôtres, de cinq prophètes et
d'une sibylle, montrent saint André, saint Jacques le Majeur, saint Jean l'Evangéliste, mais il semble que ces stalles de la fin du XV e siècle ont été à l'origine
sculptées pour un autre édifice 5 , sans doute le couvent de Rive.
*
*
*
Nous connaissons les noms de quelques peintres verriers qui travaillèrent à
Genève depuis la fin du XIVe siècle, et M. Lehmann en a dressé une courte liste 6; on
y pourrait ajouter, pour le XVIe siècle, les noms de: François Mercier, de Regny,
peintre, reçu bourgeois en 1537, faveur «qu'il payera en ouvrage de verrières»7;
Pierre Favre, peintre verrier, auteur des verrières de la Madeleine, reçu bourgeois
en 1546, « parce qu'il n'a pas gagné à peindre les vitres de la Madeleine »8 ; un
extrait de compte de 1553 lui attribue la peinture d'armoiries de Genève sur ban1
Les collections lapidaires du Musée de Genève possèdent les dalles funéraires de François
de Viry, chanoine mort le 30 mai 1521( n° 171); d'Amblard de Viry, chanoine dès 1465, mort le
8 septembre 1472 (n° 167). La dalle de Pierre de Viry, mort en 1494, est encore à Saint-Pierre;
MARTIN, p. 159. — Sur les armes de Viry, Archives héraldiques suisses, XXI, 1907, p. 42, note 1 ;
XXVIII, 1914, p. 181, note 2. — Château de Viry, près de Saint-Julien, Bull. Institut national
genevois, VI, 1857, p. 223, note 1.
2
Obituaire, p. 54, note 1 ; MARTIN: op. l., p. 179; Indicateur d'antiquités suisses, 1884, p. 70;
: op. l., p. 299, 316; Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève, 1er fasc., 1891, p. 52
(Guillot).
3
Voir sur les saints vénérés à Genève : RITTER : « Les saints honorés dans le diocèse de Genève »,
Congrès des sociétés savantes de Savoie, 1892, 1894, 1897. — Revue savoisienne, 1889. — J. BURLET :
Le culte de Dieu, de la Vierge et des Saints en Savoie avant la Révolution. Essai de géographie hagiographique, 1916.
ARCHINARD
4
5
6
7
8
ARCHINARD, p. 225-6. — MARTIN,
MARTIN, p. 167, « Les stalles ».
p. 25.
Mitt. Antiquar. Gesell. Zurich, 1912, XXVI, p. 412-3. Genf.
C OVELLE : Le livre des bourgeois, p. 217 ; MARTIN, La maison de ville de Genève, p. 43.
Mém. Soc. Hist., IV, 1845, p. 43, note 2; V, 1847, p. 16, note 1. — COVELLE : Le livre des
bourgeois, p. 227.
— 332 —
derolles, et, comme le précédent, il orne de verrières l'hôtel de ville1; Jérôme de
Bara, parisien, né vers 1540, à Genève dès 1569, désigné dans le testament de
François du Bois en 1584 comme « paintre et vitrier »2.
Il n'est cependant pas possible d'attribuer les verrières de Saint-Pierre à un
auteur connu. M. Lehmann signale des analogies avec les vitraux du chœur de
l'église St -Magdalenen à Strasbourg, datés de 1480 environ, et avec le vitrail de
saint Sébastien dans l'église d'Oberehnheim en Alsace, mais il reconnaît qu'on ne
saurait songer à une parenté certaine, et que la patrie des auteurs des verrières
doit être cherché à l'ouest, peut-être à Genève, où lis peintres capables3 ne devaient
pas manquer.
Il semble que ces vitraux, qui présentent entre eux de nombreuses analogies
de style, sont sortis, d'un même atelier de la fin du XVe siècle, tout en révélant la
main de différents maîtres. Il y a en effet entre eux des différences de style, de qualité, d'ornementation plus ou moins riche. Ce sont de magnifiques spécimens de l'art
du vitrail à la fin du moyen âge, fort rares en Suisse romande 4.
*
*
*
Autres vitraux anciens de Saint-Pierre.
Les autres anciennes verrières de Saint-Pierre ont toutes disparu.
7. Vitrail de Pierre du Sollier.
Le chanoine Pierre du Sollier fit placer, en 1504, dans la rose de la Tour Nord, un
vitrail qui existait encore au temps de Sénebier, et qui semble avoir été détruit en
1835, lors du Jubilé de la Réformation 5. On y lisait son nom 6.
« Magnus operarius », maître de l'œuvre de Saint-Pierre 7, chanoine dès 1492,
il dirigea en 1510 les travaux de restauration de la Tour Sud de la cathédrale, endommagée par l'incendie de 1430 8.
1
BLAVIGNAC , Mém. Soc. Hist., VII, 1849, p. 110-111, n° I I ;
MARTIN , op. l., p. 43, pièces justificatives, n° V-VII, p. 123-4.
Ind. Ant. suisses, 1884, p. 103;
2 CARTIER : « Les Monuments de l'Alliance de 1584 conservés à Genève », Mém. et Doc. Soc.
Hist., série 4°, IV, 1915, p. 135, 140-141. M. Cartier suppose qu'il dût recevoir à Genève « la commande de quelques vitraux à la manière suisse ».
3
4
Mitt. Antiguar. Gesell. Zurich, 1912, XXVI, p. 415.
LEHMANN : op. l., pl VI, p. 346, Neuchâtel; VII, p. 363, Fribourg; VIII, Die Westschweiz.
Genf, Walis und die südlichen Alperitäler. p. 401 sq. ; Vaud, p. 411.
5
Cf. MARTIN : op. l., p. 179. — Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève, 1 er fasc., 1891,
p. 52 (Guillot). — LEHMANN : Mitt. Ant. Gesell. Zurich, XXVI, 1912, p. 415. — MAYOR : Bull.
Soc. Hist., I, p. 115, note 1.
6
Mém. Soc. Hist., IV, 1845, p. 40.
7
Sur l'œuvre de Saint-Pierre, MARTIN : op. l., p. 23 sq., Organisation et ressources de la fabrique.
8
Sur cet incendie et les réparations subséquentes, Ibid., p. 23, 105 sq. « La Tour du Midi »,
— BLAVIGNAC : Mém. Soc. Hist., VI, p. 604. — Saint-Pierre, ancienne cathédrale de Genève, 1er fasc.,
1891, p. 43 (Guidot).
— 333 —
Les collections lapidaires du Musée d'Art et d'Histoire possèdent une partie de
la dalle funéraire de cet ecclésiastique (N° 37: fig. 16). Elle était primitivement à
Saint-Pierre, près de l'autel Saint-Martin1; elle fut retrouvée en 1863 sur l'emplacement de l'ancienne prison pénitentiaire. Le chanoine, en costume de chœur, est
surmonté d'un arc en accolade; dans les angles supérieurs, des armoiries; à gauche,
trois bandes échiquetées de trois traits (du Sollier); à droite, parti, au 1er du Sollier,
au 2me coupé, au premier... (illisible) et au second fascé de 4 pièces.
re
FAZY , Catalogue, p. 32, n° 37; GALIFFE , Armoriai (l éd.), p. 23; Obituaire, p. XXVI, 52,
57, note 3, 112, 205, note 2, 299; Mém. Soc. Hist., IV, p. 40; VI, p. 104; GRILLET , Dict. hist., I I ,
p. 234; DE LA CORBIERE, Antiquités de Genève (manuscrit), p. 64; MARTIN, op. l., p. 157, 179, 24.
Archives de Genève, Registres du Chap., vol. 7, passim.
FIG.
16. — Dalle funéraire de Pierre du Sollier. Collections lapidaires, n° 37.
La dalle ne porte pas de date; on ne sait pour quelle raison Blavignac admet
l'année 1514 pour la mort de ce chanoine; l'article de l'Obituaire2 relatif à Pierre du
Sollier, en 1514, est une donation faite de son vivant, qui ne permet pas de présumer
de sa mort.
1
2
MARTIN
P. 299.
: op. l., p. 29.
— 334 —
S. Vitrail de Humbert de Chissé.
On voyait le nom de Humbert de Chissé et la date 1447 sur une vitre de la
chapelle Saint-Jacques1 qu'il avait fondée et dont il est fait mention dans son
épitaphe.
La dalle funéraire de ce chanoine, mort le 6 août 1457, se trouve encore à SaintPierre.
SPON , II, p. 350; Mém. Soc. Hist., XXI, p. 139, note 138; FORAS , Armorial et nobiliaire de
Savoie, II, p. 42 sq. ; V, p. 284, extrait du registre du Chap. de 1451 ; Mém. Documents Société hist.
Suisse romande,XVIII, nécrologue de l'Eglise de Lausanne, p. 168,6 août; MARTIN, op. l., p. 150, 28.
9. Vitraux de la chapelle des Macchabées.
On n'en a retrouvé que de minuscules fragments, lors de la restauration de la
chapelle 2.
*
*
*
Vitraux actuels de Saint-Pierre.
Les anciens vitraux des fenêtres Lasses de l'abside ont été remplacés de 1886
à 1894 par des reproductions modernes, dues au peintre verrier Fr. Berbig, de Zurich 3
et complétées pour les parties inférieures. Le vitrail de Marie-Madeleine, donné par
F. de Charansonay, a reçu les armes de ce chanoine; celui de saint André, les écus
du chapitre qui se voient encore au sommet de l'original; celai de saint Jean, les
armes des familles Fæsch et Micheli; ceux de saint Paul et de saint Pierre, les armes
de l'antipape Clément VII et d'Adhémar Fabri. Le septième vitrail, donné en 1894
par la famille Des Gouttes-Colladon, œuvre du peintre Didron, de Paris, porte les
armes de cette famille et représente saint Pierre ès liens 4.
On trouvera dans le bel ouvrage que M. Martin a consacré à la cathédrale l'énumération des autres vitraux modernes qui, de 1835 à nos jours, ornent les autres
baies5. La chapelle des Macchabées a reçu aussi son nouveau décor de 1886 à 1888 6,
œuvre de Berbig.
*
*
1
*
SPON , II, p. 350. — MARTIN : op. 1., p. 28. — FLOURNOY , p. 1.
MAYOR : Bull. Soc. Hist., 1, p. 106-107.
3
MARTIN : op. L, p. 182. — MAYOR : Bull. Soc. Hist., I,p. 112. — Indicateur d'Antiquités suisses,
1886, p. 323. — Saint Pierre, ancienne cathédrale de Genève, 1 er fasc., 1891, p. 51.
4
MARTIN : p. 182-183.
5
Ibid., p. 179-180, 183-184. — Cf. encore ARCHINARD : op. 1., p. 224. — Saint-Pierre,
ancienne cathédrale de Genève, 2me fasc., 1892, p. 125; 1er fasc., 1891, p. 109, 108. — M. D. ART :
Mémorial des séances du Consistoire, 1888, p. 302-312. — Jubilé de la Réformation à Genève, 1835,
Historique et conférences, p. 127-129.
6
MARTIN : op. 1., p. 198. — MAYOR : Bull. Soc. Hist., I, 1892-7, p. 107. — Indicateur d'Antiquités suisses, 1888, p. 27, 137; 1886, p. 323.
2
— 335 —
Autres anciens vitraux genevois.
Les autres vitraux anciens qui sont d'origine genevoise ou qui rappellent quelque
souvenir local, sont peu nombreux et de moindre importance artistique. M. H. Gosse
en avait signalé quelques-uns en 1884 dans une communication présentée à la
Société d'Histoire de Genève 1. Nous dressons ici la liste de ceux que nous connaissons:
1. Gaudy-Le Fort signale les armes de l'évêque Pierre de la Baume sur un vitrail,
dans la maison dite de l'évêque, au Pré-1'Evesque.
GAUDY - LE FORT ,
Promenades histor., (2), 1849, II, p. 70.
2. Vitrail aux armes de Genève avec la date 1540, propriété d'un amateur pari
sien; exécuté pour Johann Rudolf de Grafenried.
P. GANZ, Archives héraldiques suisses, 1922, p. 93; MAYOR, Fragments d'archéologie genevoise,
1897, p. 17, note 2; Th. Du FOUR , Un vitrail aux armes de Genève, donné par le Conseil en 1540,
comm. Soc. hist., 1884; cf. Mémorial, 1889, p. 228; Mém. Soc. Hist., XXII, 1886, p. 340; H. DEONNA,
Genava, I, 1923, p. 142 sq. ; id., Archives héraldiques suisses, 1923, p. 142-3; Bull. Soc. Hist., II, 18981904, p. 65.
3. Vitrail aux armes de Genève, de l'ancienne collection Engel-Gros, mise en vente
à Paris en 1923, avec la date 1547.
P. GANZ, Archives héraldiques suisses, 1922, p. 93; Collection Engel-Gros, Catalogue des vitraux
anciens, 1922, p. 24, n°47, pi.; H. DEONNA, Archives héraldiques suisses, 1923, p. 142-3; id., Genava,
I, 1923, p. 145 sq.
4. Fragment de vitrail aux armes de Genève, de l'ancienne collection du syndic
Rigaud à La Tour-de-Peilz ; donné au Musée de Genève, il n'existe plus, tombé en
poussière lors du transfert de la dite collection. Sans doute du début du XVIe siècle.
MAYOR, Fragments d'arch. genevoise, p. 170;
note 1; Bull. Soc. Hist., II, 1898-1904, p. 65.
BLAVIGNAC,
Mém. Soc. Hist., VII, 1849, p. 111,
5. Vitrail aux armes de Gaspard de Genève, seigneur de la Bastie-Lullin, portant
la date 1584. Il rappelle les négociations du traité d'alliance entre Berne, Zurich,
Genève, en 1584. Acheté à Fribourg, en 1899. Au Musée d'Art et d'Histoire, salle
J.-J. Rigaud.
Indicateur d'antiquités suisses, I, 1899, p. 99 (description); V, 1903-4, p. 296; J. MAYOR ,
Note sur un vitrail aux armes de Genevois, Bull. Soc. Hist., II, 1898-1904, p. 169sq.,pl., p. 179; Rapport
Société auxiliaire du Musée pour 1899, p. 21, pl.
1
H. GOSSE : Vitraux anciens existant encore à Genève, comm. Soc. Hist. 28 février 1884. —
Mémorial, 1889, p. 229. — Mém. et Doc. Soc. Hist., XXII, 1886, p. 340.
— 336 —
6. Vitrail aux armes de la famille Eynard, de la fin du XVIIe siècle, anciennement dans une collection privée de Lucerne, aujourd'hui au Musée d'Art et d'Histoire. n° 11457.
MAYOR , Un vitrail aux armes de Genève, Fragments d'arch. genevoise, 1897, p. 170, pl. XII;
Bull. Soc. Hist., I I , 1898-1904, pl. 64 sq., pi. I I ; Genava, I, 1923, p. 147, 11° 1, fig. 3; 111,1925,
p. 35.
7. Vitrail représentant l'Escalade de 1602, peint vers le milieu du XVIIe siècle,
restauré par M. Perron en 1902. Il se trouvait peut-être primitivement à l'Hôtel de
Ville. Au Musée d'Art et d'Histoire, salle des souvenirs historiques.
HAMMANN , Les représentations graphiques de l’Escalade, 1868, p. 14-15 C; Genava, I, 1923>
p. 61 note 1; 149, fig. 4.
Signalons qu'un vitrail de l'Escalade, œuvre moderne de M. Henri Demole,
et représentant les Savoyards précipités au bas des murs, a été placé en 1905 au
temple de Saint-Gervais. L'exécution en est due aux peintres verriers Kirsch et
Fleckner de Fribourg 1.
8. Vitrail provenant du temple de l’Auditoire à Genève, remis par le Conseil
Administratif de la Ville le 17 janvier 1865. Au Musée d'Art et d'Histoire, salle
des souvenirs historiques. N°G. 925. Deux médaillons ovales, avec les têtes de profil
d'un homme barbu et d'une femme, tournées l'une vers l'autre, dans le style Renaissance (cf. n° 9).
9. Vitrail circulaire, avec tête féminine tournée de profil à gauche, et l'inscription :
EURICIDE. Une ancienne étiquette de papier collée sur lui porte la mention sui
vante: « vitrail qui provient du temple de la Madelaine, par Foulquier vitrier il y a
environ 60 ans ». Au Musée d'Art et d'Histoire, salle des souvenirs historiques,
n° 9458.
Ce document, donné par M. Kuhn, a été signalé en 1841 à la Société d'histoire de
Genève avec la mention au procès-verbal : « don d'un vitreau représentant une tête
de femme provenant de l'église de la Magdelaine, réparée dans le commencement
du siècle dernier »2.
Ces indications permettent de reporter ce document à la fin du XVIIIe. JeanAmi Foulquier, fils de Jean-Pierre Foulquier, natif, et de Marie Maire, est né à
Genève le 3 mai 1754, et mort à Cartigny le 11 décembre 1840; il épousa à SaintGermain, le 1er novembre 1795, Suzanne, fille de Pierre Gaillard. Son contrat de
mariage du 31 octobre 1795 (J.-L. Duby, notaire, vol., 39, p. 965) le qualifie de
Vitrier 3.
1
2
Patrie suisse, XII, 1905, p. 144, fig.
Vitrail ancien provenant de l'église de la Madeleine, comm. Soc. Hist., 24 juin 1841. — Mémorial, 1889, p. 45. — DOUMERGUE , Genève calviniste, p. 243, note 4.
3
Renseignements fournis par M. P.
MARTIN,
archiviste d'Etat, Genève.
— 337 —
C'est l'auteur de notre vitrail. Celui-ci ne dénote pas de grands dons artistiques,
ni une grande culture. La tête est assurément copiée de quelque image de la Renaissance (cf. n° 8), et l'inscription témoigne que le copiste ignorait le nom d'Eurydice.
L'étiquette a été sans doute rédigée lors du don et de la présentation à la
Société d'histoire, en 1841 ; en déduisant les soixante ans antérieurs qu'elle mentionne,
on obtient la date approximative 1780, correspondant bien à la période d'activité
de ce verrier.
10. Médaillon avec écusson portant trois colonnes. Autour, l'inscription: « Eglise
de Dieu vivant. Colonnes apuis de vérité ». Au Musée d'Art et d'Histoire, salle des
souvenirs historiques, n° G. 476.
Se trouvait dans un café de la rue des Corps-Saints, dans la maison donnant
sur la cour du temple Saint-Gervais ; il provient sans doute de cette église. Restauré
en 1923 par M. Wasem. XIXe s.
11. Vitrail moderne rectangulaire, avec le portrait de Calvin dans un médaillon
ovale; autour, l'inscription: « Jean Calvin, ministre du S. Evangile à Genève. Décédé
en l'an 15.. ». Au Musée d'Art et d'Histoire, salle des souvenirs historiques,
n° 10833.
Selon les indications qu'a bien voulu nous communiquer M. le Prof. Borgeaud,
l'auteur se serait inspiré de deux modèles: la gravure des «Icônes» de Théodore
de Bèze, qui lui aurait fourni le costume et la bouche ouverte, le cou et les rides,
et la médaille de 1552 de la collection Wunderli à Zurich, dont il a pris le relief
pour le nez et l'arcade sourcilière. Il a cherché avec raison à donner au portrait
plus de vie que ne l'a fait le graveur des Icônes, mais c'est au prix d'une germanisation des traits du réformateur français.
*
*
*
Hors de Genève
12. Lors de la transformation effectuée au réfectoire du couvent des Augustins
à Zurich, on orna, selon la coutume, les fenêtres de vitraux armoriés et on les demanda
à la diète helvétique 1 réunie à Zurich en 1519. Le duc de Savoie Charles III y avait
envoyé ses délégués, à l'occasion des difficultés survenues entre lui et Genève, et
pour faire rompre la combourgeoisie entre Genève et Fribourg conclue en février
de cette année 2 . La même demande lui fut sans doute adressée, et il donna deux
1
2
Eidgenossischen Abschieden, III, 2, p. 1168 sq.,
« Les cantons suisses et Genève», Mém. Soc. Hist., 4°, IV, 1915, p. 4.
22
— 338 —
vitraux représentant l'un les armes de Savoie, l'autre son portrait,
accompagné de son patron Charlemagne et de saints protecteurs. Ces vitraux, qui
rappellent d'importants événements de notre histoire locale, sont au Musée de
Zurich1.
*
*
*
Signalons encore deux vitraux qui proviennent des environs immédiats
de Genève :
13. Vitrail aux armes d'Allinges, et l'inscription: François Dalynge, seigneur
de Coudrée, 1561. Au Musée de Genève, salle J.-J. Rigaud.
Indicateur d'antiquités suisses, I, 1899, p. 100, n° 2 J.-J. Rigaud; Rapport Société
auxiliaire du Musée pour 1899, p. 21.
14. Vitrail circulaire: la Vierge tenant l’enfant Jésus, les pieds sur un croissant,
entourées de flammes. Provient de l'ancienne église de Peillonnex, Haute-Savoie.
Don fait en 1916. Au Musée d'Art et d'Histoire, salle des souvenirs historiques.
n° 7405. XVIe siècle ?
*
*
*
Les autres vitraux que possède le Musée d'Art et d'Histoire proviennent du
Valais, de Fribourg et de la Suisse allemande.
NOTE
ADDITIONNELLE
Ces vitraux se rattachent au grand ensemble des verrières françaises du XVme
siècle; quoiqu'il ne soit pas possible de les attribuer ni à un atelier, ni à des artistes
parisiens, ils présentent quelques-uns des caractères principaux des œuvres du centre
de la France, œuvres que M. Emile Mâle a groupées sous la dénomination générale de
vitraux de l'école de Paris; chaque figure de saint forme le sujet principal du
vitrail et semble inspirée par une sculpture polychrome; elle est encadrée dans une
niche tapissée de riches damas et surmontée d'un dais architectural très
ornementé 2 .
1
Neujahrsblatt der Stadtbibliothek Zürich, 1878, p. 24 sq. — MAYOR : Bull. Soc. Hist. Genève,
II, 1898-1904, p. 174.
2
Un grand nombre de vitraux français du XV me siècle présentent cette disposition, voir
par exemple le vitrail des quatre évangélistes, celui des Pères de l'Eglise (cathédrale de Bourges).
— 339 —
L'allure générale, le dessin souple des draperies et le dais d'une architecture
plus simple du vitrail représentant St Pierre, permettrait peut-être de l'attribuer ou
d'en attribuer le modèle à un artiste du centre de la France; les autres semblent plus
directement inspirés de l'art bourguignon, peut-être même de l'art flamand ; on remarquera certaines analogies entre le St Jean peint par les Van Eyck sur l'un des
volets extérieurs du retable de Gand, qui reproduit certainement une sculpture d'un
caractère assez rapproché de celle qui a inspiré la figure du St-Jean de Genève;
un autre volet où Thierry Bouts a également copié une sculpture représentant St-Jean
le rappelle d'une manière moins frappante, quoiqu'on y retrouve un peu de la rudesse
austère des figures de Genève, rudesse sensible encore dans les visages de St Jacques
le Majeur et de St André, qui seuls ont subsisté jusqu'à nous et que l'on ne retrouve
pas dans les figures plus souples et élégantes des vitraux des environs de Paris 1.
Les vitraux de St Pierre de Genève sont remarquables également par la recherche
somptueuse et rare de leurs accords, la beauté de coloris et de profondeur de leurs
verres.
H. DEMOLE.
1
Le vitrail de la chapelle de Jacques Cœur dans la cathédrale de Bourges porte à gauche
une figure de St-Jacques le Majeur ; elle permet d'établir la différence de style entre les vitraux
de Genève et ceux du centre de la France.
BRONZE FLORENTIN DU MUSEE DE GENEVE
W.
DEONNA.
belle statuette en bronze, inédite, appartient au Musée d'Art
et d'Histoire à Genève 1, dont les registres d'entrée ne donnent
aucun renseignement précis sur sa provenance (fig. 1-2).
Un jeune homme nu marche rapidement, la jambe droite
portée en avant, la gauche en arrière. Le torse un peu tourné à
droite, il lève au ciel les deux bras; sa tête, rejetée en arrière et
inclinée à gauche, montre un visage angoissé, douloureux; la bouche ouverte crie,
les traits sont contractés. Blessé au flanc droit, sans doute cherche-t-il à se défendre
de son geste contre un adversaire, et à prévenir le coup qui le menace encore.
Ce motif offre une grande analogie avec celui de plusieurs statuettes en bronze
que M. W. Bode attribue à l'artiste padouan Francesco da Sant'Agata 2. Dans deux
répliques (Braunschweig et collection Wallace, à Londres), comme ici, c'est un
jeune combattant, nu, en une allure de marche, la jambe droite en avant; mais il
est blessé à la tête au lieu de l'être à la poitrine, et s'il lève le bras gauche, il ramène
le droit à sa tête en un geste de douleur. Un troisième exemplaire modifie le geste
et l'attitude; le poids du corps ne porte que sur la jambe droite et la gauche relevée
ne touche pas le sol; en revanche les deux bras font le même geste que celui de notre
statuette (Braunschweig). Ce motif a eu certainement une grande célébrité, car on
en connaît d'autres variantes encore où le jeune homme est mué en un Satyre.
On ne saurait méconnaître la parenté qui unit ces divers monuments, et c'est
aussi l'opinion de M, W. Bode à qui nous avons soumis ce rapprochement. Toutefois, le bronze de Genève en diffère par le style, par une plus grande souplesse de
modelé et d'attitude, et il paraît plus récent d'une cinquantaine d'années. M. Bode
le rapproche par le style d'œuvres de la fin du XVIe siècle que l'on attribue généralement au florentin Domenico Poggini3. M. de Nicola, le distingué directeur du Musée
ETTE
1
N° G. 938 (ancien 313). — Haut. 0,54.
2 W. BODE : Die italienischen Bronzestatuetten der Renaissance, I, p. LXXIX; une œuvre
signée de lui, 1520.
3
BODE ,
ibid., III, pl. 224-6.
— 341 —
du Bargello à Florence que nous avons aussi consulté, attribue notre statuette à
un maître florentin de la seconde moitié du XVIe siècle, mais n'en connaît pas de
réplique; il y retrouve le souvenir de Benvenuto Cellini dans l'élégance des formes,
celui de Jean de Bologne dans le mouvement hardi et le geste.
— 342 —
Nul doute que l'auteur ne s'inspire d'une œuvre antique, selon l'habitude
des maîtres de la Renaissance 1, comme M. Bode le suppose déjà pour les bronzes
cités plus haut. On retrouve ici le système de proportions élancées cher à Lysippe 2,
ce qui ne saurait étonner, puisque les artistes de la Renaissance ont adopté ce canon
comme celui de Praxitèle 3. Mais il y a de plus avec les œuvres lysippiques des
analogies dans la forme de la tête, dans le traitement de la chevelure en boucles
courtes, dans la prédilection pour les attitudes mouvementées. Notre blessé est
pour le style un descendant de l'Hermès du Musée de Naples qui, assis, va se lever
et prendre son vol 5, et pour l'attitude, de l'enfant en prière du Musée de Berlin,
qui lève les bras au ciel en geste d'adoration; ce dernier bronze, attribué à Boédas,
fils et docile disciple de Lysippe, est apporté sans doute à Venise en 1586 avec la
collection du patriarche d'Aquilée 5; faut-il supposer qu'il a exercé quelque influence
sur l'auteur de notre bronze ?
Quel est ce blessé ? Est-ce quelque personnage mythologique ? Serait-ce un
Niobide, et l'artiste aurait-il emprunté quelques traits au groupe des Niobides de
Florence découvert en 1583 à Rome et acheté par le cardinal Fernando de Medicis,
à ces fils de Niobé qui, eux aussi, percés de flèches, lèvent les bras de désespoir et
tournent vers le ciel leur visage éploré ?
Nous laissons à de plus compétents le soin d'élucider ces problèmes, et nous
nous contentons de signaler la valeur de cette œuvre qui, par sa beauté, mérite
l'attention des connaisseurs.
1
Münchener Jahrb. d. bild. Kunst., 1907, I, p. 73. — Rev. arch., 1895, II, p. 22. — Rev. des
Etudes grecques, 1908, p. 36. — MUNTZ, Histoire de l’Art pendant la Renaissance, II.
2
Sur le canon élancé de Lysippe, Bull, de Correspondance hellénique, 1899, p. 448 sq. —
COLLIGNON, Lysippe, p. 102 sq., etc.
3
e
e
COURAJOD, «L'imitation et la contrefaçon des objets d'art antique aux XV et XVI
siècles», Gazette des Beaux-Arts, 1886, II, p. 188 sq., etc.
4
COLLIGNON, Lysippe, fig. 24.
5
Historique de cette statue : Jahrbuch d. k. deutschcn Arch. Instituts, I, 1888 p. 1 sq.
LE SCULPTEUR JEAN FRANCESGHI-DELONNE ET SA MAQUETTE
D'UN MONUMENT EN L'HONNEUR DE ROUSSEAU1
G. ROCH.
recherches d'archives ont permis de citer parmi les sculpteurs
français de la fin du XVIIIe siècle le Lyonnais Franceschi-Delonne2,
sans qu'on ait pu, à ce jour, présenter une sculpture sortie de ses
mains ni même mentionner une seule de ses œuvres.
Cette lacune est aujourd'hui comblée, des circonstances heureuses
autant qu'imprévues m'ayant permis d'acquérir l'original d'une de
ses créations, la seule encore existante, à ce qu'il semble: la maquette d'un monument en l'honneur de Rousseau.
Jean Franceschi est né à Lyon le 4 septembre 1767. Fils d'un plâtrier, Règle
Franceschi, filleul d'un tailleur de pierres, il ne fut pas sans « gâcher » le plâtre de
bonne heure et sans se familiariser avec l'outillage de son parrain. Son frère aîné,
Paul-Règle, pendant dix ans (1782-1791) élève de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris,
disciple de Houdon dès 1783 et commensal du maître dès 17883, dût avoir, de son
côté, une influence sur son cadet. Ce qui est certain, c'est qu'en 1791 et 1792, les
rôles d'élèves de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris porte les deux indications d'un
Franceschi le Vieux et d'un Franceschi le Jeune, le premier ne pouvant être que
Paul-Règle.
En 1792, Jean Franceschi-Delonne (Delonne était le nom de sa mère) s'engageait à Paris comme sous-lieutenant dans la compagnie « des Arts»4. Dès lors, il
poursuivit une carrière militaire brillante5.
A Austerlitz, il était colonel; au lendemain d'Austerlitz, général de brigade.
ES
1
Communication à la Société d'Histoire de Genève, 1921. — Bull. Soc. Hist., IV, 1922,
p. 439.
2
3
4
5
Roger PEYRE : Répertoire chronologique universel des Beaux-Arts, 1792, France.
Archives de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris.
Roger PEYRE : op. cit.
SAINTE - BEUVE
: Nouveaux lundis, p. 246-249.
— 344 —
Envoyé à Naples, il y servit sous le général Reynier. Le ministre de la guerre,
général Mathieu Dumas, lui donna sa seconde fille, Octavie, en mariage (la cérémonie
eut lieu le 15 février 1808).
Six mois après, il était en Espagne, et dès 1809 prisonnier. Il mourut en captivité
le 23 octobre 1810 dans la prison de Carthagène, à l'âge de 43 ans.
Dans sa prison le général modela deux bas-reliefs1; il ne faut pas songer à les
retrouver et son monument à Rousseau restera probablement sa seule œuvre
connue.
*
*
*
Ce projet se présente sous la forme
d'une maquette de plâtre (fig. 1). C'est un
original obtenu par moulage à creux perdu.
Il ne mesure que 14 cm. de hauteur, sans le
socle, son état de conservation est
excellent.
Rousseau assis sur un tertre, le coude
droit appuyé sur un tronc d'arbre coupé à
hauteur voulue, s'apprête à transcrire ce
que l'inspiration lui dicte; sa main gauche
retient, appuyée sur sa cuisse, un cahier où
figure déjà le titre du « Devin du village ».
Rousseau est en perruque, en habit à la
française, en souliers à boucles.
Le geste est tranquille, digne. Sans
avoir une grande envolée, cette œuvre
s'impose par une élévation certaine de
sentiment.
La signature, derrière le tertre, fut
primitivement inscrite à l'ébauchoir sur la
terre du modelage (fig. 2). Le D qui suit le
nom de Franceschi est la lettre initiale du
nom de Delonne que l'artiste a choisi
davantage, je crois, par euphonie, que pour
se particulariser, à moins qu'il fût précisément en mal de particule.
Pour servir à l'identification de cette signature, j'ai demandé aux Archives du
Ministère de la guerre la reproduction d'un autographe du général (fig. 3).Les f
1
SAINTE-BEUVE: op.
cit
— 345 —
initiaux sont tous deux des minuscules, les a sont pareils, l'allure générale est la
même. Du sculpteur à l'officier supérieur, la signature est restée identique au fond :
c'est la même griffe, mais plus empanachée, plus glorieuse en 1800 qu'en 1792.
*
*
*
Le modelage de Franceschi marque-t-il un tempérament d'artiste exceptionnel ?
L'ensemble de son travail « se tient », il est d'un « classique », mais accuse
encore certaines maladresses: Rousseau est «établi» un peu gauchement sur son
socle, assis trop bas. Ses
omoplates, ses épaules sont
trop arrondies. Vu de dos, il
est gauchement traité.
De face, la pose, le
modelé sont beaucoup plus
intéressants.
Pour
un
monument, toutefois, le
projet présenterait un
défaut
grave
(défaut
qu'exagère même un peu
notre reproduction) : le
raccourci des cuisses n'est pas d'un bon effet La maquette en travail a dû être
généralement vue de trop haut par l'artiste.
Franceschi était de l'école de Houdon. Il suffit, pour s'en rendre compte, d'étudier la tête de Rousseau dans son œuvre et de comparer son buste avec celui de
Houdon exposé au Salon de 1779. L'on se
rend compte alors de l'analogie de ces deux
interprétations, tout en rendant hommage
à la maîtrise de Houdon.
Le Rousseau de Franceschi a la figure
plus large, les traits, les sourcils, les paupières, les lèvres trop accentués, la perruque, les détails du costume trop fouillés, le
cou étranglé. Par contre, les deux profils
sont excellents, on dirait d'une étonnante
copie.
A coup sûr, Jean Franceschi, sous la conduite de son frère, a souvent visité
l'atelier Houdon, à moins qu'il ait été lui-même l'élève de celui qui prétendait au
monopole de la ressemblance dans ses reproductions de Rousseau, à moins que. . .
ici toutes les suppositions sont admissibles.
— 346 —
N'oublions pas, d'autre part, que la Constituante pensa ouvrir en 1791 un
concours pour un monument à élever en l'honneur de Rousseau. Franceschi-Delonne
a peut-être pensé y participer alors que son frère, commensal de Houdon, ne pouvait
l'imiter.
Les iconographes de Rousseau n'ont pas connu l'œuvre de Jean Franceschi;
cependant, M. de Girardin a décrit, sous le n° 1188 de son Iconographie, une statuette
analogue mais non signée et de dimensions différentes:
«1188. Statuette en bronze: Représente Rousseau, assis sur une pierre,
en « train d'écrire, le coude droit appuyé sur un tronc d'arbre, son papier sur
son « genou gauche. La main droite tient une plume.
« Le philosophe, qui est en habit à la française, en perruque, a la tête tournée
« de trois quarts à gauche.
« Cette statuette mesure 22 cent. 5 de hauteur.
(Collection du Marquis de Girardin.) »
La comparaison de ces deux œuvres serait certainement intéressante, d'autant
que l'une ou l'autre a servi de modèle pour la fabrication d'un bibelot de verre
translucide et d'un biscuit de St-Cloud déposé au Musée J.-J. Rousseau à Genève
(cf. Girardin, 1248).
Il y a donc trois documents similaires ayant le même objet. Des trois, celui qui
était signé, est resté inconnu jusqu'à notre époque, tandis que' les deux autres ont
trouvé leur place dans des collections appréciées; de sorte que l'inédit dans le
présent article est moins dans la représentation de Rousseau que dans l'identification
de son auteur, le sculpteur Jean Franceschi-Delonne, mort général de brigade 1.
1
Je me fais un devoir et un plaisir de remercier ici MM. Devillaine, Paul Vitry, Marcle
Aubert, tant il est vrai que les travaux historiques les plus modestes ne sauraient aboutir sans
aide efficace.
LES PRADIER DU MUSEE DE GENEVE
L. GlELLY
Catalogue de l'œuvre de Pradier publié dans le Dictionnaire des
Sculpteurs de l'Ecole française au XIXe siècle, par S. Lami, est un des
plus complets qui soient. Cependant, il ne mentionne pas la plupart des
pièces possédées par le Musée de Genève. Le présent travail est
destiné à combler cette lacune. Il a été grandement facilité par les
fiches précédemment établies, auxquelles il a suffi d'apporter quelques
rectifications et d'ajouter des renseignements précis.
Les recherches ont été plus compliquées
quand il s'est agi d'étudier les nombreuses statuettes appartenant au Musée. Elles proviennent,
dans leur presque totalité, de l'ancien Musée des
Arts Décoratifs, qui les remit à la section des
Beaux-Arts en 1910. C'est alors seulement qu'elles
furent régulièrement cataloguées. Or, trente-cinq
de ces statuettes avaient été achetées en 1904 à la
veuve de Salvadore Marchi, mouleur à Paris et
ancien éditeur de Pradier. La facture payée à Mme
Marchi porte l'indication suivante: « une collection
de trente-cinq statuettes ou groupes en plâtre à
l'état d'abattis pour le moulage des épreuvestypes par Pradier ». Ces pièces présentent donc un
intérêt particulier. Certains affirment que ce sont
des maquettes. Il fallait tenter de le vérifier, et,
pour cela, commencer par distinguer, entre toutes
les statuettes, celles qui pouvaient provenir de
l'atelier Marchi. Cette opération fut relativement
facile. Il existe une différence nettement marquée
entre les statuettes de l'atelier Marchi et les autres, qui sont visiblement des
surmoulages. Aucun doute n'est possible.
E
— 348 —
Les statuettes de l'atelier Marchi sont-elles des maquettes ? La réponse est
moins aisée à donner. Quand elles sont entrées au Musée des Arts décoratifs, étaientelles toutes à l'état d'abattis, comme l'affirme la facture ? C'est peu probable.
Plusieurs en effet étaient montées et prêtes à la vente, puisqu'elles portent
l'étiquette en cuivre de Marchi (Molière, Lesbie). Six autres cependant ont encore
leurs clefs: Vénus et l'amour, Sapho, la Danaïde, Flore au serpent, la Bacchante
ivre, la Repasseuse.
La difficulté s'augmentait du fait qu'elles ont
été patinées postérieurement à leur entrée au
Musée. Dans le doute, je me suis adressé à des
sculpteurs et à un spécialiste, M. Plojoux, professeur
de moulage à l'Ecole des Arts et Métiers. Ils n'ont
pas voulu se prononcer. Mais il est en tout cas
hors de doute que nous possédons des épreuves
anciennes particulièrement soignées et qui
devaient servir aux travaux du mouleur Salvadore Marchi.
L'étude des statuettes de Pradier soulève
deux autres problèmes.
Un certain nombre d'entre elles sont des réductions de statues plus importantes et connues.
Deux de ces réductions portent même la signature de
Pradier et celle de Delpech, son élève, qui fut chargé
de l'exécution. Pour quelques pièces, il existe deux
réductions-de dimensions différentes. Cependant
plusieurs de ces statuettes ont été conçues comme
telles. Lequesne, élève de Pradier, qui a annoté les
dessins de son maître en possession du Musée,
marque souvent qu'un dessin est un projet de
statuette. Toutes les fois que nous avons retrouvé
un grand modèle pour les statuettes du Musée,
nous l'avons indiqué dans notre catalogue. Mais
il se peut qu'il y ait des omissions. Le fait donc que nous ne mentionnons pas un
modèle de grande dimension ne signifie pas que la statuette soit une œuvre
originale, mais simplement que nous n'avons pas de renseignement à ce sujet.
Enfin, les statuettes de Pradier ont dû évidemment être coulées en bronze
à de nombreux exemplaires qui sont dispersés dans les collections publiques et
privées. Le Dictionnaire Lami n'en cite que quelques-uns et ne mentionne pas
ceux que possède le Musée de Genève. Nous savons d'autre part par une notice
de Lequesne que la Léda des Artistes fut exécutée en or, argent, marbre et ivoire.
— 349 —
La série de plâtres que nous avons étudiés n'en a pas moins sa valeur; et,
en plus de son intérêt artistique, elle permet de donner plus de précision au catalogue de l'œuvre de Pradier.
STATUES ET GROUPES .
I. — 1815-26. Néoptolème retenant Philoctète prêt à percer Ulysse de ses flèches.
Bas-relief, plâtre original. H. 1,215; L. 1,50. Premier prix de Rome en 1813. Don
de l'auteur.
I bis . — 1842-2. Vénus et VAmour. Groupe plâtre. H. 0,99. Don de l'auteur.
Salon de 1836 (n° 1978). Ce groupe, acquis par le ministère de l'Intérieur, le 3 septembre 1836, moyennant 7000 francs, a figuré au Musée du Luxembourg. D'après
Dussieux (Les Artistes français à l'étranger, 1876, p. 569), le groupe de Vénus et
l’Amour, par Pradier, se trouverait au Palais impérial de Pétrograd. S'agit-il d'une
réplique, ou bien l'original a-t-il été donné par le gouvernement français à l'empereur
de Russie ? (S. Lami, Dictionnaire des sculpteurs de l’école française au XIXe s., IV,
104, Paris, 1921).
Le Musée de Genève possède une réduction de ce groupe, cataloguée sous le
n° 1910-234 (XLII).
— 350 —
II. — 1852-7. La Ville de Strasbourg. Statue plâtre, maquette. H. 1,27.
Acquis de la succession Pradier en 1852.
La statue en pierre fut exécutée en 1836, pour la place de la Concorde.
III. — 1852-11. L'Instruction publique. Bas-relief plâtre en 5 morceaux,
maquette. H. 0,91; L.2,76. Acquis de la succession Pradier en 1852.
Exécuté en pierre pour la Chambre des Députés, à Paris, de 1837 à 1839.
IV. — 1852-9. Chloris caressée par Zéphyr. Statue plâtre, maquette. H. 1,645.
Signé et daté de 1841. Acquis de la succession Pradier en 1852.
L'original, en marbre de Paros, a figuré au Salon de 1849; il se trouve actuellement au Musée de Toulouse.
Le Musée de Genève possède une réduction de cette statue, sous le n° 1910.
226 (XLIII).
V. — 1852-10 et 10 bis. La Comédie légère. La Comédie sérieuse. Statuettes
plâtre, maquettes. H. 0,58. Acquis de la succession Pradier en 1852.
Exécuté en marbre pour la Fontaine Molière, à Paris, en 1842, avec légères
variantes (les ailes qui se trouvent dans la maquette sont supprimées dans le
marbre).
Le Musée de Genève possède une première pensée de ces statues, au crayon,
sous le n° 1852-71.
VI. — 1906-28. Urne funéraire. Marbre. H. 0,85. Signé et daté de 1844. Don de
M. Jules Rouff, en 1900.
Exécuté à la suite de l'accident mortel survenu au duc d'Orléans, le 13 juillet 1842.
Cf. E. MAREUSE, Un vase commémoratif de l'accident du duc d'Orléans, dans le
Bulletin de la Commission municipale historique et artistique de Neuilly-sur-Seine,
1912; W. DEONNA, l'Imitation de l'antique par quelques artistes de la fin du XVIIIe s.
et de la première moitié du XIXe s. représentés au Musée de Genève, dans Genava,
Bulletin du Musée d'Art et d'Histoire, Genève, 1923.
VII. — 1900-43. La Fontaine de Nîmes. Maquette plâtre. Acquis à Nîmes
par la Fondation Gottfried Relier et déposé au Musée d'Art et d'Histoire; transféré
provisoirement au Musée de l'Ariana, à Genève.
La fontaine fut érigée en 1848; la maquette de Genève date de 1845, ainsi qu'il
résulte de l'inscription gravée sur l'amphore de l'Eure.
a) La Ville de Nîmes. H. 1.25. Signé.
b) Le Rhône. H. 0,885. Cf. le dessin catalogué sous le n° 1852-38.
c) Nemausa. H. 0,87. Cf. le dessin catalogué sous le n° 1852-37. Le Musée de
Genève possède une réduction en plâtre de cette statue (1910-235, XLIV).
d) L'Eure. H. 0,855. Signé et daté de 1845. Le Musée de Genève possède une
réduction en plâtre de cette statue (1910-236, XLV).
e) Le Gardon. H. 0,87.
— 351 —
VIII. — 1852-5. La Paix. Statue plâtre, maquette. H. 1.09. Signé sur le socle,
où est gravée l'inscription: République française, 1848.
Acquis de la succession Pradier, en 1852.
IX. — 1852-2. Polyphème surprenant Acis et Galatée. Groupe plâtre, maquette.
H. 1.55. Acquis en 1852 de la succession Pradier. Reproduit en bronze en 1910
(n° 1910-266).
Dans une lettre écrite de Paris le 27 mars 1849, Pradier offrait au Conseil administratif de la Ville de Genève d'exécuter cette œuvre en marbre (D. BAUD -BOVY,
J.-J. Pradier, dans Nos Anciens, 1915).
X. — 1852-1. Ulysse emportant le corps d'Achille. Groupe plâtre, maquette.
H. 1.66. Acquis en 1852 de la succession Pradier. Reproduit en bronze en 1910
(n° 1910-265).
Le Musée de Genève possède une première pensée de ce groupe, au crayon,
sous le n° 1852-20.
Une lettre de Pradier à Canonge, de 1850, citée par D. BAUD -BOVY (J.-J.
Pradier, dans Nos Anciens, 1915) mentionne que le sculpteur travaille à cette
œuvre.
XI. — 1852-8. L'Industrie. Statue plâtre, maquette. H. 1,14. Acquis de la succession Pradier en 1852. Le Musée en possède un dessin sous le n° 1852-33.
Exécuté en pierre (H. 3 m.) pour la Bourse à Paris, en 1851.
XII. — 1855-15. Homère et son guide. Groupe plâtre. H. 0,92. Signé et daté de
1852.
Le Musée de Genève en possède deux réductions, cataloguées sous les nos 1910233 (LIV) et 1919-28 (XXXI).
XIII. — 1852-6. L’Eloquence. Statue plâtre, maquette. H. 1,035. Acquis de la
succession Pradier en 1852.
XIV. — 1852-3. La Baigneuse surprise. Statue plâtre, maquette. H. 0,69.
Acquis de la succession Pradier en 1852.
XV. — 1852-4. La Baigneuse. Statue plâtre, maquette. II. 0,69. Acquis de la
succession Pradier en 1852.
XVI. — 1852-99. Mascaron. Bas-relief plâtre. H. 1.32; L. 1.10.
XVII. — 1913-4. La Nymphe de la fontaine. Terre-cuite. H. 0,74.
XVIII. — 1913-4bis. Amour. Terre-cuite. Aurait formé un groupe avec la
statue précédente.
— 352 —
BUSTES ET PORTRAITS .
XIX. — 1825-28. J.-J. Rousseau. Buste marbre blanc. H. 0,565. Signé et
daté de 1821.
XX. — 1825-27. Charles Bonnet. Buste marbre blanc. H. 0,54. Signé et daté
de 1822. Salon de 1822.
XXI. — 1896-17. S. de Sismondi. Buste bronze. H. 0,665. Signé et daté de
1843. Sur la poitrine: Sismonde Sismondi. Salon de 1843.
XXII. — 1910-89. A. P. de Candolle. Buste avec piédestal orné de figures,
bronze. Buste, H. 0,82; piédestal, H. 1,26. Signé. Inauguré en 1845. Le Musée possède
un croquis au crayon de ce monument (n° 1852-81). Ce monument, placé d'abord
dans la promenade des Bastions à Genève, fut transféré au Musée en 1910. Une réplique en bronze a été mise aux Bastions.
XXIII. — 1873-4. Général Dufour. Buste plâtre. H. 0,515. Signé et daté de
1849. Don de la Société des Arts de Genève.
Un buste en plâtre du général Dufour, signé et daté de 1849, se trouve au Musée
d'Angers, envoi de l'Etat en 1887.
XXIV. — 1907-36. Jean Tur, de Nîmes. Buste marbre blanc. H. 0,54. Signé
et daté de 1851. Don de la Société auxiliaire du Musée.
XXV. — 1908-65. Victor Chavet, peintre. Buste plâtre, moulage. H. 0,30.
Signé et daté de 1851.
Le bronze se trouve au Musée d'Aix-en-Provence. La Société des Arts, à Genève,
en possède une épreuve originale en plâtre bronzé.
XXVI. — 1846-16. Général Rath. Buste marbre. H. 0,705. Don des demoiselles
Rath en 1826.
XXVII. — 1852-13. J. Pradier. Buste bronze. H. 1,00. Signé à droite: J.
Pradier; à gauche, E. Lequesne.
Coulé d'après un plâtre donné par la famille Pradier.
XXVIII. — 1910-83. Portrait de jeune garçon (John Pradier ?). Bas-relief en
terre-cuite. H. 0,29; L. 0,20. Signé. Don de M me Crauk.
XXIX. — 1905-4. Les trois enfants de l'artiste. Médaillon ovale, plâtre patiné
noir. 0,10 X 0,121.
Sur un papier collé au dos : « Souvenir à mon fils. Louise Pradier ».
XXX. — 1911-59. Portrait du duc d'Orléans. Médaillon bronze, forme ronde.
D. 0,25. Signé. Au revers, la marque : Simonet, fondeur à Paris. Acquis à la vente
Alexis Rouart, n° 132 du catalogue.
Un autre exemplaire se trouve au Musée Carnavalet, à Paris.
— 353 —
STATUETTES
. Bronze.
XXXI. — 1919-28. Homère et son guide. Groupe bronze. H. 0,415. Signé et
daté de 1852.
Réduction du n° 1855-15 (XII). Le Musée possède un autre exemplaire en plâtre,
sous le n° 1910-233 (LIV).
XXXII. — 1910-9. Les danseuses à la guirlande. Groupe bronze. H. 0,46.
Signé.
XXXIII. — 1910-9bis. Sapho. Statuette bronze. H. 0,28. Signé: J. Pradier,
Susse Er.
Réduction de la Sapho du Louvre (Salon de 1852), avec légère variante. Le
Musée d'Angers possède également une réduction de la statue du Louvre, en bronze,
fondue par Susse, haute de 0,72 avec le socle.
XXXIV. — 1911-110. Le général Wellington. Statuette équestre bronze.
H. 0,34. Signé.
XXXV. — 1911-70. La négresse au tambourin. Statuette bronze. H. 0,51.
Epreuve moderne, par la maison Fumière.
XXXVI. — 1911-71. Vénus à la coquille. Statuette bronze. H. 0,125. Epreuve
moderne, par la maison Fumière. Le Musée en possède un exemplaire en plâtre
(1910-241, LXXVII).
XXXVII. — 1911-72. Femme couchée. Statuette bronze. H. 0,065; L. 0,16Epreuve moderne, par la maison Fumière.
XXXVIII. — 1911-73. Femme en prière. Statuette bronze patiné et doré.
H. 0,38. Epreuve moderne, par la maison Fumière.
Plâtre.
a) Pièces provenant de l'atelier Marchi.
XXXIX. — 1910-21b. Psyché. Statuette plâtre. H. 0,42. Sur le socle E.
Marchi, éd.
Réduction de la statue du Louvre, exposée au Salon de 1824.
Le Musée en possède un autre exemplaire, en plâtre, avec une légère variante,
sous le n° 1910-79.
XL. — 1910-224. Satyre et Bacchante. Groupe plâtre. H. 0,30.
Un groupe de marbre a été exposé sous ce titre au Salon de 1834; acheté par le
prince Demidoff, il a été vendu à sa vente, à Florence, pour le prix de 10.000 fr.
Le plâtre de Genève en est peut-être la réduction, à moins que ce ne soit la pièce
suivante, n° 1910-252.
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— 354 —
XLI. — 1910-252. Satyre et Bacchante. Groupe plâtre. H. 0,64.
XLII. — 1910-234. Vénus et l'Amour. Groupe plâtre avec clefs. H. 0,265.
Réduction du n° 1892-2 (II). (1836).
XLIII. —1910-226. Chloris caressée par Zéphir. Statuette plâtre. H. 0,295. Signé.
Réduction du marbre du Musée de Toulouse (1849) et de la maquette du Musée de
Genève, n° 1852-9 (IV).
XLIV. — 1910-235. Nemausa. Statuette plâtre. H. 0,335.
Réduction d'une des statues de la fontaine de Nîmes (1845) et de la maquette du
Musée de Genève, n° 1900-43c (VIIc).
XLV. — 1910-236. Ura. Statuette plâtre. H. 0,34. Signé en creux: J.
Pradier. S. Marchi éd.
Réduction d'une des statues de la fontaine de Nîmes (1845) et de la
maquette du Musée de Genève, n° 1900-43d (VIId).
XLVI. — 1910-261. Pietà. Groupe plâtre. H. 0,40. Signé.
Réduction d'un groupe en marbre exposé au Salon de 1847. — Le Musée possède un dessin de ce groupe (1852-47); il porte l'indication que le marbre se
trouve à Hyères, chez Mme Farnous. Lami, Dictionnaire, IV, 108, dit qu'il fut placé
dans une chapelle funéraire à Toulon. Un exemplaire se trouverait également à la
cathédrale d'Avignon.
XLVII. — 1910-209. Sapho. Statuette plâtre avec clefs. H. 0,455. Signé et
daté de 1848.
C'est sans doute la réduction de la statue demi-grandeur en bronze
exposée au Salon de 1898. Pradier aurait exécuté de la sorte deux statues de
Sapho, l'une debout, exposée au Salon de 1848, dont on a perdu la trace et dont le
Musée de Genève possède la réduction, l'autre, assise, exposée au Salon de 1852 et
aujourd'hui au Louvre. Lami, Dictionnaire, IV, 109 et 111, qui ne connaît pas la
réduction de Genève, suppose que la statue du Louvre fut exposée deux fois, en
1848 et en 1852.
XLVIII. — 1910-223. Sapho. Statuette plâtre. H. 0,33. Signé: J. Pradier,
1898, C. Delpech redon.
Même sujet que la pièce précédente, avec légères variantes (la tunique n'est
pas bordée; une branche de fleurs est à terre, à côté de la colonne).
XLIX. —1910-208. Médée. Statuette plâtre. H. 0,48. Signé en creux: J.
Pradier, S. Marchi, édit.
Une statue de Médée fut exposée au Salon de 1850; elle appartenait à la reine
d'Angleterre.
Le Musée possède un dessin de cette œuvre, n° 1852-7.
L. — 1910-262. Médée. Statuette plâtre. H. 0,33. Signé: Delpech réd.
Identique à la pièce précédente.
— 355 —
LI. — 1910-230. Lesbie. Statuette plâtre. H. 0,235. Signé et daté de 1852;
porte l'étiquette en cuivre: Salvadore Marchi, éditeur de M. Pradier, Paris.
LII. — 1910-254. La Danaïde. Statuette plâtre avec clefs. H. 0,48. Signé et
daté de 1852.
LUI. — 1910-254bis. La Danaïde. Statuette plâtre. H. 0,32. Signé et daté
de 1852; en creux: S. Marchi, éditeur.
Réduction de la pièce précédente.
LIV. — 1910-233. Homère et son guide. Groupe plâtre. H 0,435. Réduction du
n° 1855-15 (XII), signé et daté de 1852. Le Musée en possède également un
exemplaire en bronze (n° 1919-28, XXXI).
LV. — 1910-213. Phryné. Statuette plâtre. H. 0,405.
Cette statuette n'est pas la réduction de la statue en marbre du Musée de
Grenoble, mais elle en procède.
LVI. — 1910-212. La Léda des artistes. Statuette plâtre. H. 0,445.
Le Musée possède deux dessins de cette pièce (n° 1852-44 et 45), dont l'un porte
une notice de Lequesne, indiquant qu'elle a été exécutée en or, argent, marbre et
ivoire.
Une réplique en plâtre se trouve au Musée d'Angers.
LVII. — 1910-228. Léda attirant le cygne. Statuette plâtre. H. 0,165.
Le Musée en possède un dessin catalogué sous le n° 1852-46.
LVIII. — 1910-229. Diane au repos. Statuette plâtre. H. 0,235.
LIX. — 1910-232. Diane au repos (assise). Statuette plâtre. H..0,285.
LX. — 1910-227. Vénus à la coquille. Statuette plâtre. H. 0,235. Le
Musée en possède une première pensée, dessin n° 1852-30.
LXI. — 1910-225. Flore au serpent. Statuette plâtre avec clefs. H. 0,305. Signé.
LXII. — 1910-217. Flore et Zéphyr. Groupe plâtre. H. 0,42. Sur le socle
en creux: Marchi, éditeur, rue du Four St G. 10.
LXIII. — 1910-231. La Bacchante ivre. Statuette plâtre, avec clefs. H. 0,38.
LXIV. — 1910-221. Bacchante couchée. Statuette plâtre. H. 0,08; larg. 0,10;
long. 0,23. Signé.
Le Musée en possède un dessin, catalogué sous le n° 1852-50, portant le titre,
de la main de Lequesne: femme couchée.
LXV — 1910-248. Bacchante couchée et Bacchus enfant. Groupe plâtre.
H. 0,51. Signé.
LXVI. — 1910-210. Le Jour, Etoile du Berger. Statuette plâtre. H. 0,515.
LXVII. — 1910-211. La Nuit, Etoile du Berger. Statuette plâtre. H. 0,535.
LXVIII. — 1910-219. Odalisque endormie. Statuette plâtre. IL 0,17.
— 356 —
LXIX. —1910-257. Femme endormie. Statuette plâtre. H. 0,07. Signé.
LXX. — 1910-214. La Danseuse au tambourin. Statuette plâtre. H. 0,46.
LXXI. — 1910-215. La Femme à la chèvre. Statuette plâtre. H. 0,385.
Le Musée en possède deux dessins catalogués sous les nos 1852-34 et 1852-96.
LXXII. — 1910-222. — La Repasseuse. Statuette plâtre avec clef. H.
0,34. LXXIII. — 1910-256. Molière. Statuette plâtre. H. 0,31.
Porte les deux étiquettes en cuivre: Pradier; — Salvadore, mon r éditeur
de Mr Pradier.
b) Pièces de provenances diverses.
LXX1V. — 1917-6. Portrait en pied du docteur Baron, membre de
l'Académie de médecine. Statuette plâtre. H. 0,46. Signé et daté de 1838.
Don du Dr Charles Perrier. La famille de M. F. Chayet, inspecteur général des
finances à Graveson, petit-neveu du Dr Baron, en possède trois exemplaires.
LXXV. — 1910-253. La Poésie légère. Statuette plâtre. H. 0,535.
Surmoulage de Bonnet, à Paris.
Réduction de la statue en marbre du Musée de Nîmes, du Salon de 1846.
LXXVI. — 1910-244. Nyssia. Statuette plâtre. H. 0,30. Surmoulage de
Bonnet à Paris. Traces de signature.
Réduction de la statue en marbre du Musée de Montpellier, du Salon de 1848.
Le Musée possède un dessin de cette statue, catalogué sous le n° 1852-80 et
portant, de la main de Pradier, le titre: Nisia.
LXXVII. — 1910-241. Vénus à la coquille. Statuette plâtre. H. 0,17. Surmoulage de Bonnet, à Paris. Traces de signature.
Le Musée en possède un exemplaire en bronze (1911-71, XXXVI) fondu par
la maison Fumière en 1916.
LXXVIII. — 1910-238. Odalisque dansant. Statuette plâtre. H 0,31. Surmoulage de Bonnet, à Paris. Traces de signature.
LXXIX. — 1910-255. La danseuse aux calebasses. Statuette plâtre. H. 0,465.
Surmoulage de Bonnet, à Paris.
LXXX. — 1910-246. La Pêche. Statuette plâtre. H. 0,525. Surmoulage .de
Bonnet, à Paris.
LXXXI. — 1910-247. La Chasse. Statuette plâtre. H. 0,565. Surmoulage de
Bonnet à Paris. Traces de signature.
LXXXII. — 1910-239. La Femme au livre. Statuette plâtre. H. 0,285. Surmoulage de Bonnet, à Paris. Traces de signature.
Autre exemplaire sous le n° 1910-81, don de M me Crauk.
— 357 —
LXXXIII. — 1910-242. La chemise enlevée. Statuette plâtre. H. 0,30. Surmoulage de Bonnet, à Paris. Traces de signature.
Une statuette, bronze en partie doré, fut exposée à l'Exposition centennale
de l'Art français, en 1900 (n° 1771). Elle appartenait à M. John Murray Scott.
(Lami, Dictionnaire, IV, 110).
LXXXIV. — 1910-243. La Femme au chat. Statuette plâtre. H. 0,30. Surmoulage de Bonnet, à Paris. Traces de signature.
Le Musée possède un dessin de cette statuette, catalogué sous le n° 1852-31.
LXXXV. — 1910-240. La femme au bas. Statuette plâtre. H. 0,29. Surmoulage
de Bonnet, à Paris. Traces de signature.
Le Musée possède un dessin de cette statuette, catalogué sous le n° 1852-56.
Une statuette, bronze, fut exposée à l'Exposition centennale de l'Art français
en 1900 (n° 1770). Elle appartenait à M. Alexis Rouart. (Lami, Dictionnaire, IV, 110.)
LXXXVI. — 1910-218. Femme couchée. Statuette plâtre. H. 0,06. Long.0,18.
Surmoulage de Bonnet, à Paris.
LXXXVII. — 1910-220. Odalisque couchée. Statuette plâtre. Longueur 0,20;
larg. 0,085. Surmoulage.
LXXXVIII. — 1910-251. Odalisque accroupie. Statuette plâtre. H. 0,36.
Surmoulage de Bonnet, à Paris.
LXXXIX. — 1910-237. La Prière. Statuette plâtre. H. 0,215. Surmoulage
de Bonnet, à Paris.
XC. — 1910-245. La lecture. Statuette plâtre. H, 0,295. Surmoulage de Bonnet
à Paris.
XCI. — 1910-259. Le Pifferaro. Statuette plâtre. H. 0,45. Surmoulage de
Bonnet, à Paris.
XCII. — 1910-260. Napoléon. Statuette plâtre. H. 0,315. Surmoulage de
Bonnet, à Paris.
XCIII. — 1910-78. La Femme à l'urne. Statuette plâtre. H. 0,415. Don de
Mme Crauk.
XCIV. — 1910-258. L'Enfant au chien. Statuette plâtre. H. 0,245.
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